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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 

59, RUE DUFLESSI.o, 59 




^^ REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 

DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME VINGT-DEUXIEME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHLR . 

83 b,s , RUE LAFAYETTK ^C^l^^ S 

1891 ' ^7^ % 






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101 
t.2Z 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 24 JANVIER 1891. 

Présidence de M. J. Oppert, président. 

M. lo Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames et Messieurs, 

La séance solennelle qui clôt une année d'efforts et de labeurs 
n'impose pas au Président de la Société des Etudes juives l'obliga- 
tion de rendre compte des travaux de la Compagnie. Il n'est pas, 
comme dans beaucoup d'autres associations savantes, le rapporteur 
général de tous les mémoires et de toutes les œuvres par lesquels 
la Société s'est fait connaître, et qui ont eu un retentissement 
mérité clans le public spécial auquel elle s'adresse. Cette tâche, 
pénible et douce à la fois, est échue au secrétaire ; vous vous sou- 
venez des aperçus si distingués par le fond, si parfaits dans la forme, 
par lesquels notre ancien secrétaire, aujourd'hui notre vice-prési- 
dent, faisait revivre aux yeux de ses auditeurs l'ensemble des 
travaux de la Société des Etudes juives. Cette tâche incombe cette 
année à son digne successeur M. Yernes, dont vous entendrez bientôt 
l'éloquente exposition. Vous vous rendrez compte des efforts mul- 
tiples tentés par notre Société pour ressusciter dans l'esprit de tous 
les grands exemples que nos pères nous ont légués. Notre Société 
embrasse tout ce qui est du ressort de la science et de l'érudition 
juives. Elle a été créée pour former un centre autour duquel gravite 

ACT. ET CONF. A 



II ACTES ET CONFERENCES 



tout ce qui a rapport à l'histoire scientifique du Judaïsme ; elle n'est 
pas une société religieuse, quoique, plus que toute autre, elle puisse 
servir à rattacher les Israélites à leurs traditions, en les renseignant 
sur les grands exemples de foi et d'abnégation fournis par les siècles 
passes. Elle aussi, Messieurs, peut et doit contribuer à raffermir 
le courage de ceux de nos contemporains qui traversent de dures 
épreuves, en faisant passer devant leurs yeux les années bien plus 
cruelles, les époques bien plus terribles, qui ont marqué les siècles 
passés : elle peut préserver les Juifs de tous les pays de la crainte 
pusillanime qui s'empare de tant d'esprits médiocres, et elle peut 
fournir un remède qui rend moralement réfractaire à la peste de 
l'apostasie ; elle fait ressortir les glorieux exemples de ceux qui 
avaient si peu honte de leur titre de Juifs, qu'ils marchaient au 
supplice pour leur foi, et qui ne pensaient pas à se dérober aux yeux 
de leurs concitoyens, parce qu'ils portaient des insignes qui les dis- 
tinguaient comme Israélites. 

Notre Société, qui s'occupe de tout ce qui s'est fait contre les Juifs 
à partir de l'antiquité la plus reculée, nous renseigne sur les agisse- 
ments des peuples, soit à Alexandrie, soit à Rome, soit dans tous 
les pays du moyen âge, qui ont abouti à ce que nous nommons, 
d'après nos adversaires, V antisémitisme. Rendons grâce à ceux dont 
la perfidie nous profite. L'antisémitisme a un bon côté, c'est le 
nom lui-même, qui se tourne directement contre ceux à qui la peur 
de ce fantôme suranné fait fuir la communion de leurs frères et la 
religion de leurs pères. 

L'année 1890, Messieurs, nous a fait éprouver des pertes cruelles, 
en nous séparant de membres distingués qui méritent l'hommage de 
notre reconnaissance et de nos regrets sympathiques; nous avons 
eu la douleur de perdre MM. Isaac Werner, Michel Halfon, Ben- 
jamin Weill, qui n'étaient pas seulement d'excellents Israélites, mais 
qui s'intéressaient vivement à nos travaux ; nous avons perdu aussi 
deux hommes qui étaient l'honneur des Etudes juives, Arnold 
Aron, grand rabbin de Strasbourg, et Isaac Trénel, membre de 
notre Comité. Arnold Aron voua toute son existence au rabbinat, et 
il est mort à la tête de cette antique communauté de Strasbourg. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 24 JANVIER 1891 1I[ 

Isaac Trénel était l'un des derniers grands talmudistes de nos 
pays qui se vouèrent au culte de la tradition judaïque. Né à 
Metz, en 1822, il fut l'élève du savant rabbin Moyse de Merzig, 
et fut nommé directeur du Séminaire en 1856 ; depuis cette 
époque, il n'a jamais cessé de s'occuper de l'enseignement du 
Talmud ; presque tout le rabbinat de France Fa eu comme maître 
et guide. Le fruit de ses études bibliques est déposé dans une œuvre 
des plus utiles, son Dictionnaire hébreu, qu'il publia conjointement 
avec Philippe Sander, et La vie d' Hillel qui témoigne de sa profonde 
connaissance de la littérature hébraïque. Il est mort sur la brèche, 
comme il avait vécu, prématurément enlevé par un mal qu'en vain 
il tenta de dompter. Si de pareils hommes ne se remplacent pas 
aisément ) espérons que leurs exemples animeront déjeunes adeptes 
qui combleront les vides que leur disparition a laissés. C'est sur ce 
souhait que je termine en donnant la parole à notre cher Trésorier, 
qui va vous rendre compte de la situation financière de notre 
Société. 



M. Erlanger, trésorier, rend compte ainsi qu'il suit de la situa- 
tion financière de la Société : 

Mesdames, Messieurs, 

Je viens de nouveau devant vous vous rendre compte de la situa- 
tion financière de notre Société. Ce compte rendu ne sera ni long ni 
brillant. 

C'est avec une véritable satisfaction que je vous ai présenté, 
l'année dernière, l'exercice de 1889 se soldant par un excédent de 
recette, quand le précédent exercice avait laissé un déficit. Je me 
permettais l'espoir de voir cette situation, que je ne voudrais pas 
appeler prospère, mais au moins satisfaisante, se maintenir et 
s'améliorer. Hélas ! cet espoir ne s'est pas réalisé, et je viens de 
nouveau vous présenter une balance se soldant en déficit. 

Voici mes chiffres : 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 



RECETTES. 

Solde en caisse au 1 er janvier 1830 602 fr. 05 

Souscriptions et divers 9 . 387 fr. 

15 abonnements du Ministère 375 

9.762 » 

Vente par le dépositaire 1 .596 50 

Total des recettes 1 1 . 720 fr. 55 



DEPENSES. 

Impression du n° 39 1 .546 fr. » 

— - 40 1.405 » 

— — 41 1.225 » 

— — 42..... 1.262 

5.438fr. » 

Gravures dans différents numéros .... 153 » 

Droits d'auteur du n° 39 680 fr. 40 

— — 40 666 60 

— — 41 783 20 

— — 42 713 40 

2.843 60 

Distribution du n° 38 90 fr. » 

— — 39.. 110 

— — 40 100 » 

— — 41 90 )> 

: 390 » 

Droits de magasinage 100 » 

Divers par le dépositaire 87 65 

Appointements du secrétaire-adjoint 1.800 » 

Frais de bureau .. 235 70 

— recouvrement 140 05 

Gratifications 70 » 

Frais de l'assemblée générale et des conférences. . . . 429 30 

inscriptions aux JîciujaeH de feu Darmesteter 300 » 



Total des dépenses 11.987fr. 30 



ASSEMBLÉE GENERALE DU 2'j JANVIER 1891 



Le total des dépenses étant de 11 .987 fr. 30 

— recettes n'étant que de 11 .720 55 

Il reste donc un déficit de ..... . 266 fr. 75 

qui sera reporté à l'exercice 1891. 

En ajoutant à ce déficit 266 fr. 75 

l'excédent de 1889, soit. . « 662 05 

il résulte une différence de 982 fr. 80 

déficit de l'année 1890. 

Dans mon dernier compte rendu, je vous ai dit que l'édition du 
Temple de Jérusalem, par MM. Perrot et Chipiez, n'imposerait pro- 
bablement aucun sacrifice à la Société. Cet espoir, du moins, s'est 
réalisé et nous n'avons eu aucune charge de ce chef. Notre capital 
reste donc toujours intact, et cette situation permet à la Société 
d'entreprendre d'autres publications de grande valeur scientifique, 
dont l'une : Recueil des textes grecs et latins relatifs au Judaïsme, s'im- 
prime en ce moment. 

J'ai fini. 

Je voudrais cependant réitérer encore l'appel que j'ai fait si sou- 
vent à votre précieux concours. Je ne me dissimule pas que vous 
qui m'écoutez, vous êtes déjà des membres dévoués de notre So- 
ciété. D'un autre côté, mon appel aura peu de chance d'être entendu 
au-delà des limites de cette réunion. Cependant, il deviendrait effi- 
cace, j'en suis certain, si votre dévouement pouvait aller jusqu'à 
faire un peu de propagande en notre faveur. 

La Société des Etudes Juives, par la voix de son trésorier, vous 
assure d'avance de toute sa reconnaissance. 

M. Vernes, secrétaire, lit le rapport sur les publications de la 
Société pendant l'année 1890 (voir plus loin, p. vu). 

Il est donné connaissance du résultat du scrutin pour le renou- 
vellement du tiers des membres du Conseil et le remplacement de 
M. le grand rabbin Trénel, décédé. 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

Sont élus : 

MM. Albert Lévy, professeur à l'Ecole de physique et de chimie, 
membre sortant ; 
Astruc, grand rabbin de Bayonne, membre sortant ; 
Hartwig Derenbourg, directeur-adjoint à l'École des 

Hautes-Études, membre sortant ; 
Armand Ephraim, agrégé de philosophie, membre sortant ; 
Michel Erlanger, membre sortant ; 

Zadoc Kahn, grand rabbin du Consistoire central des Israé- 
lites de France, membre sortant ; 

# 

Emile Straus, avocat, membre sortant ; 

Maurice "Vernes, directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, membre sortant ; 
Joseph Lehmann, grand rabbin, directeur du Séminaire 

israélite de France. 

M. Jules Oppert, membre de l'Institut, est élu président de la 
Société pour l'année 1891. 

M. Maurice Wahl fait une conférence sur les Juifs algériens et 
le décret de naturalisai ion (Cette conférence paraîtra dans un pro- 
chain numéro]. 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1890 

LU A L'ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 24 JANVIER 1891 
Par M. Maurice VERNES, secrétaire 



Mesdames, Messieurs, 

Votre Société, qui n'est pas une œuvre de propagande confession- 
nelle, mais une association volontaire d'hommes résolus à mettre 
en lumière le passé glorieux du judaïsme, admet parmi ses membres 
des personnes venant des différents points de l'horizon religieux. 
C'est ainsi qu'elle a bien voulu introduire dans son Conseil un non- 
Israélite, l'appeler au secrétariat et lui confier la tâche de vous 
exposer les travaux de l'année qui vient de finir. En m'inclinant 
devant cette désignation flatteuse, je n'ai point oublié que vous 
aviez l'habitude de voir cette place occupée avec un éclat auquel je 
n'ose prétendre. Votre Conseil a voulu marquer sa reconnaissance 
pour un concours inappréciable en élevant M. Théodore Reinach à 
la vice -présidence ; mais il savait en même temps qu'il ne pouvait 
le remplacer, et celui qui parle en ce moment en a le sentiment 
plus que personne. 



VIII ACTES ET CONFERENCES 



I 



M. Joseph Halévy a recherché dans les tablettes cunéiformes 
récemment découvertes à Tell-el-Amarna, en Egypte, des indica- 
tions propres à jeter la lumière sur plusieurs points de géographie 
et d'archéologie bibliques. Il a exposé ses résultats dans sa série, 
bien connue de vous, de Recherches bibliques, sous le titre de : La 
Correspondance d' Aménophis IV et la Bible *. La découverte sur la 
terre des Pharaons de tablettes en langue babylonienne, conte- 
nant une correspondance échangée entre des gouverneurs ou 
satrapes syriens et le souverain d'Egypte, sous les ordres duquel 
ils étaient placés, a causé une grande et légitime émotion. On ne 
s'attendait pas à rencontrer cette preuve officielle de l'extension, 
on pourrait dire de la prépondérance prise par le dialecte baby- 
lonien et par son alphabet jusque dans les régions voisines de 
l'Afrique. Tout en se défendant contre certaines exagérations 
commises en Angleterre, tout en protestant contre de « prétendues 
découvertes de certains noms propres hébreux retentissants, recueil- 
lis à la légère, auxquels l'histoire biblique ne donne pas droit d'exis- 
tence dans la Palestine préhébraïque », M. Halévy manifeste une 
grande confiance dans les résultats de l'étude difficile et hardie 
devant laquelle il n'a pas reculé. « Bien que ces lettres (échangées 
entre Aménophis III et Aménophis IV et leurs agents en Syrie, 
alors placée sous la dépendance de l'Egypte, vers le milieu du 
xv e siècle avant l'ère vulgaire), bien que ces lettres, dit-il, pré- 
cèdent d'environ une cinquantaine d'années l'entrée des Hébreux 
dans la Terre promise et que, de plus, elles ne soient pas encore 
connues dans tous leurs détails, on peut déjà affirmer avec une 
entière confiance qu'elles seront d'une grande importance pour la 
critique biblique. Non seulement, elles nous fourniront une sorte de 
préhistoire du peuple juif, en nous renseignant de la manière la 
plus authentique sur l'état de la Syrie et de la Palestine au 

1 XX p. 109, et XXI, p. 43. 



RAPPOHT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE JX 



moment où les tribus hébraïques, impatientes de secouer le joug 
égyptien, faisaient, pour ainsi dire, leurs préparatifs pour s'établir 
de vive force sur les rives du Jourdain ; mais elles nous prêteront 
aussi un secours, insoupçonné jadis, pour la critique littéraire des 
noms géographiques de Palestine, qui sont parvenus jusqu'à nous 
sous des formes flottantes ou altérées. » 

Il n'est pas très aisé d'analyser un mémoire où sont abordées des 
questions techniques assez délicates et où l'auteur s'est permis pas 
mal de digressions, non point sans doute inutiles à son objet, mais 
qui ralentissent sa marche et rendent l'exposition un peu obscure. 
Les identifications de noms propres auxquelles M. Halévy semble 
attacher le plus d'importance sont celles de plusieurs villes de la 
Philistée et surtout des deux désignations d'Emorites ou Amor- 
rhéens et de Chananéens. Les tablettes d'El-Amarna confirme- 
raient, tout particulièrement, l'emploi ancien du terme « pays de 
Chanran ». Après une pointe dans la Syrie proprement dite, en 
Phénicie et à l'extrême nord de la Palestine, M . Halévy tâche de 
dégager la situation politique que révèlent les documents récem- 
ment mis au jour. D'après lui, « l'incorporation de la Phénicie et de 
la Palestine dans les possessions égyptiennes était non seulement 
un fait accompli dans le pays même, mais aussi une situation légi- 
timée et reconnue par les rois les plus éloignés ». Cette consta- 
tation aidera à l'explication d'un point, souvent contesté, de la 
table généalogique du X e chapitre de la Genèse, où Chanaan figure 
dans les dépendances de l'Egypte ; la raison en est la relation poli- 
tique de la Palestine à l'endroit de la grande puissance des bords 
du Nil. « En classant les Syro-Phéniciens dans la famille afri- 
caine, dit notre savant confrère, l'ethnographe de la Genèse a sim- 
plement tenu compte de l'état politique et réel de son siècle et des 
siècles antérieurs ; il s'est strictement conformé au rapport de la 
tradition, d'après laquelle le Chanaan, dans son sens le plus large, 
faisait partie inséparable de la domination égyptienne. » Cependant 
le Chanaan aurait conservé son individualité propre au point de vue 
administratif, et la plupart des préfets qui gouvernaient le pays au 
nom de l'Egypte auraient été des princes nationaux jouissant 
d'une autonomie parfaite dans la direction intérieure. Les chefs de 



X ACTES KT CONFÉRENCES 



groupes princiers, c'est l'expression dont use M. Halévy, étaient 
eux-mêmes placés sous la surveillance d'un gouverneur généra], 
dont les attaches avec la cour d'Egypte étaient naturellement plus 
étroites. Notre confrère va jusqu'à risquer l'opinion que cette orga- 
nisation aurait survécu à la disparition de la suzeraineté égyp- 
tienne. Il insiste enfin sur le degré de civilisation que révèle la 
correspondance d'Aménophis. « Ce n'est pas sans un véritable 
étonnement, dit-il, que nous voyons combien les communications 
internationales étaient fréquentes et relativement faciles à cette 
époque. Non seulement la Syro-Phénicie est en relation constante 
avec l'Egypte par suite de l'état de dépendance où elle se trouve à 
l'égard de la vallée du Nil, mais les royaumes beaucoup plus loin- 
tains de r Asie-Mineure, de la Mésopotamie, de l'Assyrie et de la 
Babylonie entretiennent des relations continues avec l'Egypte au 
moyen d'ambassadeurs qu'ils s'envoient mutuellement et surtout de 
présents très précieux échangés entre eux à titre d'hommage réci- 
proque. Ces envois continuels et réciproques des objets les plus 
rares clans chaque pays donnaient lieu à un développement indus- 
triel et artistique qui, s'élevant au-dessus de la médio3rité 
archaïque, cherchait à satisfaire les goûts les plus raffinés et les 
plus exigeants. On ne se contentait plus de donner satisfaction à 
ses propres sentiments, on cherchait encore à les imposer aux 
autres peuples par l'élégance de la forme et le fini du travail. » 

Nous nous trouvons encore sur le domaine de ce que M. Halévy 
lui-même appelle la préhistoire du peuple juif avec l'étude de ce 
même savant sur Le lit d'Og, roi du Basan l . Moïse s'empara, vous 
le savez, de la rive gauche du Jourdain ou pays de Galaad sur 
deux rois amorrhéens ou émorites, Séhon et Og ; voici la curieuse 
particularité qu'on rapporte sur le second, roi du Basan : « Og, roi 
de Basan, était resté seul de la race des Rephaïm (ou géants). 
Voici, son lit, un lit de fer, n'est-il pas encore à Rabbath, ville des 
fils d'Àmmon ? Sa longueur est de neuf coudées et sa largeur de 
quatre. » Les modernes voient volontiers dans ce « lit » aux 
dimensions colossales, près de quatre mètres et demi en longueur 

1 XXI, p. 217. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XI 

sur deux en largeur, un sarcophage de basalte. M. Halévy tient 
qu'il s'agit d'un véritable lit et d'un lit en fer ; refaisant l'histoire 
de la conquête du Galaad sur laquelle il paraît, — c'est notre con- 
frère qui l'assure, — que « certains auteurs modernes ont raisonné 
à tort et à travers », l'auteur s'inscrit en faux contre l'assertion 
formelle des Nombres, qui déclarent que Séhon avait formé son 
royaume aux dépens du territoire moabite '. Pour lui, les Amor- 
rhéens sont venus, non de l'intérieur de la Palestine, mais de la 
région du Hermon, ont battu d'anciennes populations géantes, les 
Rephaïm ci-dessus nommés, mais ont conservé à leur tête, par une 
circonstance assurément étrange, une famille appartenant à la race 
vaincue ; donc, à l'époque de la conquête, les Amorrhéens du 
Basan « avaient pour roi le dernier survivant des Rephaïtes, 
fondus dans la masse amorrhéenne. » Quoi qu'on puisse penser de 
ces combinaisons, qui paraissent soulever plus de difficultés encore 
qu'elles n'en résolvent, Og serait natif de la ville de Rabbath, 
capitale de l'Ammonitide, et son lit, pense M. Halévy, pourrait 
fort bien n'avoir été que son berceau, ce qui rendrait ses dimen- 
sions plus extraordinaires encore ; mais ces dimensions elles- 
mêmes ne sont autres que celles du lit du dieu Bel qui se voyait 
dans le principal des temples de Babylone. « Aussitôt, je laisse la 
parole à notre confrère, l'intention du Deutéronomiste devient 
d'une clarté évidente. » Les Rephaïtes, issus du commerce des 
dieux avec les femmes humaines, ont un caractère semi-divin et 
a c'est cette origine que l'auteur vise à accentuer en donnant à la 
couche d'Og les dimensions que la croyance polythéiste donnait à 
la couche de Bel, le plus ancien des dieux sémitiques. » M. Halévy 
a encore appliqué sa sagacité à l'élucidation du récit du livre des 
Juges qui raconte les origines du sanctuaire de Dan-. Il fait res- 
sortir l'intention polémique de ces pages à l'égard des deux grands 
sanctuaires du royaume du nord, du sanctuaire de Béthel où il 
veut que Michée ait installé en premier lieu une image sacrée, 
provenant d'un vol domestique, du sanctuaire de Dan qui a été mis 

1 Nombres, xxi, 26. 

2 V histoire de Michée, XXI, p. 207. 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 

en possession par la violence du simulacre précédemment vénéré 
sur le territoire d'Ephraïm. La thèse soutenue par notre confrère 
n'est pas nouvelle dans son fond, mais il l'a rajeunie par d'inté- 
ressants détails en même temps qu'il provoque le doute et parfois 
la contradiction par la hardiesse et la subtilité de ses rapproche- 
ments. 



II 



Avec la note que l'éminent historien du judaïsme, Graetz, a bien 
voulu nous donner sous ce titre : Un point de repère dans l'histoire de 
David 1 , nous sortons delà région, toujours scabreuse, des antécé- 
dents et des origines. M. Graetz établit, avec l'autorité qui lui 
appartient, combien il serait désirable de voir clair dans la succes- 
sion des faits rapportés aux derniers chapitres du second livre de 
Samuel. 11 y a là différents événements, notamment une famine de 
trois ans qui prend fin lors de l'immolation par les Gabaonites de 
sept descendants de Saùl, et une peste effroyable qui est la peine d'un 
dénombrement entrepris par David. « Jusqu'à ce jour, dit notre 
éminent confrère, ce n'est que par hypothèse qu'on a pu ranger ces 
événements parmi ceux qui sont racontés précédemment ; il était 
impossible de savoir au juste à quel moment la famine a réduit la 
population à un désespoir tel que David dut céder à la cruelle exi- 
gence des Gabaonites et livrer sept descendants de Saiil comme 
victimes d'expiation. Ce fait arriva-t-il au début du règne de David 
ou plus tard ? Ce qui frappe surtout, c'est que ces deux événements 
si importants, la famine et la peste, ne sont racontés que dans 
notre appendice. Ajoutez à cela que le récit en est interrompu par 
des incidents hétérogènes, que rien ne relie au reste du texte. Le 
récit de la famine est suivi d'un morceau sur les guerres avec les 
Philistins et les exploits accomplis dans ces guerres par plusieurs 
gibborim\ puis viennent deux psaumes de David et, de nouveau, 

1 XXI. p. 241. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIII 

brusquement, le tableau des trente-sept giboorim de David, leurs 
noms et leurs faits d'armes ; enfin, le récit du dénombrement et de 
la peste. Aucun fil ne relie ces différents appendices ; il semblerait 
qu'ils aient été ajoutés postérieurement et pêle-mêle au livre de 
Samuel. » Ces difficultés peuvent se lever au moyen d'une très 
légère correction du texte hébreu. La famine doit être reportée 
alors dans la première moitié du règne de David, avant les guerres 
contre les Philistins, les Moabites, les Ammonites et les grandes 
victoires sur les Syriens qui s'y rattachent. C'est avec intention 
que l'écrivain du corps du récit n'a cru devoir aborder ces différents 
incidents qu'après l'exposé d'événements qui se classent à une date 
postérieure. — C'est ici le cas de mentionner le compte-rendu con- 
sacré par M. Loeb à la 3 e édition du vm e volume de Y Histoire des 
Juifs de Graetz ? . Vous me saurez gré de vous en rappeler les pre- 
mières lignes : « Il faut admirer M. Graetz pour vingt raisons 
différentes et toutes également bonnes. Nous l'admirons aujourd'hui 
et nous lui apportons nos hommages pour l'application et le soin 
avec lesquels il a revu et mis au courant le huitième volume de son 
Histoire des Juifs, qui était épuisé et dont il vient de faire une 
troisième édition. Ce volume va de 1350 à l'expulsion des Juifs 
d'Espagne et du Portugal. Il serait difficile de noter les nombreuses 
rectifications, additions et améliorations de cette nouvelle édition ; 
nous allons y relever un certain nombre de questions que nous 
avons traitées nous-même dans diverses publications ou examinées 
de plus près dans le cours de nos études ». Les notes que le pré- 
sident de notre Comité de publication annonce ici avec sa modestie 
bien connue forment quinze pages, remplies des détails les plus 
précis, où vous avez retrouvé toutes ses qualités d'information aussi 
étendue qu'exacte. M. Loeb est de ceux qui ne peuvent toucher 
à un sujet, eût-il été traité avant lui par un maître comme Graetz, 
sans y apporter quelque chose de nouveau, sans s'y montrer maître 
lui-même. 

Revenons cependant à l'histoire ancienne d'Israël. Il nous reste 
à signaler un article de M. Halévy, qu'il a intitulé : Vérifications do- 

1 XXI, p. 146. 



XIV ACTES ET CONFERENCES 

runientaires de deux données bibliques relatives à Sennachèrib l . 11 
s'agit de doutes élevés par un jeune assyriologue allemand sur 
l'historicité de deux assertions des livres bibliques, la première 
avant trait à l'existence d'un haut fonctionnaire assyrien qui por- 
tait le nom de rabsaris « chef des eunuques », la seconde relative 
au lils de Sennachérib nommé Sareçer, que l'historien hébreu dé- 
clare avoir été complice de son frère Adramélec dans l'assassinat 
dont le roi assyrien fut victime pendant qu'il faisait ses dévotions 
dans le temple du dieu Nisroch. 

Nous devons aborder maintenant le travail considérable consacré 
par M. Isidore Loeb à La littérature des pauvres dans la Bible et 
qui traite exclusivement du recueil canonique des Psaumes 2 . Je ne 
saurais mieux introduire ce sujet qu'en rappelant quelques lignes 
que j'emprunte à mon prédécesseur 3 . « M. Loeb, vous disait l'an- 
née dernière M. Théodore Reinach de la place que j'occupe en ce 
moment, M . Loeb possède sur les interprètes de l'école protestante 
le précieux avantage de connaître à fond la littérature talmu- 
dique. . . Avantage, non pas tant à cause des renseignements pro- 
prement historiques que fournit le Talmud..., mais parce que le 
ïalmud nous révèle des façons de parler et de sentir, des états d'in- 
telligence et d'âme, qui dérivent en droite ligne du passé d'Israël et 
servent à l'éclairer. » Et M. Reinach ajoutait cette réflexion, que 
je suis heureux de relever parce qu'elle s'accorde avec ma propre 
façon d'envisager les choses, que « entre le Juif du Talmud et le 
Juif de la Bible, il n'y a pas ce fossé infranchissable, cette solution 
de continuité qu'imagine une exégèse mal informée ou simplement 
paresseuse : les deux recueils sont plus rapprochés par le temps 
qu'on ne le croyait naguère, ils le sont aussi davantage par l'esprit 
qui les anime. » M. Loeb avait déjà traité dans la Revue de la célèbre 
prière des Dix-huit bénédictions, du Shemonè Esrè, et fait voir que 
cette prière s'était « formée petit à petit dans ce milieu de pié- 
listes fervents qui, sous les noms de Pauvres, de Justes, de Pieux, 
d' J du milles, de Saints, composaient le noyau, le ferment actif de la 

1 XX, P . 1. 

- XX, p. 101 ; XXI, p. 1 et ICI. 

3 Rapport sur les publications, an. 1890, dans Actes et conférences, p. xvm. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XV 



population juive à son retour de Babylone. — Et si l'on observe, 
disait encore M. Reinach, que la substance de cette belle prière est 
prise presque textuellement dans divers passages des Psaumes et 
à'Isaïe, l'on sera porté à conclure que les recueils qui portent ces 
noms célèbres se sont formés en grande partie, sinon à la même 
époque, du moins dans le même milieu et sous l'influence des mêmes 
idées : nous aurions là, en un mot, autant de témoins successifs du 
grand travail religieux, moral et littéraire, qui s'est accompli dans 
la communauté de Jérusalem durant cette période si féconde, et si 
mal connue, qui s'étend depuis le retour de la captivité jusqu'à 
l'époque des Macchabées. » 

Ce qui frappe M. Loeb dans l'étude des Psaumes, c'est d'abord 
cette circonstance que, « en somme et en gros, du commencement à 
la fin, ce sont toujours les mêmes idées, les mêmes sentiments, les 
mêmes images qui reviennent et se répètent perpétuellement. » Il 
y a donc dans cette admirable collection une unité profonde, qui 
domine les différences de ton et d'allures et engage à ne pas distri- 
buer les hymnes sacrés sur une trop longue période ; notre savant 
confrère ne dissimule pas que l'époque de la Restauration lui paraît 
offrir les conditions de composition les plus favorables, parce que le 
type du Pauvre tel qu'il le conçoit s'ajuste mal aux particularités 
des temps des anciens royaumes, fort bien aux temps du second 
temple. Et ici je m'arrête tout de suite pour attirer votre attention 
sur les principes qui guident M. Loeb dans sa délicate recherche. 
Il se refuse à suivre un grand nombre de critiques contemporains 
dans leur souci de restituer le détail des circonstances où chaque 
poésie aurait vu le jour, dans leur ambition de répartir les morceaux 
du Psautier entre une série de siècles ; en d'autre termes, à la cri- 
tique qui s'efforce d'accuser les nuances, de mettre en lumière les 
variantes et les différences, voire même les contradictions, il pré- 
fère la méthode qui met en saillie l'idée maîtresse et, sous la variété 
des formes, affirme l'unité de la pensée. 11 est ainsi en réaction, — et 
vous me permettrez de l'en féliciter, — contre cette tendance, trop 
visible chez beaucoup d'hommes distingués, qui les a amenés à dis- 
loquer les livres bibliques en un si grand nombre d'éléments, de 
sources et de documents, entre tant d'écrivains et de rédacteurs, 



X\ l ACTES ET COxNFÉRENCES 

que l'inspiration qui les traverse, que le souffle qui les anime et les 
vivifie et constituent leur valeur impérissable, disparaissent, s'éva- 
nouissent et s'éteignent dans le cliquetis des arguments qui se 
croisent, dans la poussière des preuves grammaticales ou exégé- 
tiques qu'on échange entre écoles contraires et qu'on se renvoie en 
guise de projectiles. Avec M. Loeb, rien de pareil n'est à craindre ; 
attentif comme pas un aux nuances de la pensée et de l'expression, 
il estimerait n'avoir cependant rempli qu'une faible partie de sa 
tâche s'il ne faisait revivre sous nos yeux l'état du pauvre, du 
uste, de l'homme humble et pieux, dont les Psaumes chantent si 
magnifiquement et pour tous les temps les misères et les dou- 
leurs, dune part, de l'autre, les consolations et les glorieuses espé- 
rances. 

a II n'y a au fond qu'un sujet dans les Psaumes, redirons-nous 
avec notre auteur : la lutte du Pauvre contre le Méchant, Méchant 
du dedans et du dehors, et le triomphe final du Pauvre, dû à la 
protection de Dieu, qui aime le Pauvre et déteste le Méchant. Tout 
le reste gravite autour de cette donnée fondamentale. Les événe- 
ments auxquels il est fait allusion et auxquelles certaines pièces 
semblent exclusivement consacrées, ne sont pas, à nos yeux, des 
événements contemporains; le Psaume qui leur est consacré n'est 
pas un morceau d'actualité et de circonstance ; ce sont des souve- 
nirs historiques, qui servent à ramener, à varier et à illustrer le 
thème favori. » M. Loeb ne craint pas de dire que « l'effort, res- 
pectable en soi, que font les exégètes pour classer les Psaumes par 
époques, identifier les faits contemporains auxquels ils se rappor- 
teraient, découvrir leurs auteurs », lui semble « absolument illu- 
soire » ; qu'en somme, « il n'y a qu'une histoire pour les Psaumes, 
c'est l'histoire de l'âme juive à l'époque du second temple, histoire 
tout intérieure et morale où ne retentissent que de loin les événe- 
ments du dehors ». 

Si notre confrère veut faire prévaloir l'étude des doctrines et des 
sentiments dans 1 interprétation des livres bibliques , s'il leur 
attache plus d'importance qu'à des détails souvent contestables et 
contestés sur lesquels on a échafaudé de hardies constructions, s'il 
lui paraît que la Bible, livre d'instruction religieuse et morale, 



H APPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XVII 



doit être avant tout comprise dans la peinture qu'elle fait, de l'âme 
du fidèle, dans les directions où elle se propose de l'engager, il re- 
vendique non moins énergiquement son originalité. Sous prétexte 
de confirmer certaines opinions, d'ailleurs dignes de ,tout respect, 
sur l'origine et la date des livres bibliques, quelques critiques n'ont 
pas craint d'alléguer la présence de morceaux et d'écrits analogues 
dans des littératures plus anciennes, en Egypte, en Babylonie. 
Ainsi la morale du Décalogue et une bonne partie de la législation 
placée sous le nom de Moïse seraient le reflet de la morale et des 
institutions qui avaient depuis longtemps force de loi sur les bords 
du Nil ; pourquoi donc contester leur antiquité ? Les Psaumes pla- 
cés sous le nom de David ont leurs antécédents dans des psaumes 
pénitentiaux écrits à Babylone dix siècles plus tôt ; pourquoi donc 
en refuser la paternité au père de Salomon ? Il me paraît, Mes- 
sieurs, que c'est là une arme à double tranchant. Défendre la cause 
de la Bible en insinuant qu'elle n'a rien apporté de bien nouveau 
dans le monde, me semble à la fois une sorte d'aveu d'infériorité et 
la méconnaissance de son véritable caractère. Qu'elle soit plus 
vieille ou plus jeune de quelques siècles, c'est parce que la Bible 
ne s'est faite l'écho ni de l'Egypte, ni de la Chaldée, c'est parce 
qu'elle a proclamé dans le langage le plus ferme des vérités éter- 
nelles aperçues par les penseurs juifs et que d'autres nations, plus 
favorisées sous le rapport de la gloire des armes ou de l'extension 
territoriale, n'avaient point su discerner ; c'est par là qu'elle a mé- 
rité de devenir et de rester l'institutrice du monde grec et du 
monde romain. Aussi, tout en rendant hommage aux découvertes 
accomplies sur le domaine des civilisations anciennes de l'Egypte, 
de l'Assyrie, de la Phénicie, qui jettent souvent la lumière sur 
maint détail des livres sacrés et les éclairent de la façon la plus 
heureuse, je ne puis, pour ma part, m'empêcher de concevoir 
quelque appréhension du propos affiché par quelques-uns de placer 
les études bibliques sous la dépendance , en quelque sorte , et 
sous la férule de l'archéologie orientale et, à cette occasion, il 
m'arrive de murmurer à mi-voix la parole du prophète Jérémie : 
« Qu'avez-vous à faire d'aller en Egypte pour boire l'eau du Nil ? 
Qu'avez-vous à faire daller en Assyrie pour boire l'eau dei'Eu- 

ACT. ET CONF. fi 



XVI 11 i ACTES ET CONFÉRENCES 

phrate * ? » II me souvient aussi de ce qui arriva au général sy- 
rien Naaman, atteint de la lèpre et qui avait eu, vous le savez, re^ 
cours au ministère du prophète Elisée, Après que celui-ci lui eut 
fait dire : « Va et lave-toi sept fois dans le Jourdain, ta chair rede- 
viendra saine et tu seras pur », l'officier étranger éprouva un vif 
mouvement de mauvaise humeur, dont il ne fut pas le maître. 
« Eh quoi! dit-il, les fleuves de Damas, l'Abana et le Parpar ne 
valent-ils pas mieux que toutes les eaux d'Israël? Ne pourrais-je 
pas m'y laver et en sortir purifié? » Cependant, la réflexion l'em- 
porta et, s'étant conformé aux indications d'Elisée, le général païen 
se convainquit si bien des vertus du Jourdain qu'il jura de n'adorer 
plus désormais que le Dieu d'Israël, que celui qui recevait un culte 
sur la terre de Chanaan 2 . Il en sera ainsi, Messieurs, de tous ceux 
qui feront sincèrement la comparaison entre la Bible et les livres 
saints de l'antiquité orientale. Quiconque aura goûté l'eau du Jour^ 
dain n'en voudra plus d'autre. 

C'est ainsi que M. Loeb se refuse à voir un argument considé- 
rable en faveur de l'antiquité des Psaumes dans la circonstance 
qu'on a trouvé des psaumes de pénitence chez les Babyloniens. 
« Le fidèle, dit-il, y est représenté aussi comme le serviteur de son 
Dieu ; le ton est le même que dans nos Psaumes et on assure que 
ces compositions remontent au-delà du xx° siècle avant notre ère. 
De ce qu'il y a eu des psaumes si anciens en Babylonie, on pourrait 
tout au plus conclure qu'il y en a eu peut-être aussi chez les 
Hébreux, mais non que nos Psaumes hébreux soient anciens. » A 
l'autre extrême, M. Loeb rencontrait d'éminents exégètes, qui 
rapportent la composition d'un grand nombre de Psaumes aux 
luttes engagées sous les premiers Macchabées; on sait que cette opi- 
nion a trouvé notamment un défenseur dans M. Reuss, l'éminent 
critique alsacien. Notre confrère se refuse à le suivre et donne de 
solides raisons en faveur de l'attitude qu'il adopte. Il est à noter 
qu'il ne partage pas non plus le scepticisme de plusieurs récents 
auteurs à l'égard des titres, qu'ils imaginent avoir été mis après 



1 Jérémie, n, 18. 
s II Rois, v, 9 suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XIX 

coup en tête de la plupart des morceaux : « Il n'y a pas de raison 
sérieuse, à ce qu'il semble, j'emprunte ses paroles, de faire remonter 
nos suscriptions à d'autres qu'aux auteurs mêmes et l'on trouvera 
peut être que cette hypothèse présente des avantages sur l'hypo- 
thèse courante. » Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit plus 
haut de la parenté spirituelle que M. Loeb relève très justement 
entre les Psaumes et la seconde partie des prophéties à'Isaïe, où 
la personne du Pauvre ou du Serviteur de Dieu affligé et meurtri 
prend une si grande importance. 

Et maintenant, Messieurs, ces Pauvres désigneraient-ils de véri- 
tables confréries comme on a pu le supposer, ou simplement des gens 
étroitement unis par une communauté de doctrine, de tendances, de 
pratiques ? La question reste ouverte et notre collègue ne la tranche 
point : « Si les Psaumes, en effet, parlent très souvent de l'assem- 
blée, de la communauté, des réunions et même de la société ou des 
associations des Pauvres ou des fidèles, les expressions dont ils 
se servent dans ces circonstances restent assez vagues pour nous et 
il est difficile de dire si elles désignent des réunions accidentelles, 
comme, par exemple, celle de fidèles dans une maison de prières, ou 
de véritables sociétés. Quoi qu'il en soit, il est certain que les 
Pauvres aimaient à se réunir en groupes, organisés ou non, et 
quïls se sentaient particulièrement heureux de vivre en commun 
avec quelques-uns de leurs amis ou au moins de passer de longues 
heures ensemble. » 

Cela dit, je voudrais m'arrèter et vous faire un devoir de con- 
science à tous de consacrer quelques jours à la lecture attentive de 
ce travail, vraiment admirable par la précision. des détails et l'ex- 
traordinaire sagacité dont l'auteur a accumulé les preuves. Quand 
même vous pourriez être disposé à contester les vues de notre col- 
lègue sur la question générale de date et d'origine l , il n'est pas pos- 
sible que la collection des Psaumes ne vous apparaisse pas désor- 
mais infiniment plus riche encore que vous ne le soupçonniez, 
ouvrant au sentiment et à l'esprit des perspectives pour ainsi dire 
illimitées. Voici par exemple, et c'est sur cette dernière citation 

1 Voyez la lettre de M. le rabbin Michel Mayer, XXI, p. 298. 



XX , ACTIFS ET CONFÉRENCES 



que je prendrai congé d'un travail aussi attachant, une déclaration 
d'une singulière importance pour l'appréciation de l'avenir religieux 
que rêvent les Psaumes : « Quand on voit la place énorme occupée 
parles Nations (païennes) dans la pensée juive, on reste frappé 
d'étonnement. Comment ce petit peuple, numériquement si faible 
et presque sans influence, a-t-il pu concevoir cette utopie grandiose 
du rapprochement des Nations ? Qu'avait-il tant à s'occuper des 
Gentils, de leur avenir, de leur conversion ? Se figure-t-on à 
l'époque où vivaient les auteurs des Psaumes, dans ce petit coin 
presque ignoré de la Palestine, gouverné par un obscur fonction- 
naire perse, un pauvre Juif qui, tous les jours, se demande ce que 
pensent et disent de lui les Nations, comme si toutes les Nations 
avaient les yeux tournés vers lui, et qui se flatte d'aller proclamer 
Dieu parmi les Gentils, comme si les Gentils faisaient cercle pour 
l'écouter ? Et cependant le fait est là, quelque extraordinaire qu'il 
soit : les Juifs ont eu cette haute ambition de voir les Gentils se 
grouper autour d'eux et s'unir au nom du vrai Dieu. » 

Ne vous y trompez pas, Messieurs, ces déclarations si nettes, 
si catégoriques, ne seront pas accueillies par tous avec empresse- 
ment ; elles provoqueront notamment de vives contradictions dans 
les cercles critiques où, par réaction contre le dogmatisme étroit des 
âges précédents, sous l'influence de l'esprit rationaliste, prépondé- 
rant depuis un siècle en matière d'études bibliques, on s'efforce de 
ramener les hommes, les faits et les idées aux proportions des évé- 
nements de la vie commune. Or, il y a dans cette soif de propagande 
religieuse, dans cette ambition messianique, quelque chose de vrai- 
ment extraordinaire et qui sort du terre à terre, quelque chose qui 
dépasse de mille coudées les régions de la sagesse tempérée, de l'équi- 
libre des passions et des enthousiasmes, où tant d'hommes distin- 
gués se confinent volontairement par crainte des surprises de l'in- 
connu et du divin. En vain, on cherchera à rabaisser, à restreindre 
ces sublimes espérances, en disant: C'est la revanche de l'utopiste 
contre la médiocrité de sa situation présente, mais ce n'est point un 
programme d'action ; réduit au rôle de petite communauté reli- 
gieuse, le Judaïsme s'exalte dans la méditation d'un glorieux passé, 
se grise de visions d'avenir, et, si vous me permettez une exprès- 



RAPPOUT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXI 

sion empruntée à l'argot scientifique devenu à la mode, s'hypnotise 
dans la contemplation d'un point brillant et lumineux qui n'a d'exis- 
tence que dans son imagination. 

Et nous aussi, Messieurs, sous l'influence de maîtres éminentsqui 
avaient guidé nos premiers pas dans la carrière scientifique, nous 
avions, — je puis bien vous en faire l'aveu, — incliné à refuser à 
l'espérance messianique les caractères de vues nettement arrêtées 
et pleinement conscientes d'elles-mêmes ; depuis quelques années, 
des recherches poursuivies avec la plus complète indépendance nous 
ont convaincu que nous étions dans une fausse voie et que la doc- 
trine de l'universalisme religieux se trouve exprimée dans les Pro- 
phètes comme clans les Psaumes, bref dans l'ensemble des livres 
bibliques, d'une façon catégorique et indiscutable, qu'elle les domine 
d'un bout à l'autre, qu'elle seule en assure la pleine et complète 
intelligence. 11 s'en est fallu de peu que la publication de nos propres 
résultats ne précédât celle des conclusions de notre savant confrère. 
Mais nous sommes loin de nous plaindre d'avoir été devancé, parce 
que nous trouvons dans les déclarations de M. Loeb un singulier 
encouragement en même temps qu'il nous fournit de nouveaux et 
décisifs arguments ; à son tour, il ne sera pas insensible, nous osons 
l'espérer, à la confirmation de vues aussi essentielles que lui 
apporte un collègue parti d'un point de l'horizon religieux aussi 
éloigné du sien et qui se rencontre avec lui dans le lieu qu'on peut 
appeler le centre même de la vérité religieuse. Nous dirons donc 
avec M. Loeb que « cette théorie est aussi bien dans les Prophètes 
que dans les Psaumes ; qu'il y a déjà du messianisme dans l'oppo- 
sition que font les prophètes à toute alliance politique ou militaire 
! des Hébreux avec les étrangers, les Egyptiens et les Babyloniens ; 
" que, quoi qu'il en soit, une chose est sûre et parait démontrée dans 
les Psaumes, c'est qu'à l'époque du second temple, un grand zèle de 
propagande religieuse s'était emparé des Juifs, soit qu'ils aient 
rencontré, pour répandre le judaïsme, des circonstances particuliè- 
rement favorables, soit qu'ils y aient été poussés par l'ardeur toute 
w nouvelle de leur piété. » Cette doctrine de la conquête pacifique du 
monde par les adorateurs du vrai Dieu, créateur des cieux et de la 
terre, Dieu de justice et de miséricorde tout à la fois, est passée, 



XXII ACTES ET CONFERENCES 

- " <, ■ — — ■■ - ■ ■ ■ — ... — ... ■ ■ i . _ 

vous le savez, sans modification sensible dans le christianisme, en 
sorte, Messieurs, que si la noble ambition de vos ancêtres ne s'est 
pas réalisée exactement sous la forme qu'ils avaient indiquée, si 
Jérusalem n'est pas devenue le centre religieux des nations répan- 
dues à la surface de la terre, au moins le livre écrit à Jérusalem, 
la Bible, est devenu le guide spirituel, le consolateur et le moniteur 
par excellence de l'humanité. En présence des progrès de la science, 
des merveilles de l'industrie contemporaine, dans la France du cen- 
tenaire, à travers tant d'incroyables bouleversements accomplis 
depuis plus de vingt siècles dans les institutions politiques, clans les 
races, dans les mœurs, dans le degré et la nature de nos connais- 
sances, la sublime folie des prophéties et des Psaumes se vérifie 
comme une réalité qu'on peut toucher du doigt : « Racontez la 
gloire de Dieu parmi les Nations, ses merveilles parmi tous les 
peuples ; dites parmi les Nations : C'est Dieu qui est Roi i ! » 



III 



L'époque qui avoisine les environs du christianisme et voit se con- 
sommer la ruine de l'indépendance juive, nous a fourni un sérieux 
contingent de mémoires ou de notes d'un caractère solide et nourri. 
Vous applaudissiez au mois de mai dernier la conférence que vous 
donnait M. Salomon Reinach sur VArc de Titus ; vous l'avez retrou- 
vée depuis dans votre Revue, accompagnée d'une belle héliogra- 
vure 2 . M. Reinach a restitué avec sa science exacte, avec sa 
connaissance si sûre et si complète des sources et des documents, 
d'abord les circonstances douloureuses du triomphe par lequel Ves- 
pasien et Titus célébrèrent à Rome, au mois de juin 71, l'écrase- 
ment du judaïsme, puis les conditions dans lesquelles fut établi l'arc 
de Titus qui subsiste encore aujourd'hui et dont les parties essen- 
tielles ont survécu aux ravages du temps. Un premier arc avait été 
élevé, du vivant même de Titus, mais qui a disparu sans laisser de 



1 Psaumes, xcvi, 3, 10. 

' Actes et conférences, p, lxv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XX11I 

traces ; on nous a seulement conservé la mention de l'inscription 
qu'il portait et de la formule, assurément inattendue, d'après la- 
quelle le vainqueur est félicité d'avoir « dompté la nation des Juifs 
et détruit la ville de Jérusalem, que tous les généraux,, tous les rois, 
tous les peuples antérieurs avaient vainement attaquée ou qu'ils 
n'avaient pas même essayé de réduire ». En présence de ces hâble- 
ries, M. Reinach n'a pas manqué de rappeler que. selon les docu- 
ments à nous transmis, Jérusalem avait été prise successivement 
par deux rois d'Egypte, trois rois d'Assyrie ou de Chaldée, par les 
Ptolémées, ( les Antiochus et Pompée lui-même. Sans déprécier le 
mérite de Titus, qui eut affaire à singulièrement forte partie, il faut 
avouer que son panégyriste en a usé à son égard avec une singu- 
lière désinvolture, en feignant d'ignorer des faits dont chacun était à 
même de vérifier l'exactitude. L'arc à l'étude duquel s'est consacré 
M. Reinach fut construit sous le règne de Domitien. A l'étude vrai- 
ment définitive, aussi riche que sobre, que notre confrère lui a 
consacrée, je n'emprunterai qu'un curieux détail. Au moyen âge, 
la population romaine l'avait baptisé du nom à'Arcus septem lucer- 
narum, d'arc clés sept lampes, à cause du chandelier à sept branches 
qui est le détail le plus caractéristique de sa décoration ; ainsi 
s'expliquerait une singulière légende, rapportée par un auteur alle- 
mand et d'après laquelle, tous les feux ayant été éteints un jour dans 
Rome par les sortilèges d'un magicien, les habitants vinrent deman- 
der la flamme nécessaire à l'arc de Titus, sans doute au candélabre 
dont il portait l'image. 

M. Epstein a consacré une importante étude au Livre des Ju- 
bilés l qu'il rapproche de Philon et du Midrasch Tadschè ; je n'en ai 
encore sous les yeux que la première partie. « L'Hellénisme juif, 
.dit- il, avec sa théosophie originale, son historiographie et son 

i 

explication allégorique de la Bible, ne manqua pas de produire une 
.puissante impression sur le judaïsme palestinien. L influence de 
l'alexandrinisme sur l'essénisme et le christianisme fut grande ; 
même les Pharisiens, restés fidèles à 1 antique croyance, ne purent 
s'y soustraire entièrement.» M. Epstein s'est surtout proposé de 

1 XXI, p. 80. 



XXIV 



ACTES FfT CONFÉRENCES 



mettre en lumière les citations d'un ouvrage essénien-hellénique 
attribué au tannaïte Pinhas ben Iaïr, qui se retrouvent à l'état de 
vestiges dans l'opuscule dénommé Midrasch Tadschè et dans la litté- 
rature caraïte. Ces recherches délicates, conduites avec une solide' 
érudition, sont d'un véritable intérêt. — Dans une note intitulée : 
Un mot sur la dogmatique du christianisme primitif l , M. Graetz 
émet l'idée que la divinisation de la personne de Jésus envisagé 
comme Messie a pris appui sur certaines exagérations de l'Essé- 
nisme relatives à la personne de Moïse. 

: Les mémoires ou travaux relatifs à l'histoire du judaïsme dans la 
dispersion et dans les temps modernes sont dominés par l'étude de 
M. Loeb, intitulée : Le Juif de V histoire et le Juif de la légende-. Sous 
une forme vive et souvent piquante, on y trouve des vues très 
justes et des aperçus profonds, qui reposent sur une rare connais- 
sance tant du passé que du présent du judaïsme. Vous l'avouerai-je ? 
la lecture de ces pages charmantes, qui réfutent avec tant de bonne 
grâce et d'à-propos une série de calomnies grotesques et d'insi- 
nuations qui touchent à la bêtise, m'a presque réconcilié avec l'agi- 
tation superficielle qui se décore du nom pompeux d'antisémitisme ; 
en effet, ne lui sommes-nous pas redevables d'une plaquette exquise, 
qui survivra à de gros volumes aussi pesants et haineux que mal 
informés ? Il y a un an, alors que M. Loeb prenait la parole devant 
vous, vous étiez encore sous le coup d'attaques bruyantes; aujour- 
d'hui que ce tapage est tombé, vous savez où trouver la réponse à 
de nouvelles injures si elles venaient à se reproduire; vous tes ac- 
cueilleriez avec un tranquille dédain en opposant à de grossiers 
outrages des faits précis, puisés aux bonnes sources. 

Différents points de l'histoire du judaïsme dans la dispersion ont 
été traités dans les Notes sur l'histoire des Juifs, de M. Loeb 3 ; 
dans les Contributions à Vhistoire des Juifs en Italie, de M. David 
Kaufmann 4 ; dans la suite des intéressantes notices intitulées : Les 
Ju'fs d! Orient d'après les géographes et les vogageurs, de MM. Salo- 



1 XX, p. 11. 

* Actes et conférences, p. xxxm. 
3 XX, p. 23. 

* XX, p. 34. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXV 



mon Reinach et Israël Lévi * ; dans les Additions à l'histoire de la 
persécution des Juifs dans la Haute-Silèsie en 1533, de M. Kra- 
eauer 3 ; dans une note sur la Conversion des Khazars, de M. "W. Bâ- 
cher 3 ; dans une intéressante discussion provoquée par un mémoire 
présenté par M. Halévy à l'Académie des Inscriptions, où M. l'abbé 
Duohesne figure par une Note sur le massacre des chrétiens himya- 
riies au temps de l'empereur Justin 4 , et M. Halévy par une réplique 
intitulée: Remarque sur un point contesté s ; dans une note de 
M. Graetz sur la Police de V Inquisition d'Espagne à ses débuts G ; 
dans la série si ingénieusement commencée par M. Israël Lévi, sous 
le titre de Juif de la légende 7 ; dans plusieurs notes de M. Kauf- 
mann, parmi lesquelles je distingue celles relatives à la Truie de 
Wittenberg, à Un Siècle de l'existence d'une famille de médecins juifs, 
et aux Victimes de la prise d'Ofen, en 1686 8 . 

Au chapitre de la lexicographie, de la grammaire, de l'étude des 
manuscrits et des inscriptions, de la bibliographie et des publica- 
tions de textes, je classerai une série de travaux, tous dignes d'in- 
térêt, quelques-uns d'une véritable originalité : au premier rang, 
l'étude de notre vénéré confrère M. Joseph Derenbourg, Gloses 
d' Aboie Zakariga ben Bilam sur Isaïe et les remarques du même sur 
le Nom du traité de Moed-Katon et la Critique de Saaclîa °; les Nou- 
velles remarques sur l'inscription d'Auch, de MM. Kaufmann et 
Th. Reinach 10 ; V Accent tonique en hébreu, de M. Lambert 11 ; les 
Antiquités judaïques en Tripolitaine, de M. Cazès 12 ; la notice sur 
Deux inventaires d'anciens livres hébreux, de M. Leonello Modona 13 ; 

1 XX, p. 88. 

2 XX, p. 108. 

3 XX, p. iM. 

4 XX, p. 220. 

5 XXI, p. 73. 

6 XX, p. 237. 

7 XX, p. 249. 

8 XX, pp. 2G9, 275 ; XXI, pp. 133, 140, 143. 

9 XX, pp. 136, 137 et 223. — Voyez du même, XXI, 285, 289, 293. — Voyez 
aussi les Additions à l'autobiographie de Lipman Heller, par M. Brann. 

10 XX, p. 29. 

11 XX, p. 73. 

12 XX, p. 78. 

13 XX, p. 117. 



XXVI /CTES ET CONFERENCES 



un Nouveau manuscrit de la bibliothèque de Nîmes, par M. J. Si- 
mon ! ; la Revue bibliographique de M. Isidore Loeb 2 ; l'étude de 
M. David de Gunzbourg sur Y Origine du mot Talit 3 et une note de 
M. Epstein sur le même sujet 4 ; Ycdaga de Bèziers, par M. Ad. 
Neubauer 5 ; l'étude de M. Moïse Schwab sur les Inscriptions hé- 
braïques d'issoudun et de Senneville G ; les Hèbraisants chrétiens du 
xyii 6 siècle, de M. Kayserling 7 ; le Trésor des Juifs Sèphardim, de 
M. Cardozo de Béthencourt s ; le Kitab al-Mouhâclara iva-l-Mou- 
dhâkara de Moïse ben Ezra et ses sources, par M. Martin Schreiner 9 ; 
le Commentaire sur Job de Samuel ben Nissim d'Alep, par M. W. 
Bâcher 10 ; la première partie d'une intéressante étude de M. Jo- 
seph Perles sur Ahron ben Gerson Aboulrabi 11 ; diverses notes de 
MM. Fuerst, Israëlsohn, Porgès, Schwarz, Halberstam 12 , enfin une 
dissertation de M. Joseph Halévy sur un point qui rentre à peine 
dans le domaine de nos travaux, mais dont les conclusions sont 
de nature à nous intéresser. Ce sont des Notes sur quelques textes 
aramèens publiés dans le Corpus i?iscriptionum semiticarum l3 . Notre 
confrère en a dégagé des résultats sur l'extension antique de 
l'araméo-chaldéen. 

* 

Je vous ai, Messieurs, dressé le fidèle inventaire de nos travaux 
au cours de l'année écoulée ; vous voyez qu'elle a été fructueuse et 
votre Conseil peut se présenter de nouveau à vous avec le senti- 
ment qu'il a continué de mériter votre confiance et vos encourage- 
ments. Satisfait des résultats déjà obtenus, heureux de paraître 

1 XX, p. 147. 

2 XX, p. 148 et XXI, p. 302. 

3 XX, p. 16. 

4 XX, p. 301. 

5 XX, p. 244. 

6 XX, p. 253. 

7 XX, p. 261. 

8 XX, p. 287. 



- A.A., p. 20/. 

9 XXI, p. 98. 

10 XXI, p. 118. — Voyez encore du même, XXI, 281. 

11 XXI, p. 246. 

" XX, pp. 302, 304, 307, 314 ; XXI, pp. 278, 280. 
13 XXI, p. 224. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXVII 

devant vous avec vingt et un volumes qui apportent sur bien des 
points des vues nouvelles ou des documents inédits, il réclame plus 
que jamais votre concours pour la tâche qu'il lui' reste à accomplir. 
Il n'est pas de ceux qui entrevoient le moment où ils pourraient 
dire : 

Hic tandem stelimus, nobis ubi de fuit orbis. 

Plus nous avançons, Messieurs, dans nos recherches, plus nous 
nous apercevons, au contraire, que le champ que vous nous avez 
donné mission de cultiver s'étend pour ainsi dire à l'infini. Quel ad- 
mirable, quel inépuisable sujet d'études, depuis les questions que 
soulèvent les relations primitives des Hébreux avec les civilisations 
et les religions les plus antiques de l'Orient jusqu'aux fouilles entre- 
prises dans les bibliothèques pour restituer la chronique des groupes 
juifs dispersés pendant dix-huit siècles dans tous les pays du monde 
et y réalisant ce modèle du pauvre, cle l'affligé, du persécuté, que 
nous a si bien décrit M. Loeb, — le tout dominé par ce livre unique, 
qui est l'œuvre de vos pères et qui continue de solliciter la pensée 
moderne par tant de problèmes attachants, en même temps qu'il 
nourrit de sa moelle la meilleure part de l'humanité ! A l'œuvre, 
donc, Messieurs, et ne voyez dans les résultats dont nous vous fai- 
sons part aujourd'hui, qu'un engagement à faire autant et, s'il est 
possible, mieux encore à l'avenir. 



L'ARMÉE ROMAINE 

AU SIÈGE DE JÉRUSALEM 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

LE 20 DÉCEMBRE 1890 

Par M. R. CAGNAT. 



Présidence de M. Théodore Reinach, vice-président. 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

En l'absence de notre respecté président, retenu par un engage- 
ment antérieur, en l'absence aussi de mon collègue, M. Hartwig 
Derenbourg, c'est à moi que' revient l'honneur de vous présenter 
le savant conférencier qui doit vous entretenir ce soir. Je m'ac- 
quitte de ce devoir avec d'autant plus de plaisir que M. Cagnat 
est pour moi un ami d'ancienne date, et que cependant, dans la 
bienvenue cordiale que je lui souhaite en votre nom, l'amitié ne 
coûtera rien à la vérité. 

M. Cagnat n'est un inconnu pour aucun de ceux qui s'intéressent 
à l'antiquité romaine, et ils sont nombreux dans un pays qui est 
resté aux trois quarts romain par la langue, les lois et les traditions. 
En très peu d'années il a su conquérir une place considérable parmi 
le.5 jeunes maîtres qui, à la façon des lieutenants d'Alexandre, ont 



L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JERUSALEM XXIX 

dû se partager le vaste domaine conquis à la science par l'illustre 
Borghesi. Ce domaine, vous le savez, c'est celui de l'épigraphie 
appliquée à l'étude des antiquités romaines. Simple innovation de 
méthode, semble-t-il ; mais ici, surtout en ce qui concerne la 
période impériale, l'innovation a pris la proportion d'une véritable 
rénovation. 

Les historiens anciens, Tacite, Suétone, Dion Cassius, nous ont 
raconté en grand détail les guerres, les révolutions de palais, les 
conspirations, les crimes et les vertus privées des empereurs et des 
mpératrices. C'est là une partie de l'histoire, la plus émouvante 
peut-être ; ce n'est pas l'histoire tout entière. Le lecteur du 
xix e siècle s'intéresse à bien d'autres choses dans cette période de 
plus de quatre cents ans qu'embrasse l'histoire de l'empire ro- 
main. On veut savoir comment cet empire colossal était habité, 
subdivisé, gouverné ; par quels rouages l'action du pouvoir central 
se transmettait aux provinces ; suivant quelles règles y fonction- 
naient l'armée, le culte, les finances, l'administration, bref tous les 
grands services publics. On veut aussi savoir comment vivaient les 
hommes de ce temps-là, ce qu'ils aimaient, ce qu'ils croyaient, quel 
trésor de souvenirs leur avait légué le passé, quelles aspirations 
confuses y préparaient l'avenir. 

Tout cela, Messieurs, tous ces détails qui constituent, pour parler 
comme Montaigne, la « moelle substantifique » de l'histoire, les 
historiens anciens n'en ont cure ; ils les supposaient connus de leurs 
lecteurs, et ne pouvaient pas se faire par la pensée les contempo- 
rains des curiosités futures. Heureusement, si les historiens nous 
manquent, nous avons les pierres et les médailles ; mais ce sont là 
des témoins modestes et renfermés, qui ne livrent leur secret qu'à 
ceux qui savent les interroger. M. Cagnat est de ceux-là ; il a tout 
ce qu'il faut pour faire un bon juge d'instruction, car il est à la fois 
homme d'action, écrivain et orateur. 

Explorateur habile et endurant, il a rapporté naguère de ses 
deux campagnes en Tunisie toute une moisson de documents topo- 
graphiques et épigraphiques ; écrivain, il nous a donné, entre autres 
ouvrages, une lumineuse Histoire des impôts indirects sons les Ro- 
mains et un Manuel tfèpigraphie latine qui est entre les mains de 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

tous les étudiants; professeur enfin, il enseigne l'épigraphie romaine 
depuis plusieurs années au Collège de France, et dans cette chaire, 
illustrée par Léon Renier et Ernest Desjardins, il enseigne comme 
il écrit, avec clarté, avec simplicité, avec méthode, avec cette 
parfaite bonne foi du vrai savant qui n'a pas de plus vif désir que 
d'émanciper ses élèves, de leur apprendre à se passer de lui le plus 
tôt possible. Ajouterai-je, Messieurs, au risque de blesser la modes- 
tie de mon ami, que la réputation scientifique de M. Cagnat a 
depuis longtemps franchi les bornes de notre pays ? Lorsque l'Aca- 
démie de Berlin s'est mise en quête d'un collaborateur compétent 
pour refaire le recueil des inscriptions d'Afrique, l'une des parties 
les plus importantes du Corpus inscriptlonum laïinarum, c'est à 
notre compatriote qu'elle s'est adressée, et cette invitation faite 
avec courtoisie et acceptée avec désintéressement, honore autant 
l'érudit français que l'Académie allemande. 

Dans cet enseignement du Collège de France auquel je faisais 
allusion tout à l'heure, M. Cagnat a pris, à diverses reprises, pour 
matière de ses leçons Vannée romaine ; on dit même qu'il prépare un 
ouvrage d'ensemble sur ce vaste et difficile sujet. C'est en quelque 
sorte un chapitre ou un extrait anticipé de ce grand ouvrage qu'il a 
consenti à nous apporter ce soir, et ce chapitre se rattache direc r 
tement à l'objet ordinaire de nos études. Il n'est personne de vous 
qui, en lisant les péripéties de ce drame qu'on appelle le siège de 
Jérusalem par les Romains, n'ait éprouvé le désir d'être renseigné 
un peu plus exactement sur la nature, la composition, l'organisation 
de l'armée, ou plutôt des armées, qui, à force de discipline, ont su 
triompher de la résistance la plus opiniâtre et la plus héroïque. Ces 
renseignements militaires, nous les chercherions vainement dans 
Josèphe ou dans les historiens modernes, qui n'ont guère fait que 
paraphraser son récit ; M. Cagnat, plus curieux et mieux informé, 
va vous les fournir. J'aime à placer sa tentative sous le patronage 
d'un des noms qui nous sont restés les plus chers. Dans un des. 
premiers numéros de notre Revue, notre regretté collègue Arsène 
Darmesteter vous avait déjà montré quel parti fécond peut tirer des 
sources épigraphiques l'historien de la révolte des Juifs contre 
Hadrien. Eh bien, ce que Darmesteter, qui, en épigraphie, n'a 



L'AHMEE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM XXXI 

jamais prétendu qu'au titre d'amateur, avait esquissé pour la 
deuxième insurrection juive, il appartient à un épigraphiste de 
profession de le réaliser pour la première. Suivons donc avec con- 
fiance M. Cagnat dans le camp de l'ennemi, dans ces retranche * 
ments formidables que les Romains viennent de planter devant les 
murs de la cité sainte. Ce qu'il va vous y montrer, je l'ignore, car 
je ne suis pas dans le secret des dieux et de M. Molteni. Peut* 
être va-t-on faire dénier sous vos yeux les chefs et les uniformes 
des différents corps de troupes ; peut-être (comme feu Léon Renier 
dans un mémoire resté célèbre) vous fera-t-on pénétrer dans la 
tente de Titus pour assister à un conseil de guerre. . . Mais trêve 
d'hypothèses qui ne servent qu'à faire languir votre impatience. 
Tout ce que je puis vous promettre, c"est que sous la conduite d'un 
guide aussi expérimenté, vous ne risquez ni de vous perdre ni de 
vous ennuyer. Je vous en donne dès à présent ma parole ; vos ap- 
plaudissements ne tarderont pas à la dégager. 

M. Cagnat répond : 

Mesdames, Messieurs, 

Mon camarade et ami S. Reinach vous a entretenus, l'hiver der- 
nier, de l'arc de triomphe élevé à Rome par Titus à la suite de la 
prise de Jérusalem. Il vous a montré les deux empereurs, le père 
et le fils, montant en triomphateurs au Capitole, et faisant retracer 1 
sur la pierre cette phase glorieuse de leur existence et de leur règne. 

Je ne reviendrai pas aujourd'hui sur ce sujet — je perdrais trop 
à la comparaison ; je remonterai plus haut, et je vous ferai voir 
l'armée romaine à l'œuvre devant la capitale de la Palestine, depuis 
le moment où elle se concentra autour de Jérusalem jusqu'à celui 
où, après l'avoir enlevée d'assaut, elle regagna ses garnisons ha- 
bituelles. 

Quand je dis que je vous la montrerai à l'œuvre, je n'entends pas 
vous annoncer que je vous ferai le récit de la guerre et de ses 
diverses péripéties. Cette histoire a été racontée par un témoin, 
écrivain de talent, juif lui-même, d'abord défenseur de son pays, 



XXXI 1 ACTES ET CONFÉRENCES 



puis prisonnier de Vespasien après de hauts faits d'armes, et dé- 
sarmé par la clémence de son vainqueur, l'historien Josèphe. 
Raconter le siège de Jérusalem serait le répéter ou l'abréger : et 
c'est ce que ne peut songer à faire quelqu'un qui a l'honneur de 
parler devant vous. • 

Mon dessein est tout différent. Je n'ai pas d'autre ambition que 
de vous mettre à même de suivre le récit de Josèphe lorsqu'il vous 
plaira de le lire ou de le relire si vous l'avez déjà lu. J'essaierai 
de faire revivre devant vous la physionomie des choses ou des 
hommes qui ont pris part du côté des Romains à ce siège mémo- 
rable; nous verrons pourquoi la guerre a éclaté et quelle part de 
responsabilité revient à Rome dans cette affaire; je vous présen- 
terai successivement les chefs et les soldats de l'armée assiégeante, 
je vous expliquerai l'organisation des différents corps qui la com- 
posaient, leur armement, leur mode d'attaque. Ce sera, si vous le 
voulez, une visite aux tranchées que nous ferons ensemble. 

Vous en sortirez convaincus, je le suppose du moins, que si 
Jérusalem est tombée, c'est qu'elle ne pouvait éviter son sort, tant 
les moyens employés pour l'attaquer étaient puissants et savam- 
ment combinés, tant l'armée romaine était fortement organisée, 
tant les généraux étaient habiles et les troupes dressées pour la 
victoire. ; •. 

Au moment où éclata la guerre de Judée, le gouverneur du pays 
était un procurateur. Pour comprendre la valeur du mot et les 
conséquences qu'entraînait un pareil régime, il faut savoir que les 
provinces romaines, à l'époque impériale, se divisaient en trois 
catégories. 

Il y avait d'abord les provinces « non armées », 'celles qui, n'é- 
tant point situées aux frontières de l'empire, n'étaient point occu- 
pées par des troupes. Celles-là, l'empereur les abandonnait au Sénat 
qui y envoyait des proconsuls, c'est-à-dire de grands personnages, 
quelques-uns anciens consuls, qui tous appartenaient à la haute 
noblesse. 

A côté des provinces sénatoriales il faut citer celles que l'empe- 
reur gouvernait au moyen de légats propréteurs, provinces confi- 



L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM XXXlll 



nant aux Barbares, où l'on devait entretenir des troupes nombreuses 
et où le commandement ne pouvait être exercé que par le prince, 
chef suprême de l'armée ou par ses représentants. Comme les pro- 
consuls, les légats propréteurs étaient des sénateurs, anciens pré- 
teurs ou anciens consuls, apparentés aux familles les plus illustres 
et les plus riches de l'empire. Les - uns comme les autres pouvaient 
donc, sans arrière-pensée personnelle, s'occuper des intérêts de 
leurs administrés, d'autant plus qu'ils recevaient des traitements 
souvent considérables : le proconsul d'Afrique, par exemple, tou- 
chait annuellement 1 million de sesterces (250,000 francs). Les 
procurateurs, au contraire, n'étaient que des chevaliers romains. Et 
pour être chevalier, point n'était besoin d'une haute naissance ou 
d'une grande fortune : il fallait avoir un cens de 400,000 sesterces 
(100,000 fr.), et se faire agréer de l'empereur, qui, chaque année, 
dressait la liste des chevaliers, c'est-à-dire de ceux qu'il destinait 
dans un avenir plus ou moins voisin à de petits commandements 
militaires ou à des fonctions administratives. Une de celles qui 
étaient réservées aux membres de l'ordre équestre, était préci- 
sément l'administration des provinces procuratoriennes. Les trai- 
tements de semblables gouverneurs étaient relativement minimes ; 
les plus favorisés étaient appointés à 200,000 sesterces (50,000 fr. ), 
mais la majorité n'en touchait que 15,000. Ces provinces étaient 
dans une situation toute particulière ; elles appartenaient non pas 
au peuple romain mais à l'empereur lui-même, qui y avait hérité les 
droits et les charges des anciens rois du pays ; le gouverneur y était 
donc moins un fonctionnaire de l'Etat que le gérant, le manda- 
taire du prince.' Appelé à y faire les affaires de son maître, il trou- 
vait moyen de faire en même temps les siennes. 

C'est un homme de cette sorte qui était à la tète de la Judée à la 
fin du règne de Néron. Il se nommait Gessius Florus. La famille 
Gessia est une famille obscure; tous ceux de ses membres dont nous 
avons gardé le souvenir sont de petites gens. Lui était certainement 
un parvenu. Il était grec d'origine, né à Clazomène-, par suite 
ennemi des Juifs; car il y avait entre les Grecs d'Asie et les Juifs 
répandus dans les villes de la côte une vive antipathie. On ignore 
les débuts de sa carrière : sans doute il servit quelque temps dans 

ACT. ET CONF. C 



XXXIV ACTES ET CONFERENCES 



l'année, comme les autres; puis il arriva à des charges d'adminis- 
trateur civil. Il eut la bonne fortune d'être nommé en Judée et nous 
savons pourquoi. Sa femme se nommait Cléopàtre : elle aussi était 
grecque ; elle était liée d'affection avec Poppée, que Néron aima 
tendrement. . . jusqu'au jour où il la tua d'un coup de pied dans le 
ventre, et qui eut sur lui une grande influence. Celle-ci s'entremit 
pour faire un sort au mari de son amie, et Gessius Florus obtint le 
gouvernement de la Palestine. Il était donc arrivé par les femmes, 
comme on dirait aujourd'hui. 

A en croire l'historien Jo'sèphe, c'était le dernier des hommes, 
cruel, tyrannique et surtout fort intéressé : il ne méprisait aucun 
gain, ni grand ni petit. Je croirais volontiers à cette dernière ac- 
cusation — l' Asie-Mineure et la Syrie sont des pays où les cadeaux 
d'argent, les « bacchich », ont été en honneur de temps immémo- 
rial; mais je suis moins prêt à accepter les premières, car elles 
viennent d'un homme qui n'est pas resté en dehors des événe- 
ments. Gessius Florus était plutôt un autoritaire maladroit. Il ne 
faut pas se dissimuler que les fonctions du gouverneur de Judée 
étaient assez délicates : il avait à lutter contre des croyances 
entièrement opposées aux habitudes administratives de Rome. 

« Il y avait, dit M. Renan, opposition absolue entre l'empire ro- 
main et le judaïsme orthodoxe. C'étaient les Juifs qui, le plus sou- 
vent, étaient insolents, taquins, agresseurs. L'idée d'un droit com- 
mun, que les Romains portaient en germe en eux, était antipathique 
aux stricts observateurs de la Thora. Ceux-ci avaient des besoins 
moraux en totale contradiction avec une société purement hu- 
maine, sans nul mélange de théocratie, comme était la société 
romaine... Entre la théocratie juive, étroite mais féconde, et la 
proclamation la plus absolue de l'état laïque qui ait jamais existé, 
une lutte était inévitable. Les Juifs avaient leur foi fondée sur de 
tout autres bases que le droit romain et au fond inconciliable avec 
ce droit. » 

Il fallait donc, dans le gouvernement du pays, se montrer très 
adroit et très ménager des susceptibilités, agir comme autrefois 
Ponce-Pilate lors du procès du Christ; mais, en même temps, il y 
avait à faire respecter l'autorité romaine et à ne pas laisser aux 



L'ARMEE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM XXXV 

mauvaises têtes le moyen ni le temps de fomenter une révolte 
sérieuse. Gessius Florus essaya de faire l'un et l'autre ; seulement 
il n'eut pas le tact nécessaire et son intervention fut funeste. 

Une querelle insignifiante entre les Grecs et les Juifs de Césarée 
échauffa les esprits. Le procurateur commença par s'effacer, gagné, 
dit Josèphe, par un don de huit talents ; les Juifs, croyant l'avoir 
acheté, devinrent audacieux et firent du tumulte ; puis, dès qu'ils 
s'aperçurent que Gessius Florus ne tolérerait pas leurs écarts, ils 
passèrent à l'insolence ; enfin, à la première menace de châtiment, 
la révolte éclata. Le gouverneur, effrayé, appela aussitôt à son 
aide le légat de Syrie, son voisin, qui avait sous ses ordres une 
armée puissante. Celui-ci marcha sans tarder sur la Palestine et 
vint camper devant les murs de Jérusalem, croyant que tout allait 
céder devant lui ; mais il se trompait entièrement sur la gravité de 
la révolte. Tout le pays était soulevé ; si bien que l'armée romaine 
courait risque d'être coupée de ses communications avec la Syrie : 
coûte que coûte il fallait éviter ce malheur. La retraite fut décidée : 
elle se changea en désastre ; les chefs périrent, les bêtes de somme, 
les bagages, les aigles mêmes restèrent entre les mains de l'ennemi. 
La Judée n'était plus seulement révoltée : elle était perdue pour 
l'empire si l'on ne se hâtait d'envoyer des troupes aguerries, con- 
duites par un général expérimenté. Néron n'hésita pas : il choisit 
Vespasien. 

Lui aussi appartenait à une famille obscure ; mais il avait déjà 
fait ses preuves ; il était même arrivé à occuper une des plus hautes 
situations de l'empire, le proconsulat d'Afrique. Et pourtant, au 
moment où la Judée se révolta, il était en disgrâce ; il paraît qu'il 
avait commis une faute grave que Néron ne pardonnait pas. . . il 
s'était endormi à une représentation théâtrale où le prince-acteur 
tenait un rôle ; si bien que lorsqu'on lui apporta le message impé- 
rial qui l'envoyait en Judée, il crut tout d'abord à un ordre de mort. 
Il ne se doutait pas, ni Néron non plus> d'ailleurs, que cette nomi- 
nation était pour lui le prélude d'une haute fortune. 

A peine à la tète des troupes il entra en campagne ; mais au lieu 
de mettre le siège devant Jérusalem, comme avait fait Cestius 
Gallus, il entreprit de soumettre, pour commencer, toute la pro- 



XXX VI ACTES ET CONFÉRENCES 



vincë révoltée. Il enleva d'assaut et ruina successivement les 
places fortes, au prix d'une grande énergie et en payant lui-même 
de sa personne ; après quoi il se disposa à attaquer la capitale. 

Mais à ce moment survenaient des événements inattendus : Galba 
était salué empereur à la place de Néron, puis remplacé par Othon, 
tandis que les troupes de Germanie proclamaient Vitellius. A cette 
nouvelle, les légions d'Orient, qui étaient toujours en rivalité avec 
celles d'Occident, portèrent leur choix sur Vespasien. Il n'était plus 
possible à celui-ci de diriger les opérations en Palestine, alors qu'il 
lui fallait se faire reconnaître à Rome ; le général se rendit en 
Egypte dont la fidélité lui était acquise, pour affamer l'Italie si elle 
ne se soumettait point à lui et pour attendre l'occasion de passer la 
mer. C'est de là qu'il envoya à sa place en Judée, avec des troupes 
de renfort, son fils Titus, le futur conquérant de Jérusalem. 

Titus avait à ce moment trente ans. Sa carrière antérieure 
l'avait parfaitement préparé à jouer le rôle important qui lui était 
dévolu. Il avait fait la guerre en Germanie et en Bretagne, où il se 
fit remarquer par ses qualités militaires ; tout récemment encore, 
il avait servi sous les ordres de son père en Palestine et pris part 
aux sièges de Tarichée et de Gamala. On raconte que dans cette 
expédition, il avait eu un cheval tué sous lui : c'était un officier 
accompli. Suétone nous apprend qu'il avait « une singulière aptitude 
à tous les travaux de la paix et de la guerre, une rare dextérité 
dans le maniement des armes et du cheval » et bien d'autres talents 
encore... celui, notamment, de contrefaire toutes les signatures. 
Ce que nous savons de lui devant Jérusalem nous prouve qu'il 
poussait le courage jusqu'à la témérité. A peine arrivé en face de la 
ville, il conduit une reconnaissance avec un gros de cavalerie, sans 
se préoccuper du danger qu'il courait, de la faute même qu'il com- 
mettait en s'exposant ainsi ; les Juifs font une sortie, s'embusquent 
dans les jardins qui entourent Jérusalem ; Titus ne peut regagner 
son camp qu'en passant avec son cheval à travers les traits et 
presque sur le corps des ennemis. Quelques jours après, une des 
légions occupée à se fortifier est attaquée à l'improviste et mise en 
fuite ; c'est Titus qui la délivre en chargeant à la tête de quelques 
hommes. On pourrait citer encore bien d'autres faits d'armes qu'il 



L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM 



XXX Vil 



accomplit à Jérusalem. Par contre, il se montrait facilement cruel. 
S'il n'avait point changé en arrivant à l'empire, il n'aurait pas 
mérité le titre de « délices du genre humain » sous lequel nous le 
connaissons aujourd'hui. L'historien Josèphe nous a gardé un 
exemple frappant de sa cruauté. A un moment du siège, les Ro- 
mains ne craignaient pas de crucifier, en vue des murailles, les 
Juifs désarmés qui s'échappaient de la ville; on dressait jusqu'à 
cinq cents croix par jour ; et Titus autorisait, s'il n'ordonnait 
pas ces horreurs, parce que, nous dit-on, il ne voyait pas ce qu'on 
pouvait faire d'autre de ces fugitifs. C'est peut-être cette sauvage 
énergie du général qu'il faut accuser de la destruction du temple. Il 
est vrai que Josèphe a défendu Titus de cette accusation, en préten- 
dant que le feu avait été mis par un soldat, malgré les ordres 
donnés ; mais Sulpice Sévère, qui a copié Tacite, fait remonter 
positivement la responsabilité de l'incendie jusqu'au général. 11 
faut renoncer, au reste, à savoir la vérité sur ce détail historique. 
J'aurais voulu vous mettre sous les yeux un portrait de Titus ; 
mais je n'ai pas pu me procurer une 
image de ce général en costume de 
guerre ; et c'est le guerrier surtout 
qui nous intéresse en lui, à propos 
de Jérusalem. La figure 1 représente 
un empereur en tenue de comman- 
dant en chef; la tête est celle de 
Trajan ; mais nous ferons, si vous 
voulez bien, comme certaines villes 
de l'empire romain qui, par écono- 
mie, à la fin de chaque règne, cou- 
paient la tête des statues impériales 
et la remplaçaient par celle du sou- 
verain qui venait d'être proclamé à 
Rome ; nous mettrons en imagina- 
tion, à la place du visage de Tra- 
jan, celui de Titus. Vous voyez avec 
quelle richesse la cuirasse est ornementée ; en haut, au-dessus 
des pectoraux est figurée une tête de Méduse ; au milieu, on a re- 




Fig. i. 



XXXVIII ACTES ET COiNFÉRENCES 



présenté une Minerve casquée et ornée du bouclier, devant laquelle 
dansent deux jeunes filles ; chacun des morceaux de cuir, en forme 
de dent, qui terminent la cuirasse est chargée d'un médaillon ; des 
lamelles de cuir, terminées par des franges pendent jusqu'au milieu 
de la cuisse et sur le haut du bras. Sous la cuirasse, on aperçoit 
le bas de la tunique qui dépasse. Les pieds sont chaussés de 
belles sandales, et le corps ceint d'un baudrier d'où pend un glaive 
à poignée ciselée. Mais ce qui caractérise surtout le général en 
chef, c'est le manteau dont vous pouvez remarquer les pans sur 
l'épaule gauche et autour du bras. On le nommait pàludamen- 
lum ; il s'attachait par une agrafe sur l'épaule droite, laissant le 
bras droit libre et enveloppant le bras gauche ; on s'y drapait pour 
se garantir du froid ou pour se donner une belle contenance. Ici on 
n'en voit qu'une minime partie, par un artifice du sculpteur qui a 
voulu laisser toute la cuirasse découverte, pour en montrer les 
détails ; mais il ne faudrait pas croire qu'on le portât ainsi dans la 
réalité. Cette image vous permettra de vous représenter, sauf pour 
de légers détails, quel était le costume officiel que portait Titus au 
siège de Jérusalem. 

Il amenait avec lui une nombreuse armée. Nous en connaissons 
la composition : elle comprenait quatre légions avec leurs auxi- 
liaires, et des troupes fournies par les rois du pays, ce que nous 
appelons en Algérie « des goums ». C'est par eux que je commen- 
cerai. 

On peut s'étonner au premier abord que les Romains aient permis 
à certains chefs d'entretenir des troupes dans le voisinage ou même 
dans l'intérieur des provinces soumises ; il est facile pourtant de 
comprendre la raison de ce libéralisme. Le seul intérêt — et il était 
capital — que Rome avait à maintenir de petits souverains indé- 
pendants, c'était de les employer à défendre les provinces frontières 
contre les invasions des Barbares. La Judée, qui n'était pas éloignée 
de l'Euphrate. avait tout à craindre des Parthes ; il était donc utile 
d'y maintenir des forces locales, capables d'assurer la paix ou, en 
cas d'alerte, de faire face aux premières difficultés. C'était le rôle 
réservé à tous les rois que nous trouvons à l'armée de Titus. Le 
premier à nommer est Hérode Agrippa II, qui possédait le pays 



L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JERUSALEM 



XXXIX 



situé à l'est du lac de Tibériade, sur la rive droite du Jourdain ; ses 
troupes étaient faites sans doute de ces Nabatéens demi-sauvages 
qui vivaient dans des grottes souterraines, comme des animaux, 
ainsi que nous l'apprennent les auteurs. Quand Vespasien commença 
la guerre, Agrippa lui amena 2,000 fantassins et 1,000 cavaliers ; il 
en fournit plus encore à Titus, dit Josèphe. En adoptant le nombre 
de 3,000 hommes nous resterons donc au-dessous de la vérité. 

A côté de ce prince il faut placer Sohem, roi de l'Iturée, petit 
pays situé à l'est des états d' Agrippa et confinant à l'Arabie. Lui 
aussi s'adjoignit à Titus avec 3,000 hommes au moins. Par un heu- 
reux hasard nous avons conservé la tombe d'un soldat appartenant 
à une troupe d'Ityréens ; on y voit 
le buste du défunt. Le costume en 
est caractéristique (figure 2). Le 
corps est couvert d'une sorte de 
grand manteau à capuchon qui rap- 
pelle beaucoup le burnous arabe : il 
semble, en effet, cousu sur le de- 
vant et non boutonné ou agrafé 
comme notre manteau de cavalerie ; 
au-dessous on aperçoit le haut d'une 
tunique qui laisse le cou dégagé; la 
tête est nue et ne devait point por- 
ter de casque. D'une main il tient 
un arc et de l'autre deux flèches : 
c'est l'arme par excellence de l'O- 
rient; les Parthes, voisins des Ity- 
réens, avaient, comme archers, une réputation qu'il est inutile de 
vous rappeler. 

Malchus, un chef arabe, avait fourni un effectif plus considérable 
encore : au moins 5,000 hommes : mille cavaliers et quatre mille 
fantassins. Palmyre avait envoyé des archers ; et au milieu du 
siège, Antiochus de Commagène, celui que Racine a mis en scène 
dans sa Bérénice, amena, de son côté, un secours important. On 
peut donc, sans exagération, estimer que l'armée de Titus comptait 
de ce fait, vingt mille hommes. 




Fi g. 2. 



XL ACTES ET CONFÉRENCES 

D'autre part, une légion était composée à cette époque de 5,500 
hommes, et les auxiliaires attachés à chacune d'elles égalaient en 
nombre les légionnaires. Une légion et ses auxiliaires composaient 
.donc un ensemble de 11,000 hommes : soit 44,000 hommes pour les 
quatre légions de Titus. Il est vrai que Vespasien avait emprunté 
aux troupes de Judée des détachements qu'il avait emmenés avec 
lui contre son compétiteur ; mais comme il avait fait venir d'Egypte 
5,000 hommes, l'équilibre était rétabli parla même. L'effectif de 
l'armée assiégeante se montait, en conséquence, à 65,000 hommes; 
total considérable si l'on songe à l'espace relativement restreint 
qu'occupait la ville. Mais Vespasien tenait à écraser la révolte afin 
démettre à la raison, une fois pour toute, la nation juive; et le 
meilleur moyen d'assurer la victoire était assurément de multiplier 
les combattants. 

Nous savons le nom des quatre légions qui formaient le gros 
de l'armée de Titus : c'était la V e légion, dite Macédonique, la 
X e surnommée Fretensis ; la XII e Fidminata et la XV e Apollinaire. 

La V e Macédonique comptait de longues années d'existence : elle 
remontait au moins à Auguste. Sous Néron, elle avait fait la 
guerre contre les Parthes et c'est au moment où elle revenait de 
cette campagne, qu'on l'avait envoyée contre les Juifs. On lui 
donna pour mission de prendre la partie de la ville, couverte par 
la lour Antonia, qui tomba assez rapidement au pouvoir des Ro- 
mains. 

La X e Fretensis était plus ancienne encore que la précédente : 
elle existait avant Auguste, car son surnom lui vient, croit -on, de 
la part qu'elle avait prise à la campagne de Sicile contre Sextus 
Pompée. — Fretum, par abréviation pour Frelum siculum, serait 
l'origine du nom Fretensis. — Elle aussi appartenait, depuis long- 
temps, à l'armée de l'Asie ; elle avait participé, comme la précé- 
dente, à l'expédition dirigée contre les Parthes ; et, comme elle, 
avait été lancée, à peine revenue à son camp habituel, à l'attaque 
de Jérusalem. Son rôle actif, au début de la guerre, sous Vespa- 
sien, l'avait signalée à l'attention du général, et l'on comptait sur 
sa vaillance : elle attaqua la ville par l'est. Après la victoire de 
Titus, cette légion ne quitta pas le pays ; on lui assigna Jérusalem 



L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM 



XLI 



pour garnison et elle y demeura jusqu'après l'époque d'Hadrien. 
Aussi a-t-elle laissé à elle seule, de son séjour, plus de traces en 
Judée que toutes les autres réunies. Tout d'abord, on a trouvé, 
soit à Jérusalem, soit dans les environs immédiats, un certain 
nombre de tuiles ou de briques portant la marque Legio X .Freten- 
sis. Les documents de cette espèce sont très intéressants pour nous. 
Chaque corps de troupe avait coutume, en effet, de bâtir les bara- 
quements ou les casernes qu'il devait occuper ; mais au lieu de 
s'adresser, comme l'on fait chez nous, à l'industrie privée pour 
fournir les matériaux de construction, on les demandait aux 
soldats eux-mêmes. La brique pour les murs peu épais, les tuiles 
pour les toitures étaient ainsi fabriquées « manu militari ». Aussi, 
de même que nos industriels mettent leur nom ou celui de leur 
briqueterie sur les objets qu'ils livrent au commerce, les légions 
ou les troupes auxiliaires frappaient leurs produits de leur estam- 
pille. Partout donc où l'on exhume une brique ou une tuile ainsi 
marquée, on peut être assuré que le bâtiment dont elle faisait par- 
tie est une construction militaire, élevée par le corps dont la 
marque figure sur la tuile, et pour son usage. Nous avons là un 
moyen assuré de connaître les divers points de l'empire romain 
occupés par les soldats et la nature de chacune des troupes qui y 
étaient cantonnées. La légion X e Fretensis a laissé des souvenirs 
écrits de cette espèce sur le sol de la Palestine. 

Son nom figure aussi sur une monnaie contremarquée, qui a été 
trouvée dans le pays. Cette pièce, qui 
est reproduite ici (figure 3), porte au /^/ "^)§VV 
droit, les restes d'une tête qui paraît M 4 \ l\i .§ 

être radiée; les lettres AES qui s'y *fl -î J » 

lisent, appartiennent au mot Gaesar. 
Au revers on lit BAC, qui semble le 
reste du mot Eeêacrrrivcov et qui apprend 
que la monnaie a été frappée à Sébasté de Palestine. A côté, l'on 
distingue deux contremarques. La plus petite, appliquée sur le 
bord inférieur, est très douteuse. Le savant qui a fait connaître 
cette pièce y voyait un sanglier, tandis que le dessinateur croyait y 
distinguer une petite galère. Afin de les mettre d'accord, on a 




Ftff. 



o . 



XL1I ACTES ET CONFÉRENCES 



représenté sur le denier, une image qui n'est ni un sanglier, ni 
une galère. Mais la marque centrale est bien nette. On y reconnaît 
un sanglier les soies hérissées, tourné vers la droite ; au-dessous, 
un dauphin; au-dessus, les lettres L. X. F., c'est-à-dire : légion 
X e Fretensis. On doit se demander tout d'abord ce que veut dire 
ce sanglier placé à côté du nom légionnaire. M. de Saulcy s'est 
figuré qu'il y avait là « une insulte jetée à la face de la nation , 
juive », — à cause de la défense religieuse qui lui est faite de 
manger de la viande de porc ou de sanglier, — de même que 
dans le sanglier que, suivant l'historien Eusèbe, on sculpta, sous 
Hadrien, au-dessus de la porte de Jérusalem rebâtie et devenue 
colonie romaine. C'est là une erreur, et voici la véritable expli- 
cation. Les légions avaient comme enseigne, non seulement 
l'aigle, que l'on peut comparer à notre drapeau régimentaire, 
mais des « signa », des guidons ; ceux-ci représentaient aussi 
des animaux, et l'un d'eux, peut-être celui de la première compa- 
gnie, était devenu le symbole et comme les armes parlantes de 
la légion. Le sanglier est un de ces animaux emblématiques. Sa 
présence à côté du nom et du numéro légionnaires, équivaut à 
la répétition de ceux-ci ; au-dessus de la porte d'entrée de Jéru- 
salem, il indiquait la part prise par la légion à la reconstruction 
des murailles et à l'occupation de la place. 

Mais alors que signifie une telle contremarque sur une monnaie 
de Sébasté ? C'est précisément par là que cette pièce intéresse la 
victoire de l'armée romaine devant Jérusalem. Sous l'empire, l'em- 
pereur seul avait le droit de battre monnaie ; mais les généraux en 
chef gardaient celui de contremarquer les espèces déjà existantes, 
dans un cas de nécessité, pour leur donner une valeur fictive. 
Voilà précisément ce qui se passa en l'an 70. L'armée se trouvait 
à court de numéraire, alors que les trois quarts de l'empire n'étaient 
point soumis à Vespasien; et l'on n'aurait jamais pu, avec les seules 
pièces monnayées dont on disposait, payer la solde des troupes 
assiégeantes. Situation critique, qui risquait de donner naissance à 
des mécontentements, à des insubordinations peut-être et de retar- 
der le succès ! On eut recours au procédé de la contremarque. Les 
pièces de cuivre que l'on put se procurer ou faire battre dans le 



L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM XL1I1 



pays, reçurent une valeur fiduciaire qui fut, comme on le voit, deux 
fois renouvelée, — chaque contremarque augmentait la valeur de la 
pièce — ; l'une d'elles, celle qui porte le nom et le symbole de la 
légion X e Fretensis, mérite de fixer particulièrement votre atten- 
tion, puisqu'elle fut appliquée sur cette pièce pour fournir à la solde 
de la légion qui nous occupe en ce moment. 

La légion XII e Fulmitiata, ainsi nommée parce qu'elle portait un 
foudre sur ses boucliers ou que le foudre figurait sur ses enseignes, 
et non comme on l'a dit, parce qu'elle prit une part quelconque à 
un certain miracle, dit de la légion Fulminante, que Xiphilin a 
raconté, avait à peu près les mêmes états de service que les pré- 
cédentes, avec cette différence qu'elle venait de subir, sous Cestius 
Gallus, une défuite sanglante, quand cet officier l'entraîna impru- 
demment sur Jérusalem, et lui ordonna bientôt, non moins impru- 
demment, de battre précipitamment en retraite. Elle avait à venger 
ses chefs perdus, ses bagages abandonnés, ses drapeaux laissés entre 
les mains des Juifs ; on comprend qu'elle fût avide de laver un 
pareil affront et disposée à tous les efforts pour se réhabiliter. 

Reste la légion XV° Apollinaire, dont le signe distinctif était un 
Apollon ; son origine remontait au moins à Auguste ; elle avait fait, 
avec Corbulon, la campagne d'Arménie, et, à peine revenue, avait 
été appelée à marcher contre Jérusalem. 

Voilà, en peu de mots, 1 histoire des légions qui accompagnaient 
Titus. Permettez-moi de vous présenter maintenant les officiers 
qui en exerçaient le commandement. 

Toute légion romaine, sous l'Empire, avait à sa tête un légat, 
personnage qui avait généralement exercé la préture et qui allait 
bientôt arriver au consulat. Je ne saurais mieux comparer ce genre 
d'officiers qu'à nos généraux de division modernes ; car ils avaient 
sous leurs ordres, non seulement une légion, mais ses auxiliaires, 
c'est-à-dire de la cavalerie et de l'infanterie, sans compter l'artil- 
lerie légionnaire et tous les services administratifs qu'une telle 
masse d'hommes comportait. 

Au-dessous étaient des tribuns, choisis parmi les jeunes séna- 
teurs qui avaient exercé seulement la questure ; nous les assimi- 
lerons à nos chefs de bataillons plutôt qu'à nos colonels. Leur rôle 



XL1V ACTES ET CONFÉRENCES 

était double : militaires, ils conduisaient les différentes parties de la 
légion au combat, et remplaçaient au besoin le légat à la tête de la 
division ; administrateurs, ils veillaient à l'habillement des hommes, 
à leur casernement, à leur nourriture. 

Au-dessous encore, nous trouvons les centurions, qui comman- 
daient, comme nos capitaines, les compagnies légionnaires. De 
plus, on leur confiait un grand nombre de services accessoires, la 
surveillance de l'arsenal, la direction de travaux qui ressortissent 
aujourd'hui à l'arme du génie, le commandement et l'administra- 
tion de certaines troupes auxiliaires, etc. Le premier centurion de 
la première cohorte avait nom « Primipile ». 

Les centurions, à la différence des tribuns et des légats, n'étaient 
ni sénateurs, ni même chevaliers ; ils sortent du rang, font toute 
leur carrière dans les postes inférieurs de la légion, et ne peuvent 
pas prétendre à un grade supérieur. Leur seul espoir est d'arriver 
au poste de préfet du camp (major de la place) ; généralement, ils 
ont leur retraite comme centurions et forment, dans les provinces, 
une bourgeoisie d'épée fort estimée ; plus que tous les autres, ce 
sont eux qui ont gagné pacifiquement le monde à la civilisation 
romaine, quand l'âge leur était venu de déposer l'épée et de renon- 
cer aux conquêtes guerrières. 

Chaque centurion avait sous ses ordres un certain nombre d'of- 
ficiers inférieurs ou de sous- officiers, lieutenants (options), four- 
riers (tesséraires), porte-drapeaux (aquilifères, signifères), ainsi 
que différents spécialistes, trompettes, médecins, aumôniers, victi- 
maires, haruspices, etc. 

L'historien Josèphe nous a gardé le nom de quelques-uns des 
officiers supérieurs qui prirent part au siège de Jérusalem. Il nous 
en parle surtout quand il nous raconte les conseils de guerre que 
Titus réunit pendant le siège : l'empereur rassemblait ainsi ses 
conseillers dans les circonstances difficiles , leur demandait leur 
avis, exposait le sien et l'on votait. Je ne vous étonnerai pas en 
vous apprenant que l'opinion du général était généralement adop- 
tée même si elle n'avait pas l'approbation du conseil : c'est le rôle 
réservé aux comités consultatifs dans tous les temps. 

Le plus célèbre des officiers de l'armée romaine était Tibère 



L'ARMEL! ROMAINE AU SIEGE DE JERUSALEM XLV 

Alexandre. Nous savons qu'il était Juif d'origine, fils d'un fonc- 
tionnaire financier égyptien et neveu du célèbre Philon d'Alexan- 
drie. Il songea de bonne heure à entrer dans la carrière administra- 
tive romaine ; pour cela, il fallait d'abord être citoyen : il en dut 
la faveur à l'empereur Tibère, qui le créa bientôt chevalier. Puis 
on le nomma procurateur de Judée, à cause de son origine et de 
l'expérience qu'il avait, par là même, du caractère juif. On sait 
peu de chose de son gouvernement, sinon qu'il eut à sévir contre 
des tentatives de révolte et qu'il n'hésita pas à faire crucifier les 
mutins. 11 s'était fait assez remarquer clans cette situation pour que 
Corbulon le choisît comme chef d'état-major, quand il partit en 
guerre contre les Parthes. A son retour, il fut nommé préfet 
d'Egypte; là encore il devait se .trouver dans une société dont il 
connaissait le fort et le faible. Il eut l'occasion de rendre à Vespa- 
sien un service signalé, en le saluant empereur le premier et en lui 
assurant la fidélité des légions campées dans le pays. La récom- 
pense ne se fit pas attendre : Titus l'emmena avec lui comme chef 
d'état-major général contre Jérusalem. Josèphe nous fait un grand 
éloge de Tibère Alexandre; il paraît que c'était, en effet, un homme 
de valeur et d'expérience : j'estime qu'il avait, à ce moment, une 
soixantaine d'années. Après la prise de la ville assiégée, Vespasien 
lui éleva, pour le récompenser, ur.e statue à Rome sur le forum, 
au grand émoi des vieux Romains qui voyaient toujours en lui un 
étranger et un parvenu. Juvénal s'en indigne; nous, qui n'avons pas 
les mêmes raisons de nous effaroucher que le satirique latin, nous 
comprenons que l'empereur ait tenu à rendre un hommage éclatant 
à celui qui lui avait assuré le trône. 

A la tête de la légion V e Macédonique était un homme du nom 
de Sextus Cerialis, ou plus complètement Sextus Vettulenus 
Cerialis. Nous avons gardé l'épitaphe de sa femme, mais nous 
ne savons rien de sa carrière. Peut-être, cependant, avons-nous 
conservé un petit fragment de la base de pierre qui supportait sa 
statue, sur le forum de Carthage. 

Un officier, appelé M. Tittius Frugi , commandait la légion 
XV e Apollinaire. Celui-là nous est moins connu encore que le 
précédent. 



XLVl ACTES ET CONFERENCES 



Il n'en est pas de même, heureusement, des officiers de la légion 
X e Fretensis. Au début de la campagne de Judée, le légat était 
Trajan, le père du futur empereur ; Josèphe nous le dépeint comme 
un vaillant soldat, qui se distingua au siège de plusieurs villes. 
Quand Vespasien quitta l'armée d'Orient pour marcher contre 
l'Italie, il le prit avec lui ; si bien qu'au moment où Titus commença 
le siège de Jérusalem, la légion n'avait pas de commandant en chef; 
on attribue à ce fait un petit échec qu'elle subit au début. Mais le 
poste ne tarda pas à être occupé par un personnage nommé Larcius 
Lepidus. Son épitaphe, que l'on a retrouvée depuis longtemps à 
Nettuno, en Italie, nous fixe entièrement sur sa carrière. Il était 
arrivé fort jeune, grâce aux événements. Après avoir géré deux 
fonctions inférieures, il fut nommé questeur en Cyrénaïque. A peine 
avait-il pris possession de son poste, que Vespasien fut salué empe- 
reur en Egypte. Celui-ci, fort embarrassé pour trouver des sénateurs 
disponibles dans la petite partie du monde romain qui lui était sou- 
mise, le choisit, faute de mieux, comme légat légionnaire et l'appela 
devant Jérusalem : il avait au plus vingt-cinq ans à cette époque. La 
guerre finie, il fut nommé préteur, puis gouverneur de la province 
de Pont et de Bithynie ; il serait assurément arrivé beaucoup plus 
haut si la mort ne l'avait pas frappé en pleine jeunesse, à moins de 
trente-cinq ans. Je ne veux pas, pourtant, vous apitoyer outre 
mesure sur la destinée de cet officier ; tout bien considéré, il est 
peut-être fort heureux pour lui qu'il ait disparu si vite ; et voici 
pourquoi, L'épitaphe de Nettuno, dont je vous ai parlé il y a 
quelques instants, nous fait connaître le nom de sa femme, Caecinia 
Larga, et celui de sa fille, Larcia Priscilla. Or Juvénal nous apprend 
que la première avait une conduite très légère et que l'exemple fut 
suivi par la seconde. Il est vrai que Juvénal aime le scandale et 
accentue souvent les détails aux dépens de la vérité ; mais ses accu- 
sations ont généralement quelques fondements, et je crains bien, 
pour ma part, que la réputation de ces deux femmes n'ait pas été 
exempte de reproches. Vous voyez que Larcius Lepidus eut raison 
de mourir jeune, dans la plénitude de ses illusions. 

Je vous ai fait connaître, Mesdames et Messieurs, les légions qui 



. L'ARMÉE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM XLVll 

prirent part au siège de Jérusalem et les officiers qui les comman- 
daient. Il me reste à vous parler des auxiliaires attachés à ces lé- 
gions. Ils se composaient de deux sortes de troupes : les régiments 
de cavalerie, nommés ailes; et les régiments d'infanterie appelés 
cohortes ; quelquefois, cependant, les cohortes renfermaient à la fois 
des* fantassins et des cavaliers. .. 

Il y avait, entre les auxiliaires et les légionnaires, des différences 
nombreuses et importantes. Les principales portaient sur le recrute- 
ment et l'armement. Les légionnaires étaient des citoyens romains ; 
quand ils ne possédaient pas le droit de cité avant d'entrer au 
service, on le leur conférait d'office en y entrant. Les auxiliaires, 
au contraire, n'étaient que des étrangers qui payaient par cet 
impôt du sang la protection que Rome accordait à leur patrie, 
cette paix romaine, comme on disait, dont les bienfaits étaient 
célébrés dans tout l'univers. On en recrutait dans tous les pays, 
mais surtout dans les contrées encore sauvages, riches en guerriers 
solides ; la Germanie, les bords du Danube, fournissaient un fort 
contingent aux troupes d'Occident ; pour les troupes d'Asie on 
faisait appel aux hommes familiarisés par leur origine avec la 
manière de combattre des Orientaux et habiles à monter à cheval. 
Ainsi, les Ithyréens possédaient des archers, les peuplades de 
l'Afrique du Nord des cavaliers ; la seule aile de cavalerie qui nous 
soit connue, parmi toutes celles qui prirent part au siège de Jéru- 
salem, est précisément une aile de Gétules. 

La différence dans le recrutement entraînait une différence sem- 
olable dans l'armement : des troupes de cette espèce ne devaient 
point être habillées à la v romaine si l'on voulait leur conserver leur 
utilité et leur caractère ; unifier leurs costumes et leurs armes eût 
été une erreur grossière, que les Romains se gardèrent bien de com- 
mettre. Pour vous rendre plus sensible la distinction entre les 
légionnaires et les auxiliaires je vais vous présenter l'image 
de soldats appartenant à chacune de ces catégories. La figure n° 4 
représente un légionnaire romain. Il est revêtu, ainsi que vous 
le voyez, d'une cuirasse en cuir qui descend jusqu'au milieu des 
cuisses ; elle est protégée aux épaules par deux pièces de cuir 
supplémentaires destinées à amortir les coups d'épées ou de ja- 



XLV11I 



ACTES ET CONFERENCES 



velots. Autour de la taille se voit une large ceinture fermée par une 
boucle à ardillon (cinguîum) ; la surface extérieure est ornée de 

plaques en métal. Par devant pend 



une sorte de petit tablier formé de la- 
melles de cuir recouvertes, elles aussi, 
de carrés métalliques : cette pièce, 
qui s'attache à la ceinture, est un or- 
nement et surtout une défense pour le 
soldat dont il protège le bas-ventre. 
Vous remarquerez que la ceinture ici 
ne soutient point le glaive attaché par 
un baudrier à l'épaule du légionnaire. 
Les cuisses sont défendues par une 
culotte faite de lamelles de cuir ou de 
métal ; le cou par une sorte de cra- 
vate de cuir et la tête par un casque 
qui enveloppe presque toute la figure, 
t ! ^S? ^§T" moins le devant et les oreilles, et au - 

„. r dessus duquel se dresse un plumet. Le 

reste de l'armement est encore plus 
caractéristique. Les pieds sont chaussés d'une sorte de brodequin 
que l'on nommait caliga : il se composait d'une semelle garnie de 
clous, rattachée à la jambe par tout un système de lamelles de cuir, 
qui, se rapprochant l'une de l'autre, formaient comme une sorte 
de bottine. De la main gauche, le soldat porte un grand bouclier 
de forme demi-cylindrique garni, en son centre, d'une saillie 
hémisphérique (umbo) : c'est là le bouclier légionnaire par excel- 
lence. Sa main droite est armée d'une longue lance, le pilum, dont 
vous trouverez la description détaillée dans tous les livres qui 
traitent de l'art militaire chez les Romains ; il suffit que je vous 
en signale la forme très remarquable. 

La figure 5 vous fera connaître, par contre, un auxiliaire sem- 
blable à ceux qui devaient assister au siège de Jérusalem : celui-ci 
se nommait Llypanor et faisait partie d'une cohorte d'archers. Il 
ne porte pas de cuirasse, mais bien un vêtement dont les plis, 
habilement disposés, laissaient toute leur liberté aux jambes et 




L'ARMÉE ROMAINE AU SIEGE DE JÉRUSALEM 



XL1X 



aux bras. Lui aussi a les reins entourés d'un ceinturon ornementé ; 
mais celui-ci est double et soutient d'un 
côté un glaive, de l'autre un grand poi- 
gnard. Le devant du corps est couvert de 
la pièce en forme de tablier que vous avez 
déjà remarquée sur la représentation du 
légionnaire, mais ici on voit très nette- 
ment comment elle se rattachait à la cein- 
ture. Hypanor a des brodequins plus légers 
que la caliga ; sa tête est dépourvue de 
casque. Il tient à la main son arc et une 
flèche. Il est probable qu'il portait une 
culotte collante, mais il est difficile de la 
distinguer sur cette image. 

La différence entre les cavaliers légion- 
naires et les cavaliers auxiliaires est égale- 
ment assez marquée. Celui que vous voyez 
représenté à la figure 6 est un légionnaire, 

sa cuirasse est moins embarrassante que celle du fantassin : elle 
s'arrête à la taille. Des 




plaques de métal y 
sont fixées, soit pour 
lui servir d'ornement, 
soit pour en augmen- 
ter la résistance. Elle 
couvre un vêtement 
plus souple qui des- 
cend à mi-jambe ; les 
cuisses sont revêtues 
d'une culotte collante ; 
les pieds sont enfer- 
més dans des brode- 
quins. On ne voit pas 
de casque sur la tête 
du cavalier, mais c'est 
là un oubli fantaisiste 

ACT. ET CONF. 



JB«-^" 




Fi g. G. 



ACTES ET CÛiNFKLŒNCLlS 



dtr sculpteur : les cavaliers étaient casqués, ainsi qu'il ressort de 
tous les bas reliefs cù ils sont figurés. Le bouclier de forme allongée 
est plus petit, plus maniable que celui du fantassin légionnaire que 
je vous ai présenté à la figure 4 ; la lance, elle aussi, paraît moins 
puissante que le piîum. Vous remarquerez également, en passant, 
la selle du cheval et la façon dont elle est fixée sous le ventre, sur 
le poitrail et sous la queue. Les ornements qui sont sculptés en 
haut, de chaque côté, et en bas à droite, sont des décorations mi- 
litaires : je reviendrai tout à l'heure sur cette question. 




Fig. 7. 

Le cavalier auxiliaire de la figure 7 a un armement moins 
pesant : sa cuirasse n'est point chargée des mêmes plaques mé- 
talliques* que celle du légionnaire ; le bouclier est rond et moins 
volumineux, la lance plus courte et moins puissante. On sent le 
cavalier fait pour la poursuite, pour les évolutions et les manœuvres 
de vitesse, plus que pour la charge et le choc. 

Telles étaient les troupes que Titus avait rassemblées autour de 
Jérusalem, leur composition, leur armement, leurs chefs. Le siège 
de la ville commença immédiatement. L'historien Josèphe l'a 



L'AKMEK UOiMAl.NE AU SIÈGE DE JEKUSALEM 



Ll 



longuement raconté et les archéologues ont consacré de gros livres 
à en étudier tous les détails. Je ne pourrais donc ici que résumer 
des travaux qu'il vaut mieux lire dans l'original. Je préfère vous 
mettre sous les yeux l'image de ce qu'était un tiège à cette époque; 
ce me sera une occasion de vous expliquer la tactique employée 
par les assaillants et par les défenseurs de la place. 

La scène qui forme la planche 8 est empruntée à Y Armée romaine 
de M. Kraner. Le dessinateur y a rassemblé tous les procédés de la 
poliorcétique romaine. On voit d'abord au premier plan, à droite, 
une batterie. Une plateforme a été disposée, protégée contre les 




Fiff. 8. 



projectiles ennemis par un épaulement en bois recouvert sans doute 
de terre pour le garantir du feu ; à l'abri sont dressées deux ma- 
chines. L'une, celle de droite, est une balliste. La balliste, comme 
la catapulte, était une arbalète de gros calibre. Deux bobines 
servaient à maintenir dans la position voulue les deux branches 
d'un arc dont les extrémités étaient reliées par une grosse corde ; 
celle-ci glissait dans une grande rainure où l'on introduisait des 
flèches ou des boulets. On tendait la corde et on la maintenait 
tendue au moyen d'un crochet rattaché à une chaîne, qui s'enroulait 
sur un cabestan placé à la partie inférieure de la machine ; en lui 
rendant la liberté on envoyait le projectile aussi loin que la pièce 
le comportait. La seule différence qui existât entre la catapulte et la 



LU ACTKS ET CONFÉRENCES 

balliste, c'est que la première était disposée horizontalement, et la 
seconde inclinée à 45 degrés ; on doit donc faire entre ces deux 
engins exactement la même distinction qu'entre nos canons et nos 
mortiers. 

La machine qui se voit à gauche de la précédente était un 
onagre. On nommait ainsi un appareil destiné à envoyer de 
grosses pierres. 11 se composait, ainsi qu'on le voit sur la figure, 
d'une sorte d'immense cuiller dans le creux de laquelle se plaçait le 
projectile. On attirait violemment à soi cette cuiller, de façon 
à l'amener jusqu'à terre, puis on la lâchait brusquement. Elle se 
redressait alors et, frappant contre un tablier de bois ou de métal, 
lançait par contre-coup le projectile dont on l'avait chargée. Ces 
machines, toutes primitives qu'elles étaient, avaient encore une 
certaine portée : avec la catapulte que l'empereur Napoléon III a 
fait fabriquer quand il préparait son Histoire de Jules César, on est 
parvenu à planter une flèche dans une cloison de planches à mille 
pas et à projeter à la même distance une pierre de 27 livres. Celles 
de Titus étaient plus puissantes encore. La X e légion, nous dit 
Josèphe, avait des pièces d'artillerie capables de lancer des pierres 
de plus de soixante kilogrammes à une portée efricace de 370 
mètres. Au début du siège, il paraît que les Romains se servaient 
surtout de pierres blanches dont ils avaient sans doute réuni une 
grande quantité ; mais les Juifs, qui les voyaient venir à cause de 
leur couleur même, avaient soin de poster des vedettes pour 
annoncer l'arrivée et la direction du projectile : on avait donc tout 
le temps de se garer et de se mettre à l'abri ; et les coups de 
l'artillerie assiégeante restaient sans effet. Pour parer à cet incon- 
vénient, les assaillants eurent l'idée de noircir leurs boulets, ce qui 
leur réussit. On a fait remarquer que le stratagème des Juifs se 
renouvela dans notre siècle, au siège de Sebastopol : des vigies 
étaient chargées de signaler les bombes russes avant qu'elles ne 
tombassent dans nos tranchées. 

Au second plan, on aperçoit une masse de boucliers qui constitue 
ce que l'on nommait une tortue. Tout un groupe de soldats s'avan- 
çait contre les remparts ennemis, chaque homme couvrant sa tète 
de son bouclier. Les fantassins des premiers rangs restaient debout. 



L'AHMËE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM LUI 

les suivants s'inclinaient un peu, les derniers marchaient presque 
accroupis, de telle sorte que l'ensemble des boucliers, au lieu de 
former une surface horizontale, offrait un plan incliné sur lequel 
venaient glisser les projectiles lancés par les défenseurs, du haut des 
remparts. Les assaillants abrités par cette toiture, tout à fait ana- 
logue à une carapace de tortue parvenaient ainsi, sans être blessés 
jusqu'aux pieds des murailles, qu'ils se mettaient alors à saper ou à 
escalader, suivant les circonstances. 

Plus loin encore, vous voyez un autre mode d'attaque, le bélier. 
Cet engin consistait en une immense pièce de bois garnie à son 
extrémité antérieure d'une grosse tête de bélier en fer et suspendue 
par des cordes à la toiture d'une ou même, comme ici, de deux 
cabanes juxtaposées. Ces cabanes étaient généralement recouvertes 
de fer pour pouvoir résister aux quartiers de pierres ou aux rochers 
que l'on faisait rouler sur elles du haut des murs, et, par dessus, 
de peaux mouillées, inaccessibles au feu. Les soldats, abrités de 
la sorte, mettaient en mouvement la poutre ; et, après lui avoir 
imprimé pendant quelque temps un violent balancement, ils la lan- 
çaient de toutes leurs forces contre la muraille qu'il s'agissait de 
saper. Les coups portés par cet instrument étaient terribles ; Ton a 
indiqué, dans la gravure, à l'angle de la tour, les effets obtenus 
ainsi par l'effort des assaillants. 

Enfin, en face le bastion de la ville le plus éloigné, on a figuré 
sur cette image une tour mobile. Vous comprenez aisément quelle 
était l'utilité de cet appareil : il permettait aux troupes assié- 
geantes , non seulement de s'élever sur le même plan que les 
défenseurs des tours, mais même de les dominer ; si bien que 
l'avantage de la position n'était plus, dès lors, du côté des assié- 
gés. Le bas pouvait en être, comme ici, muni d'un bélier qui 
faisait son œuvre de destruction à l'abri de toute attaque ; la 
partie supérieure était armée de pont-levis que l'on abaissait tout 
à coup et par où l'on se créait un passage relativement aisé 
jusque dans l'intérieur de la place. Les tours roulantes étaient, 
elles aussi, blindées de fer et couvertes de revêtements incom- 
bustibles ; néanmoins l'ennemi arrivait parfois, dans des sorties, à 
y mettre le feu ; c'est ce qui se produisit plus d'une fois pendant le 



LiV ÀCTKS KT CONFÉRENCES 



siège de Jérusalem, au grand désespoir des Romains, qui se 
voyaient obligés de construire de nouvelles tours au milieu de mille 
difficultés matérielles. 

Vous avez maintenant présents devant les yeux les moyens 
qu'employaient les Romains pour conduire l'attaque d'une place et 
pour en préparer la prise ; aussi pourrez-vous vous représenter 
plus aisément, s'il vous plaît de les lire dans l'historien Josèphe, 
les différentes péripéties de ce siège mémorable. Je veux seulement 
ici appeler votre attention sur une scène particulièrement atta- 
chante, la prise et l'incendie du temple. Les Romains avaient 
enlevé assez aisément les deux premières enceintes de la ville ; le 
9 avril de l'année 70, ils se trouvèrent en présence de la troisième 
enceinte, celle qui renfermait le temple. Pour comprendre comment 
ils l'attaquèrent et quelles difficultés ils trouvèrent à y pénétrer, il 
faut bien se rendre compte de la façon dont il était construit. Ce 
serait une grave erreur que de se le figurer semblable à un de nos 
édifices religieux d'aujourd'hui ; le plan de ceux-ci se rapproche 
plus ou moins de celui des édifices grecs ou romains, qui ont servi 
de modèles aux architectes modernes. Le temple de Jérusalem se 
composait en réalité de trois monuments concentriques. Le premier 
consistait en une vaste cour quadrangulaire fermée par une haute 
et puissante muraille et entourée de portiques ; c'était la cour exté- 
rieure, ouverte à tous. Au milieu s'élevait une plate-forme plus 
élevée que la première, la cour des prêtres, isolée de la précédente, 
sur toutes ses faces, par un mur garni, lui aussi, intérieurement 
d'un portique ; on y accédait par une porte qui en défendait l'en- 
trée. Enfin, au centre de cette seconde cour, sur une nouvelle plate- 
forme encore plus haute que les autres était construit le sanctuaire, 
le temple proprement dit avec toutes ses dépendances. Il fallait 
donc, pour y pénétrer de vive force, se rendre maître des deux 
cours qui le précédaient, c'est-à-clire enlever d'assaut deux rem- 
parts, où les Juifs avaient amassé, naturellement, tout ce qui leur 
restait d'hommes et de moyens de défense. Tant que les Romains 
n'eurent pas fait une brèche dans la muraille extérieure, les assiégés 
se contentèrent de les couvrir de projectiles de toute sorte ; mais 
quand ils la virent entamée, ils n'hésitèrent pas à se porter aux 



L'ARMEE HOMAINK AU SIEGE DE JÉRUSALEM LV 

moyens extrêmes. Ils commencèrent par mettre le feu à la portion 
du portique qui avoisinait la brèche. Deux jours après, pour leur 
répondre, les Romains incendièrent les parties voisines. Au bout de 
dix jours, c'est de nouveau le tour des Juifs : ils attirent les Ro- 
mains sur un portique encore intact et y déchaînent un violent 
incendie, au milieu duquel périssent un grand nombre d'ennemis ; 
mais malgré leurs efforts, ils sont obligés de se replier et d'aban- 
donner la cour extérieure aux vainqueurs. Sans perdre de temps, 
Titus fait battre la muraille qui fermait la cour suivante et 
essaie de l'enlever d'assaut ; là encore, il se heurte à une défense 
acharnée, si bien que ses troupes sont obligées de reculer, laissant 
quelques étendards aux mains des assiégés. Il ne restait qu'un 
parti à prendre : pénétrer par la porte dont j'ai parlé plus 
haut. Le feu se chargea de l'ouvrir : il gagna aisément les 
portiques intérieurs, faits de bois de cèdre ; et c'est au milieu 
des flammes que les Romains purent y pénétrer. La lutte fut 
terrible : les légionnaires poussés à bout par les pertes qu'ils 
avaient subies, par la résistance qu'ils rencontraient, par l'achar- 
nement des derniers défenseurs de la place, n'écoutaient que leur 
colère et voulaient, à tout prix, achever la victoire. Aussi l'un 
d'eux s'approcha du sanctuaire et, montant sur les épaules de ses 
compagnons d'armes, lança par une fenêtre un brandon arraché 
à l'incendie du portique. Le feu se déclara dans les chambres 
voisines du saint des saints et consuma rapidement l'édifice. Titus 
n'eut que le temps de pénétrer à l'intérieur du temple et d'y jeter 
un coup d'œil ; il dut se retirer en toute hâte, chassé par les 
flammes qui allaient anéantir tant de richesses (8 juillet). 

La ville haute tenait encore : le 1 er août les Romains la prirent et 
l'incendièrent. Ce fut le dernier acte de cette sanglante tragédie. 

La joie qui suivit la victoire fut immense. Les soldats procla- 
mèrent Titus « imperator » au milieu des ruines de la cité détruite. 
En échange, il leur distribua des récompenses et des décorations. 

Les décorations militaires que l'on décernait en pareille circons- 
tance étaient de deux sortes; les unes étaient réservées aux offi- 
ciers supérieurs, les autres ne s'accordaient qu'aux officiers infé- 
rieurs et aux soldats. 



LVI ACTES ET CONFERENCES 

Les premiers avaient droit à des lances d'honneur à pointes 
d'or, à des drapeaux et à des couronnes d'or ; nous n'avons gardé 
de ces décorations qu'une représentation figurée, assez maladroite, 
d'ailleurs; je la reproduis ici (fig. 9). D'un côté on voit cinq lances 

auxquelles est attachée une couronne, de 

fm l'autre un étendard (vexillum) ; ces insignes 
yy sont plantés dans des couronnes murales, 
ainsi nommées parce quelles représentent 
1 uep ortion de muraille; elles ne se don- 
55 liaient qu'aux officiers qui avaient pris 

' d'assaut une ville. Les légats légionnaires 

" avaient droit à quatre lances et à quatre 

étendards, les tribuns à une seule décoration de chaque sorte. 

Les officiers inférieurs et les soldats recevaient des bracelets, des 
colliers et des phalères. Vous trouverez ces décorations rassemblées 
sur un bas-relief célèbre dont un moulage existe au musée de 
Saint-Germain : c'est la tombe d'un centurion, M. Câelius de 
Bologne, qui prit part à la désastreuse expédition de Varus et y 
perdit la vie. On lui éleva clans sa patrie un cénotaphe où on le 
représenta en buste. 

Ainsi qu'on peut le voir sur la figure 10, ce centurion tient, de la 
main droite, un bâton, le cep de vigne, symbole de son autorité. Le 
bras est orné d'un bracelet. Sur sa poitrine on distingue très nette- 
ment quatre gros médaillons : ce sont là des phalères. Il en existait 
de plus petits en pierres précieuses dont on faisait des colliers pour 
les femmes, ainsi que l'apprennent, entre autres textes, ces vers 
tirés d'un épithalame antique : 

Ex humeris frustra phaleras imponis ebumis, 
Nam tibi non gemmœ, sed tu das lumina gemmi's. 

« Pourquoi suspendre des phalères à tes épaules d'ivoire ? les 
gemmes n'ont pas d'éclat à te prêter : c'est toi qui leur en donnes. » 
Les phalères représentées ici étaient de métal plus ou moins pré- 
cieux : on les appliquait sur une sorte de claie en cuir, assez souple 
pour s'adapter à la forme du corps, qui est représentée plus nette- 
ment encore à la figure 6 ; les sujets qu'on y sculptait n'étaient pas 



L'ARM EE ROMAINE AU SIÈGE DE JÉRUSALEM 



LV1I 



toujours les mêmes, ainsi que vous le voyez ; celui du milieu offre 
l'image d'une tête de Méduse. Caelius a, de plus, un collier autour 
du cou, tandis que deux autres sont suspendus par des attaches sur 
chaque épaule. Enfin sa tête est ceinte d'une couronne de chêne, de 
cette couronne civique, la plus glorieuse de toutes, que l'on accor- 
dait seulement à celui qui avait, de sa main, arraché à l'ennemi un 
citoyen romain . Il n'était guère possible d'être plus décoré que ce 




Fig. 10. 



centurion ; et l'on comprend que sa famille ait tenu à le représenter 
sur sa tombe, avec tous ses insignes, afin de prouver à la postérité 
que sa mort, peu honorable, au milieu des forêts de la Germanie, 
dans un désastre sans précédent, était le fruit du malheur et non 
de la lâcheté. 



Jérusalem était prise ; les officiers et les soldats avaient reçu 
leurs récompenses et pouvaient regagner leurs quartiers ordinaires ; 
Titus n'avait plus qu'à revenir à Rome pour recevoir les honneurs 
du triomphe . Mais la saison n'était pas encore favorable pour la 
navigation. Il lui fallut attendre les beaux jours. Il employa son 
temps en réjouissances : il alla successivement à Césarée et à Bey- 



LYlll ACTES ET CONFÉRENCES 



routh, où il célébra la naissance de son père et de son frère par des 
jeux solennels ; on y brûla encore quelques Juifs et on fit com- 
battre d'autres, soit contre leurs coreligionnaires, soit contre des 
bêtes. Puis Titus passa en Syrie, où les fêtes continuèrent. 

Les habitants d'Antioche surtout lui firent une chaude récep- 
tion; c'étaient là des marques de sympathie intéressées. Il paraît 
qu'ils l'attirèrent au théâtre pour une grande représentation et que 
là, magistrats et Sénat le supplièrent de chasser tous les Juifs de 
leur ville. Ils croyaient sans doute que le vainqueur de Jérusalem 
considérerait cette exécution comme un couronnement de la con- 
quête; mais ils avaient affaire à un homme d'esprit. Titus leur 
répondit qu'il ne demandait pas mieux que de souscrire à leur de- 
mande, mais qu'il était fort empêché, ne sachant où reléguer cette 
population maintenant que la seule ville où il aurait pu les envoyer 
venait d'être détruite. Ce fut tout ce qu'ils obtinrent de lui, et tout 
ce qu'ils méritaient d'en obtenir. De là il gagna l'Egypte où il prit 
la mer. 

Pour clore cette conférence, toute pleine de l'historien Josèphe, 
je ne saurais mieux faire que d'emprunter la phrase par laquelle il 
termine son histoire ; elle répond pleinement à ma pensée : 

« Je finirai ici, dit -il, l'histoire de la guerre des Juifs contre les 
Romains, que je m'étais obligé de donner pour la satisfaction des 
personnes qui désirent l'apprendre. J'en laisse le jugement à ceux 
qui la liront et me contente d'assurer que je n'ai rien ajouté à la 
vérité, ce qui est la seule fin que je me propose dans toutes les 
choses que j'écris. » 



UNE COMMUNAUTE JUIVE AU SEUIL DU VATICAN 



LE GHETTO A ROME 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

LE 4 AVRIL 1891 , 

Par M. E. RODOCANACHI. 



Mesdames, Messieurs, 

Lorsque le savant secrétaire de l'Alliance israélite universelle, 
l'honorable M. Loeb, m'a offert, avec cette amabilité dont il est 
coutumier, d'exposer devant la Société des Etudes juives le résul- 
tat de mes recherches sur la communauté israélite de Rome, j'ai 
été aussi flatté qu'honoré, et cependant, je sentais bien que, si 
j'avais l'honneur périlleux d'occuper à mon tour une chaire d'où les 
Renan, les Guizot, les Dieulafoy, les Gaston Paris vous ont suc- 
cessivement charmés par leur éloquence et édifiés par leur savoir, 
je le devais surtout à l'importance du sujet dont je me propose 
de vous entretenir aujourd'hui. 

Grand, en effet, est l'intérêt qui s'attache à l'historique exact et 
impartial de cette vaillante petite communauté, établie au pied du 
Vatican et comme blottie dans le giron même de l'Eglise, intérêt 
non pas seulement intrinsèque, encore que ses annales aient une va- 
riété, ses finances une complexité et ses mœurs une simplicité dont 



LX ACTES ET CONKÊKENCES 



on trouve peu d'exemples ailleurs, mais intérêt d'ordre général. 

Dans les annales du peuple d'Israël depuis sa dispersion, où nous 
assistons à ce phénomène étrange, inouï, d'un peuple idéaliste, 
rêveur , rebelle à toute autorité , et complètement impropre au 
commerce, qui se transforme en un peuple endurant, paisible, fort 
pratique et quelque peu apte aux affaires, d'un peuple qui, quoique 
exilé, dispersé, n'ayant d'autre lien, d'autre patrie que la tradition, 
reste néanmoins profondément uni, profondément attaché à son 
passé, dans ces annales, dis-je, l'histoire de la communauté israélite 
de Rome n'est pas seulement un épisode curieux, c'est un épisode 
typique. Car cette histoire met en présence, dans une même ville et 
pour ainsi dire face à face, ces deux extrêmes de vénération et 
d'abjection du moyen âge : le Pape et le Juif; le pape, en qui sem- 
blaient se résumer pour les Juifs toutes leurs haines religieuses, 
toutes leurs rancunes sociales ; le Juif, qui était alors pour les chré- 
tiens le symbole exécré, le bouc émissaire de tous leurs mépris 
et de toutes leurs colères contre ceux qui ne partageaient point leur 
foi. Elle nous permet aussi de saisir sur le vif les phases di- 
verses de l'antagonisme des deux dogmes juif et chrétien ; anta- 
gonisme qui, né du jour où les Juifs et les chrétiens se sont avisés 
que, s'ils étaient frères, ils étaient frères ennemis, a creusé entre 
eux un fossé si profond, que notre époque, toute tolérante, toute 
généreuse qu'elle est, a grand'peine à en effacer complètement la 
trace, comme elle le devrait, sans doute, comme elle en sent ins- 
tinctivement le besoin. 

C'est qu'en effet, l'histoire de la communauté de Rome est comme 
le résumé, le miroir des vicissitudes de la race tout entière. Voi- 
sins du sommet d'où partaient les foudres et les indulgences de 
l'Eglise, les Juifs romains furent livrés sans intermédiaire, sans 
contre-poids à la volonté toute-puissante, j'allais presque dire à 
l'arbitraire du Saint-Siège. Ailleurs, la volonté des princes, l'hu- 
meur indépendante du clergé, l'intempérance du peuple obscur- 
cissent les dispositions réelles des papes ; à Rome point ; rien ne 
contrarie leur action. Dans les aventures des Juifs romains se 
reflètent et se résument parfaitement, toutes les joies et toutes les 
tristesses, tous les espoirs et toutes les désespérances qui agitèrent 



LK GI1E1T0 A ROME I.XI 



durant tant de siècles les communautés éparses à travers la chré- 
tienté. 

Voilà comment cette histoire particulière éclaire d'un jour nou- 
veau peut-être l'histoire générale, voilà en quoi elle nous a semblé 
très digne d'attention et voilà sans doute pourquoi j'ai aujourd'hui' 
l'honneur de me trouver devant vous. 

Mon intention étant d'esquisser brièvement ici l'histoire de la 
communauté sous les papes, que j'ai racontée ailleurs en plus de 
détails 1 , je ne m'attarderai pas à rappeler comment les premiers 
Juifs arrivèrent à Rome. Chassés de leur pays par le besoin ou 
bien amenés enchaînés derrière le char des triomphateurs romains, 
ils allèrent s'enfouir dans ce faubourg misérable, nauséabond, et 
mal famé du Transtévère, réceptacle de la lie de Rome, où jamais 
ne pénétrait le citoyen romain qui se respectait quelque peu et où' 
la police impériale même ne se risquait que lorsqu'elle ne pouvait 
pas faire autrement. Leur dénuement obligeait les Juifs à cette 
promiscuité. Mais là était aussi leur sauvegarde. Ces humbles res- 
taient ignorés au milieu du tumulte de cette grande cité qui comp- 
tait plus de deux millions d'àmes. Car les cités antiques où l'on 
vivait dans la rue, sur la place publique, étaient autrement agitées, 
affairées que nos villes modernes, si compassées où chacun se ren- 
ferme dans l'isolement de sa maison, dans le confinement d'un 
édifice. 

Malheureusement, cet oubli où on les tenait ne dura guère. Sous 
le règne de l'empereur Claude, qui aimait tant sa tranquillité, les 
rapports de police signalèrent une agitation sourde et croissante, 
provoquée, disaient-ils, avec l'exactitude qui caractérise ce genre 
de documents, par la présence d'un certain Crestus. Or ce Crestus, 
dont le nom, à défaut de la présence, provoquait parmi la confrérie 
des bords du Tibre un trouble si dangereux, c'était le Christ, dont 
les premiers adeptes, pleins d'une ardente ferveur, venaient célébrer 
la gloire en plein monde idolâtre. Claude fit jeter hors de Rome tous 
ces perturbateurs. Mais Juifs et chrétiens revinrent bientôt, et le 

1 Le Saint-Siège et les Juifs. Firmin-Didut, 1891. 



LXll ACThS ET COSFEttKNCKS 



peuple, comme les grands, s'habitua peu à peu à confondre, dans 
un même mépris et bientôt dans une même aversion, les partisans 
du vieux et du nouveau Testament. Lors de l'incendie de Rome, 
quand on voulut des victimes expiatoires, ce fut au quartier israélite 
qu'on les alla chercher, et la plèbe romaine massacra Juifs et chré- 
tiens pêle-mêle avec une égale frénésie. Depuis, tout le long de la 
période impériale, ils partagèrent le même sort. Leur destinée 
changea seulement quand le christianisme devint la religion de 
l'empire : persécutés jusqu'alors avec les chrétiens, les Juifs le 
furent désormais par les chrétiens. Les derniers empereurs sévirent 
contre eux durement, en néophytes convaincus qu'ils étaient, et peu 
à peu se resserra, autour des représentants de la race israélite, ce 
réseau de prescriptions, de défenses, de mesures de rigueur, dont 
les mailles, de plus en plus étroites, ne leur laissèrent désormais 
d'autre ressource que le commerce et l'agio. 

A ces souverains trop imbus de leurs devoirs, succédèrent des 
papes qui tinrent à honneur de se montrer d'autant plus cléments 
qu'autour d'eux on Tétait moins. Il est vrai que c'étaient des 
saints. Saint Grégoire le Grand fut pour eux d'une admirable indul- 
gence : « Ne cherchez pas, disait éloquemment l'illustre pontife, à 
ramener par la violence les infidèles à la vraie foi, car celui-là n'est 
pas vraiment chrétien qui a été conduit au baptême contre son 
gré! » Alexandre III eut pour intendant un Juif; Innocent III 
déclarait « qu'à l'exemple des papes qui l'avaient précédé, il vou- 
lait être le bouclier protecteur des Juifs suppliants » ; Honorius III 
les prenait ouvertement sous sa sauvegarde dans toute la chré- 
tienté ; et Grégoire IX, dont la bonté n'allait pas pourtant sans 
quelques défaillances, fut néanmoins à leur égard d'humeur assez 
accommodante. Si Innocent IV fit, un des premiers, brûler le 
Talmud, ce fut par humanité sans doute, afin d'éviter aux Juifs 
d'être brûlés pour l'avoir lu. Les écoles rabbiniques de Rome 
étaient alors célèbres par toute l'Italie et groupaient autour d'elles 
tout un monde fort actif, fort distingué de lettrés et de savants. 
Benjamin de Tudèle, qui visita la communauté vers cette époque, 
accoutumé qu'il était à voir de tout autres spectacles, ne dissimule 
point sa surprise. 



LE OIIËITO A ROME LXlll 



. Ce n'est pas à dire pour cel i que les papes ne sacrifiassent point, 
à l'occasion, aux préjugés ambiants. Ainsi, lors de l'affreux trem- 
blement de terre qui ravagea l'Italie en l'année 1020, au point 
que beaucoup prétendirent qu'on s'était trompé dans la supputation 
des dates et que c'était réellement l'année millénaire qui arrivait, 
avec sa catastrophe inévitable, comme on voulait apaiser la colère 
divine par un sacrifice expiatoire, le pape Benoît VIII, en homme 
de son temps, ne crut pas pouvoir en offrir de plus agréable au ciel 
que la pendaison de quelques Juifs. C'était là, je me hâte de l'ajou- 
ter, une exception. 

Au milieu du fanatisme intempérant et de l'intolérance grossière 
de cette sombre époque, l'Eglise fit preuve d'une sage et habile 
magnanimité ; si elle ne sut pas toujours apprécier dans toute leur 
justesse et appliquer dans toute leur ampleur les belles maximes de 
ses premiers chefs, elle n'en resta pas moins fidèle longtemps à 
l'esprit qui les avait dictées. Les conciles provinciaux, les princes, 
les peuples la voulaient engager dans une voie de violence et de 
persécutions ; elle sut résister à cette poussée. 

Alors, en effet, et tant que dura la grande époque théocratique, 
cette hégémonie absolue de l'Eglise sur les empires aussi bien que 
sur les consciences, la papauté ne vit, ne redouta, ne songea à ter- 
rasser qu'un ennemi, l'Islam. Elle avait de son rôle une conception 
bien plus vaste, bien plus compréhensive qu'elle ne le fut jamais. 
En Sicile elle accepte un compromis curieux entre les rites de 
l'Eglise grecque et les dogmes de l'Eglise latine ; à Rome elle tolère 
une chapelle arménienne, une synagogue ; et longtemps, jusqu'à 
l'époque du pape Eugène IV, elle se montra fort encline à se récon- 
cilier, moyennant certaines concessions réciproques, avec les schis- 
matiques de Constantinople. La catholicité se donnait alors pour 
unique frontière la ligne de démarcation qui la séparait de l'idolâ- 
trie. Comme les autres hétérodoxes, les Juifs passaient pour des 
brebis égarées du grand troupeau chrétien et point encore pour des 
brebis galeuses. C'est ce qui explique la rare modération dont on 
usait à Rome envers eux. 

Les Juifs, d'ailleurs, ne demeuraient point en reste avec l'Église. 



LXIV ACTES ET CONFÉRENCES 



Dans cette Rome si turbulente, si capricieuse, si hostile parfois, 
la papauté n'eut pas, on peut l'affirmer, de sujets plus empressés à 
lui témoigner un inaltérable attachement que ses sujets israélites. 
A chaque fois qu'un pontife nouvellement élu se rendait en grande 
pompe au Latran pour y ceindre la tiare, il rencontrait sur son 
chemin les représentants de la petite colonie israélite des bords 
du Tibre, venus tout exprès pour le congratuler. Au milieu des 
autres communautés étrangères, grecque, franque , lombarde, 
saxonne, ils faisaient éclater de bruyantes démonstrations de joie 
qui n'étaient apparemment que l'expression un peu exagérée de 
sentiments très réels. Comme don de joyeux avènement, ils 
offraient au pape une livre de poivre et deux de chandelle ; en 
retour, ils recevaient sur l'heure, du maître des cérémonies, la 
somme de vingt sous. On ne peut toutefois attribuer à cette seule 
largesse les témoignages d'affection que prodiguaient les Juifs au 
Saint-Siège, trop grande était à cette époque la bienveillance des 
papes à leur égard. Plus que les chrétiens, les Juifs étaient les 
fidèles de l'Eglise. 

Mais, où la chose se compliquait singulièrement pour eux, c'était 
lorsqu'il y avait à Rome deux papes à la fois ; on en vit même 
d'aventure, au dixième et au quatorzième siècle, trois et quatre 
qui s'anathématisaient réciproquement et se déclaraient chacun seul 
légitime. Cette situation embarrassante n'était pas cependant pour 
gêner dans son exubérance l'enthousiasme des Juifs, bien au con- 
traire ; tel était leur dévouement au Saint-Siège, qu'ils n'hési- 
taient pas en ce cas à envoyer une députation à chaque pape. 
Ainsi Calixte II et Grégoire VIII, Innocent II et Anaclet, Gré- 
goire XII et Alexandre V, papes éphémères, antipapes et pseudo- 
papes, reçurent, presque dans le même temps, des gages, sans 
doute également sincères, de l'attachement des Juifs romains. 
Anaclet surtout dut être l'objet de leur admiration, car, dans ce 
petit-fils de l'usurier Pierleone, les Juifs voyaient presque un des 
leurs monter sur le trône pontifical. 

C'était l'âge d'or. Par malheur, bien éphémères sont les âges d'or, 
cette enfance nimbée des peuples où se reflètent plutôt leurs aspi- 
rations que leurs souvenirs Aux papes confiants succédèrent les 



LE UlUiVTO A ROME \ LXV 



papes défiants,' car c'en était fait de la sereine assurance du Saint- 
Siège ; le monde s'agitait, quelques hérésies pointaient çà et là, 
l'Eglise rencontrait. des adversaires; les papes s'inquiétaient, se 
troublaient, s'irritaient. Bien plus, il leur sembla, songe illusoire 
mais troublant, que le judaïsme renaissait, prenait vigueur et de- 
venait, à son tour, conquérant. « Nous avons appris, le cœur plein 
» d'alarmes, qu'une foule de chrétiens, méconnaissant la vérité do 
» la foi catholique, ont embrassé coupablement les croyances des 
» Juifs, et le mal fait de si rapides progrès que la religion est en 
» péril. » Ainsi s'exprime une bulle épouvantée que les souverains 
pontifes du treizième siècle se transmettent et renouvellent de 
règne en règne comme un cri d'effroi. On assista alors, cela est 
certain, malgré les terribles châtiments qui attendaient les apoS" 
tats, à un retour singulier aux vieux dogmes prémessianiques sur 
l'étrangeté duquel on n'a peut-être pas assez insisté jusqu'ici ; 
pourtant de là à voir le judaïsme absorber le christianisme, il y 
avait loin. 

La position des Juifs, au foyer même du christianisme, n'en eût 
.pas moins pu devenir critique, s'ils n'avaient eu affaire à des papes 
trop occupés ailleurs. Eugène IV, entre autres, fulmina contre eUx 
une bulle écrasante dont la bulle de Paul IV n'est que la reproduc- 
tion ; Calixte III, ce premier des Borgia, la renouvela ; mais 
Eugène IV erra dix ans loin de sa capitale en proie aux factions, et 
les papes du quinzième siècle s'absorbèrent pour la plupart dans 
l'éternelle chimère du renouvellement des croisades. Le danger du 
côté de l'Islamisme était certes plus pressant que du côté du 
Judaïsme, et mieux valait reconquérir Constantinople que subjuguer 
la petite juiverie de Rome. 

Très volontiers les Juifs se firent les banquiers de l'affaire. Le 
trésor pontifical était à sec, comme cela lui arrivait si souvent ; le 
peuple criait misère ; on s'adressa aux marchands israélites. Ils 
étaient, eux aussi, très pauvres, dirent-ils, néanmoins ils surent se 
procurer de l'argent, tant était grand leur intérêt à détourner d'eux 
le coup qui les menaçait. Dangereux précédent toutefois et bien 
tentant ! Dans ses moments de pénurie, l'Église saura qu'elle peut 
faire fond sur l'inépuisable autant qu'involontaire complaisance 

ACT. ET CONP. B 



LXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

des banquiers israélites ; déjà l'heureux temps où ils ne payaient 
point d'impôts était loin ; il leur fallait maintenant fournir à tout 
moment de l'argent, à l'Eglise pour ses besoins, au peuple pour ses 
plaisirs. 

Le peuple, effectivement, aimait fort à se réjouir aux dépens des 
Juifs. On ne leur avait imposé primitivement qu'une simple taxe 
en faveur des jeux, mais bientôt on ne se contenta plus de leur faire 
payer les violons, ils durent figurer au programme. Ceci se passa 
sous le pontificat de Paul II, et, bizarrerie du sort, précisément 
pendant une accalmie des sentiments de plus en plus hostiles de 
l'Eglise vis-à-vis le peuple d'Israël. Faul II, ce pape vénitien, qui 
se flattait d'acclimater en sa capitale les fêtes brillantes dont ses 
compatriotes avaient le secret, venait d'introduire à Rome le car-*- 
naval, avec son accompagnement obligé de pompes bruyantes et de 
divertissements grotesques. Il organisa, entre autres spectacles, 
des courses de chevaux-, de taureaux, d'ânes et d'hommes ; on vit 
lutter d'agilité des vieillards, qui devaient avoir au moins soixante 
ans passés, des petits enfants, plus tard des bossus et des estropiés 
qu'on avait soin, afin qu'on pût mieux jouir de leurs difformités, de 
déshabiller avant la course. Tout naturellement on demanda aux 
Juifs d'entrer dans la lice. Au début, d'ailleurs, cela se passa en 
toute décence. A ce que rapporte même le poète-médecin de' Pennis, 
les Juifs se prêtèrent allègrement à cette fantaisie et cherchèrent à 
relever, par la richesse de leurs costumes, ce que pouvait avoir 
d'humiliant le rôle qu'on leur faisait jouer. Les choses ne tardèrent 
pas à se gâter toutefois ; on voulut joindre à l'intérêt de la course 
l'attrait du ridicule et voici ce qu'on imagina : on commença par 
allonger indéfiniment la piste, on imposa aux coureurs un costume 
extravagant, enfin un organisateur facétieux les obligea à absorber, 
juste avant le départ, un copieux repas ; ne serait-il pas bien plus 
piquant de les voir hors d'haleine s'essouffler à courir ? Pour 
comble d'ignominie, on raccourcit plus 'tard leur manteau beaucoup 
plus que ne le permettait la décence, à ce point qu'un des leurs put 
affirmer que les Juifs couraient tout nus. Derrière eux galopaient 
des soldats qui harcelaient les retardataires, tandis que la foule les 
accablait de brocards, d'injures et de coups. Quand il pleuvait et 



LE GHETTO A ROME LXV1I 



que les Juifs revenaient, souillés de boue de la tête aux pieds, oh! 
alors, la joie du populaire touchait au délire. Et cela dura deux 
siècles ï 

Au demeurant, néanmoins, malgré ces avanies, la situation des 
Juifs romains, comparée à celle de leurs coreligionnaires des autres 
Etats de la chrétienté, n'était pas trop mauvaise encore ; ils pou^ 
vaient commercer à leur guise, fréquenter les chrétiens, enseigne^ 
même et se loger où bon leur semblait. 

. Tout changea de face à l'avènement de Paul IV. Ce pape, qui 
était toujours en colère, dit irrévérencieusement Michelet, ne pou- 
vait tolérer que des mécréants jouissent de droits presque égaux à 
ceux des chrétiens. Il résuma, renouvela, aggrava les prescriptions 
les plus sévères de ses prédécesseurs et lès -codifia, pour ainsi dire, 
xlans sa bulle fameuse: Cum nimis absurdum, datée du 15 juillet 
J 555, qui fut, trois siècles durant, la charte du peuple juif, si l'on 
peut donner ce nom à un instrument d'oppression. Bien plus, ce 
qui ne s'était guère vu à Rome jusque-là, il la fit sur-le-champ et 
rigoureusement appliquer. 

Contre-coup étrange et imprévu des difficultés où se trouvait 
alors engagé le Saint-Siège! C'était, il faut s'en/ souvenir, le mo- 
ment où partout fléchissait son autorité ; où la France, l'Angleterre, 
l'Allemagne s'agitaient, écoutant avidement des paroles de doute et 
•de révolte ; où la pieuse Italie surtout, plus dévotieuse il est vrai 
que pieuse, semblait sur le point de s'abandonner elle-même aux 
idées qui venaient d'outre-monts, et prête à prendre la direction et 
la tête même du mouvement. Le fait est surprenant, mais certain ; 
-il courut à ce moment à travers T Italie comme un frisson de rébel- 
lion, comme un vague et ardent désir de venger sur la papauté les 
•erreurs des papes du siècle précédent. On avait rougi au temps des 
Alexandre Borgia, des Innocent VIII, des Sixte IV. Les plus 
illustres cardinaux, des créatures de Jules II, de Léon X, le car- 
dinal Polo, du sang royal d'Angleterre, Bembo, Sadoleto, secré- 
taires tous deux du Saint-Siège, Morone, Contarini proclamaient 
d'étranges sympathies pour les doctrines que réprouvait l'Église; 
dansles salons de Naples comme à la cour si policée de Ferrare, 



LXYlll ACTES ET CONFÉRENCES 



dans la pieuse Orvieto comme à Florence, comme à Pise, comme 
au val d'Aoste, dans tous les centres intellectuels de la péninsule 
enfin, on pensait, on disait bien haut que, si les dogmes devaient 
être respectés, les abus devaient être supprimés, la hiérarchie 
renouvelée, l'Eglise moralisée ! 

L'Église se raidit contre le danger et devint d'autant plus défiante, 
impérieuse, irritable, qu'elle le sentait plus voisin, plus enveloppant; 
toute contradiction lui sembla fatale, et la bulle de Paul IV est 
peut-être une des manifestations les plus caractéristiques de cet état 
d'esprit qui dura jusqu'à une époque qui n'est pas fort lointaine. 
Ainsi, il se trouva, rencontre bizarre, que les malheurs delà papauté 
coûtèrent surtout des larmes à ceux qui la haïssaient le plus. 

Dure, en vérité, était la discipline à laquelle on soumettait les 
Juifs : tout commerce, toute relation, toute cohabitation avec les 
chrétiens est défendu ; plus de rapports d'aucune sorte. Afin que 
personne ne viole inconsciemment la loi, les Juifs porteront désor- 
mais, bien apparent, le signe distinctif de leur race, l'infamant 
bonnet jaune dont ils avaient été jusqu'alors dispensés à Rome; 
ils n'auront plus de serviteurs chrétiens, « des esclaves, dit la bulle, 
ne pouvant commander à leurs maîtres », plus de nourrices chré- 
tiennes pour leurs enfants, plus de cochers chrétiens pour leurs 
voitures ; il n'est pas jusqu'à la tenue de leurs livres de caisse qui 
ne soit minutieusement réglementée. Bien plus, défense qui attei- 
gnait également et fort péniblement les chrétiens, ils n'exerceront 
plus l'art de la médecine. 

Or, les rabbins de Rome y excellaient, comme ceux des autres 
communautés juives de France et d'Allemagne. Leur prestige, dû à 
un mérite très réel, à une grande philanthropie et, il faut le dire 
aussi, à cette fascination qu'exerce sur le vulgaire la connaissance 
vraie ou supposée d'idiomes étrangers, d'arcanes mystérieux, était 
aussi grand qu'universel ; on sait que, Charles-Quint ayant envoyé 
au roi François I er un sien médecin, celui-ci ne voulut point le voir 
2Kirœ qu'il ri était pets Juif '. A Rome, les médecins israélites étaient fort 
en vogue ; nul ne se faisait scrupule de recourir à leurs soins dans 
le peuple aussi bien que dans le clergé, et même, depuis des siècles, 



LU GUETTU A ROMIi LXIX 



quantité de papes leur durent la vie ou bien de passer de ce monde 
dans l'autre confiants qu'ils allaient guérir. Ce fut un médecin juif 
qui, contre le gré général, sauva Jules II moribond, dont ses car- 
dinaux se partageaient déjà les dépouilles, et dont ses serviteurs 
pillaient les appartements, tandis que son propre neveu épiait, 
anxieux, l'instant de son dernier soupir. Innocent VIII, étant à 
l'article de la mort, se laissa tenter par la promesse d'un praticien 
■également juif qui l'assura de sa guérison s'il consentait à se faire 
transfuser le sang de trois jeunes gens. On fit l'opération. Les trois 
jeunes gens moururent et le pape aussi ; quant au charlatan, il avait 
tout d'abord sagement tiré de long. Mais il y en avait de plus 
habiles. 

Pour couronner cet édifice de prescriptions, Paul IV décréta que 
dorénavant les Juifs vivraient parqués et, pour ainsi dire, cloîtrés en 
un même quartier qu'entourerait une muraille dont les portes se* 
raient sévèrement surveillées. De plus, tous leurs biens immeubles 
durent être vendus dans le délai de deux mois. 
t Les Juifs, pour la plupart, habitaient, depuis qu'ils avaient aban- 
donné le Transtévère, dans. cette partie de la ville située entre le 
Capitole, le Palatin et le fleuve ; quartier pauvre, humide et malsain, 
dont l'aspect pittoresquement sordide était, il y a quelques années 
encore, un objet de curiosité pour le touriste. Point n'était difficile 
de les y murer ; on en chassa, non sans discussions, les quelques 
chrétiens qui s'y trouvaient, et, deux mois après, l'enceinte était 
construite. Elle n'avait coûté que deux cents écus. De ce jour date 
le ghetto. Jettons-y un rapide coup d'œil, car, aussi bien, on ren- 
contre là un des coins les plus intéressants de la ville éternelle 
; et dont bientôt il ne restera plus trace. 

C'est d'abord un entremêlement inextricable de ruelles étroites, 
sombres, tortueuses, serpentant comme au hasard ; un fouillis de 
sentiers aux allures hésitantes, de carrefours difformes, d'impasses 
aux recoins insondables. La lumière n'y pénètre qu'à grand'peine et 
l'air jamais; ce sont, à dire vrai, d'affreux cloaques nauséabonds, 
-tels qu'on n'en voit que trop en ces villes du midi, où l'on cherche 
mprudemment, dans l'étroitesse des rues, un remède contre les 



LXX ACTES ET CONFÉRENCES 



ardeurs du soleil. Marchands de bric-à-brac, revendeurs clé toute' 
espèce, fripiers, regrattiers encombrent, des caves aux greniers, les? 
maisons aux nombreux étages, fléchissantes, titubantes, semblant se/ 
soutenir à peine Tune l'autre et dont rien à Rome n'égalait la; 
vétusté, tandis que les rues sont incessamment sillonnées de petites; 
voitures à bras qu'annonce le cri bien connu à Rome de Heb ! Heb h 
Les nippes de l'univers entier semblent s'être donné rendez -vous, 
en ce lieu ; les marchandises les plus disparates, les objets les plus 
bizarres, les plus extraordinaires s'entassent pêle-mêle aux devan- 
tures des boutiques, envahissent la rue, sollicitant, par la gêne même, 
qu'ils causent, l'attention du passant. Tout se vend, tout s'achète, 
tout se répare au ghetto, surtout depuis qu'il est défendu d'y vendre 
du neuf. On dirait, en un décor plus pittoresque, le marché du 
Temple à Paris avec ses rapprochements inattendus, ses contrastes 
qui font rêver. De loin en loin, dans la Via Rua, la rue aristocra j 
tique du ghetto, une maison plus calme où l'on fait la banque. 

Au milieu de ce bruyant labyrinthe, de ci, de là, une place ; la 
place Guidea encombrée, elle aussi, par les boutiques et les éven- 
taires des marchands de bric-à-brac, et bordée de salles de vente 
à l'encan ; c'est le lieu de réunion favori des habitants du quartier 
juif, le centre des affaires. Juifs et chrétiens s'y rencontrent aisé- 
ment, car le mur d'enceinte la partage en deux ; si aisément même 
que certain pape, rigide observateur de la loi de Paul IV,. décida 
simplement, pour mettre un terme à cet abus, que tout chrétien 
trouvé, sans raison plausible, aux abords de la place serait, sans 
plus, pendu haut et court. Mais les chrétiens, ainsi que nous l'ap- 
prend l'aveu d'un scribe du Vatican, avaient grand besoin nonobs- 
tant des marchands du ghetto. Aussi un autre pape trouva-t-il 
moyen d'arranger la chose : on autorisa les Juifs à tenir boutique 
en dehors du ghetto, car, disait ce bon pape, si Paul IV leur a 
défendu d'habiter hors du ghetto, il leur est bien permis d'en sor- 
tir pendant le jour pourvu qu'ils y rentrent à la nuit tombante-. 
C'est ce qu'on appelait, à Rome, interpréter une bulle. 

Sur la place Guidea s'élèvent les seuls monuments dont puisse 
s'enorgueillir le quartier juif : trois églises désaffectées depuis 
qu'elles étaient englobées, dans le mur d'enceinte, un palais en 



;le ghetto a rome lxxi 



ruine, celui des Boccapaduli, et une tour, dernier vestige d'une 
demeure seigneuriale. 
, Plus loin, descendant vers le fleuve, une autre place, décorée 
d'une fontaine où coule la seule eau potable du ghetto, c'est la place 
des écoles ; là se trouve également la synagogue, à l'emplacement 
qu'elle occupe encore aujourd'hui. Sobre d'aspect à l'extérieur, 
comme pour dissimuler aux yeux des chrétiens la piété généreuse 
de ceux qui s'y rassemblent, elle était, par contre, remarquablement 
bien et luxueusement décorée à l'intérieur. C'est à son ombre,, 
ainsi que nous l'apprennent les chroniques, que naquit, en 1313, 
le célèbre tribun Cola di Rienzo. 

Plus loin encore, la place Macello, où l'on immole, suivant les 
rites prescrits, les animaux destinés aux boucheries du ghetto, et 
enfin les berges du Tibre, parsemées de moulins et de pauvres ca- 
banes, où vit, au milieu des miasmes du fleuve et dans le plus ab- 
solu dénuement, le rebut de la population israélite. 

Tout ce quartier avait au plus un hectare de superficie. Or, la 
communauté qui, au onzième siècle, se composait à peine de deux 
ou trois cents membres, avait crû rapidement durant la période 
médiévale et elle en comptait au moins deux mille au dix-septième 
siècle. C'est-à-dire que, dans les étroites limites qui lui étaient assi- 
gnées, la population juive avait une densité triple ou quadruple 
même de celle des quartiers les plus populeux de Paris, le quartier 
Bonne-Nouvelle ou du Mail, par exemple. On conçoit après cela 
que les reclus du ghetto eussent cet air hâve et chétif qui excitait la 
verve railleuse des écrivains du siècle dernier, et que les lois de 
l'hygiène et de la salubrité n'y fussent pas toujours trop scrupuleu- 
sement observées. Néanmoins, la race était restée si étonnamment 
prolifique que, lorsque Edmond About alla visiter le ghetto, il y 
rencontra tant d'enfants grouillants dans les rues, qu'il eut une 
peur horrible, raconte- t-il, de commettre à chaque pas, en se pro- 
menant, un infanticide ! 

. Cette muraille qui étreignait la juiverie, en favorisait, par contre, 
l'isolement. A l'abri derrière elle, la communauté jouissait d'une 
semi-indépendance, se gouvernant à sa guise, ayant ses chefs élus, 



LXX1I ACTES ET CONFÉRENCES 



ses magistrats, ses finances, sa police, ses collecteurs d'impôts. : 
Elle possédait même un corps législatif composé de soixante • 
membres pris moitié parmi les riches, moitié parmi les pauvres et 
dont les sentences étaient sollicitées et les décisions doctrinales res- 
pectées dans toute l'Italie, ce qui faisait dire plaisamment à Bas-' 
nage 'qu'il fallait que les sources dé l'infaillibilité fussent bien abon- 
dantes à Rome puisqu'il en coulait des ruisseaux jusque dans le^ 
quartier juif. A l'exception d'un droit de haute police que l'admi- 
nistration se réservait, on peut dire que la colonie israélite formait' 
une commune à part, presque autonome au milieu de la commune- 
de Rome, quelque chose d'analogue à l'organisation de la City dans- 
la ville de Londres. 

Ainsi, soit mépris, soit tolérance, le pouvoir pontifical, le plus; 
ombrageux pourtant qui fut jamais, le plus porté à s'immiscer dans 
les affaires de ses sujets par paternelle sollicitude, octroyait aux; 
Juifs un droit que nous estimerions exorbitant, incompatible avec 
tout bon gouvernement, nous si respectueux pourtant de l'indépen- 
dance d'autrui, si désireux de porter à leur extrême limite les théo- 
ries de la liberté individuelle. Tant il est vrai que chaque époque a 
ses façons déjuger qui lui sont particulières ! 

Le principal usage que firent les Israélites de cette liberté fut de 
s'imposer, de leur plein gré, la plus dure, la plus vexatoire, mais 
pour eux la plus salutaire des sujétions : l'appareil rigoureux de 
lois somptuaires. 

Dans un grand nombre de communautés, à Metz, par exemple, 
à Avignon, en Cerdagne, nous retrouvons ces règlements contre 
l'abus du luxe ; cela ne tendrait-il pas à prouver que loin de vivre 
chichement, les Juifs du moyen âge n'avaient, tout au contraire,' 
que trop de penchant à la dépense et se plaisaient à dissiper, en 
vaines prodigalités, le fruit de leurs hasardeux trafics ? Il y avait 
là, au reste, un double danger. Aux yeux des chrétiens, du fisc, il 
ne fallait pas paraître riche. C'est à tout cela que pourvoit fort 
sagement la loi appelée à Rome Pragmatique, que vota le Conseil 
des Soixante. Elle défend tout luxe apparent, toute marque de 
richesse, mais elle se garde bien de défendre la richesse ; aux 
femmes elle défend les dentelles, les fourrures., le linge fin, les bro- 



LE GHETTO A ROME LXXIII 



deries,' les passementeries d'or et d'argent, les bijoux, les perles 
dont elles étaient si vaines, les résilles d'or sur la tête et même les 
faux cheveux ; aux hommes, tout ornement, toute garniture à leurs 
habits, lés plumes, les boutons, bien plus, ils ne devront porter que 
des vêtements de seconde main, convenablement fripés; aux fiancés 
elle défend les cadeaux trop somptueux ; aux épousées, les trous- 
seaux trop bien fournis ; aux parrains, les largesses envers les 
nouveaux-nés. Dans les grandes occasions, si l'on tient à se mon- 
trer magnanime, il est loisible de distribuer quelques gâteaux, 
quelques écus, et encore Dieu sait avec combien de restrictions 1 
Plus de ces banquets accompagnés de musique, de danse, parfois 
même de comédies, qui semblent avoir été la distraction préférée 
des favorisés de la fortune au ghetto, ou, si en de rares circons^. 
tances on les tolère, c'est à la condition qu'on n'y conviera que des 
parents, des intimes, en petit nombre, et que, pour tout régal, on 
ne leur servira qu'un bouilli, un rôti, quelques salaisons et des 
biscuits ; malicieusement, la Pragmatique ajoute que les invités 
ne devront pas, au su ou à l'insu des maîtres de la maison, em- 
porter dans leurs poches les reliefs du festin. Si l'on danse, les 
hommes n'auront pour partenaires que des hommes, et les femmes, 
des femmes. Je ne sais, mais il me semble que dans ces conditions, 
quel que fût l'amour des Juifs pour la chorégraphie, les.bals devaient 
manquer de gaieté et d'entrain. Et malheur à qui transgressera ces 
rigides prescriptions, il ne s'en tirera pas à Rome, comme ailleurs, 
avec une amende; il encourra ipso facto \e plus terrible, le plus 
redouté des châtiments : l'excommunication solennellement pro- 
noncée. 

; L'esprit de prudence et de sage économie qui inspirait ces lois 
éclate encore bien plus dans la façon dont les Juifs romains surent 
administrer, je dirai mieux, ménager leurs finances. Et c'est peut- 
être même là le trait le plus caractéristique et le plus étonnant de 
leur histoire. Que les Juifs aient été quelquefois pressurés à Rome, 
qu'ils aient trouvé, malgré leur gêne, de l'argent pour satisfaire aux 
rigueurs de leurs maîtres, cela n'a rien d'absolument anormal, 
mais qu'ils aient réussi à payer les chrétiens avec leur propre 



LXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

monnaie, leur empruntant d'une main ce qu'ils leur avançaient de 
l'autre, voilà, je crois, ce qui est tout à fait particulier, ce qui 
ne s'est guère rencontré qu'à Rome I 

Et ceci est même d'autant plus surprenant que, depuis qu'elle 
eut des finances, la communauté eut des déficits. 

Son fardeau financier était fort lourd à la vérité. On ne s'était 
pas borné longtemps à n'exiger d'elle que la subvention des jeux;, 
bientôt ses impositions s'augmentèrent, se multiplièrent : il lui 
fallut verser au Capitule une dime annuelle de cinq cents écus, 
contribuer à l'entretien de l'estuaire du Tibre et du port voisin de 
Fiumicino, rembourser la pension des Juifs que les chrétiens rete- 
naient en prison pour dettes, subvenir aux dépenses du monastère 
où l'on réunissait les catéchumènes et les néophytes, et même leur 
faire parfois des rentes, payer les gardiens qui veillaient aux portes 
du ghetto et le loyer des maisons qui demeuraient vacantes. Ce 
n'est pas tout : il y avait les rues à faire nettoyer, les agents fiscaux 
du Saint-Siège à appointer, les sénateurs, les conservateurs de la 
République, tous les magistrats siégeant au Capitole et fort poin- 
tilleux sur ce chapitre, à gratifier de présents lors des grandes fêtes; 
enfin, à chaque conclave, une foule de dépenses à supporter. Ce 
n'est pas tout. A. ces dépenses obligatoires ou imposées par le Saint- 
Siège comme un tribut, il faut ajouter les dépenses charitables qui 
devenaient d'autant plus fortes que le ghetto allait s'appauvrissant. 
Elles atteignirent au dix-septième siècle le chiffre exorbitant de 
neuf mille écus : allocations aux maisons de secours, distributions 
d'aliments aux vieillards, subventions aux écoles, dotations de 
jeunes filles, il fallait pourvoir à tout cela. Au total, donc, douze 
à quinze mille écus bon an, mal an. 

Tout cela n'est rien. Devenue puissance temporelle, la papauté 
éprouva des difficultés d'ordre temporel. Il lui arriva de se trouver 
fort en peine d'argent et, comme tant d'autres, elle s'adressa aux 
Juifs. Plus sage, toutefois, plus tolérante que d'autres, elle n'ex- 
torqua jamais, elle se borna à solliciter, mais elle sollicita souvent. 
Ses exigences extraordinaires, que leur périodicité rendait aussi or- 
dinaires que les autres, dit un compilateur du Vatican, s'élevaient, 
en moyenne, à cent cinquante mille écus par période de trente ans, 



LE GHETTO A HOME LXXV 



'• Quand ce n'était pas de l'argent qu'exigeait le Saint-Siège, c'é- 
taient des lits : lits pour ses soldats en campagne, lits pour ses 
pèlerins lors des jubilés. On s'offrait, je dois le reconnaître, à en 
payer la location, et le ghetto y gagnait à l'occasion ; seulement il 
arrivait aussi parfois, je ne sais trop comment, que l'on ne pouvait 
jamais s'entendre sur la somme qui était due ; on discutait des 
années et finalement les Juifs ne revoyaient, affirmaient-ils, ni un 
lit, ni une couverture, ni un écu. 

Pour faire face à toutes ces charges, le ghetto n'avait que des 
ressources bien précaires : une taxe sur les bouchers qui avaient le 
monopole de la vente dans l'intérieur du ghetto ; une taxe sur le 
capital, qui, de même que tous les impôts de ce genre, était d'un 
rendement médiocre et inégal et d'un recouvrement malaisé. On le 
percevait ainsi : tous les cinq ans, chaque chef de famille devait 
présenter une déclaration écrite et détaillée de sa fortune, en y 
comprenant son numéraire, ses meubles, ses bijoux, ses créances, 
ses dettes, déclaration que contrôlaient des inspecteurs armés de 
pouvoirs disciplinaires très étendus. Le capital ainsi avoué, ainsi 
manifesté, comme on disait alors, était taxé ensuite suivant sa 
nature, ce qui compensait, en partie, ce que pouvait avoir de peu 
équitable cette imposition. 

Ces deux impôts réunis rapportèrent d'abord sept à huit mille 
écus, ce qui était déjà fort insuffisant pour faire face à une charge 
de quinze mille ; puis, chaque année, comme le capital du ghetto 
s'amoindrissait, leur rendement diminua ; on essaya de taxer le 
pain, le vin, les cabarets, les transactions, ce fut en vain, le dé- 
ficit n'en resta pas moins béant et semblait impossible à combler. 

On le combla pourtant. Il ne manquait pas à Rome de capitalistes 
chrétiens tout prêts à remplir, vis-à-vis des Juifs, le rôle que 
ceux-ci jouaient vis- à-vis des chrétiens ; les Juifs étaient, en 
général, bons payeurs ; on leur avança donc ce qu'ils voulurent 
et bientôt il se trouva qu'ils furent débiteurs des chrétiens pour 
■des sommes considérables. Plus on réclamait d'argent à la com- 
munauté, plus elle se déclarait hors d'état d'en trouver au ghetto; 
plus elle empruntait au dehors. Au temps de Clément VII, elle 
devait déjà dix-huit mille écus, mais en un siècle les choses mar- 



LXXyi ACTES ET CONFÉRENCES 



citèrent vite, et à la fin du pontificat d'Urbain VIII, sa dette ne 
s'élevait pas à moins de deux cent soixante mille écus. Alors les 
chrétiens prirent peur ; ils sollicitèrent, supplièrent le pape de 
transférer leur créance au Mont-de-Piété ; le Mont-de-Piété, sur 
l'ordre du souverain pontife, avança dès lors à la communauté 
israélite, à un taux très modéré, toutes les sommes dont elle avait 
successivement besoin et qu'elle continuait à ne pouvoir se pro • 
curer ailleurs, affirmait-elle. Et cette institution, qu'on venait de 
fonder précisément pour faire concurrence aux Juifs, devint ainsi 
pour eux le plus précieux des auxiliaires. 

Le Saint-Siège, de son côté, y trouvait son intérêt, car il pou- 
vait exiger des Juifs ce qu'il n'eût pas osé réclamer des chrétiens. 

De temps à autre, de moins en moins régulièrement, la commu- 
nauté payait des arrérages. Devenait- on trop exigeant? Menaçait- 
on de mesures de rigueur? le ghetto en réponse menaçait de faire 
faillite et d'entraîner dans cette catastrophe le Mont-de-Piété lui- 
même ! De fait, on recula toujours devant cette étrange menace. 
•Après bien des essais d'arrangement, bien des enquêtes, des contre- 
enquêtes, des négociations, on se résigna à classer la dette du 
ghetto parmi les « créances douteuses », puis on la négligea, on 
l'oublia complètement ;• et la communauté se trouva ainsi avoir 
secouru ses pauvres, entretenu ses écoles, payé ses taxes, défrayé 
.ses magistrats durant plus de deux siècles, en grande partie aux 
frais des chrétiens. 

Ces difficultés d'argent, dont la communauté se tira si dextre- 
ment, ne furent pas les seules contre lesquelles elle eut à lutter 
durant la période qui suivit le règne de Paul IV, si douloureux 
pour elle. 

L'Église avait alors à se défendre pied à pied ; les guerres reli- 
gieuses sévissaient partout; on était dans une période d'intolérance 
..et de sang. Le généralat de l'inquisition était le marchepied de la 
papauté ! Les Juifs, surtout à Rome, ne pouvaient guère s'attendre, 
en un pareil moment, à être ménagés ; on leur appliqua, dans tout 
. son rigorisme, la bulle de Paul IV ; peu s'en fallut même qu'à deux 
.reprises, sous Pie V, en 1569, sous Clément VIII, en 1593, ils ne 



LE GHETTO A ROME LXXVlt 



fussent chassés de Rome ; s'ils n'eurent pas le sort de leurs coreli- 
gionnaires habitant les autres villes des Etats de l'Eglise, ce fut 
uniquement, comme le dirent les ordonnances pontificales, parce 
qu'ils s'y trouvaient plus directement soumis à la surveillance dé 
la papauté et aussi dans l'intérêt du commerce de la ville. Ancône,' 
par exemple, d'où on les avait un instant expulsés, mise à l'index 
dans les échelles du Levant, avait failli voir son commerce anéanti. 
Parmi cette série de papes intransigeants, un seul fait exception, 
et l'exception est singulière, c'est Sixte-Quint, dont on ne s'attendait 
certes pas à avoir à louer envers des hérétiques l'humeur accommo- 
dante. Ce fut un renouveau des anciens temps ; il rapporta les lois 
.de ses prédécesseurs, permit aux banquiers israélites d'exercer leur 
industrie en toute liberté, abolit les dettes trop anciennes, décréta 
même une amnistie générale. Ce règne, hélas ! ne fut qu'un inter- 
règne. Tout autre alors était l'esprit qui animait la cour pontificale 
ainsi que l'Eglise et dont saint Charles Borromée lui-même se fai- 
sait l'apôtre. 

Cet esprit se manifesta, vers cette époque, d'une façon nouvelle à 
Rome. 

Chose singulière, on ne s'y était que fort peu préoccupé jusqu'a- 
lors de la conversion des Juifs ; on accueillait avec bienveillance 
les néophytes, on les comblait de faveurs à l'occasion ; Elia Levita 
devint jésuite et nonce ; Tsarphati, ami et confident de Jules III ; 
un membre de la famille délia Branca, camerlingue ; et le petit-fils 
•de l'usurier Pierleone, je l'ai dit, presque pape ; mais on ne s'était 
pas encore avisé de solliciter les conversions d'une façon systéma- 
tique. Les efforts des convertisseurs, isolés, leur action intermit- 
tente, rendaient les succès fort peu fréquents. 

Le prosélytisme de l'Église, si ardent, si actif partout ailleurs, 
devait-il rester inerte dans le sanctuaire même de la foi? Paul III 
d'abord, puis Grégoire XIII, pensèrent qu'il y allait de l'honneur de 
la religion qu'il n'en fût pas ainsi. Par des voies différentes, l'un 
en créant un monastère où l'on devait recueillir et instruire les ca- 
téchumènes, l'autre un collège destiné à former des prêcheurs, ils 
s'efforcèrent tous deux d'assurer le recrutement normal des nou- 
veaux chrétiens. 



LXXV1H ACTES ET CONFÉRENCES 



Il fallait, tout d'abord, faire entendre la parole de vérité aux 
infidèles; Tsarphati, ce Juif converti dont j'ai tout à l'heure cité le 
nom, se chargea de cette mission qu'il remplit avec le zèle intem- 
pérant et agressif qui est le propre des néophytes. Il était fort 
éloquent, et Montaigne, qui alla l'entendre dans l'oratoire, voisin 
du ghetto, où il pérorait, en revint émerveillé. Mais, plus il passait 
pour être persuasif, plus les Juifs naturellement se méfiaient de lui. 
Tsarphati prêchait dans le vide. Las de ce rôle ingrat, il s'en vint 
trouver le pape et lui représenta tout l'avantage qu'il y aurait pour 
ces pécheurs endurcis à être contraints d'assister à ses prêches. Le 
pape se rendit à ses raisons, mais sa décision ne fut pas celle qu'at- 
tendait le fougueux prédicateur, car, s'il rendit obligatoire, la pré- 
sence des Juifs aux sermons, il chargea quelqu'un d'autre de les faire. 
. Ce n'en était pas moins, pour eux, un pénible devoir, humiliant à 
l'excès, que la nouvelle servitude qui leur était imposée. 
. Chaque samedi, au sortir de la synagogue, le tiers de la popula- 
tion du ghetto devait se rendre à l'oratoire pour y entendre mal- 
mener, durant une heure, ses rabbins, ses traditions, ses croyances. 
On avait enjoint au sermonneur de commenter impartialement et 
sans passion le texte de la Bible dont le rabbin venait de donner 
lecture et d'en montrer le sens au point de vue catholique ; il devait 
même, à ce qu'on raconte, ne prononcer qu'à voix basse les noms 
de Jésus et de la Vierge, afin dé ménager les susceptibilités de son 
auditoire; mais que de fois, dans l'emportement de son zèle, le 
pieux orateur ne se laissait-il pas aller à remplacer l'argument par 
l'invective et à accabler de sanglantes injures les contempteurs de 
sa foi ! 

Aussi arrivait-il que ses auditeurs ne lui prêtaient point toute 
l'attention désirable : d'aucuns se mettaient du coton clans les 
oreilles, d'autres, tout bonnement, s'endormaient. Pour prévenir ce 
scandale, un surveillant fut chargé de parcourir leurs rangs, une 
longue baguette à la main, avec laquelle il réveillait leur attention. 
A la porte, un registre était déposé où l'on inscrivait le nom des 
absents qu'une lourde amende, la bastonnade ou l'exil punissaient 
de leur obstination dans l'erreur. Ce fut la dernière, mais la plus 
longtemps observée des mesures de coercition prises par le Saint- 



LE GHETTO A ROME LXX1X 



Siège contre les Juifs, puisqu'elle était encore en vigueur durant la 
première moitié de ce siècle. 

Les autres, peu à peu, tombent en désuétude. Nous entrons dans 
le dix-huitième siècle, siècle d'émancipation. Un double courant 
règne à Rome. En haut, la papauté pardonne ; en bas, le peuple 
reste hostile. 

L'exemple, il est vraf, lui vient de ses chefs. Le premier jour dii 
carnaval, le rabbin, suivi d'une députation, doit se présenter au 
Capitole en un costume devenu grotesque avec le temps, s'avancer 
humblement vers l'estrade où siègent le sénateur et les autres re- 
présentants du peuple, et, le genou fléchi, protester du respect ainsi 
que de la reconnaissance de la communauté pour la protection qui 
lui est généreusement accordée; à quoi, le premier magistrat de la 
cité, posant son pied, suivant les anciens rites, sur la nuque du 
rabbin prosterné, répondait par une brève et méprisante formule. 
Le rabbin, avant de se retirer, offrait au sénateur un bouquet et 
une coupe d'argent. Souvenir suranné des traditions féodales, con- 
servé apparemment dans le seul but de donner au peuple le spec- 
tacle réjouissant de l'asservissement de la nation israélite, et dont 
la dernière manifestation eut lieu, il y a cinquante ans à peine, le 
6 février 1841! 

Cette époque du carnaval était, du reste, pour les Juifs, un dur 
moment à traverser. Les Romains se croyaient alors tout permis, 
ne respectaient pas les choses les plus respectables, parodiaient tout, 
profanaient tout. On ne put jamais les empêcher, par exemple, de se 
.travestir en prêtres, en magistrats ; d'entrer dans les églises en cos- 
tumes carnavalesques ; de jeter, sur les passants, par les fenêtres, de 
l'huile, du miel, voire même de l'eau bouillante. Les plaisirs les plus 
bruyants, les plus tumultueux, et, il faut le dire aussi, les plus 
brutaux étaient ceux qu'affectionnait la populace. C'était une soif 
de joie orageuse, une fureur d'amusement qui faisait dire à Gœthe, 
au sortir de ces fêtes : « J'ai passé la journée avec des fous. » 

On conçoit que, dans ces dispositions, on en usât fort mal à 
Rome avec les malheureux affublés du bonnet jaune révélateur. Il 
fallut supprimer les Mystères célébrés au Colisée pour éviter que 
les assistants surexcités n'envahissent ensuite le quartier des Juifs 



LXXX ACTES ET CONFÉRENCES 

pour le mettre à feu et à sang. Il n'était rien qu'on n'inventât pour 
les tourmenter : tantôt c'était l'enterrement d'un rabbin qu'on 
parodiait avec une solennité burlesque, tantôt une procession de 
faux Juifs juchés sur des ânes qu'on promenait par les rués, tantôt 
enfin une course folle après un Juif découvert masqué, infraction 
aux règlements de police qui lui valait d'être, séance tenante, battu 
de verges. Le marquis deH'Grillo acquit une célébrité populaire par 
ses facéties : on défendait de jeter aux Juifs autre chose que des 
fruits, il les accablait de pommes de pin ; on les chassait des hôpi- 
taux, il les accueillait à bras ouverts, seulement le matin les im- 
prudents se réveillaient suspendus dans leurs lits entre ciel et terre, 
ou bien, sous prétexte que son palais était en feu, il les obligeait, 
au milieu de la nuit, à sauter tout nus par les fenêtres. 

D'ailleurs, en dehors même du carnaval, il arrivait aux Juifs 
d'être en butte aux mauvais traitements de la foule. Sur ce sujet 
les détails abondent et ils vous sont trop connus par des publica* 
lions récentes pour que j'aie à insister. 

Mais, si la plèbe ne s'humanise pas, la papauté, elle, on l'a dit, 
s'humanise. L'influence des idées ambiantes, comme aussi la crainte 
diminuée des progrès de l'hétérodoxie, ne furent pas sans, action 
sur le Saint-Siège. L'obligation des courses est supprimée, celle de 
l'hommage,. modifiée ; elle se complique et s'atténue. 

Pour mieux marquer leur respect, les Juifs avaient imaginé de 
présenter ce qu'ils avaient de plus sacré, leur Livre de la Loi, à la 
bénédiction des papes nouvellement élus, ce qui n'avait pas été d'a- 
bord sans les embarrasser quelque peu ; ils s'en étaient tirés par un 
sophisme, disant : « J'approuve la Loi, mais j'improuve la nation. » 
. Une fois, un pape trouva si beau l'exemplaire qu'on lui présentait 
qu'il le garda, et depuis ce fut une tradition de l'orner de plus en 
plus richement et de l'offrir au nouveau pontife. Au sacre de Ca-. 
lixte III, il arriva que le peuple, voulant s'en emparer, se rua sur le 
cortège, mit en fuite les gardes pontificaux et malmena si rudement 
rabbins et cardinaux que plusieurs pensèrent en mourir ; quant au 
pape, il en tremblait encore de peur trois jours après l'événement. 
Dès lors, la présentation se fit en lieu plus sûr, sous les créneaux du 



LE GHETTO A ROME LXXXl 



château Saint-Ange. Plus tard, on la remplaça même par une obli- 
gation moins humiliante, quoique plus coûteuse : on chargea la com- 
munauté de décorer le Forum, l'Arc de Titus, où était retracé l'as- 
servissement de la Judée, enfin l'énorme Colisée lui-même. La com- 
munauté s'en tirait tant bien que mal avec des devises louangeuses 
et des peintures allégoriques. Cela prenait de la place. Qu'il y a loin 
de ces exigences picturales aux humiliations des siècles précédents ! 

Cependant ce passage de la servitude à l'affranchissement est long 
et douloureux ; on a quitté le désert, on entrevoit la terre promise, 
on ne Fa point atteinte encore. On dirait que l'Eglise a regret de sa 
clémence. La rigoureuse loi de Paul IV reste la loi des Juifs. Il est 
vrai qu'on l'interprète et nous avons vu qu'une savante interprétation 
permettait de trouver bien des adoucissements aux rigueurs du texte. 
La papauté pouvait, par ce procédé, unir à un respect inviolable 
de la tradition une heureuse accommodation aux exigences de l'heure 
présente. Elle n'y faillit pas. 

L'occupation impériale rendit un moment la liberté aux Juifs ro- 
mains, mais, on le sait, elle fut suivie d'un violent retour aux doc- 
trines du passé ; les Juifs durent derechef courber la tète et il leur 
fallut attendre qu'un pontife, qui fut, au début de son règne, l'apôtre 
très chaleureux des idées qu'il devait combattre plus tard avec non 
moins d'ardeur, fit définitivement tomber toutes les barrières qui les 
séparaient du reste des hommes. 

Voilà, Messieurs, comment les papes s'accommodèrent à Rome 
de la présence d'hôtes pour eux si suspects et quel profit ils en 
tirèrent' ; voilà la conduite que tinrent les Juifs à l'égard de maî- 
tres si redoutables. Nous avons suivi cette énergique petite com- 
munauté des bords du Tibre à travers ses nombreuses vicissitudes 
et nous avons vu que, si elle n'eut à subir ni persécutions, ni spo- 
liations, les tracasseries, les vexations ne lui furent point épargnées. 
Ce sont là heureusement choses d'autrefois. 

Ce mouvement d'émancipation si noble qui naquit dès les pre- 
mières séances de la Constituante et qui tendait à abattre toutes 
ces barrières factices que des passions jalouses avaient élevées entre 
les hommes, devait fatalement s'étendre au-delà de nos frontières* 

ACT. KT GONF. V 



LXXXI1 ACTES ET CONFÉRENCES 

Ce sera la gloire du dernier pape maître de Rome, d'y avoir cédé. 
C'eût été l'honneur de la papauté d'en avoir donné l'exemple. 

Le rôle de l'historien, je le sais, doit se borner, ainsi que l'a 
dit un ancien, plutôt à raconter qu'à juger. Trop ardue et trop 
périlleuse serait sa tâche s'il lui fallait s'ériger en critique impar- 
tial et infaillible du passé ; car, ne l'oublions pas, c'est avec les 
idées, les illusions, les passions, les préjugés surtout de l'heure pré- 
sente, bien plus qu'avec les règles absolues du bon sens et de la 
logique, que nous jugeons de toute chose. La convention remplace 
trop souvent le libre examen, la formule tue le raisonnement. 
Chaque siècle a ses mœurs, sa morale, ses façons de voir qui lui sont 
propres, et l'aphorisme de Pascal « Vérité en deçà des Pyrénées, 
erreur au delà » est vrai, humainement parlant, du temps comme de 
l'espace. Ce qui était article de foi hier est fable aujourd'hui et les 
grands principes où s'étaye la morale sont sujets, il le faut avouer, 
tout comme les bulles des papes, à des interprétations bien diverses. 

Alors, ne serait-ce point folie que de vouloir raisonner des événe- 
ments écoulés avec nos sentiments d'un jour, que d'autres senti- 
ments demain remplaceront? Rappelons-nous combien de héros 
dont on célèbre un moment la gloire ont été, l'instant d'après ou 
l'instant d'avant, traînés aux gémonies. 

La réserve est la loyauté de l'historien, et sa maxime devrait 
être ce vieil adage légèrement modifié :• « Veritas stat in dubio ». 
Le doute est le fondement de la sagesse ' . 

Mais la réserve n'exclut pas la sensibilité. Si l'historien doit se 
garder des entraînements et des jugements téméraires, il a le droit 
comme il a le devoir d'applaudir à la disparition des préventions 
qui séparent si inutilement les hommes. C'est avec joie, c'est avec 
espérance qu'il voit, à travers les siècles, la société se rapprocher 
peu à peu de cet idéal d'entente et de réciproque cordialité qui, s'il 
n'est qu'un rêve, est, à tout le moins, le rêve le plus généreux que 
l'humanité souffrante puisse faire. 



1 Le doute cartésien. Aristole, cité par Voltaire {Histoire de Charles XII, 
préface de l'édition de 1748), dit : « L'incrédulité est le fondement de toute sagesse. • 



LISTE DES MEMBRES 



DE LA 



f r 



SOCIETE DES ETUDES JUIVES 



PENDANT L'ANNEE 1890. 



Membres fondateurs '. 

1 Camondo (feu le comte A. de). 

2 Camondo (feu le comte N. de). 

3 Gunzburg (le baron David de), boulevard des Gardes-à- 

Cheval, 17, Saint-Pétersbourg-. 

4 Gunzburg (le baron Horace de), Saint-Pétersbourg. 

5 Lévy-Crémieux (feu). 

6 Poliacoff (feu Samuel de). 

7 Rothschild (feu la baronne douairière de). 

8 Rothschild (feu le baron James de). 

Membres perpétuels -. 

9 Albert (feu E.-J.). 

10 Bardac (Noël), rue de Provence, 43 3 . 

11 Bischoffsheim (Raphaël), rue Taitbout, 3. 

1 Les Membres fondateurs ont versé un minimum de 1,000 francs. 
' Les Membres perpétuels ont versé 400 francs une fois pour toutes. 
3 Les Sociétaires dont "Je nom n'est pas suivi de la mention d'une ville de- 
meurent à Paris. 



LXXX1V ACTES Eï CONFÉRENCES 

12 Cahen d'Anvers (feu le comte). 

13 Camondo (le comte Moïse de), rue de Monceau, 61. 

14 Dreyfus (feu Nestor). 

15 Goldschmidt (S. -H.), rond-point des Champs-Elysées, 6. 

16 Hecht (Etienne), rue Lepeletier, 19. 

17 Hirsch (feu le baron Lucien de). 

18 Kann ^Jacques-Edmond), avenue du Bois-de-Boulogne, 58. 

19 Kohn (Edouard), rue Blanche, 49. 

20 Lazard (A.), boulevard Poissonnière, 17. 

21 Lévy (Calmann), éditeur, rue Auber, 3. 

22 Montefiore (Claude), Portman Square, 18, Londres. 

23 Oppenheim (feu Joseph). 

24 Penha (Immanuel de la), rue de Provence, 46. 

25 Penha (M. delà), rue Tronchet, 15. 

26 Ratisbonne (Fernand), rue Rabelais, 2. 

27 Reinach (Hermann- Joseph), rue de Berlin, 31. 

28 Rothschild (le baron Adolphe de), rue de Monceau. 

29 Troteux (Léon), rue de Mexico, 1, le Havre. 

Membres souscripteurs l , 

30 Adler (Rev. D r Hermann), Queensborough-Terrace, 5, Hyde 

Park, Londres. 

31 Albert-Lévy, professeur à l'Ecole municipale de chimie et de 

physique, rue des Ecoles, 25. 

32 Aldrophe (Alfred), architecte, faubourg Poissonnière, 37. 

33 Alexandre Dumas, membre de l'Académie française, avenue 

de Villiers, 98. 

34 Allatjni, Salonique. 

35 Alliance Israélite universelle, 35, r. de Trévise (175 fr.). 

36 Allianz (Israelitische), I. Weihburggasse, 10, Vienne, Au- 

triche. 

37 Astrlc, grand rabbin, Bayonne. 

1 La cotisation des Membres souscripteurs est de 25 francs par an, sauf pour 
ceux dont le nom est suivi d'une indication spéciale. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXV 

38 Bâcher (D p Wilhelm), professeur au Séminaire Israélite, Lin- 

dengasse, 25, Budapest. 

39 Bascfï, rue Rodier, 62. 

40 Bechmann (E.-G.), place de l'Aima, 1. 

41 Bechmann (J.-L.), rue delà Chaussée-d'Antin, 45. 

42 Beck (D r ), rabbin, Bucharest. 

43 Benedetti (S. de), professeur à l'Université, Pise. 

44 Bernhard (M lle Pauline), rue de Lisbonne, 24. j 

45 Bickart-Sée, boulevard Malesherbes, 101. 

46 Bing, président de la Communauté israélite de Dijon. 

47 Blin (Albert), Elbeuf. 

48 Bloch (Camille), rue Truffault, 51. 

49 Bloch (Félix), rue de la Hache, 18, Nancy. 

50 Bloch (Isaac), grand rabbin, Nancy. 

51 Bloch (Maurice), boulevard Bourdon, 13. 

52 Bloch (Moïse), rabbin, Versailles, 

53 Bloch (Philippe), rabbin, Posen. 

54 Blocq (Mathieu), Toul. 

55 Blum (Rev. A.), Los Angelos, Californie. 

56 Blum (Victor), le Havre. 

57 Boucris (Haïm), rue de Médée, Alger. 

58 Bruhl (David), rue de Châteaudun, 57. 

59 Bruhl (Paul), rue de Châteaudun, 57. 

60 Brunschwicg (Léon), avocat, 18, rue Lafayette, Nantes. 

61 Cahen (Abraham), grand rabbin, rue Vauquelin, 9. 

62 Cahen (Albert), rue Condorcet, 53. 

63 Cahen (Gustave), avoué, rue des Petits-Champs, 61. 

64 Cahen d'Anvers (Albert), rue de Grenelle, 118. 

65 Cahen d'Anvers (Louis), rue Bassano, 2. 

66 Carcassonne (Darius), président de la Communauté israélite 

de Salon (Bouches-du-Rhône). 

67 Catïaui (Elie), rue Lafayette, 14. 

68 Cattaui (Joseph-Aslan), ingénieur, le Caire. 

69 Cerf (Hippolyte), rue Française, 8. 

70 Cerf (Léopold), éditeur, rue Duplessis, 59, Versailles. 

71 Cerf (Louis), rue Française, 8. 



LXXXV1 ACTES ET CONFERENCES 

72 Chwolson (Daniel), professeur de langues orientales, rue 

WassUi Ostrov, 7, ligne 42, Saint-Pétersbourg. 

73 Cohen (Alexandre), avenue Malakoff, 80. 

74 Cohen (Hermann), rue Ballu, 36. 

7") Cohen (Isaac- Joseph), rue Lafayette, 75. 

76 Cohn (Léon), préfet de la Haute-Garonne, Toulouse. 

77 Consistoire central des Israélites de France, rue de la 

Victoire, 44. 

78 Consistoire Israélite de Belgique , rue du Manège , 12 , 

Bruxelles. 

79 Consistoire Israélite de Bordeaux, rue Honoré-Tessier, 7, 

Bordeaux. 

80 Consistoire Israélite de Lorraine, Metz. 

81 Consistoire Israélite de Marseille. , 

82 Consistoire Israélite d'Oran. 

83 Consistoire Israélite de Paris , rue Saint-Georges , 17 

(200 fr.). 

84 Dalsace (Gobert), rue Rougemont, 6. 

85 Darmesteter (James), professeur au Collège de France, rue 

Bara, 9. 
80 Debré (Simon), rabbin, impasse Masséna, 5 bis, Neuilly- sur- 
Seine. 

87 Delvaille (D r Camille), Bayonne. 

88 Derenbourg (Hartwig), directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, rue de la Victoire, 56. 

89 Derenbourg (Joseph), membre de l'Institut, directeur-adjoint 

à l'Ecole des Hautes-Etudes, rue de Dunkerque, 27. 

90 Dreyfus (Abraham), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 102. 

91 Dreyfus (Anatole), rue de Trévise, 28. 

92 Dreyfus (H.-L.), rabbin, Saverne. 

93 Dreyfus (Henri), faubourg Saint-Martin, 162. 

94 Dreyfus (L.), avenue des Champs-Elysées, 77. 

95 Dreyfus (René), rue de Monceau, 81. 

96 Dreyfus (Tony), rue de Monceau, 83. 

97 Durlacher (Armand), libraire-éditeur, rue Lafayette, 83 bis. . 

98 Duval (Rubens), rue Sontay, 11. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXVII 



99 Ecole Israélite, Livourne. 

100 Eichthal (Eugène d'), rue Jouffroy, 57. 

101 Ephraïm (Armand), rue Saint-Pétersbourg, 18. 

102 Epstein, Grilparzerstr. , 11, Vienne. 

103 Erlanger (Michel), faubourg Poissonnière, 129. 

104 Errera (Léo), professeur à l'Université, rue Stéphanie, î, 

Bruxelles. 

105 Feldma.nn (Armand), avocat, rue d'Isly, 8. 

106 Fernandez (Salomon), à la Société générale de l'Empire otto- 

man, Constantinople. 

107 Fita (Rév. P. Fidel), membre de l'Académie royale d'his- 

toire, Calle Isabella la Catholica, Madrid. 

108 Fould (Léon), faubourg Poissonnière, 30. 

109 Foy (Edmond), rue Chégaray, Bayonne. 

110 Franck (Adolphe), membre de l'Institut, rue Ballu, 32. 

111 Fuerst (D 1 ), rabbin, Mannheim. 

112 Gautier (Lucien), professeur de théologie, Lausanne. 

113 Gerson (M. -A.), rabbin, Dijon. 

114 Giavi, Nanterre. 

115 Goeje (J. de), professeur à l'Université, Leyde. 

116 Gommes (Armand), rue Chégaray, 33, Bayonne. 

117 Griolet (Gaston), rue de Berne, 2. 

118 Gross (D r Heinrich), rabbin, Augsbourg. 

119 Grunwald (D r ), rabbin, Jungbunzlau, Autriche-Hongrie. 

120 Gubbay, boulevard Malesherbes, 165. 

121 Gudemann (D 1 ), rabbin, Vienne. 

122 Guizot (Guillaume), professeur au Collège de France, rue de 

Monceau, 42. 

123 Hadamard (David), rue de Châteaudun, 53. 

124 Haguenau (David), rabbin, faubourg Poissonnière, 40. 

125 Halberstam (S.-J.), Bielitz, Autriche-Hongrie. 

125 Halévy (Joseph), professeur à l'Ecole des Hautes-Etudes, rue 
Aumaire, 26. 

127 Halévy (Ludovic), membre de l'Académie française, rue de 

Douai, 22. 

128 Halfon (feu Michel). 



LXXXV1II ACTES ET CONFERENCES 

129 Halfon [M me S.), faubourg Saint-Honoré, 215 (50 fr.). 

130 Halphen (M me Georges , rue Chaptal, 24. 

131 Hammerschlag, II, Ferdinandstr. , 23, Vienne. 

132 Harkavy (Albert), bibliothécaire, Saint-Pétersbourg. 

133 Bayem (D 1 ' Georges), membre de l'Académie de médecine, rue 

de Vigny. 7. 

134 Hayem Julien), avenue de Villiers, 63 '40 fr.). 

135 Heine-Furtado (M m6 ), rue de Monceau, 28 (100 fr.). 

136 Herzberg (D r ), Jérusalem. 

137 Herzog (D rV , rabbin, Kaposwar, Autriche-Hongrie. 

138 Herzog (Henri), ingénieur des ponts et chaussées, Guéret. 

139 Heymann (Alfred), avenue de l'Opéra, 20. 

140 Hirsch (Henri), rue de Médicis, 19. 

141 Hirsch (Joseph), ingénieur en chef des ponts et chaussées, rue 

de Castiglione, 1. 

142 Isaacs, 115, Broadway, New- York. 

143 Israelsohn (J.), Saint-Pétersbourg. 

144 Istituto superiore, sezione di filologia e filosofia, Florence. 

145 Jastrow (D r M.), rabbin, Philadelphie. 

146 Jellinek (D r Adolphe) , »abbin-prédicateur, Vienne. 

147 Jourda, directeur de l'Orphelinat de Rothschild, rue de I^am- 

blardie, 7. 

148 Judith Montefiore Collège, Ramsgate, Angleterre. 

149 Kahx (Jacques), secrétaire général du Consistoire israélite de 

Paris, rue Larochefoucauld, 35. 

150 Kahn (Salomon), boulevard Baile, 172, Marseille. 

151 K.\hn (Zadoc), grand rabbin du Consistoire central des Israé- 

lites de Fiance, rue Saint-Georges, 17. 

152 Kann (M me ), avenue du Bois de Boulogne, 58. 

153 Kaufmànn (D r David), professeur au Séminaire israélite, 

Andrassystr., 20, Budapest. 

154 Kespi, rue René-Caillé, Alger. 

155 Kinsbourg (Paul), rue de Cléry, 5. 

156 Klotz (Eugène), place des Victoires, 2. 

157 Klotz (Victor), avenue Montaigne, 51. 

158 Kohn* (Georges), rue Blanche, 49. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ LXXXIX 



159 Kohut (Rév. D r Alexander), Beekman Place, 39, New-York. 

160 Komitet Synagogi na Tlomackiem, Varsovie. 

161 Lambert (Abraham), avoué, rue Saint-Dizier, 17, Nancy. 

162 Lambbrt (Eliézer), avocat, rue Baudin,26. 

163 Lambert (Mayer), professeur au Séminaire israélite, rue 

Lafayette, 189. 

164 Lassudrie, rue Laffitte, 21. 

165 Lazard (Lucien), archiviste-paléographe, r. Rochechouart, 49. 

166 Lazard (Maurice), rue Fénelon, 13. 

167 Lehmann (Joseph), grand rabbin, directeur du Séminaire 

israélite, rue Yauquelin, 9. 

168 Lehmann (Léonce), avocat à la Cour de cassation, rue de Ma- 

rignan, 16. 

169 Lehmann (Mathias), rue ïaitbout, 29. 

170 Lehmann (Samuel), rue de Provence, 23. 

171 Léon (Xavier), boulevard Haussmann, 127. 

172 Le vaillant , trésorier général de la Haute-Loire , Saint- 

Etienne. 

173 Leven (Emile), rue de Maubeuge,81. 

174 Leven (Léon), rue de Trévise, 37. 

175 Leven (Louis), rue de Trévise, 37. 

176 Leven (D r Manuel), rue Richer, 12. 

177 Leven (Narcisse), avocat, rue de Trévise, 45. 

178 Leven (Stanislas), conseiller général de la Seine, rue Ri- 

cher, 12. 

179 Lévi (Charles), boulevard Magenta, 49 (30 fr.). 

180 Lévi (IsraëlV rabbin, rue Condorcet, 53. 

181 Lévi (Sylvain), prof, à la Sorbonne, place Saint-Michel, 3. 

182 Lévy (Alfred), grand rabbin, Lyon. 

183 Lévy (Paul-Calmann), rue Auber. 3. 

184 Lévy (Charles), Colmar. 

185 Lévy (Emile), rabbin, Verdun. 

186 Lévy (Aron-Emmanuel), rue Marrier, 19, Fontainebleau. 

187 Lévy (Jacques), grand rabbin, Constantine. 

188 Lévy (Léon), rue Logelbach, 9. 

189 Lévy (Raphaël), rabbin, rue d'Angoulême, 6. 



XC ACTES ET CONFÉRENCES 



190 Léyy-Bruhl (Lucien) , professeur de philosophie au Lycée 

Louis-le-Grand, rue Montalivet, 8. 

191 Lévylier, ancien sous-préfet, rue Vignon, 9. 

192 Loeb (Isidore), professeur au Séminaire israélite, rue de Tré- 

vise, 35. 

193 Lœwenstein (D r ), rabbin, Mosbach, Allemagne. 

194 Lœwenstein (MM.), rue Lepeletier, 24. 

195 Lœvy (A.), 100, Sutherland Gardens, Londres. 

196 Lôw (D 1 * Immanuel), rabbin, Szegedin. 

197 Lyon-Cahen (Charles), professeur à la Faculté de droit, rue 

Soufflot, 13. 

198 Mannheim (Amédée), colonel, professeur à l'Ecole polytech- 

nique, rue de la Pompe, 11. 

199 Mannheim (Charles-Léon), rue Saint-Georges, 7. 

200 Manuel (Eugène), inspecteur général de l'enseignement se- 

condaire, rue Raynouard, 6. 

201 Mapou, avenue Mac-Mahon, 13. 

202 Marcus (Saniel), Smyrne. 

203 May, chaussée de Bockenheim, 31, Francfort-sur-le-Mein. 

204 May (Louis-Henry), rue Saint-Benoit, 7. 

205 Mayer (Ernest), rue Moncey,-9. 

206 Mayer (Félix), rabbin, Valenciennes. 

207 MAY r ER (Gaston) , avocat à la Cour de Cassation , avenue 

Montaigne, 3. 

208 Mayer (Michel), rabbin, boulevard du Temple, 25. 

209 Mayrargues (Alfred), boulevard Malesherbes, 103. 

210 Meiss, rabbin, Nice. 

211 Merzbach (Bernard), rue Richer, 17. 

212 Metzger, rabbin, Belfort. 

213 Meyer (D r Edouard), boulevard Haussmann, 73. 

214 Mocatta (Frédéric-D.), Connaught Place, 9, Londres (50 fr.). 

215 Modona (Leonello) , sous-bibliothécaire de la Bibliothèque 

royale, Parme. 

216 Montefiore (Edward-Lévi), avenue Marceau, 58. 

217 Montefiore (Mosé), ministre officiant, rue Paradis, 46. 

218 Mortara (Marco), grand rabbin, Mantoue. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ XCl 



219 Netter (D r Arnold), boulevard Saint-Germain, 129. 

220 Netter (Moïse), rabbin, Saint-Etienne. 

221 Neubauer (Adolphe), bibliothécaire à la Bodléienne, Oxford, 

222 Neumann (D r ), rabbin, Gross-Kanisza, Autriche-Hongrie. 

223 Neymarck (Alfred), rue Vignon, 18. 

224 Ochs (Alphonse), rue Chauchat, 22. 

225 Oppenheim (P.-M.), rue Taitbout, 11 (50 fr.). 

226 Oppenheimer (Joseph-Maurice), rue Lepeletier, 7. 

227 Oppert (Jules), membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France, rue de Sfax, 2. 

228 Osirts (Ifla), rue Labruyère, 9. 

229 Oulman (Camille), rue de Grammont, 30. 

230 Ouverleaux (Emile), conservateur de la Bibliothèque royale, 

Bruxelles. 

231 Paris (Gaston), membre de l'Institut, rue du Bac, 110. 

232 Péreire (Gustave), rue de la Victoire, 69. 

233 Perles (J.), rabbin, Munich. 

234 Perreau (le chevalier), bibliothécaire royal, Parme. 

235 Ptcot (Emile), avenue de Wagram, 135. 

236 Pintus (J.), place du Rivage, 1, Sedan. 

237 Pontremolt (Albert), avenue des Champs-Elysées, 129. 

238 Popelin (Claudius), rue cle Téhéran, 7. 

239 Porgès (Charles), rue de Monceau, 81 (40 fr.). 

240 Propper (S.), rue Volney, 4. 

241 Reinach (Joseph), député, avenue Van Dyck, 6. 

242 Reinach (Salomon), ancien élève de l'Ecole d'Athènes, con- 

servateur-adjoint du musée de Saint-Germain , rue de 
Berlin, 31. 

243 Reinach (Théodore), docteur en droit et ès-lettres, rue Mu- 

rillo, 26. 

244 Reiss (Albert), rue de Londres, 60. 

245 Reitlinger (Frédéric), avocat à la Cour d'appel, rue Scribe, 7. 

246 Renan (Ernest), membre de l'Institut, administrateur du 

Collège de France. 

247 Rheims (Isidore), rue Boissy-d'Anglas, 35. 

248 Robert (Charles), rue des Dames, 12, Rennes. 



XCII ACTES ET CONFÉRENCES 



249 Rodrigues (Hippolyte), rue de la Victoire, 14. 

250 Rothschild (le baron Alphonse de), membre de l'Institut, 

rue Saint-Florentin, 2 (400 fr.). 

251 Rothschild (le baron Arthur de), rue du Faubourg-Saint- 

Honoré,33 (400 fr.). 

252 Rothschild (le baron Edmond de), rue du Faubourg-Saint- 

Honoré, 41 (400 fr.). 

253 Rothschild (le baron Gustave de) , avenue Marigny , 23 

(400 fr.). 

254 Rothschild (la baronne James de) , avenue Friedland , 38 

(50 fr). 

255 Rothschild (M me la baronne Nathaniel de), faubourg Saint- 

Honoré, 33 (100 fr.). 

256 Rozelaar (Lé vie-Abraham), Sarfatistraat, 30, Amsterdam. 
251 Ruff, rabbin, Sedan. 

258 Sack (Israël), Saint-Pétersbourg. 

259 Saint-Paul (Georges), maître de requêtes au Conseil d'Etat, 

place Malesherbes, 5. 

260 Salomon (Alexis), rue Croix-des-Petits-Champs, 38. 

261 Salvador-Lévy, rue de la Tête-d'Or, 34, Metz. 

262 Schafier (D'), rue de Trévise, 41. 

263 Scheid (Elie), rue Saint-Claude, 1. 

264 Schreiner (Martin), rabbin, Csurgo, Autriche-Hongrie. 

265 Schuhl (Moïse), grand rabbin, Vesoul. 

266 Schuhl (Moïse), rue Bergère, 29. 

267 Schwab (Moïse) , sous-bibliothécaire de la Bibliothèque na- 

tionale, cité Trévise, 14. 

268 Schweisch, rue Jean-Jacques-Rousseau, 49. 

269 Sée (Camille)., conseiller d'Etat, avenue des Champs-Ely- 

sées, 65. 

270 Sée (Eugène), préfet de la Haute-Vienne, Limoges. 

271 Simon (Joseph), instituteur, Nîmes. 

272 Spire, ancien notaire, rue d'Alliance, 12, Nancy. 

273 Stetn (Henri) , ancien élève de l'Ecole des Chartes, rue Saint- 

Placide, 54. 

274 Stern (René), rue du Quatre-Septembre, 14. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ XCI1I 

275 Stbaus (Emile), avocat à la Cour d'appel, boulevard Hauss- 

mann, 134. 

276 Taub, rue Lafayette, 10. 

277 Taubeles, rabbin, Bisenz, Autriche-Hongrie. 

278 Trêves (Georges), rue Prony, 78. 

279 Ulmann (Emile), rue de Trévise, 33. 

280 Vernes (Maurice) , directeur-adjoint à l'Ecole des Hautes- 

Etudes, boulevard Saint-Germain, 76. 

281 Vidal-Naquet, président du Consistoire israélite, Marseille. 

282 Vogelstein (D r ), rabbin, Stettin. 

283 Weill (D r Anselme), rue Saint-Lazare, 101. 

284 Weill (Emmanuel), rue Taitbout, 8. 

285 Weill (Emmanuel), rabbin, rue Condorcet, 53. 

286 Weill (Georges), rue des Francs-Bourgeois, 13 

287 Weill (Isaac), grand rabbin, Strasbourg. 

288 Weill (Isidore), grand rabbin, Colmar. 

289 Weill (Moïse), grand rabbin, Alger., 

290 Weill (Vite), rue de Lancry, 17. 

291 Weisweiller (le baron de) , avenue de Friedland , 17 

(30 fr.). 

292 Weissweiler (Charles), rue Lafayette, 36. 

293 Wertheimer, grand rabbin, Genève. 

294 Weyl (Jonas), grand rabbin, Marseille. 

295 Wiener (Jacques), président du Consistoire israélite de Bel- 

gique, rue de la Loi, 63, Bruxelles. 

296 Wilmersdœrfer (Max), consul général de Saxe, Munich. 

297 Wïnter (David), rue Jean-Jacques -Rousseau, 42. 

298 Wogue (Lazare), grand rabbin, professeur au Séminaire israé- 

lite, rue de Rivoli, 12. 

299 Wolf, rabbin, La Chaux-de-Fonds, Suisse. 

300 Ziegel et Engelmann, rue de la Tour-cl' Auvergne, 34. 

301 Zimmels (D r ), rabbin, Saint-Polten, Autriche-Hongrie. 



XGIV ACTES ET CONFÉRENCES 



MEMBRES NOUVEAUX DEPUIS 1891. 

302 Belmann, rue Taitbout, 34. , 

303 Ephrussi (Jules), place des Etats-Unis, 2. 

304 Isch-Wahl (D r ), cité Trévise, 2. 

305 Jacobsohn (Hugo), Kupferschmiedestrasse, 44, Breslau. 

306 Sadoun (Ruben), rue du Chêne, 4, Alger. 

307 Sèches (E.), rabbin, place Belfort, Médéah. 

308 Sonnenfeld (D r ), rue de Lille, 59. 

Membre perpétuel. 

309 Friedland, à Saint-Pétersbourg. 



MEMBRES DU CONSEIL 

PENDANT L'ANNÉE 1890. 

Président d'honneur : M. le baron Alphonse de Rothschild ; 

Président : M. Jules Oppert ; 

Vice-présidents : MM. Hartwig Derenbourg et Théodore Reinach ; 

Trésorier : M. Michel Erlanger ; 

Secrétaires : MM. Albert Cahen et Maurice Vernes ; 

MM. Albert-Lévy, Astruc, Abraham Cahen, James Darmes- 
teter, J. Derenbourg, Armand Ephraïm, Joseph Halévy, Zadoc 
Kahn, Louis Leven, Sylvain Lévi, Isidore Loeb, Michel Mayer, 
Salomon Reinach, Schwab, Straus, Trénel, Vernes. 

MEMBRES DU COMITÉ 

DE PUBLICATION ET D'ADMINISTRATION 

pendant l'année 1890. 

Président : M. Isidore Loeb ; 

Secrétaires : MM. Albert Cahen et Vernes ; 

MM. H. Derenbourg, Erlanger, Halévy, Zadoc Kahn, Op- 
pert, Salomon Reinach, Théodore Reinach, Schwab. 



LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE XCV 

MEMBRES DU CONSEIL 

pour l'année 1891. 

Président d'honneur : M. le baron Alphonse de Rothschild ; 

Président : M. Jules Oppert ; 

Vice-présidents : MM. Hartwig Derenbourg et Théodore Reinach ; 

Trésorier : M. Michel Erlanger; 

Secrétaires : MM. Albert Cahen et Maurice Vernes ; 

MM. Albert-Lévy, Astruc, Abraham Cahen, James Darmes- 
teter, J. Derenbourg, Armand Ephraïm, Joseph Halévy, Zadoc 
Kahn, Joseph Lehmann, Louis Leven, Sylvain Lévi, Isidore 
Loeb, Michel "Mayer, Salomon Reinach, Schwab, Straus , 
Vernes. 

MEMBRES DU COMITÉ 
DE PUBLICATION ET D'ADMINISTRATION 

pour l'année 1891. 

Président : M. Isidore Loeb ; 

Secrétaires : MM. Albert Cahen et Vernes ; 

MM. H. Derenbourg, Erlanger, Halévy, Zadoc Kahn, Op- 
pert, Salomon Reinach, Théodore Reinach, Schwab. 



VERSAILLES, CERF ET FILS, IMPRIMEURS, RUE DUPLESSIS, 59. 



PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 30 OCTOBRE 1890. 
Présidence de M. Oppert, président. 

M. Maurice Wahl, ayant bien voulu accepter de faire une confé- 
rence, parlera, à l'Assemblée générale, des Juifs d'Algérie et du 
décret de naturalisation. 

La date de cette Assemblée est fixée au samedi 17 janvier. 

M. Vemes se déclare disposé à se charger du rapport annuel, 
suivant la motion qui a été adoptée à la séance du 24 avril. Il fait 
part de son intention de donner à son travail des dimensions res- 
treintes, pour ne pas prolonger outre mesure la séance. 

M. Lèvi informe, de la part de M. Loeb, que M. le rabbin Mayer 
a adressé à la rédaction une lettre-note relative à l'étude sur les 
Psaumes publiée par la Revue. 



SÉANCE DU 27 NOVEMBRE 1890. 
Présidence de M. Oppert, président. 

M. Mayer discute la décision du Comité de publication relative 
à l'insertion de la note présentée par lui. Ce Comité lui avait 
proposé de résumer la dite note, et de la publier dans le procès- 
verbal des séances. 

M. Loeb explique que le Comité de publication accepte l'inser- 
tion de cette note à la condition que l'auteur ne déclare pas parler 
au nom de la religion dans un organe qui a un caractère exclusive- 
ment scientifique. 

M. Mayer se rallie volontiers à cette proposition et modifiera 
dans ce sens la rédaction de sa note. 

M. Loeb entretient le Conseil d'un ouvrage de M. Gross sur les 

ACT. ET CONP. G 



XCVUI ACTES ET CONFERENCES 

noms des localités françaises qui se rencontrent dans la littérature 
rabbinique. Ce travail donne : l'identification de ces noms géogra- 
phiques, le résumé des événements qui ont eu pour théâtre ces 
localités, l'indication des écrivains et des rabbins qui y ont vécu. 
Cette œuvre considérable est extrêmement remarquable et inté- 
resse particulièrement une Société française d'études juives. 
M. Loeb propose donc la publication de cette œuvre par la Société. 
Celle-ci pourrait demander à un ou plusieurs éditeurs de concou- 
rir aux charges de cette publication . 

Le Conseil adopte cette proposition et désigne MM. Loeb et 
Harttvig Derenbourg pour s'entendre avec des libraires à ce sujet. 

Le Conseil fixe au 20 décembre la date de la conférence de 
M. Gagnai. Sujet de la conférence : les Armées romaines au siège 
de Jérusalem. 



SÉANCE DCJ 8 JANVIER 1891. 
Présidence dé M. Oppert, président. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Gagnât pour sa confé- 
rence, qui sera publiée dans un prochain numéro. 

La date de l'Assemblée générale est définitivement fixée au 
24 janvier. 

M. Israël Lévi communique quelques informations sur les condi- 
tions de la publication de l'ouvrage de M. Gross. L'auteur a réuni 
lui-même un certain nombre de souscriptions, qui couvriront les 
frais de traduction. 

M. Vernes offre à la Société un volume dont il est l'auteur et 
qui est intitulé : Essais bibliques. 

Sont élus membres de la Société : 

MM. Jules Ephrussi, présenté par MM. Zadoc Kahn et 
Th. Reinach; 
Sonnenfeld, présenté par MM. Zadoc Kahn et Israël 
Lévi. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XCIX 

SÉANCE DU 29 JANVIER 1891. 
Présidence de M. Oppert, président. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Maurice Wahl pour sa 
conférence, qu'il demandera à l'auteur de vouloir bien rédiger pour 
la Société. 

Sont élus membres du bureau pour l'année 1891 : 

Vice-présidents : MM. H. Derenbourg, Th. Reinach ; 
Secrétaires : MM. Albert Cahen, Vernes ; 
Trésorier : M . Erlanger. 

Sont élus membres du Comité de publication pour l'année 1891 : 

MM. J. Halévy, Zadoc Kahn, Isidore Loeb, S. Reinach, 
Schwab. 

Le Président souhaite la bienvenue à M. Joseph Lehmann, nou- 
vellement appelé dans le sein du Conseil. 

Est élu membre de la Société : 

M. Isch-Wahl, présenté par MM. Zadoc Kahn et Israël 
Lé vi. 



SEANCE DU 26 MARS 1891. 
Présidence de M. Oppert, président. 

Le Conseil délibère sur la question de savoir s'il n'y aurait pas 
utilité pour la Société à se faire reconnaître d'utilité publique. 

M. le Président expose les inconvénients qui découlent de cette 
reconnaissance, notamment l'impossibilité de rien modifier aux 
statuts adoptés par le Conseil d'Etat. 

MM. Loeb et Th. Reinach pensent que cette mesure présenterait, 
au contraire, de nombreux avantages, entres autres, la faculté pour 
la Société de recevoir des legs et donations. 

Le Conseil décide de demander aux autorités compétentes la dite 
reconnaissance. 



G ACTES ET CONFERENCES 



M. Th. Reinach est désigné pour mettre en harmonie les statuts 
de la Société avec ceux qu'exige d'ordinaire le Conseil d'Etat. 

Le Conseil, sur la proposition du Comité de publication, décide 
que, pour s'associer aux hommages qui seront rendus à M. Joseph 
Derenbourg le 21 août 1801, 80° anniversaire de sa naissance, la 
Société publiera dans la Revue une notice consacrée au vénéré doyen 
des savants juifs français. Cette notice sera rédigée par M. Isidore 
Loeb et sera accompagnée du portrait de M. J. Derenbourg. 

Sont élus membres de la Société : 

MM. Friedland, de Saint-Pétersbourg (à titre de membre 
perpétuel). 
Belmann, Ruben Sadoun et Sèches, présentés par 
MM. Oppert et J. Derenbourg. 



séance du 30 avril i89i. 

Présidence de M. Oppert, président. 

M. Th. Reinach communique au Conseil le projet de statuts 
qu'il a rédigé. Il est décidé que ce projet sera reproduit et envoyé à 
tous les membres du Conseil, pour être discuté à la prochaine 
séance. En outre, une Commission, composée de MM. Oppert, 
H. Derenbourg, Th. Reinach, Loeb et Vernes, est nommée 
pour l'examen de ces statuts. 

Les autres articles des anciens statuts figureront dans un règle- 
ment intérieur que rédigera le Conseil. 

M. Lèvi fait part d'une lettre du Ministre de l'Instruction 
publique qui informe la Société que, le crédit alloué par les 
Chambres à la Commission des souscriptions ayant été diminué, il 
se voit forcé de supprimer l'abonnement de son département à la 
Revue des Etudes juives (à 15 exemplaires). Une lettre sera adres- 
sée au Ministre pour le prier de revenir sur cette mesure. 

M. Th. Reinach propose que le Conseil demande au Consistoire 
israélite l'autorisation d'installer une bibliothèque dans la salle ordi- 



PROCÈS-VEHBAUX DES SEANCES DU CONSEIL Cl 



naire de ses séances. M. Israël Lévi est chargé des démarches 
nécessaires pour l'obtention de cette faveur. 

M. Ventes fait hommage d'un ouvrage intitulé : Du prétendu 
polythéisme des Hébreux, Essai critique sur la religion du peuple 
d'Tsra'J/. 



SÉANCE DU 28 MAI 1891. 

Présidence de M. H. Derenbourg, vice-président. 

M. Israël Lévi informe le Conseil que le Consistoire, prêtant le 
local ordinaire de ses séances à d'autres sociétés que la Société des 
Etudes juives, n'autorisera pas volontiers cette dernière à y ins- 
taller une bibliothèque. 

Le Conseil décide d'adresser une lettre au Consistoire de Paris 
pour lui demander la permission de placer une bibliothèque dans la 
salle ordinaire de ses séances. 

M. Théodore Reinach donne lecture du projet de lettre qu'il a 
rédigé, sur la prière du Conseil, pour solliciter du Ministère de 
l'Instruction publique le rétablissement de la subvention de sa 
souscription à la Revue des Etudes juives, supprimée par une récente 
mesure. 

Le Conseil adopte la rédaction de M. Reinach. 

L'ordre du jour appelle la discussion sur le projet de statuts qui 
doit être soumis au Conseil d'État pour la reconnaissance d'utilité 
publique de la Société. Sont adoptés les articles 1 à 10 : 

TITRE I er . — But de la Société. 

Art. 1 er . — La Société des Études juives, fondée en 1880, a pour 
objet de favoriser le développement des études relatives à l'histoire 
et à la littérature juives, et principalement à l'histoire et à la litté- 
rature des Juifs en France. 

Elle a son siège à Paris. 

Art. 2. — La Société poursuit son but : 1° par la publication 
d'une Revue périodique ; 2° par la publication d'ouvrages relatifs 



Cil ACTES ET CONFÉRENCES 

aux études juives et par des subventions ou des prix accordés aux 
ouvrages de ce genre ; 3° par des conférences et lectures. 

TITRE II. — Composition de la Société. 

Art. 3. — La Société est composée de membres titulaires, per- 
pétuels et fondateurs. 

Art. 4. — Les membres titulaires sont ceux qui paient une 
cotisation annuelle d'au moins 25 francs. Les membres perpétuels 
sont ceux qui versent en une seule fois la somme de 400 francs au 
moins. Les membres fondateurs sont ceux qui versent en une seule 
fois la somme de 1,000 francs au moins. 

Art. 5. — Les membres sont nommés par le Conseil sur la pré- 
sentation de deux membres de la Société. 

Akt. 6. — La qualité de membre de la Société se perd : 1° par 
la démission ; 2° par la radiation prononcée par le Conseil pour 
motifs graves ; 3° pour les membres titulaires par défaut de paye- 
ment de la cotisation annuelle. 

TITRE III.» — Administration. 

Art. -7. — La Société est dirigée par un Conseil composé d'au 
moins vingt et un membres. 

Art. 8. — Les membres du Conseil doivent résider en France. 

Art. 9. — Les membres du Conseil sont élus pour trois ans par 
l'Assemblée générale. Le Conseil est renouvelé annuellement par 
tiers. Les membres sortants sont rééligibles. 

Art. 10. — Le bureau du Conseil, qui est en même temps le 
bureau de la Société, se compose d'un président, de deux vice • 
présidents, de deux secrétaires et d'un trésorier. 

L'article 11 est ainsi conçu : « Le président est choisi parmi 
les membres du Conseil et nommé pour un an par l'assemblée 
générale. Le président ne peut pas être élu plus de deux années 
de suite. » 

M. Th. Reinach propose de modifier ainsi l'article 11. Au lieu 
de : « Le même président ne peut pas être élu plus de deux années 
de suite », mettre : « Le président n'est pas immédiatement réeli- 
gible. » 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL CIll 

Après une lorgue discussion soutenue par M. le Président., 
MM. Isidore Loeb, Albert Cahen et Th. Reinach, cet amendement 
est adopté. 

Sont adoptés les articles 12 à 23 : 

Art. 12. — Le Conseil élit dans son sein les autres membres 
du bureau. 

Art. 13. — Le Conseil se réunit au moins six fois par an. 

Art 14. — Le trésorier représente la Société en justice et 
dans tous les actes civils. 

TITRE IV. — Ressources de la Société. 

Art. 15. — Les ressources de la Société se composent : 1° des 
cotisations annuelles des membres titulaires ; des versements des 
membres perpétuels et fondateurs ; 2° des subventions qui peuvent 
lui être accordées ; 3° du produit de la vente de la Revue et autres 
publications de la Société ; 4° du revenu de ses biens et valeurs de 
toute nature ; 5° des dons et legs dont l'acceptation aura été auto- 
risée par le gouvernement. 

TITRE V. — Assemblée générale. 

Art. 16. — L'Assemblée générale des membres de la Société se 
réunit au moins une fois par an. 

Art. 17. — L'ordre du jour de l'Assemblée générale est réglé 
par le Conseil. Toute proposition signée de vingt-cinq membres 
de la Société est inscrite de droit à cet ordre du jour. Elle devra 
être notifiée au Conseil un mois avant la réunion de l'Assemblée 
générale 

Art. 18. — L'Assemblée générale entend, une fois par an, un 
compte rendu de la situation financière et morale de la Société; 
approuve les comptes de l'exercice, pourvoit au renouvellement des 
membres du Conseil et à la nomination du président ; elle vote sur 
la modification des statuts dont il est question au titre V, et sur la 
dissolution de la Société dont il est question au titre Vil. 

Art. 19. — Le compte rendu annuel de la situation financière 
et morale est publié par le Conseil. 



Cl Y AGTliS E'ï CONFIDENCES 

TITRE VI. — Modification des Statuts. 

Art. 20. — Les présents statuts ne peuvent être modifiés que 
par l'Assemblée générale, sur la proposition du Conseil ou de vingt- 
cinq membres de la Société. 

Art. 21. — L'Assemblée générale ne peut modifier les statuts 
qu'à la majorité des deux tiers des votants. 

Art. 22. — Les modifications des statuts votées par l'Assem- 
l>lé3 générale sont soumises à l'approbation du gouvernement. 

TITRE VII. — Dissolution de la Société. 

Art. 23. — La dissolution de la Société peut être prononcée 
par une Assemblée générale convoquée spécialement à cet effet sur 
l'initiative du Conseil ou sur la demande du quart des membres de 
la Société. 

L'article 24 est ainsi conçu : « La dissolution ne pourra être pro- 
noncée que si elle est votée par au moins la moitié plus un des 
membres de la Société présents à l'assemblée ou votants par cor- 
respondance. Ce vote sera soumis à l'approbation du gouver- 
nement. » 

Le Conseil, sur la proposition de MM. Théodore Reinach et Israël 
Lèvi, décide de remplacer les mots « la moitié plus un » par les 
mots « les deux tiers ». 

Est adopté l'article 25 : « En cas de dissolution, l'actif de la 
Société est attribué par délibération de l'assemblée générale à des 
œuvres ayant un but analogue à celui de la Société. » 

Le Conseil décide que les modifications adoptées dans la séance 
de ce jour au projet de statuts seront soumises à une seconde dé- 
libération. 



SÉANCE DU 26 JUIN 1891. 
Présidence de M. Oppert, président. 

M. Israël Lèvi informe le Conseil que le Consistoire de Paris, 
saisi de la demande de la Société des Etudes juives au sujet de 



PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL CV 

l'installation d'une bibliothèque dans la salle des séances, a décidé 
d'ajourner sa réponse au moment où l'on procédera au placement 
de la bibliothèque de feu M. le grand-rabbin Isidor. 

L'ordre du jour appelle la seconde délibération sur les articles 
11 et 24 du projet de statuts. 

Après un échange d'observations entre M. le Président, 
MM. Th. Reinach, Albert Cahen, Vernes, Schwab et Ephraïm, l'ar- 
ticle 11 est voté avec la modification suivante : « Le président n'est 
pas rééligible immédiatement. » Est adopté aussi l'article 24 sous 
cette forme « La dissolution ne pourra être prononcée qu'à la ma- 
jorité des deux tiers des votants ». Le Conseil décide d'ajouter aux 
articles 9, 11, 22 et 24 les mots suivants : « Le vote par corres- 
pondance est admis ». 

M. Israël Lèvi rend compte du résultat des pourparlers engagés 
avec divers éditeurs au sujet de la publication de M. Gross. 
M. Cerf, imprimeur de la Société, est disposé à se charger du tiers 
de la dépense. Après discussion, le Conseil décide de donner pleins 
pouvoirs à M. Isidore Loeb, président du Comité de publication, 
pour traiter avec l'imprimeur au mieux des intérêts de la Société. 

Le Conseil accepte la proposition de la Smithsonian Institution 
de Washington, qui demande l'échange de ses publications avec 
celles de la Société. 

Est élu membre de la Société : M. le capitaine Halphen, pré- 
senté par MM. Vernes et Théodore Reinach. 

Les secrétaires, 

Albert Cahen, 
Maurice Vernes. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, CERF ET FILS, IMPRIMEURS, RUE DUPLESSIS, 59. 



LE LIVUE DES JUBILÉS 



PHILON ET LE MIDRASCH ÏADSGHE 



(SUITE ET FIN *) 



IV 



TROIS MANIERES D ARRIVER A LA CONNAISSANCE DE DIEU 

Le Midrasch Tadsché contient, à côté de beaucoup d'enfantil- 
lages, des observations dignes d'intérêt qui se rattachent à sa 
théorie des trois mondes. Tel est le paragraphe sur la signifi- 
cation des sacrifices. 

Le sanctuaire a pour but de conduire l'homme à Dieu; trois 
espèces de sacrifices y sont offerts, qui correspondent aux trois 
chemins par lesquels l'homme arrive à Dieu : l'amour, le désir et 
la crainte. Par désir, le Midrasch Tadsché entend ce désir dont 
Feuerbach a dit : « Le souhait est la première apparition des 
dieux [Théogonie, ch. vi) », Ecoutons le Midrasch Tadsché : 

Il y a trois sortes de sacrifices : l'holocauste (î"£n3>), le sacrifice 
de prospérité (DTOb©) et le sacrifice de péché (riNun), auxquels cor- 
respondent trois espèces d'hommes pieux [lesquels arrivent à la con- 
naissance de Dieu par trois voies différentes, par] l'amour, le désir 
et la crainte. L'holocauste répond à l'amour, le sacrifice de prospérité 
au désir, et le sacrifice de péché à la crainte. L'amour est placé au- 
dessus du désir, et le désir au-dessus de la crainte. Et qu'est-ce que 
l'amour? Il y a des fidèles qui servent Dieu avec amour et offrent 
leurs louanges et leur vénération à sa majesté, car lui seul fut 
avant tout être; dans sa bonté, il créa le monde, d'un mot et sans 
aucune peine ; il est notre Dieu et notre Roi, le Fort et le Sage, 
celui qui est plein de bienveillance et de miséricorde, celui qui 

1 Voyez tome XXI, page 80. 

T. XXII, n° 43. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

porte l'univers et remplit tous les espaces, en haut et en bas, qui 
nourrit ses créatures et connaît les mystères du monde, et fait du 
bien au méchant et exerce sa bienveillance envers les malfaiteurs, 
afin qu'ils reviennent à lui et vivent. Pour toute cette bonté, ces 
hommes pieux aiment Dieu et lui adressent leurs louanges, et 
l'exaltent pour ses grandes œuvres. Tel estTholocauste. 

Et qu'est-ce que le désir ? Il y a des serviteurs de Dieu qui se pros- 
ternent devant lui pour le supplier de leur accorder ses bienfaits : 
la sagesse, la pénétration, la science, une longue vie, la santé, une 
femme vaillante, des enfants intelligents, la prospérité, la richesse et 
le gain. Tel est le désir, et à lui correspond le sacrifice de prospérité. 
Et qu'est-ce que la crainte ? Il y a des serviteurs de Dieu qui le 
servent dans la crainte et l'angoisse, et le supplient de leur épar- 
gner les malédictions dont l'Écriture menace, ici-bas et dans la vie à 
venir, ceux qui négligent les commandements de Dieu et méprisent 
ses défenses : ici-bas, la maladie, la souffrance, la douleur, la su- 
jétion aux hommes et à la domination étrangère, la mort, le malheur 
causé par les enfants, afin qu'ils finissent leurs jours dans la paix et 
la prospérité; dans l'autre vie, les punitions, l'anéantissement, le 
feu de l'enfer, qui est destiné à consumer, au jour du Grand-Ju- 
gement, les méchants. Telle est la crainte, et à elle correspond le 
sacrifice de péché. 

Mais ces trois sortes de sacrifices, l'holocauste, le sacrifice de pros- 
périté et le sacrifice de péché sont offerts à un Dieu, par un prêtre, 
dans une maison, et tous les trois sont égaux [dans leur destination]. 
De même, les serviteurs de Dieu, qu'ils le soient par amour, par désir 
ou par crainte, sont égaux entre eux, car tous ils élèvent leurs re- 
gards vers Dieu, comme vers leur protecteur. Celui qui aime Dieu, 
n'aime que lui; celui qui désire, ne désire que de lui, et celui qui 
craint, ne craint que lui (chap. xn). 

Le désir, ainsi conçu, est une idée nouvelle qui est inconnue à 
la littérature rabbinique ; ou plutôt, telle qu'elle est ici dévelop- 
pée, cette idée rentre bien dans la théosophie de Philon. 

Philon considère Dieu sous trois aspects : comme un être pur, 
sans aucun rapport avec l'homme et le monde, comme bienfaiteur 
et comme souverain ; en d'autres termes, Philon fait une distinc- 
tion entre Dieu et les deux attributs de la souveraine bonté et de 
la toute-puissance. Il voit ces trois attributs divins incarnés dans 
les trois formes terrestres qui apparurent à Abraham (Gen., 
xviii, 2), et il dit : « Ce verset signifie que Dieu, accompagné de ses 
deux forces suprêmes, la toute-puissance et la souveraine bonté, 
lui-même étant au milieu comme l'Un, évoqua dans l'âme con- 
templative la triple apparition... Sa bonté souveraine est la 
mesuie du bien ; sa puissance, la mesure pour tout ce qui lui est 
inférieur ; le souverain même, la mesure pour toutes choses : pour 



LE LIVIŒ DES JUBILÉS 3 

les choses matérielles et les choses spirituelles. . . » (De sacrifions 
Abelis et Caini, M., I, p. 173). 

A ces trois propriétés correspondent trois sortes d'hommes 
pieux, d'après Philon : les meilleurs, qui adorent Dieu comme un 
être pur ; ceux qui l'adorent pour sa bonté, et, enfin, ceux qui 
l'adorent par crainte. Philon traite spécialement ce thème dans son 
De Abraliamo, et fait la remarque suivante : « Quand les hommes 
voient des gens se rapprocher d'eux sous le masque de l'amitié 
pour obtenir des avantages, ils s'en détournent avec mépris, parce 
qu'ils craignent la flatterie rampante et astucieuse, comme une 
chose très désavantageuse. Mais Dieu, qu'aucun préjudice ne peut 
atteindre, appelle à lui avec bonté tous ceux qui veulent le servir, 
de quelque manière que ce soit ; il ne veut, en général, repousser 
personne, mais il dit à l'âme de tous ceux qui sont en état de 
l'entendre : « Le premier prix de la lutte est destiné à ceux qui 
me servent pour l'amour de moi-même ; le second, à ceux qui 
espèrent atteindre le bien pour eux, ou échapper à la punition, 
car, quand même la piété de ceux-ci n'est ni désintéressée, ni 
incorruptible, elle ne s'en trouve pas moins dans l'enceinte divine 
et n'erre pas au dehors de celle-ci * ». 

De même que Philon compare aux trois attributs de Dieu les 
trois catégories d'hommes pieux, il rapporte à ceux-ci les trois 
sortes de sacrifices. 

Il s'explique là-dessus comme suit, dans le De Victimis : « Après 
qu'il (Moïse) a traité de ces choses, il s'apprête à faire la distinc- 
tion entre les trois espèces de sacrifices; et, comme il les divise 
essentiellement en trois catégories, il les nomme : holocauste, sa- 
crifice de prospérité et de péché. Puis, il s'étend sur chacun d'eux, 
jusque dans les moindres détails, en prenant particulièrement en 
considération la sainteté et la convenance... Mais, si quelqu'un 
voulait savoir exactement les motifs qui amenèrent les hommes 
primitifs aux sacrifices, aux actions de grâces et aux prières, il 
en trouverait deux principaux. L'un est l'adoration de Dieu sans 
but intéressé et comme belle et nécessaire en soi ; l'autre est l'in- 

1 "O ôè Xeyto xotoùxov ectiv. "Avôpoouoi fJilv, inzicàv aÏGÔoovxoa xaxà 7tp6<po«îiv 
éxoapeia; upociovraç aOxoïç xivaç èrcc 6yjpa TrXeovsÇtwv, irttofiléizovvxi te xat àTCoaxpé- 
çovxai, ty]v 7Cûo:7roiï)xov xoXaxeiav xat xiôaccsiav aOxcov ôsoiôxsç, toç cçôôpa £TctÇ*^- 
[j.iov. ô ôè Qeoç axe pXà(Br]v oùx £7cioex6{A£voç 6c7tavxa; xoù; xaOrjvxtvoîjv toeav upoai- 
poujxevou? xiu.àv àOxàv à<j[J.evos TrpoGxaXeïxai, ixrioeva cxopaxt'Çeiv àJjicov xô 7tapdc7rav. 
àXXà txovovoù/C àvxixpuç xotç àxoàç ïyovaiv Èv xy} tyvyy] ÔsgtuÇsi xàôe. xà [xèv 7rpcoxa 
xù>v àOXtov xaiaexai xoTç èfJiè 6£pa7t£uoucri Si'è(Jiè aùxàv. xà Ss SeOxepa, xoïç ôt'auxoù; 
vjyeXv àyaOcov èXiri^oyaiv, 7] xijJitopiiov àTiaXXayyjv sOpetv •jrpocôoxôtrt. Kac yàp il ë^ua* 
Ooç ~c\ xcovSs Ospaitsia xai (xy) àoexaaxoç, àXX 3 ouSèv yjxxov evroç eïXeïxat 6siwv Tiept- 
(36Xwv, xai oùx s$w TiXâÇexai (M., II, 20, Richter, IV, 29). Je suis redevable de la tra- 
duction fidèle de Philon à mon ami M. Léon Kellner. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

térôt do ceux qui sacrifient. Cet intérêt est double : atteindre le 
bien et éviter le mal. A celui qui adore Dieu pour l'amour de 
lui-même, la loi a ordonné justement l'holocauste, comme à un 
homme pariait et pur de toute souillure, puisque l'égoïsme de 
l'homme (l'envie de jouir) n'a aucune influence sur celui qui est 
parfait et pur de toute tache. Le second motif est l'avantage de 
l'homme, et c'est pourquoi la loi nomme ce sacrifice : sacrifice de 
prospérité, en raison du désir de prospérer ; mais la loi impose 
un sacrifice de péché à celui qui désire fuir le mal. Donc, trois 
contre trois : l'holocauste qui répond à la vénération de Dieu 
pour l'amour de lui-même, les deux autres, pour l'amour de 
nous-mêmes. . . » *. 

Il est donc certain qu'il faut rapporter à Philon la classification 
des sacrifices de Midrasch Tadsché ; mais je ne crois pas que ce 
dernier ait puisé directement dans Philon ; c'est plus vraisembla- 
blement dans le Livre des Jubilés de Pinhas ben Iaïr. Celui-ci a 
dû trouver dans la partie du Livre des Jubilés qui s'est perdue 2 
et qui traitait des sacrifices, la matière de l'analyse faite d'après 
Philon. En tout cas, nous avons affaire à une idée ancienne et 
particulière sur la signification des sacrifices, et vraisembla- 
blement les paroles pleines de sentiment religieux du Midrasch 
Tadsché ont pour auteur Pinhas b. Iaïr, le pieux essénien. 



V 



LA PENTECOTE A LIEU LE DIMANCHE. 

On sait que les Samaritains, les Sadducéens et les Caraïtes ne 
sont pas d'accord avec les Pharisiens et les Rabbanites sur l'époque 

1 Toffccyra itepî xouxcov ôiaXsyOsi; âp/sxat Siaipeïv xà tcov ôuaiwv y£vr) xai xé|xv(ov 
eïç xpia eïor, rà àvwxàxuj, xô |j.èv ôXôxavxov woieî, tô ôè canripiov, xô Se itepî à|xapxiaç' 
Eîô' Sxaorov xoT; àpfjLoxTOVfftv siriSiuncet, xoû izoéTzovzoç àfxa xai svayoù? où [xerpico; 
CTO/aTàaîvo; . . . Eî yàp (3oùXoix6 tiç e^exâ^siv à/pt^coç xà; aixiaç wv evexa xoîç 
TiptÔTO'.; l8o|ev àvOpwîcoi? £7ri xàç oià 6\j<ntov £Ûyapirj-ua; ô[j.ou xai Xcxà; èXôeïv, evpvjffet 
8uo xà: àvorràxio. Miav [J.èv tvjv Trpôç 6eôv tiji^ xrjv aveu xtvô; éxèpou ôià xo (j.6vov 
yivo|x£vr,v xai àvayxatew xaXov. 'Exépav ôè xrjv xcov 6uovxu>v 7tpoY]you[.i£VY]v wçéXeiav. 
A'.xxr, 03. Ècrxtv, yj [J.èv liil [;.exoutjta àyaOoov, r, 8è £7Ù xaxîov àuaXXayrj. Tir] fxèv oùv xatà 
Beov ô'. : aOxôv |J.6vov yivo[j.£v/) Trpoayjxouaav 6 v6ij.o; àTi£v£t[j.£ Qurjîav xrjv ôXoxavxov, 
ôXoxXr,pa) xai rcavTeXeï [wrjôèv £7ticp£po;j.£vr ( v xrj: ÛvrjXrjç cptXauxia; ôX6xXr)pO'V xai 7ravxeXfj. 
Tr,v ôè "/âp'-v àvôpwffwv, ètcsiSy) ôiaipsciv £7i£Ô£/_£xo yj 8o|a xai aùxôç 8teïXs, xaxà xr,v 
p.exou(Jtav xwv ayaôwv ôpioa; Ouoiav, 7)v a>vôfxa'-£ G-ojxriptov. Trj ôè çuyrj xwv xaxàiv 
àîtoveip-a; tyjv xrsot àjxapxia; ô; xp£ïç eTvai Seovxtoç diti xpiav xr,v [jtiv ôXoxauxov, 3i' 
aOxôv [xovov xôv fleôv ovxaXàv xi(xâa6ai, [j.?] 8i' stspov, xàç ô' àXXaç ôt' fy-iàç... (M., II, 
240, R., IV. 325.) 

* Voir ch. :ii, t. XXI, p. 92. 



LE LIVRE DES JUBILES 5 

à partir de laquelle se comptent les sept semaines qui doivent 
s'écouler entre Pâque et la Pentecôte. Les premiers, fidèles à leur 
principe d'interprétation littérale, traduisaient les mots*: « à partir 
du lendemain du Sabbat » (Lév., xxm, 11) par dimanche, et, en 
conséquence, faisaient toujours tomber la Pentecôte le dimanche ; 
les Rabbanites et les Pharisiens, au contraire, entendaient par là 
le deuxième jour de la fête de Pâque. Or, le Caraïte Salomon ben 
Ierocham (x e siècle) opposa à Saadia Gaon, pour appuyer l'inter- 
prétation des Garaïtes, un ouvrage de Pinhas b. Iaïr dans lequel 
celui-ci aurait soutenu nettement que la Pentecôte doit tomber 
toujours le dimanche (Pinsker, Lilw.te Kaclmoniot, p. 17); Jehuda 
Hadassi soutient la même chose dans Eschhol Hakopher, 86 a. 
Les savants de nos jours ont essayé vainement d'identifier 
cet ouvrage de Pinhas 1 . Mais comme le Midrasch Tadsché , 
ainsi que je l'ai dit plus haut (t. XXI, p. 87), reproduit précisé- 
ment au nom de ce même Pinhas des citations du Livre des Ju- 
bilés et, par là, lui attribue ce livre d'une manière évidente, j'ai 
eu , depuis des années déjà , le soupçon que ces Garaïtes ont 
entendu, par l'ouvrage de Pinhas b. Iaïr, la rédaction qu'il avait 
faite du Livre des Jubilés et qui existait dans certaines sphères 
juives 2 . 

Un examen plus approfondi du Livre des Jubilés confirme 
cette supposition. Nous verrons, au chapitre suivant, que dans 
le calendrier du Livre des Jubilés tous les jours de fêtes, à l'ex- 
ception du Jour des Expiations, commençaient le dimanche, et 
que, par conséquent, la Pentecôte tombait aussi le dimanche. Il 
est donc vraisemblable que le Livre des Jubilés mentionné par 
les Caraïtes faisait ressortir nettement cette circonstance tou- 
chant la Pentecôte, parce qu'il s'appuyait ici sur l'expression 
biblique « du lendemain du Sabbat ». Mais notre version du Livre 
des Jubilés paraît également avoir gardé la trace de cette fixa- 
tion de la Pentecôte au dimanche. Au chap. vi, il est dit : « Il 
t'a parlé, afin que tu formes aussi une alliance avec les enfants 
d'Israël, dans ce mois, sur la montagne... C'est pour cela qu'il 
fut arrêté et inscrit sur les tables célestes qu'ils doivent cé- 
lébrer la fête des Semaines dans ce mois, une fois dans l'année, 
pour renouveler l'alliance chaque année . . Aussi, toi (Moïse) 
ordonne aux enfants d'Israël de célébrer cette fête dans toutes 
leurs générations, comme commandement pour eux. Qu'ils cé- 

1 Pinsker, /. c. ; Sohorr, Hc-chahiz, VI, p. 79; Sleinschneider, H. 2?., XIII, GS ; 
Geiger, Zeitschrift, X, 262 ; Frankl, Karâische Studien, 27 et suiv. 

a Introduction au Midrasch Tadsché, p. vm. 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lèbrent cette fête un jour de l'année, le môme jour ! du même 
mois. Car elle est la fête des Semaines et la fête de la première 
création ; elle a deux significations, et cette fête est pour deux 
générations, conformément à ce qui a été écrit et inculqué. Car 
je l'ai inscrite dans le livre du premier commandement, dans celui 
que j'ai écrit, afin que tu la célèbres chaque fois, en son temps-, 
(toujours) un jour dans l'année. Je t'ai, de même, expliqué les 
offrandes de ce jour, afin que tu t'en souviennes et afin que les 
enfants d'Israël la célèbrent, ainsi que toutes leurs générations, 
dans ce mois (toujours) un jour dans chaque année... et, à 
cause de cela, ils altéreront, dans la suite, les années et pren- 
dront un jour inexact, comme jour de la Révélation, et un jour 
impur, comme jour de la fête. » 

Après le précepte donné au commencement et d'après lequel la 
fête des Semaines devait être célébrée une fois dans l'année, l'in- 
sistance avec laquelle il est répété trois fois qu'elle aura lieu un 
jour est faite pour surprendre, surtout quand on réfléchit que l'au- 
teur, en parlant de la prescription de la fête des Expiations, s'est 
contenté de dire qu'elle sera célébrée une fois dans l'année, chap. 
xxxiv. En outre, quel rapport y a-t-il entre la double signifi- 
cation de la Pentecôte dont parle le Livre des Jubilés dans le 
passage ci-dessus et le jour unique, puisque le « car » du texte 
indique qu'il y en a un? A mon avis, par « un jour dans l'année », 
il faut entendre ici « un dimanche dans l'année », ou bien « dans 
chaque année ». Les mots « et à cause de cela, ils altéreront, 
dans la suite, les années et ils prendront pour le jour de la Révé- 
lation un jour inexact et feront d'un jour impur le jour de la 
fête », montrent que l'auteur, dans sa polémique « contre ceux 
qui parlent d'observations lunaires », a principalement en vue 
la fête des Semaines; car le jour de la Révélation est la fête des 
Semaines (voir au chapitre suivant). Il veut dire que si on se 
fonde, pour la fixation de la fête, sur les phases de la lune, l'année 
en est avancée de dix jours, et la fête des Semaines ne tombe pas 
le jour exact, tandis que, d'après son système, la fête des Se- 
maines tombe toujours sur un seul et même jour. C'est justement 
cette circonstance qu'il a dans l'esprit quand il dit à plusieurs 

1 Voici le passage éthiopien : 

*ria b^>5 na^ rni ta ri^in nna rby 

Le démonstralif iflS (eu elle) se rapporte bien à un jour fixé (cf. Ex., xn, 14) ; ici, 
c'est au dimanche qu'il se rapporte. 

5 rttaaa. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 7 

reprises que la fête des Semaines doit être célébrée le dimanche. 
La chose s'explique comme suit. 

On sait que dans les langues sémitiques il n'existe pas de 
terme pour désigner les jours de la semaine; ils sont indiqués 
par des nombres ordinaux. De plus ', dans certains cas et surtout 
pour dire « premier », elles se servent de nombres cardinaux, au 
lieu de nombres ordinaux. 

Dans Gen., vin, 5, il est dit : le « un » du mois, et non le 
premier du mois. Pareillement, le premier jour est nommé « jour 
un » (Gen., i, 5), dans l'histoire de la création. De môme en arabe, 
en éthiopien, en syriaque et dans l'hébreu moderne, le dimanche 
s'appelle 1' « un ». Les Septante traduisent mot à mot ina û"P de 
Gen., i, 5, par r^épa nfoc, et, comme en grec jx(a signifie sim- 
plement « un », et non « le premier », les mystiques se croyaient 
obligés de trouver à « un jour », au premier chapitre de la Ge- 
nèse, un sens plus profond. Dans le De Mundi Opifîcio (éd. Man- 
gey, I, p. 7), Philon appelle l'attention sur cette particularité 
et croit que le premier jour a été nommé « un jour » (u,îa), et 
non « le premier jour » (icpcôtr,), pour indiquer la constitution 
uniforme du monde idéal, lequel a été créé ce même jour. Le 
(iCa se serait conservé ainsi, comme dénomination constante du 
dimanche, chez les Juifs parlant le grec. Aussi le Nouveau- 
Testament dit, comme on sait, jxfa «xappiTuv pour désigner le di- 
manche (Matth., xxviii, 1), de même, les Pères de l'Église (cf. 
Justin, Dialogus cum Triphone, xli). Il se peut donc que le 
Livre des Jubilés des Grecs utilisé par le traducteur éthiopien por- 
tait yjpipav [x(av, « dimanche » ; l'éthiopien l'a traduit littéralement 
par nr;N nby, au lieu de irçttK çw qu'il aurait fallu. Le fait sui- 
vant montre qu'il n'est pas question ici d'un jour quelconque, 
mais d'un dimanche : dans la langue éthiopienne, « un » dans la 
plupart des cas et quand il est écrit en toutes lettres (pas en 
chiffres) est placé, comme les autres nombres, avant ce qui est 
compté : "jsto *im nt?i (Gen., i, 9); nby nnNS, [iMd., xxvn, 45 2 ) ; 



1 Pour ce qui concerne la langue des Mandéens, voir Noldeke, Mandaïschc Grram- 
matik, p. 348. 

2 Aussi en himyarite Û^nstK n!"TN, un doigt, etc. (D. H. Muller, Z. D. M. G., 
XXX, 706). Dans les langues sémitiques ~ï"iN est considéré comme adjectif; il est 
employé, en conséquence, comme nombre ordinal et placé, dans les tangues hé- 
braïque et arabe, après ce qu'on compte; car, dans ces deux langues, l'adjectif se 
met après le substantif. Mais les langues qui, influencées par les langues non sémi- 
tiques, p'acent l'adjectif avant le nom. mettent aussi ^fiN avant, comme les autres 
nombres. Ainsi en mandéen (Noldeke, l. c, 318 et 346) et en syriaque, cf. 'rftT ^n 
[j.Hagiga, n, 2), Nmï~i!ft Nlï"D [Pesa/iim, 42 a). En éthiopien, l'adjectif se trouve 
souvent avant le substantif; aussi ^fî^ est-il mis en avant. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais comme dénomination du dimanche, "-nriN ainsi que iriN ùv 
et Vijx^a pi*, après nba? ; ainsi "nfiN hb*| (Act., xx, *7). Or, le Livre 
des Jubilés met ici nb* toujours avant phn, justement parce que, 
dans son esprit, ce n'était pas un jour, mais le un jour, Tfjjiepa 
pua = dimanche. 

Il résulte de là que le Livre des Jubilés a trois fois insisté sur 
le dimanche, pour marquer son opposition avec les Pharisiens- 
Rabbanites, selon lesquels la fête des Semaines peut tomber tous 
les jours de la semaine ; et il se fonde pour fixer la Pentecôte au 
dimanche sur la double signification de la fête des Semaines : 
elle est à la fois fête des Semaines et fête de la création, et la 
semaine, tout comme la création, commence le premier jour, 
c'est-à-dire le dimanche. 

Dans le Livre des Jubilés hébreu qu'ont utilisé les Caraïtes, 
le passage en question était certainement plus clair que dans le 
nôtre, où il a perdu de sa clarté en passant par des traductions, 
et surtout par la construction de ntt^a nriN nb#, qui permet d'ad- 
mettre, à cause du mot Ptt?5, qu'il est question ici d'un jour quel- 
conque dans l'année. 



VI 



LES ANNEES ET LES MOIS DANS LE LIVRE DES JUBILES. 

Dès le début, le Livre des Jubilés s'impose la tâche « de faire 
partir de la création le compte des années et de désigner chaque 
année d'après son nombre, et les Jubilés d'après les années. » Par 
suite, on s'attendrait au moins à y trouver une donnée exacte 
sur la composition de l'année qu'il emploie pour son comput. 
Mais il n'en est rien. Le Livre des Jubilés se contente d'expliquer 
que l'année se compose de 364 jours ou 52 semaines ; de la com- 
position des mois de cette année, de la manière dont l'année lu- 
naire concorderait avec son année solaire, et celle-ci, à son tour, 
avec l'année solaire vraie, il ne dit pas un mot. Sur ces points, 
nous en sommes réduits aux conjectures. Gomme la date des fêtes 
dépend de la composition des mois, ce sont ici les mois qui nous 
intéresseront d'abord. 

Béer (Buch d. Jubil., p. 63) place en Egypte la patrie d'origine 
du Livre des Jubilés, et, d'après lui, ce livre compte dans l'année 
12 mois de 30 jours analogues aux mois égyptiens, plus 4 jours 
complémentaires. De plus, Béer pense que, pour la fixation de la 



LE LIVRE DES JUBILES 9 

fête des Semaines, le Livre des Jubilés compte les 49 jours qui sé- 
parent la Pâque de la Pentecôte à partir du jour qui suit le dernier 
jour de Pàque. Pour appuyer cette hypothèse, Béer cite les Falas- 
cha, Juifs abyssiniens, qui descendent de colons égyptiens, et qui 
comptent aussi ces 49 jours à partir du premier jour après la 
fête de Pâque et qui, ainsi, célèbrent la fête des Semaines « vers 
le milieu du troisième mois », exactement comme le fixe le Livre 
des Jubilés (p. 66). 

Dans sa Monatssctirift, 1856, p. 392, Frankel soutient une 
autre opinion : il croit que le Livre des Jubilés aurait été écrit par 
un prêtre du temple d'Onias, à Léontopolis, et il dit, relativement 
à la question qui nous occupe : « On ne comptait donc pas par 
mois solaires à Léontopolis, mais bien par semaines, ou mieux 
encore, par mois de quatre semaines. L'année avait treize mois, 
le treizième mois était considéré comme mois intercalaire ; on se 
rapprochait ainsi de la Palestine, où pareillement on intercalait un 
treizième mois dans certaines années, et où ces années, par con- 
séquent, étaient de 13 mois. C'est là seulement ce qui rend com- 
préhensible le passage suivant du Livre des Jubilés, 2, 245, 246 : 
« Et les nouvelles lunes du premier, du quatrième, du septième 
et du dizième.mois sont les jours de souvenir et les jours de fête 
dans les quatre saisons. Elles sont écrites et fixées pour le témoi- 
gnage de chaque année. Et elles furent gravées sur les Tables 
célestes ; douze sabbats (semaines) composent chacune d'elles ; 
leur souvenir doit durer de l'une à l'autre; de la première à la 
seconde, de la seconde à la troisième, de la troisième à la qua- 
trième. Et tous les jours qui sont institués sont 52 sabbats de 
jours ». Mais, si chaque saison ou chaque quartier se compose de 
12 sabbats, le total de ceux-ci est de 48 et non de 52 sabbats. Dans 
notre interprétation, continue Frankel, le passage cité a le sens sui- 
vant: Les quatre quartiers sont comptés sans le mois intercalaire, 
chacun de 12 sabbats (d'après une relation historique attribuant 
cette division à Noé, qui les a fixés selon la marche des événe- 
ments qui sont survenus pendant le déluge. Cf. aussi plus loin, 
p. 397). Dans les mots : « Et tous les jours qui sont institués », 
« et » doit être pris dans le sens de « mais ». Il est vrai que les 
quatre quartiers donnent 48 sabbats; « mais tous les jours qui sont 
institués», signifient que les jours de l'année, dans leur nombre 
total, sont 52 sabbats de jours. De la sorte, on comprend la phrase 
qui sert de conclusion : « Et ainsi toute l'année est complète » : 
avec les 52 sabbats, c'est-à-dire non avec les 4 quartiers de 12 sab- 
bats. Il est difficile d'admettre que la leçon « douze sabbats », au 
lieu de 13, puisse provenir d'une erreur de copiste ; les mots sui- 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vants « ")2 sabbals » eussent fait découvrir la faute. Si donc il est 
dit, page 255 : « Les eaux restèrent à la surface de la terre, cinq 
mois, 150 jours », c'est que le mois est compté de 30 jours et non 
de 4 semaines, et les mots « cinq mois » doivent être considérés 
comme une interpolation plus récente ». 

Béer (Noch ein Wort iïber das B. d. /., p. 8) combat l'inter- 
prétation de Frankel en citant des passages du Livre des Jubilés 
qui montrent clairement que ce livre comptait l'année à 12 et 
non à 13 mois. 

Nous aurons l'occasion plus tard de discuter ces passages. Mais 
l'hypothèse de Frankel ne peut tenir devant le passage qu'il cite 
lui-même. Comme il y est question de quatre saisons, l'auteur ne 
peut avoir pensé qu'à une année solaire, puisque les saisons dé- 
pendent du soleil. Treize mois ne peuvent pas se répartir éga- 
lement sur quatre saisons, et on accordera bien que même un 
mois intercalaire, alors qu'il revient chaque année, ne doit pas 
être négligé dans le calcul des saisons. 

Aussi les observations de Frankel sur le changement des 12 sab- 
bats en 13 ne reposent-elles sur aucun fondement. Dans le ms. T 
dont s'est servi Dillmann pour sa traduction, le nombre des se- 
maines des quartiers est indiqué comme il suit : 5i ^w (dix et 
deux) ; l'écrivain peut très bien avoir mis, par erreur, au lieu de 
s (trois), a (deux). Dans le ms. d'Abbadie, édité par Dillmann, il y 
a formellement : obioi im (dix et trois). De même aussi dans le 
ms. du British Muséum (Dillmann, Monatsberichle der Berliner 
Ahademie, 1883, p. 332). 

Pourtant, malgré les objections de Béer 1 et les nôtres contre 
Frankel, on ne peut pas rejeter tout à fait son interprétation. A 
priori déjà, elle ne manque pas de valeur, car des mois de quatre 
semaines conviennent admirablement au Livre des Jubilés, qui 
compte par heptades. Mais un détail que les auteurs mentionnés 
ci-dessus n'ont pas suffisamment remarqué prouve incontesta- 
blement que les mois du Livre des Jubilés ont 28 jours. 

Cet ouvrage, en trois endroits différents, place la fête des Se- 
maines au quinzième jour du troisième mois. Il est visible, d'après 
le chap. v, qu'il croit que la promulgation de la Loi a eu lieu à la 
fête des Semaines 2 . Or, dès le commencement du livre, il est en- 
tendu que la promulgation de la Loi a eu lieu le 15 du troisième 
mois; la fête des Semaines, par conséquent, tombe aussi sur ce 

1 Rônsch, Buch d. Jub., est d'accord avec lui. 

2 Les Samaritains regardent aussi la fête des Semaines comme le jour de la pro- 
mulgation de la Loi, ainsi qu'il ressort des Liturgies de Marka. Voir Heidenbeim, 
Samarit. Liturgie, p. 137 et suivantes. 



LE LIVRE DES JUBILES 11 

jour. Le chap. xv commence par ces mots : « Et la 5° année de la 
4 e semaine (îitû'Wi) de ce Jubilé, le troisième mois, au milieu du 
mois, Abraham célébra la fête des prémices de la moisson... » Au 
chap. xliv, il est dit encore : « Et Israël quitta sa maison à la nou- 
velle lune du troisième mois et offrit un sacrifice le septième jour 
de ce mois. . . , il s'arrêta sept jours . . . , et il observa la fête de la 
moisson des prémices des blés. . . » 

Béer, comme nous l'avons dit plus haut, n'ignorait pas cette 
particularité, mais il n'a pas vu qu'elle corrobore la conjecture 
de Frankel, car la fête des Semaines ne peut être fixée définiti- 
vement au 15 e jour du troisième mois, que si les sept semaines 
entre cette fêle et celle de Pâque se comptent à partir du 22 e jour 
du premier mois, et que le premier et le deuxième mois de Tannée 
ne comptent que 28 jours. On a alors pour les sept semaines 
entre Pâque et Pentecôte une semaine dans le premier mois, 
quatre dans le second, et deux dans le troisième, en tout *7 se- 
maines, et la fête de la Pentecôte tombe le 15 du troisième mois. 
Toute autre combinaison est impossible. 

Si, avec Béer, on veut admettre dans le Livre des Jubilés des 
mois de 30 jours, la fête des Semaines ne peut tomber, au plus 
tard, que le 11 e jour du troisième mois, car les jours de l'Omer ne 
peuvent pas commencer plus tard que le 21 du premier mois. 

Il est donc certain que, pour la fixation de la fête des Semaines, 
le Livre des Jubilés entend parler de mois de 28 jours. Or, une 
année de 364 jours se compose de treize de ces mois. Mais il est 
certain aussi que, dans d'autres passages, le Livre des Jubilés 
compte 12 mois dans l'année. 

Il ne nous reste, pour faire disparaître cette contradiction, 
qu'à admettre que le Livre des Jubilés divise son année de 564 
jours de deux manières : en année civile de 12 mois, dont 8 de 
50 et 4 de 51 jours; et en année religieuse de 15 mois de 28 
jours chacun. 

L'idée de l'existence d'une année religieuse parallèle à l'année 
civile n'offre rien de surprenant, d'autant plus que les anciens 
Egyptiens avaient, outre leur année solaire, encore une année 
lunaire. (Lepsius, Chronologie, p. 157.) Nous trouvons également 
une pareille année double dans le livre d'Hénoch, qui offre beau- 
coup de points de ressemblance avec le Livre des Jubilés ', et qui 
paraît avoir été familier à ce dernier (ch. iv). 

L'année du Livre d'Hénoch a 364 jours ; elle est divisée en 
quatre parties, de 91 jours chacune, et en 12 mois (ch. lxxii). Les 

1 Rônsch, ibid., p. 403 et suivantes. 



<2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

deux premiers mois de chaque quartier ont 30 jours, le dernier, 
31 jours. Cette année étrange est, sans doute, adoptée par Hénoch 
dans le but de pouvoir laisser à l'année solaire un nombre rond 
de semaines, puisque l'année, de cette manière, a 52 semaines, et 
chaque quartier, 13 semaines. Outre cette année civile divisée en 
mois solaires, le livre d'Hénoch connaît encore une année reli- 
gieuse divisée en mois lunaires ; ses explications sur cette sorte 
d'année et la manière dont il la fait concorder avec l'année so- 
laire (ch. lxxiv) sont très obscures, et, à dire vrai, incompréhen- 
sibles. 

Le Livre des Jubilés a la même année civile de 364 jours et de 
4 quartiers, et laisse entendre nettement que la conservation de 
la semaine est le but de cette division. Dans le chapitre vi, il fait 
célébrer le premier jour ! des 1, 4, 1 et 10 es mois comme fêtes com- 
mémoratives et dit, en parlant de ces jours, comme nous l'avons 
vu plus haut : « Et ils furent inscrits sur les tables célestes ; 
chacun d'eux a 12 (lisez 13) Sabbats, leur mémoire dure de l'un à 
l'autre ; du 1 er jusqu'au 2 9 , du 2° jusqu'au 3°, du 3 e jusqu'au 4 e . Et 
tous les jours institués sont 32 Sabbats de jours ; de cette ma- 
nière, l'année entière est complète ». En apparence, ce sont là 
les quartiers du livre d'Hénoch. Le Livre des Jubilés est d'accord 
avec celui-ci, non seulement sur le nombre des jours de l'année 
et les quartiers de l'année civile, mais aussi sur le nombre et la 
composition des mois de cette sorte d'année. 

Le Livre des Jubilés fait usage des mois solaires dans les récits 
où il n'est pas question de jours de fêtes. Par exemple, au ch. iv, 
il fait inscrire dans un livre par Hénoch les signes célestes (du 
zodiaque) d'après l'ordre de leurs mois. Ceci ne se rapporte na- 
turellement qu'aux douze mois solaires, qui correspondent aux 
douze signes du zodiaque. Au chap. xn, il rapporte : « Et, dans la 
6 e semaine dans la 5 e année, Abraham se leva, et il s'assit, la nuit 
du premier jour du 7 e mois, pour observer les étoiles, du soir au 
matin, afin de prévoir le temps qu'il ferait cette année. . . Et il 
prit les livres de ses pètes. . . et il s'y instruisit durant les six mois 
de pluies. . . » Abraham veut observer ici, au jour de la fête du 
troisième quartier (pas au nouvel an), avec lequel une nouvelle 
saison commence, le temps de l'automne et de l'hiver prochains. 
Le 7° mois est ici un mois solaire, comme le sont les six mois 

1 p"TC. Ce,mot signifie d'abord le lever du soleil et de la lune, puis le premier jour 
du mois lunaire. Ici et dans quelques autres passages, le Livre des Jubilés a placé 
P"11D p° ur désigner le premier jour du mois solaire. De la même manière on dit, 
en éthiopien, nbb pTtZ3 (commencement de la nuit), par analogie avec le terme 
nb"72 p*TC (commencement du jour). 



LE LIVRE DES JUBILÉS 13 

pluvieux. yzD rni E^iça signifie ici : au commencement du sep- 
tième mois. Dans les chap. xi et xxv, le Livre des Jubilés fait 
aussi allusion à des mois solaires. Nous avons dit déjà que, au 
chap. vi, où il parle des quatre quartiers, il ne peut être question 
que d'une année solaire. Là aussi, le Livre des Jubilés soutient 
une polémique contre le système qui fixe les mois d'après l'appa- 
rition de la lune. 

Outre ces 12 mois solaires, qui s'accordent avec le nombre des 
jours et les quartiers, mais non avec la semaine, le Livre des 
Jubilés a encore 13 mois de semaines, de 28 jours chacun ; non 
pas pour établir aussi une concordance avec les phases de la 
lune, qu'il ne veut pas du tout prendre en considération, mais 
bien pour trouver des semaines, puisque ces mois en renferment 
juste quatre. Le Livre des Jubilés se sert de ces mois de semaines 
pour la fixation des fêtes, comme nous l'avons vu, plus haut, à 
propos de la fête des Semaines qu'il fixe au 15 Sivan. 

Le mois de 28 jours est certainement plus ancien que celui de 
29 et 30 jours, ainsi que le prouvent les 28 « maisons de la lune » 
des Indiens, des Persans et des Arabes 1 . Il est aussi à l'origine 
de la semaine; c'est par la division du mois en 4 parties qu'on 
obtient la semaine 2 . L'auteur du Livre des Jubilés doit avoir fait 
cette remarque et s'en être servi dans son système. En tout cas, 
les mois de semaines lui offrirent de grands avantages. Grâce à 
ce système, l'année et le mois s'écoulent en semaines rondes ; par 
eux, il devient possible que l'année et le mois commencent, 
comme la semaine, par le dimanche et se terminent par le Sab- 
bat; que toutes les fêtes (hormis le jour d'Expiation) tombent le 
dimanche et qu'enfin toute la chronologie obtient une division 
régulière et uniforme, par le fait que tout a le « sept » pour point 
de départ : la semaine comprend 7 jours; le mois, 4x7 jours; 
l'année, 52 x 7 jours, la Schemita, 7 années, et le Jubilé 7x7 
années. 

Dans cette année du Livre des Jubilés, la fête des Semaines 
aurait avec la fête de Pâque le rapport suivant : L'année com- 
mence le dimanche 1 Nissan. Après 14 jours, et le Sabbat, l'a- 
gneau pascal est immolé. Le jour suivant, dimanche, 15 Nissan, 
commence la fête des pains azymes, qui dure toute la semaine et 
se termine le Sabbat, 21 e jour de Nissan. Le jour suivant, di- 
manche, 22, l'Omer est offert ; c'est à partir de ce jour qu'on 

' Béer, par suite, n'a aucune raison de dire que des mois réguliers de 28 jours 
n'existent pas [Noch ein Wort, p. 10). 

s Ewald, Alterthûmer des Volkes Israël, 2 e éd., p. 113. 



1 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

compte les 7 semaines d'intervalle entre Pâque et la fête des Se- 
maines. Après 7 semaines, la fête des Semaines tombe naturel- 
lement un dimanche. Et c'est ce dimanche que nous avons cru 
retrouver dans le « un jour » du Livre des Jubilés. 

La description du système du Livre des Jubilés ne laisse donc 
pas de doute sur ce fait que cet ouvrage fixe la fête des Semaines 
au dimanche. Hitzig, sans avoir eu connaissance du Livre des 
Jubilés, croyait déjà avoir trouvé dans la Bible et dans les an- 
ciennes coutumes dos Juifs une année semblable à l'année reli- 
gieuse du Livre des Jubilés ». Mais cette théorie fut combattue de 
différents côtés - ; toutefois on ne saurait affirmer qu'une telle année 
n'eût été jamais en usage, à une certaine époque, sinon dans la 
nation entière, au moins dans une minorité, comme les Béthuséens 
par exemple. On retrouve également des restes certains de ce 
système chez les Falascha, quoiqu'ils y aient apporté bien des 
modifications. Les Falascha ont une année civile de 12 mois de 
30 jours, plus 5 jours complémentaires. En outre, ils ont une 
année lunaire, avec des mois alternés de 29 et 30 jours, avec 
intercalations périodiques. Ils comptent donc dans celle-ci les 
1 semaines entre Pâque et Pentecôte à partir du 22 Nissan, et font 

1 Hitzig soutient que l'année biblique a toujours commencé le dimanche, et que la 
fête de Pâque se terminait toujours le Sabbat. C'est à partir du dimanche suivant 
qu'on comptait 7 semaines jusqu'à la fêle des Semaines, qui tombait forcément le 
dimanche. Voici les raisons sur lesquelles il s'appuie : L'écrivain biblique (Lév., 
xxm) dit que la fête des pains azymes commencera le 15 et durera sept jours; que le 
premier jour ne sera pas jour de travail (vers. 7), ni le septième (vers. 8). Puis il con- 
tinue (vers. 10-11) : « Vous offrirez l'Orner des prémices de la moisson; et le jour 
après le Sabbat, le prêtre la liera devant l'Eternel. > € Le jour après le Sabbat! » 
Mais dans ce qui précède il n'est fait mention nulle part d'un Sabbat ! Il faut donc que 
l'explication de ce Sabbat se trouve ailleurs. Or, en fait, au vers. 8, c'est le septième 
jour, autrement et toujours nommé Sabbat, qui est mentionné ; l'écrivain parle de la 
fête jusqu'au 7 e jour, qui est le dernier de la fête, puis s'occupe du jour qui suit le 
Sabbat. Quoi de plus simple, en apparence, que d'admettre que pe septième jour soit 
justement le « Sabbat » dont il est ici parié ! La volonté du législateur est donc 
que les prémices soient offertes après la clôture de la semaine pascale, et, en outre, 
que l'on compte, à partir du lendemain de ce Sabbat, 7 semaines jusqu'à la Pente- 
côte (vers. 15) ; et comme le 7 e jour de la fête de Pùque est un Sabbat, il faut donc 
que le premier jour de Pâque soit également, comme "la Pentecôte, un dimanche. 
(Hitzig, Ostern und Pfingsten. Sendschrciben an Ideler, Heidelberg, 1837, p. 11-12). 
Relativement au commencement de l'année et à la fixation des fêtes de Pâque et de 
Pentecôte, Hitzig est complètement d'accord avec le livre des Jubilés, qu'il n'a pour- 
tant pas vu. 11 ne tablait pas sur une année de 364 jours, 52 semaines et 13 mois de 
28 jours ; il devait donc nécessairement dire des énormités en poursuivant son hypo- 
thèse. 11 dit, par exemple, que quand le dernier jour de l'année était un mercredi, 
de sorte que le Sabbat tombait le troisième jour de la nouvelle année, on ne fêtait 
pas le Sabbat ce jour-là, mais on le célébrait ce dernier mercredi, peut-être en pro- 
longeant la dernière semaine jusqu'à ce jour ; ou on n'en tenait pas compte et on 
faisait du jour de la nouvelle lune un jour de fête et on comptait à partir de ce jour 
une nouvelle semaine (p. 15). 

* Bâhr, Symbolik, II, 621 ; Wieseler, Chronolor/ischc Synopse, 348. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 15 

tomber la Pentecôte le 12 Sivan. M. d'Abbadie rapporte ceci 
au nom des savants juifs abyssiniens : « On mange ensuite du 
pain azyme jusqu'au 21° jour. Cinquante jours après, vient la 
fête de Mairar ^iine, ou de la réception de la Loi. Si Ton compte 
sept samedis après Pâque, le septième est un Sabbat de grâces, 
où ceux qui font des prières ou des bonnes œuvres sont absous de 
leurs péchés. 11 en est de même pour chaque septième samedi. Le 
premier samedi se nomme « Alef »... {V Univers Israélite, 1851, 
p. 482). En un autre endroit (p, 332), M. d'Abbadie dit encore : « Le 
quinzième jour de chaque lune, dit cilù anima, est la commémo- 
ration de Pâque et de la fête des Tabernacles. La fête de Mairar, 
comptée cinquante jours après Pâque, coïncide toujours avec la 
même fête, comptée par la lune de Sanï (Sivan). » Les Falascha 
comptent donc les 1 semaines à partir du 22 Nissan, absolument 
comme le Livre des Jubilés. Seulement, ils font tomber la fête des 
Semaines au 12, et non au 15 Sivan, comme le Livre des Jubilés, 
parce qu'ils comptent maintenant par mois alternés de 29 et 
30 jours, tandis que le Livre des Jubilés a des mois de 28 jours. 
Il paraît qu'autrefois les Falascha se trouvaient aussi, sur ce 
point, d'accord avec le Livre des Jubilés et qu'après la clôture de 
la fête de Pâque par un Sabbat, ils comptaient 7 Sabbats jusqu'à 
la Pentecôte et célébraient celle-ci le dimanche. Gela est indiqué 
parle dénombrement des 7 sabbats et la distinction du septième 
Sabbat, qui pouvait être considéré comme avant-fête de la fête des 
Semaines. 

De toutes façons, l'accord entre le Livre des Jubilés et les juifs 
d'Abyssinie d'où le Livre des Jubilés est venu jusqu'à nous, ne 
peut certainement pas, en ce qui concerne la chronologie et 
d'autres points encore, provenir d'un hasard. On peut en conclure 
à juste titre que les idées des Falascha et du Livre des Jubilés ont 
une seule et même origine, l'Egypte, où on trouve des traces de la 
chronologie qu'ils suivent l'un et l'autre *. 

Les Falascha, ainsi que nous l'avons dit, ne célèbrent pas seu- 
lement le septième Sabbat après Pâque, mais encore, comme lui, 
chaque septième Sabbat qui suit celui-ci. Si nous appliquons 
cette méthode à l'année religieuse du Livre des Jubilés avec ses 
52 semaines, il en résulte que dans l'année on distinguait 7 Sabbats 
entre tous les autres. Les trois premières semaines de l'année 

1 Béer, Buch d. Jubil^ p. 65 et suiv., a le premier appelé l'attention sur la res- 
semblance des usages des juifs abyssiniens avec les prescriptions du livre des Jubilés, 
cf. Dillmann, Z. D. M. 67., XI, 163. Beaucoup de savants t'ont venir les Falascha 
d'Egypte en Abyssinie ; en tout cas, c'est en Egypte seulement qu'a pu naître leur 
vie religieuse et spirituelle. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

étaient négligées; on divisait les 49 semaines restantes, par ana- 
logie avec la semaine, en sept parties, de 7 semaines chacune, et 
qui, naturellement, commençaient encore par un dimanche et se 
terminaient par un Sabbat. Des indices certains montrent que 
chaque Sabbat final était tenu en haute estime par analogie avec 
celui qui précédait la Pentecôte ; il est probable que chaque cin- 
quantième jour tombant le dimanche jouissait d'une considéra- 
tion destinée à rappeler le dimanche de la Pentecôte. 

Nous retrouverons (dans le chapitre suivant) dans le De Vda 
Contemplative^ paru en Egypte sous, le nom de Philon, la haute 
considération dont jouissaient le 7 e Sabbat et le 7° dimanche. 



VII 



SIGNIFICATION DE LA FETE DES SEMAINES. — SABBAT ET 

DIMANCHE. 

La fête des Semaines a dans le Livre des Jubilés une importance 
exceptionnelle et y occupe une place distinguée entre toutes les 
fêtes. Elle est la fête de la création et a été célébrée par les anges 
dans le ciel dès le commencement de la création. C'est pourquoi 
elle est considérée à l'égal du Sabbat dont il est également dit 
dans le Livre des Jubilés : « Et il nous fit (aux anges) une grande 
marque, le jour du Sabbat, afin que nous fassions nos affaires 
durant 6 jours et que nous célébrions le Sabbat le septième jour, 
en quittant toutes nos occupations, nous, tous les anges de la face 
et tous les anges de la louange de Dieu. Il nous dit, à nous, les 
deux grandes espèces, que nous devons célébrer le Sabbat avec 
lui, au ciel et sur la terre (en. n). » 

La fête d-es Semaines peut avoir été considérée comme la fête 
de la création, parce qu'elle a été célébrée par Noé, quand le 
monde fut délivré du déluge : par le, déluge, le monde fit ex- 
piation de ses fautes et fut rendu apte à une nouvelle existence. 
Philon attache la même signification au déluge. Dans le De Vita 
Mosis (fm du second livre), il dit: « Lors donc que la terre eut 
fait expiation et fut purifiée, et fut sortie des eaux, fraîche comme 
au temps de sa première création, dans la création générale du 
monde, Noé, sa femme, ses fils et les femmes de ses fils sortirent 
de l'arche, et avec eux toutes les espèces d'animaux qu'ils avaient 
conservées pour la propagation nouvelle de leurs espèces. C'est là 
la récompense des hommes vaillants : non seulement eux et tous 



LE JLIVRI5 DES JUBILÉS 17 

ceux qui leur appartiennent seront sauvés des plus grands 
dangers et protégés, au milieu de la révolte des éléments, comme 
par un boulevard, mais ils seront aussi les auteurs de la régéné- 
ration et les créateurs d'une nouvelle époque. » 

D'après ce passage, avec Noé et les siens, le monde fut régé- 
néré, et c'est pour ce motif que le Livre des Jubilés pourrait bien 
dépeindre la fête des Semaines comme la fête de la création. Mais 
le Livre des Jubilés nomme cette fête : fête de la première créa- 
tion, et la fait célébrer par les anges tout de suite après la créa- 
tion ; il faut donc en chercher la raison d'être dans la création 
même. 

Je crois que le Livre des Jubilés voulait voir surtout dans la fête 
des Semaines la glorification du dimanche. Il est vrai que le di- 
manche, en tant que premier jour de la création et premier jour 
de l'année et du mois, mérite tout aussi bien une distinction que 
le Sabbat, dernier jour de la création, de l'année et du mois. 
Le dimanche, dans ce sens, devrait être placé au même rang que 
le Sabbat ; en effet, cela se trouve aussi clans la théosophie 
alexandrine. 

Nous avons déjà dit que d'après Philon la création du monde 
idéal en sept œuvres fut faite le dimanche. Sur le septième 
jour Philon a aussi ses idées particulières : selon lui, les êtres 
immatériels, les anges, auraient été créés ce jour-là, comme des 
créatures réelles. Par suite, il y a d'après Philon certains rapports 
entre ces deux jours. Le premier jour, le monde idéal fut terminé, 
et le septième — et non le sixième — le monde réel. Ainsi que 
l'idée des anges forme la septième œuvre du premier jour, sa réa- 
lisation est l'œuvre du septième jour. Philon, dans ses œuvres, re- 
vient souvent sur ces considérations. Dans son Leg. allegoriarum 
(I, 44), il combat l'opinion d'après laquelle Dieu aurait créé le 
monde en six jours, il soutient que « jours » dans le récit de la 
création signifie « séries », et il dit que par les mots: « Et Dieu ter- 
mina, le sixième 1 jour, l'œuvre qu'il avait créée (Gen., n, 2). . . » 
« Moïse veut montrer que les espèces mortelles et, ensuite, les es- 
pèces impérissables, sont formées d'après les nombres qui leur 
reviennent; car, comme il a été dit, il donna la mesure, pour les 



1 Philon cite la Bible d'après les Septante ; dans notre texte il y a : • et Dieu 
acheva le septième jour. . . » Aristobule, dans Eusèbe, Prœpar. evang., XIII, 12, dit 
aussi t le sixième ». Si Philon et Aristobule eussent su que le texte hébreu porte » le 
septième jour •, ils auraient sûrement appuyé sur ces mots leur opinion sur la créa- 
tion des anges le Sabbat. L'assertion des rabbins, que les Septante auraient avec 
intention changé les mots « le septième » en « le sixième », paraît reposer sur la con- 
naissance de cette opinion. 

T. XXII, N° 43. 2 



1S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

choses mortelles, d'après le six ; pour les éternelles et bienheu- 
reuses, d'après le sept. D'abord Dieu s'arrêta le sixième jour dans 
la formation des choses mortelles et commença à créer les autres 
créatures, les divines ». Plus loin, p. 46 : « Ainsi Dieu se reposa 
le septième jour de toutes les œuvres qu'il avait créées. Ainsi, 
Dieu cessa de former les espèces mortelles, quand il commença 
les divines et celles qui sont soumises à l'influence du sept » (Cf. 
De Septenario, Tischendorf, Philologîa, p. 22). Selon Philon, ce 
qui, en esprit, était décidé le dimanche fut terminé le samedi. 
Par suite, Philon nomme Sabbat le jour de la naissance du 
inonde (De Mandi Opifwio, M., I, 21 ; De Victimis, commen- 
cement), et en cela, selon lui, se trouve le rapport entre le 
septième et le premier jour, comme il l'explique dans De Pos- 
teritate Caini, p. 237 : « Pour ce même motif, le sept est bien, 
d'après l'ordre, un rejeton du six, mais, d'après la force, il 
est le premier de tous les nombres et tout à fait d'accord avec le 
un. Moïse nous l'enseigne lui-même dans ses paroles finales sur 
la création du monde : « Et Dieu se reposa, le septième jour, de 
toutes les œuvres qu'il avait créées, et Dieu bénit le septième jour 
et il le sanctifia. » Et il continue : « Ceci est ie livre de la création 
du ciel et de la terre, lorsqu'ils furent créés, le jour que Dieu 
forma le ciel et la terre. Mais ceux-ci furent créés le premier 
jour, de sorte que le sept est ramené au un, le premier et le com- 
mencement de toutes choses l . » 

Le dimanche est donc, comme le Sabbat, un jour de création, 
et méritait, aussi bien que celui-ci, d'être distingué parmi les 
autres jours. La Bible ne glorifie que le Sabbat; elle n'a aucune 
considération pour le « un jour » de la théosophie alexandrine. 
Mais les alexandrins s'entendaient à introduire par force leurs 
idées dans la Bible; ils tiraient parti de la fête des Semaines, qui 
tombe le dimanche 2 , pour glorifier en elle leur dimanche, en 
tant que jour de la création. 

Il est facile de comprendre qu'en raison de la haute significa- 
tion du nombre 7, du dimanche, du déluge, le Livre des Jubilés 
pourrait bien distinguer de cette manière et traiter comme une 
fête de la création (des 7 œuvres idéales) une fête instituée un 



1 De même Arislobule chez Eusèbe, voir Gfrôrer, Philo, II, 87. 

J Philon lui-même ne paraît pas fixer la fête des Semaines au dimanche ; mais, 
dans le dénombrement des 7 semaines entre la Pàque et la Pentecôle, il suit la 
manière de voir des rabbins; voir De Septenario, éd. Tischendorf, p. 51. Mais 
cela n'empêche pas que d'autres Alexandrins, et avec eux, le livre des Jubilés, n'aient 
célébré la fête en question le dimanche. Il y a encore des traces de cette manière de 
voir chez les Juifs abyssiniens. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 19 

dimanche après 7 X *7 jours, en souvenir du déluge. Elle est as- 
similée au Sabbat, comme lui est fêtée depuis la création • par les 
anges, parce que ceux-ci furent créés, en idée, le dimanche, et 
comme êtres réels, le Sabbat. La double signification de la fête des 
Semaines consiste aussi en ce qu'il faut la considérer aussi bien 
comme fête de la création du monde, que comme jour de la régé- 
nération de celui-ci, après le déluge. 

Philon se défend bien de cette idée, comme si les lois, surtout 
celle qui est relative au repos sabbatique, pouvaient, par l'inter- 
prétation symbolique, perdre de leur signification pratique {De 
Migralione Abrahami, I, 450), et il ne permet, pour le Sabbat, 
que des occupations spirituelles (De Septenario) , pareilles à celles 
de Dieu, quand il créa, ce jour-là, les êtres immatériels (les anges). 
Sa glorification du dimanche n'est que théorique ; mais par cette 
appréciation, le Sabbat n'en perdait pas moins, en faveur du 
dimanche, de sa sainteté primitive; car, tandis qu'on enseignait, 
d'une part, que Dieu ne se reposa pas le septième jour, on soute- 
nait, d'autre part, que le monde idéal avait été créé le dimanche. 
Philon (de Migratione Âb., ibid.) s'emporte contre ces allégoristes 
qui, après avoir pénétré le sens caché des préceptes de la Bible, 
se croyaient dispensés de les observer. Il est visible, d'après cela, 
qu'à cette époque il y avait déjà, parmi les Juifs, des gens qui se 
révoltaient contre la « lettre morte ». 

L'appréciation alexandrine du Sabbat et du dimanche fut 
adoptée par le christianisme et passa de la théorie à la pratique. 
D'abord le dimanche fut élevé à la hauteur du Sabbat, puis ce 
dernier fut entièrement écarté. Bien que, dans le christianisme, 
le dogme essentiellement chrétien de la résurrection du Christ ait 
contribué à la glorification du dimanche, il n'en est pas moins 
vrai que les appréciations alexandrines sont encore transparentes 
dans les descriptions du dimanche des anciens auteurs chrétiens. 
Pour Barnabas, le dimanche est le symbole du royaume des cieux, 
du commencement d'un nouveau monde, car il dit (Epître, xv) : 
« Enfin il leur expliqua : Je ne tolère pas vos nouvelles lunes 
et vos sabbats (Isaïe, i, 13). Remarquez sa manière de parler: Ce 
ne sont pas les sabbats présents qui me sont agréables, mais celui 
que f ai institué, celui dont je ferai le commencement d'un hui- 
tième jour, après que tout aura été rendu au repos, c'est-à-dire 
le commencement d'un nouveau monde. Voilà pourquoi nous 

1 Sur ce point, Philon va encore plus loin, et dit : « Bien que ce [Sabbat] jouisse 
d'une suprématie sur toute la nature, non seulement depuis la création du monde, 
mais déjà avant l'apparition du ciel et de tout le monde matériel » (De Vita Mosis, 
M., I, 175). Philon comprend sans doute par Sabbat le nombre 1. 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

passons dans la joie le huitième jour, qui est aussi celui où 
Jésus est ressuscité d'entre les morts... » Justin aussi, Apologie, I, 
c. 67, dit : « Nous nous réunissons le dimanche, parce que c'est le 
premier jour où Dieu a transformé les ténèhres et la matière 
et créé le monde, et ensuite, parce que ce jour, notre Seigneur 
Jésus-Christ est ressuscité parmi les morts. » 



VIII 



LES FETES DES THERAPEUTES. 

M. Graetz (Geschichte, III, 4e éd., p. 698) a soutenu d'abord, et 
Lucius {Die Therapeuien) a prouvé ensuite que le De Vita Con- 
lemplaliva n'est pas dePhilon, mais bien d'un plagiaire qui s'est 
approprié les idées et le style de celui-ci et qui a vécu avant 
Eusèbe, que les Thérapeutes, célébrés dans cet écrit, n'ont jamais 
existé, car dans les œuvres des écrivains antérieurs à Eusèbe, il 
n'est fait mention ni de cet écrit, ni des Thérapeutes. Il faut néan- 
moins que l'auteur du De Vita ait été guidé par une idée quel- 
conque. C'est pour cela aussi que certains savants se donnent 
la peine d'élucider le point de vue du faussaire. Ce sont les fêtes 
que la Vie contemplative fait célébrer à ses Thérapeutes qui 
nous intéressent ici, avant tout. D'après cet écrit, les Théra- 
peutes fêtent le septième jour; en outre, ils célèbrent Ja nuit de 
ce jour, après sept semaines, « qui est la veille de la grande fête 
qui tombe le cinquantième jour ». Ces deux fêtes étaient les 
seules fêtes des Thérapeutes. Cela ne peut évidemment pas être 
par un effet du hasard que la Vie contemplative fait célébrer 
à ses Thérapeutes juste les deux fêtes qui dans Philon et le Livre 
des Jubiiés sont considérées comme les plus belles de toutes les 
fêtes : le septième et le cinquantième jours, ce dernier tombant le 
dimanche. Les Thérapeutes sont décrits comme des hommes d'une 
nature extraordinaire ; ils renoncent à leurs richesses, s'inter- 
disent le mariage, ne mangent et ne boivent que le strict néces- 
saire, et jamais avant le coucher du soleil; quelques-uns jeûnent de 
trois à six jours par semaine, ils vivent retirés dans leurs tentes, 
ne forment aucun souhait terrestre, et se sont voués à la « con- 
templation » dans la veille et le sommeil. Ils ne sont donc pas 
semblables aux hommes, mais aux anges ; il n'est pas étonnant 
que leurs fêtes soient les plus sublimes — les fêtes des anges. Nous 
avons vu, dans le chapitre précédent, que le Sabbat et la fête 



LE LIVRE DES JUBILÉS 21 

des Semaines du Livre des Jubilés qui tombe le dimanche, le cin- 
quantième jour, sont les plus sublimes fêtes célébrées par les 
anges, dans le ciel, pour la raison que leur création se fit le 
dimanche et le Sabbat. Ces descriptions de la Vie contemplative, 
notamment celle de la fête du cinquantième jour, confirment que 
ces deux fêtes ont été choisies dans l'intention indiquée. 

En un passage de la Vie il est dit (M., II, 476) : « Six jours 
durant, ils sont donc occupés à philosopher dans les monastères, 
chacun à part, dans la solitude, sans jamais dépasser le seuil de 
leur maison, ni même jeter un regard au dehors. Mais ils se réu- 
nissent chaque septième jour *.. . Ils considèrent le septième jour 
comme le saint des saints et comme la fête par excellence, et le 
célèbrent d'une manière particulièrement distinguée. Ils accordent, 
ce jour aussi, plus de soins non seulement à l'âme, mais aussi au 
corps, puisque les bêtes de somme sont aussi délivrées [le septième 
jour, selon la loi] de leurs travaux incessants ' 2 ... Ils se réunissent 
surtout après sept semaines, parce qu'ils n'honorent pas le nombre 
sept premier, mais aussi sa force. Car ils savent qu'il est pur et 
éternellement vierge. Mais c'est la veille d'une fête sublime qui 
fut le partage du nombre 50, nombre qui est intimement lié avec 
la nature des choses, et qui, résultant de la force du triangle rec- 
tangle, est la source première de la création de toutes choses 3 . . . 
Après le repas, ils commencent la fête sainte de la nuit. . . Quand 
ils se sont trouvés, jusqu'au matin, dans cette belle ivresse que ne 
suit aucune incommodité du corps, ni aucun besoin de sommeil, 
mais qu'ils sont devenus plus éveillés que lorsqu'ils ont commencé 
la fête sainte, ils se tournent vers l'Orient, et, aussitôt qu'ils 
aperçoivent le soleil levant, ils élèvent leurs mains vers le ciel et 
invoquent Dieu, pour qu'il leur accorde une journée heureuse, la 
vérité et un esprit pénétrant 4 . » 



1 Tàç [/.èv oôv ëij Y]uipaç /opiç exauxoi (juxvouijievoi Trap' éauxotç £V xoïç ).e^6eï<jt fxovaT- 
T7]pioiç cpi>o<7ocpo0<7i, ty]v aûXsiov oùv; ûîrspêaïvovreç, àXX' oùSè è| à7rÔ7rxou ôetopouvxs;. 
Taîç os èêôôfxatç auvépxovTat xa6a7t£p eiç xoivôv auXXoyov. . . (Richter, V, 310.) 

* Trjv Se é6Ô6[aï)v iravîepov xiva xal 7tav£opxov vopuÇovxsç elvai s£a'.p£xou yspw; YjEitô- 
xaciv, âv yj [JiETà ty]v xrjç ^\jyy]ç £7UfX£),£iav xai xo aco(j.a XiTraîvoucriv, ôiaTCp àjxéXa xal 
xà 6p£fj.[xaTa xwv guve/wv ttovcov àvisvx£;. (Ibidem, p. 311.) 

3 Ovxoi xo (j.£v Ttpârrov àôpoiÇovxat Si' £7rxà éêSofxàôtov, ou jxovov ty)v à7rXyjv éëSofiàSa, 
àXXà xai xr,v Sùvajjuv T£6r,u6T£ç. 'Ayvrjv yàp xal à£i7r6pQ£vov aùxr,v ïffaaiv. "Ecrxi 8è 
7Tpo£6pxioç [jL£yî(7X7iç sopxrjç, t^v 7t£vxr,xovxàç IXayEv, àyitôxaxoç xal çu(Tixwxaxoç àpi6[xûv, 
âx xyjç xoO ôp6oya>viou xptyœvou SuvâfXEio:, 07T£p ècrxiv àpyv) xrj; xàiv oXoov y£V£T£a); xai 
aucjxâ(7£w;. (M., 11,481 ; R., V, 317.) 

4 M£tà Se xô Sîittvov xrjv Upàv àyouci 7ravvuyJSa. "Ayexai 8à r, 7uavvuyJ; xov xporcov 
xoùxov... M£9uo6£vx£; ovv à)(pi Trpana; xyjv xaXï)v xa'jxr,v [/.éOrjv, où xapeêapovvxe; ^ 
xaxa|xûovx£;, àXXà Si£y£p[X£voi [xa'XXov r\ oxe 7rapeyévovxo £Îç to <7V|A7t6chov ? xà; x£ ètyeiç 
xai oXov xô a(J5[i.a îrpo; xyjv éco <rxàvx£;, £7iàv ÔEaacovxac xov t^Xiov àvîa/ovxa, xà; yEipà; 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est là tout ce que la Vie raconte des fêtes des Thérapeutes. 
D'après cela, ils n'ont que deux jours de fête : le septième, fête 
habituelle, qui revient chaque semaine, et celui, particulière- 
ment saint, qui revient après sept semaines ; et, en outre, la fête 
du cinquantième jour, qui est pour eux une très grande fête. Cette 
grande fête jouissait chez les Thérapeutes d'une haute consi- 
dération, égale à celle qu'on avait pour la fête des Semaines 
dans le Livre des Jubilés. Elle était, pour eux, la grande et 
sainte fête de la création idéale ou de la lumière ; c'est pourquoi 
à l'aube du cinquantième jour ils intercédaient pour obtenir l'es- 
prit de vérité et une intelligence pénétrante. Elle tombait tou- 
jours le dimanche, et, comme le dimanche, jour de la création de 
ce monde, se trouve avoir un certain rapport avec le Sabbat, ils 
célébraient leur fête dans la nuit du Sabbat au dimanche. La si- 
gnification que la Vie donne du nombre cinquante, qui est né « de 
la force du triangle rectangle, et source de la création de tous 
les êtres », montre que cette grande fête était la fête de la 
création. Dans Philon, le nombre cinquante a également cette 
signification ; il dit, De Viia Mosis, p. 147 : «... Ainsi résulte le 
saint nombre cinquante, qui renferme la force du triangle rec- 
tangle, du commencement de la création du monde entier». Et 
c'est pour ce motif que la fête des Semaines a aussi, pour Philon, 
une signification toute particulière (De Septenario, Tischen- 
dorf, 56). 

Il est donc indubitable que la signification de la grande fête de 
la Vie contemplative est la même que celle de la fête des Semaines 
du Livre des Jubilés; mais la Vie entend-elle parler de la fête 
des Semaines en parlant de la grande fête? c'est là un point qu'il 
faut éclaircir. 

Autrefois on identifiait les fêtes du 49 e et du 50° jours des Thé- 
rapeutes avec le septième Sabbat qui précède la fête des Semaines, 
et avec la fête des Semaines elle-même. Certains critiques plus 
récents y voient des fêtes qui reviennent après chaque sept se- 
maines ; elles auraient donc lieu plusieurs fois dans l'année. A 
l'appui de la première opinion on peut invoquer la circonstance 
que la Vie dépeint la fête comme une « grande fête » ; une grande 
fête n'a ordinairement lieu qu'une fois par an. Cette opinion a 
aussi pour elle l'analogie de la grande fête avec la fête des 
Semaines. La seconde opinion se prévaut du fait que les Fa- 
lascha, ainsi que je l'ai dit plus haut, sur la foi d'Abbadie, es- 

àvaretvavTeç eîç oùpavàv eûïjjùpiav xat àX'/jôeiav ÈTreuxovTai xoù ô^ucoTuav ),oyt<j[J.oO. 
(K., V, 321. j 



LE LIVRE DES JUBILES 23 

timent chaque septième Sabbat d'une manière toute particulière 1 . 

La haute signification du septième Sabbat après Pâque et celle 
de chaque autre septième Sabbat paraît provenir, chez les Falas- 
cha, d'une époque où ils ne célébraient la fête des Semaines que le 
dimanche ; ils ne sont plus dans ce cas actuellement, car ils 
comptent les 50 jours à dater de chaque 22 Nissan. Il est donc 
possible qu'à une époque quelconque, on ait célébré, outre chaque 
septième Sabbat, le cinquantième jour suivant, pareillement à la 
fête des Semaines de la Bible. 

Le texte de la Vie contemplative autorise les deux interpréta- 
tions, car il est dit, d'une manière équivoque : « Ils se rassemblent 
surtout le septième Sabbat », sans qu'il y soit dit nettement de 
quel Sabbat il est question ; d'un autre côté, le texte ne dit pas 
que les Thérapeutes se réunissent après chaque sept semaines. 
Lucius (p. 177) a donc tort quand il dit, en parlant de l'opinion 
reçue : « Mais une pareille supposition est en contradiction avec 
l'assertion de la Vie contemplative, qui parle, avec la plus grande 
clarté possible, d'une fête revenant tous les quarante-neuf jours. » 

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, il est certain que la « grande fête » 
en question a eu pour point de départ la manière dont le Livre 
des Jubilés considère la fête des Semaines, et Philon le Sabbat et 
le dimanche; dans tous les cas, elle était imitée de la fête des 
Semaines de la Bible et cherchait à glorifier, selon l'esprit de Phi- 
lon, le septième Sabbat conjointement avec le dimanche suivant, 
comme 50 e jour. 

Lucius prétend encore que le septième jour de la Vie ferait 
allusion, d'une manière équivoque, au Sabbat, que les anciens 
chrétiens célébraient à côté de leur dimanche, et qui était, en 
quelque sorte, un commencement de fête du dimanche. Il appuie 
cette supposition sur les faits suivants : La Vie parie toujours du 
septième jour, jamais du Sabbat; d'après elle, les Thérapeutes le 
célèbrent par amour pour le nombre 7 ; or cette considération, 
selon Lucius, n'est ni juive, ni chrétienne. Lucius ajoute : « Les 
Thérapeutes distinguaient le septième jour, en ce qu'ils inter- 
rompaient leurs jeûnes ce jour-là. Le jeûne était rigoureusement 
interdit aux chrétiens, aussi bien le Sabbat que le dimanche » 
(Tbid., 175).. D'après ce savant, la Vie ainsi aurait choisi le 7x7 e 
jour comme avant-fête, parce qu'il est une allusion transparente 
au Sabbat, et le cinquantième jour comme grande fête, pour indi- 

1 Ceci atteste l'existence d'une fête juive qui revient tous les 49 jours. C'est donc 
une inexactitude de Lucius. 176, et, après lui, de Hilgenfe'.d, Zeitschrift, 1880, 
p. 437, quand ils disent : « Le judaïsme ne connaît pas de tètes qui se renouvellent 
tous les 49 et tous les 50 jours. » 



2 i H E V LE DES ET U DES J U 1 Y ES 

quer, par là, le dimanche des chrétiens, car, selon Philon, De Nom. 
mut., 1080, C, le cinquante est le nombre de la délivrance, et, 
selon l'opinion chrétienne, c'est précisément le dimanche qui est 
regardé comme le jour de la délivrance (p. 179). Hilgenfeld , 
(Zeïlschrift, 1880, p. 437) et Ohle [Beilràge zur Kirchen- 
geschichte , I, 26, 37) vont encore plus loin et voient dans le 
septième jour de la Vie contemplative le dimanche chrétien. Pour 
être logique, il faudrait quTïilgenfeld mît la grande fête des Thé 
rapeutes au lundi. 

De la sorte, il est vrai, les fêtes des Thérapeutes n'auraient 
aucun rapport avec le Sabbat et la fête des Semaines de Philon 
et du Livre des Jubilés ; seulement voici quelques arguments 
qui vont déranger toutes ces combinaisons : 

1° La Vie ne peut connaître qu'im jour de fête par semaine, 
puisque, d'après elle, une partie des Thérapeutes jeûne six jours 
par semaine. En admettant un sabbat de deux jours, durant lequel 
le jeûne était défendu, la possibilité de 6 jours déjeune consécutifs 
tombe entièrement. La Vie contemplative renverse donc elle- 
même l'opinion de Lucius. 

2° La première fête des fêtes de la Vie ne peut être que le Sabbat, 
car « le septième jour » n'a pas d'autre signification. Cette expres- 
sion ne peut donner lieu à aucune équivoque; les juifs et les chré- 
tiens entendaient par ce mot uniquement le Sabbat ; le dimanche, au 
contraire, est nommé : le premier jour, ou bien : le huitième jour, 
celui qui suit le Sabbat (dans Barnabas, et Justin, Dlal., ch. 138). 
Philon emploie souvent aussi « le septième jour » à la place de 
Sabbat (De Vila Mosis, I, 166, 175; De Migratione Abrahami, 
I, 450); il explique même (et après lui, Théophile d'Antioche) une 
fois le mot Sabbat comme signifiant sept (Siegfried, Philo, 195, 
340). Si, par conséquent, la Vie emploie pour désigner Sabbat 
l'expression « le septième jour », il n'y a aucune raison d'y voir 
une arrière-pensée. Rien d'étonnant non plus que l'on donne 
au septième jour une importance motivée par le nombre sept, 
puisque Philon met aussi souvent ce motif en avant [De Mundi 
Opficio, I, 20 et suiv., Decalogo, fin du 4 e commandement). 

Les repas en commun des Thérapeutes rappellent ceux des 
Esséniens dans Josèphe (Dell. Jud., 2, 8). Le fait qu'ils ont lieu le 
Sabbat prouve que l'auteur du De Vita les considère comme des 
agapes juives, et non comme des agapes chrétiennes. Chez les Juifs 
abyssiniens, il existe encore des traces de ces repas communs du 
Sabbat. Flad (Abessinische Juden, p. 48) dit d'eux : « Après que 
les cérémonies religieuses sont terminées, on apporte dans la Mes- 
gid de toutes les maisons aisées du pain et de la soupe épicée, 



LE LIVUE DES JUBILÉS 25 

avec du lait caillé. Comme, du coucher du soleil du vendredi jus- 
qu'au coucher du samedi, les Falascha n'allument ni lumière, ni 
feu dans leurs maisons, tous leurs aliments pour le Sabbat sont 
préparés dans la matinée du vendredi. Le Kahen bénit les mets 
réunis dans la Mesgid, casse au milieu du pain un morceau rond, 
qu'il prend pour lui, et se choisit, pour accompagner le pain, une 
soupe à son goût, qu'il mange auparavant. Le reste est partagé 
également entre les assistants, riches ou pauvres. lis nomment 
cette nourriture « Makfalt » partage, ou « Ja — endschera — 
Masvaet » (sacrifice des pains). 

3° Quand le septième jour du De Vita est un Sabbat, le 50 e jour 
est nécessairement un dimanche et non un lundi. La distinction 
particulière de chaque cinquantième jour tombant le lundi n'aurait 
aucun analogue, ni chez les juifs, ni chez les chrétiens. 

4° Le 50 e jour de la Vie, par le nombre cinquante, ne fait pas 
allusion au dimanche des chrétiens, jour de la délivrance ; mais il 
est, par ce nombre, une fête de la création ; c'est cette si- 
gnification du nombre cinquante, et non celle de « délivrance », 
que la Vie ainsi que Pbilon mettent particulièrement en avant. 

Il ne reste donc qu'une seule supposition possible : l'auteur de 
la Vie contemplative fait célébrer, par ses Thérapeutes, le Sabbat, 
en général, d'une manière toute particulière, et le I e Sabbat, 
comme l'avant-fête de la fête suivante. Cette fête du 50 e jour, le 
dimanche, est une fête de la création. On peut comprendre par là 
seulement la fête des Semaines, ou bien aussi toas les autres 
50 e jours de Tannée qui tombent le dimanche. Dans le choix des 
deux fêtes, du 7 e Sabbat et du dimanche qui le suit, l'auteur 
du De Vita devait nécessairement se laisser influencer par la 
théosophie alexandrine. 

Epstein. 

P- S. — Il reste encore des traces du calendrier particulier du 
Livre des Jubilés, dont nous avons parlé au chapitre vi (p. 8 et 
suiv.), dans le Midrasch Tadsche, qui, comme nous l'avons vu, a 
fait tant d'emprunts à cet ouvrage. Au ch. x, il compte 52 semaines 
et, au ch. xi, 13 mois dans chaque année. Ce système répond à 
celui du Livre des Jubilés, comme nous l'avons exposé. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



XXIII 

LE PSAUME IX. 



Les psaumes constituent notoirement un genre de poésie lyrique 
qui a peu d'analogie dans les littératures des peuples non sémi- 
tiques. Jusqu'à ces derniers temps, on croyait même que c'était 
un genre tout particulier aux Hébreux ; mais les inscriptions 
cunéiformes découvertes sur le sol de l'Assyrie et de la Babylonie 
ont montré que ce genre de poésie était aussi cultivé chez ces 
deux grands peuples sémitiques de TEst, et il y a beaucoup de 
raisons de supposer que c'était aussi le cas des autres peuples sé- 
mitiques dont la littérature n'est pas parvenue jusqu'à nous. Les 
psaumes assyro-babyloniens, qui sont tous antérieurs au vn c siècle 
avant l'ère chrétienne, mais dont la majeure partie remonte cer- 
tainement à des époques très reculées, sont de nature à nous 
fournir quelques traits caractéristiques qui peuvent servir à 
mieux comprendre l'esprit et les tendances des psaumes hébreux. 
En général, les prières assyro-babyloniennes comprennent deux 
grandes divisions. La première se compose d'incantations que le 
prêtre récitait sur le malade afin de chasser les mauvais esprits, 
auxquels on attribuait l'origine de la maladie. C'est un genre de 
poésie purement polythéiste, dont naturellement il ne reste plus 
aucune trace dans la Bible. La seconde, tout en conservant les 
mêmes allures et presque les mêmes formules, vise plutôt à réa- 
liser le pardon des péchés censés commis par ce malade. Car, en 
effet, toute l'antiquité voyait dans les maladies l'effet de quelques 
transgressions morales plus ou moins graves : être malade était 
presque l'équivalent d'être coupable. D'après les croyances assyro- 
babyloniennes, chaque individu logeait dans son intérieur deux 
divinités protectrices, un dieu et une déesse qui l'accompagnaient 



RECHERCHES BIBLIQUES 27 

depuis sa naissance jusqu'à sa mort. A la moindre négligence des 
prescriptions religieuses ou morales, ces divinités quittaient son 
corps, lequel était aussitôt envahi par des génies malfaisants, qui 
produisaient la douleur et les souffrances. Sur la base de cette 
croyance, la guérison ne pouvait s'effectuer qu'à l'une de ces deux 
conditions : chasser les démons possesseurs à l'aide de formules 
magiques très efficaces, ou bien faire pardonner les péchés du pa- 
tient, de façon que les divinités protectrices réconciliées avec le 
malade y retournent d'elles-mêmes et mettent fin aux agissements 
des mauvais génies. Cette croyance était générale chez les peuples 
sémitiques, et elle s'est conservée malgré le monothéisme et les 
prophètes dans le judaïsme talmudique. Seulement, au lieu des 
divinités protectrices des deux sexes, les rabbins parlent de deux 
génies contraires, accompagnant l'homme dès sa naissance et lui 
inspirant, l'un le bon penchant, le anta naF, et l'autre le mauvais 
penchant, sn "iuf; et, ce qu'il faut noter, c'est que, malgré leur dé- 
gradation en anges ou en démons, ces anciennes divinités païennes 
ont conservé leur dualité primitive : le dieu est devenu l'ange ins- 
pirateur du bien, la déesse le démon inspirateur du mal. Dans 
cet ordre d'idées, le péché était l'ennemi suprême qu'il fallait 
vaincre pour pouvoir jouir d'une vie tranquille et heureuse. Ce 
trait caractérise également les psaumes hébreux, qui, dans leur 
grande majorité, tendent à réconcilier l'homme avec Dieu et à lui 
faire obtenir le pardon des péchés, ou plus exactement l'anéantis- 
sement du génie malfaisant qui l'inspire. 

A cette dernière catégorie de prières, qui est beaucoup plus 
noble, se rattache un groupe de psaumes qui, au lieu de viser l'en- 
nemi spirituel et invisible, sont dirigés contre un ennemi réel, 
considéré tantôt au point de vue personnel, tantôt au point de vue 
national, de façon qu'il est souvent impossible de distinguer à la- 
quelle de ces deux classes appartient l'adversaire dont le psalmiste 
demande la destruction. Pour la fixation historique des psaumes 
cette circonstance est des plus préjudiciables. Les difficultés sont 
devenues telles que plusieurs exégètes, las de tâtonner perpétuel- 
lement dans les ténèbres d'expressions vagues et privées de con- 
tours bien tranchés, ont mis les 150 psaumes tous ensemble dans 
le même panier et les ont déclarés tous produits à une même 
époque, notamment à l'époque la plus tardive de la littérature bi- 
blique, celle qui s'étend du retour de Babylone à l'avènement des 
Macchabées. Nous ne voyons vraiment pas la nécessité d'une clas- 
sification qui est à la fois si invraisemblable et si désespérée ; in- 
vraisemblable, parce qu'on fera difficilement croire que durant le 
court intervalle de l'exil les Hébreux auraient appris et accepté 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tout un genre de poésie liturgique des prêtres babyloniens, qu'ils 
devaient détester comme païens et comme ennemis de leur na- 
tion; désespérée, parce que le plus léger regard jeté sur le psau- 
tier fait voir qu'entre autres, les psaumes n, xxi, xlv et lxxii, 
qui parlent de rois indépendants et vainqueurs, ne peuvent pas 
dater d'une époque tardive où la royauté n'existait même pas en 
Israël, car les Macchabées avant Aristobule ne portaient jamais le 
titre de roi. On a beau nous montrer l'uniformité de l'esprit et des 
formules de cette littérature, il ne s'ensuit pas forcément que 
tous les psaumes soient le produit de la même époque. Il y a plus, 
la réflexion nous oblige à faire entièrement abstraction, en ce qui 
concerne le gros du psautier, de l'époque relativement prospère 
des Macchabées. A ce moment, les plaintes contre les injustices et 
les souffrances du peuple n'avaient plus aucune raison d'être. Tout 
au contraire, les psaumes vraiment macchabéens se distinguent par 
leur allure joyeuse et triomphante, sans trop se ressentir des mal- 
heurs passés, et, chose remarquable, malgré leur ton relevé et 
conscient de la force nationale, ils contrastent avec les autres 
psaumes royaux que je viens de mentionner par des expressions 
et des tendances entièrement différentes. A mon avis, on fera bien 
de quitter la voie funeste des grandes synthèses ; le psautier n'est 
pas une unité, mais une collection de pièces d'époques différentes, 
quoique formant un genre unique. Et pour montrer l'avantage de 
ce procédé, nous allons présenter quelques considérations sur le 
psaume ix avec l'intention d'en déterminer le sens précis et en 
même temps la date à laquelle il a été rédigé. 

Je me propose d'analyser le psaume ix en lui-même, sans 
aucune idée préconçue au sujet de l'époque de sa composition. Par 
un bonheur des plus rares, le texte est très bien conservé, est 
partout intelligible et n'exige aucune correction. Les observations 
suivantes se rapporteront donc exclusivement à la teneur du 
poème, en déterminant avec plus de précision les événements 
auxquels il fait allusion. 

En ce qui concerne la forme extérieure, ce psaume appartient à 
la classe des poèmes alphabétiques, dont le livre des Lamentations 
fournit le spécimen le plus accompli. Il y a cependant cette parti- 
cularité, qu'au lieu de commencer chaque verset par une lettre 
différente de l'alphabet, le poète interrompt souvent cet ordre en 
intercalant des versets commençant soit par la même lettre, 
soit par d'autres lettres. Ainsi les versets 1 et 2 débutent par 
un g, tandis que les versets 4 et 6, qui commencent respecti- 
vement par un 2 et par un a, sont séparés par le verset 5 qui 
commence par un s. Le *i n'a pas de verset particulier, tandis 



RECHERCHES R1BLIQUES C J3 

que le i se répète quatre fois (8, 9, 10, 11). Entre T et n (12 et 14) 
il y a, de nouveau, un verset commençant par a (13). Entre n et 
a se place un verset commençant par b (15). Un verset commen- 
çant par a se trouve entre a et \ tandis qu'après 2, il n'y a plus 
que deux versets commençant, l'un par p, et l'autre par ta. En un 
mot, la suite des lettres n'est pas strictement observée, la plupart 
des lettres de la seconde moitié de l'alphabet sont intercalées dans 
la série de la première moitié. Quelques-unes d'entre elles ne sont 
même pas représentées par des versets particuliers : c'est le cas 
de % m, o, y, s, 2 et n. Cette circonstance montre, du moins, que 
le psaume x, qui commence par un b, c'est-à-dire par une lettre 
déjà représentée et qui ne suit d'ailleurs aucun ordre alphabé- 
tique n'a aucune connexion avec le psaume ix. 

Quant à l'idée fondamentale, notre psaume se présente sous la 
forme d'une action de grâce célébrée à la suite de la destruction 
d'ennemis cruels et iniques, quelquefois personnifiés en un seul 
individu. Ces ennemis sont les tris, c'est-à-dire les peuples non 
israélites. Le poète se réjouit de la destruction du chef ennemi, 
qu'il désigne par les épithètes jnSi « malfaiteur », et a?» « en- 
nemi ». A la vue des crimes commis sur la terre, Dieu s^sseoit 
sur le trône du jugement et décrète la ruine totale des coupables. 
Non seulement leur nom périt, mais les villes qu'ils habitaient 
sont condamnées à la destruction. Le juste, secouru à temps, 
entonne des chants de triomphe dans les portes de Sion. Et les 
païens arrivent à se convaincre qu'Us sont des hommes comme 
les autres. 

Cette description se rapporte évidemment à un fait historique 
ou, pour mieux dire, à un événement saillant des époques les plus 
critiques de l'histoire d'Israël. Nous ne voyons que deux alterna- 
tives possibles : la première impression nous conduit involontaire- 
ment au temps d'Antiochus Epiphane et des premiers soulèvements 
de l'héroïque famille des Macchabées. Après avoir ordonné l'abo- 
lition violente des pratiques juives et rempli la Judée de torrents 
de sang par ses délégués, le tyran entreprit une expédition guer- 
rière contre les Parthes, où il trouva une mort ignominieuse. Cette 
mort fut considérée par les Juifs comme une vengeance céleste 
et comme un indice certain du triomphe futur sur l'armée sy- 
rienne. Le livre des Macchabées relève tout particulièrement la 
vanité du monarque, qui se considérait comme une divinité. Ce 
trait caractéristique cadre très bien avec les pensées que le psal- 
miste attribue à l'ennemi. Cette interprétation m'a longtemps 
séduit, mais une réflexion plus mûrie m'a obligé à l'abandonner et 
à chercher une autre adaptation. Mes raisons sont les suivantes : 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1° Le poète ne mentionne dans son action de grâce aucune des 
victoires remportées par les Judéens fidèles sur les généraux 
d'Antiochus. Un tel événement a dû certainement soulever l'en- 
thousiasme général, et le poète n'aurait pu manquer de lui donner 
place dans son psaume. 

•2° La perte du tyran malfaisant attribuée à l'intervention de la 
divinité est représentée, au verset 6, sous la couleur d'une catas- 
trophe générale qui amène la fin d'une nation ou, pour le moins, 
d'une dynastie. La mort d'Antiochus n'aurait pu donner une telle 
espérance au poète, qui aurait difficilement pu dire : « Tu as me- 
nacé les peuples tu as fait périr les méchants, tu as effacé leurs 
noms à tout jamais. » La disparition d'Antiochus n'a pas mis fin 
à la dynastie des Séleucides, et la Syrie s'est à peine ressentie de 
cette perte. 

3° Le poète représente la mort de l'ennemi comme contempo- 
raine de la destruction totale des villes qu'il habitait : « ennemi, 
s'écrie-t-il, les ruines qui se sont accomplies persisteront toujours, 
et des villes que tu viens de quitter le souvenir même périra. » 
Rien de semblable à la mort d'Antiochus, qui n'entraîna la ruine 
d'aucune des villes syriennes et eut même lieu en dehors de la 
Syrie. 

4° Si le poète avait eu en vue la mort d'Antiochus Epiphane, il 
aurait relevé la défaite qu'il subit en Elymaïde. 

Ces raisons me semblent s'opposer à l'identification avec Antio- 
chus Epiphane de l'ennemi visé par le poète. Il faut donc remonter 
plus haut dans l'histoire nationale pour trouver un événement qui 
puisse s'adapter à la description du psalmiste, car il est inutile 
d'aller le chercher dans l'histoire plus récente, qui n'offre plus 
aucune analogie imaginable. 

Convaincus de cette nécessité, nous sommes forcément amenés 
à la dernière époque de l'exil marquée par la chute irrémédiable 
de la dynastie babylonienne et l'avènement de Cyrus, fondateur 
du nouvel empire Achéménide, qui accomplit la délivrance des 
Israélites, si impatiemment attendue par le grand prophète de 
l'époque qu'on est convenu de nommer le second Isaïe. Le dernier 
roi babylonien, Nabonide, est, sans aucun doute, l'ennemi visé par 
le psalmiste. Nabonide a régné 17 ans, et, comme son prédéces- 
seur Nabuchodonosor II, il avait le goût des grandes construc- 
tions. En Orient, les constructions royales se faisaient toujours 
au moyen de corvées imposées aux exilés et aux prisonniers de 
guerre. Il va sans dire que la colonie israélite était obligée d'exé- 
cuter, elle aussi, les travaux pénibles du maçon. C'était une sorte 
de répétition de l'ancien esclavage de l'Egypte, avec cette aggra- 



RECHERCHES BIBLIQUES 31 

vation particulière qu'ils coopéraient la plupart du temps à la 
.construction de temples païens, ce qui devait leur rappeler conti- 
nuellement le souvenir amer de la destruction du temple de Jéru- 
salem. Isaïe II dépeint admirablement ce sentiment pénible de son 
peuple accablé par les exactions des sbires babyloniens: « Irrité 
contre mon peuple, j'ai profané mon héritage et je les ai livrés 
entre tes mains, mais toi, tu n'as eu aucune pitié d'eux, le vieillard 
lui-même a été écrasé sous ton joug! (Is., xlv, 6.) » Un autre pro- 
phète de la même époque à qui nous devons le xiv e chapitre d'Isaïe, 
représente également cette période de l'exil comme un temps de 
suprême souffrance pour les peuples soumis au régime babylo- 
nien. «Quand l'Eternel, dit-il, aura mis fin à ta tristesse, à tes 
angoisses, et aux lourds travaux que tu as été obligé de faire, 
alors tu prononceras ce poème sur le roi de Babel et tu diras : 
quel bonheur que le tyran ne soit plus, que les corvées aient dis- 
paru ! L'Eternel a brisé le bâton des malfaiteurs, la verge des 
dominateurs, qui frappaient le peuple avec colère et leur infli- 
geaient des blessures incurables, qui dominaient les nations par 
la violence et les persécutaient sans cesse. Le monde tout entier 
est maintenant dans le repos et la tranquillité, tout, le monde en- 
tonne des chants de satisfaction ; les cyprès et les cèdres du Liban 
eux-mêmes se réjouissent de ta perte en disant : depuis que tu as 
expiré, personne ne vient nous couper. » (Is., xiv, 3-8.) 

Tel était le sentiment général des exilés judéens dans les der- 
niers temps du règne de Nabonide, l'approche de l'armée de 
Gyrus fut considérée comme celle d'un libérateur envoyé par la 
divinité au secours des peuples opprimés, et il n'est pas étonnant 
qu'Isaïe II ait célébré l'avènement de Cyrus avec un enthousiasme 
sans bornes. Cyrus est l'oint du Seigneur, choisi pour mettre fin à 
la suprématie tyrannique de Nabonide et délivrer les exilés des 
chaînes qui les empêchent de retourner dans leur patrie. 

Ce sont les mêmes sentiments qui animent le psalmiste, pour qui 
le personnage de Cyrus est indifférent; tout ce qu'il désire,»c'est 
qu'un jugement soit fait pour venger l'iniquité des oppresseurs 
babyloniens, que les orgueilleux soient abaissés et les humbles 
élevés. Semblable au chantre du psaume cxxxvn, qui estime 
heureux celui qui rendra à la Babylonie le mal qu'elle a fait à 
sa nation (verset 8), notre psalmiste demande un justicier qui 
apprenne à l'ennemi sanguinaire et orgueilleux qu'il n'est pas au- 
dessus de l'humanité. Il accentue néanmoins son désir en insis- 
tant pour que cet acte de justice aboutisse à la glorification du 
Dieu qui habite dans Sion, c'est-à-dire au retour de son peuple 
dans la Terre sainte. Sur ce point, il se rencontre avec la promesse 



32 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

exprimée par lsaïe II au nom de Dieu par ces paroles : « Ma jus- 
tice est proche et ne s'éloignera pas, mon secours ne tardera pas ; 
je placerai dans Sion mes œuvres de salut et ie rendrai à Israël 
ma magnificence. » 

Voilà ce qu'on peut dire sur la composition de notre psaume. 
C'est un produit du dernier temps de l'exil, lorsque Cyrus se dé- 
cida définitivement à s'emparer de la Babylonie. Tous les peuples 
opprimés avaient conçu alors l'espérance que la conquête de 
Cyrus amènerait la destruction de Babylone et apporterait un 
changement de politique envers les peuples soumis ; on sentait 
que le conquérant perse cherchait à se faire des amis parmi les 
populations de la Syrie, afin de les attacher à son grand empire. 
Et, en effet, ces prévisions furent justifiées, Cyrus certainement 
eut l'intention d'arrondir ses possessions, qui allaient déjà de 
TOxus jusqu'à l'Hellespont, par la possession de l'Egypte, qui lui 
ouvrait la porte de Cartilage et de ses riches colonies. Ce fut cer- 
tainement la cause réelle de la douceur très remarquable avec 
laquelle le conquérant perse traita les Israélites et probablement 
aussi les autres nationalités syriennes, dont la vie se trouvait 
suspendue par. suite de leur transportation sur une terre étrangère. 
L'auteur de notre psaume était animé des mêmes espérances, et 
cela explique, sans la moindre difficulté, la prière fervente, qu'il 
adresse à la divinité pour lui demander le châtiment des orgueil- 
leux et le relèvement des humbles. 

J. Halévy. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 



La question de l'origine et de la date du Zohar est vidée depuis 
longtemps. Ce n'est plus que dans les catalogues des bouquinistes 
que R. Simon b. Yohaï est encore désigné comme l'auteur de cette 
œuvre, et si Moïse de Léon n'est pas l'auteur unique du Zohar et 
des différentes compositions plus petites qui s'y rattachent, il est 
néanmoins certain que ce livre, qui a exercé une influence si con- 
sidérable dans certaines sphères du judaïsme et même du christia- 
nisme, a été écrit en Espagne vers la fin du xm e siècle ; certaines 
parties de l'ouvrage reproduisent peut-être des écrits antérieurs, 
mais, d'une manière générale, il est sorti d'un seul atelier et porte 
partout le même cachet. Le système de doctrines cabalistiques 
qui forme la base proprement dite et le principal intérêt du Zohar 
a été souvent étudié et expliqué d'après son contenu et ses rap- 
ports avec d'autres produits du mysticisme juif. Les étudejs de 
MM. Franck, Joël, Landauer, Jellinek et autres, sans être com- 
plètes ni suffisamment précises, suffisent à donner une idée des 
doctrines du Zohar et à montrer les relations de cette œuvre, dont 
l'apparition a été si soudaine et si mystérieuse, avec d'autres pro- 
duits du mysticisme. Jusqu'à présent il n'a été fait qu'une seule 
tentative pour analyser complètement le Zohar. C'est dans les 
cinq premiers volumes du Ben-Chananja publié par L. Lôw (Sze- 
gedin, 1858-1862). Là se trouve, dans une longue suite d'articles, 
un tableau des matières contenues dans le Zohar, avec des obser- 
vations critiques. C'est une étude consciencieuse et très estimable 
de feu J. Stern, directeur de l'école israélite de H. M. Vâsârhely 
(Hongrie). Le défaut de ce grand et intéressant travail est qu'il 
suit pas à pas le texte, et ne donne pas une vue d'ensemble ou une 
analyse systématique du contenu de l'œuvre. 

Un travail critique sur le Zohar est des plus difficiles, et on 
peut se demander s'il vaudrait la peine de l'entreprendre. 11 fau- 
drait chercher en détail la source des midraschim imités et altérés 
par l'auteur pour des lecteurs crédules et ne soupçonnant pas la 

T. XXII, n° 43. 3 



L'.i REVUE DES ETUDES JUIVES 

supercherie ; montrer comment l'auteur a utilisé les éléments 
empruntés par lui au Talmud et aux écrits midraschiques authen- 
tiques et comment il les a dénaturés, souvent jusqu'à les rendre 
méconnaissables; comment il a inventé lui-même des explications 
midraschiques de l'Écriture Sainte, qu'il a mises dans la bouche 
de ses héros; avec quel art ou quelle gaucherie il a composé le 
cadre épique de son livre, les légendes qui servent d'ornementa- 
tion à sa composition, ajouté toutes sortes d'indications d'une 
curieuse précision sur la vie des Tannaïm et sur les relations 
qu'ils ont eues entre eux, enveloppé le petit nombre de rensei- 
gnements exacts et historiques qu'il emprunte aux sources authen- 
tiques d'un nuage de divagations fantastiques sans bornes ; il 
faudrait exposer le plaa de cette composition, en montrer les 
lacunes, les bévues, les erreurs incompréhensibles ; caractériser, 
enfin, le style curieux de cette œuvre, formant presque à lui seul 
un genre de style, en faire connaître l'idiome, un araméen artifi- 
ciel, mais témoignant néanmoins d'une grande science philolo- 
gique. Dans les pages qui suivront nous donnerons un chapitre de 
cette étude générale que nous appelons de nos vœux. C'est jus- 
tement le chapitre qui, suivant la remarque de feu Léopold LOw ', 
n'a pas été honoré de l'attention des savants, mais qui, comme 
nous espérons le prouver par les particularités que nous relè- 
verons ici, la mérite spécialement. Nous l'intitulerons : De C exé- 
gèse biblique dans le Zohar. 



Quand on parle de l'exégèse biblique dans le Zohar, on fait 
immédiatement penser à cette méthode d'interprétation biblique 
dont le Zohar est le principal représentant, et qui est Y exégèse 
mystique. Ce n'est pas ce dont nous voulons nous occuper ici. 
Nous n'examinerons que les parties du Zohar où il a recours au 
Pcschat, l'interprétation naturelle, celle qui s'attache au sens lit- 
téral. Sans doute les spécimens de cette exégèse sont noyés dans 
la masse des autres matières, et ne sont pas mis à part comme, 
par exemple, dans le commentaire sur le Pentateuque de Bachya 
b. Ascher ; mais ils sont néanmoins assez nombreux pour ne pas 
être considérés comme l'exception et l'œuvre du hasard, et ils 
sont assez intéressants pour mériter une étude spéciale. 

1 Ben Chananja, VI, 74G. — Gcszmmelie Scarifiai, herausge^. von Immanuel 
Lôw, II, 19. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAU 33 

Gomment le Zohar considère-t-il le Peschat? il le dit nettement. 
Le sens littéral simple est, pour lui, le degré inférieur de Tinter- 
prétation biblique ; c'est le sens multiple de l'Ecriture qui est le 
fondement de son système, et c'est à la doctrine du sens multiple 
de la parole de l'Écriture qu'il emprunte la justification des mys- 
tères qui y sont contenus. Le Zohar montre qu'il professe la doc- 
trine du sens multiple par le fait qu'il parle des 10 manières d'in- 
terprétation, ou, pour traduire le mot plus exactement, des 10 
visages de la Tora l . Mais en d'autres endroits encore, il répô'.e 
que la parole biblique enveloppe beaucoup de mystères : « Il n'y 
a pas dans l'Écriture-Sainte de mot si petit qu'il soit où il n'y ait 
pas beaucoup de chemins et de sentiers, de secrets d'une haute 
sagesse -. » « Il n'y a pas de mot d'où ne rayonnent en différentes 
directions de nombreuses lueurs 3 . » « Tous les mots de la Tora, 
dit-il, à propos des lois sur le mariage, ont un sens caché et un 
sens apparent 4 . » Le Zohar veut surtout qu'on ne croie pas que la 
partie historique de la Bible ne renferme autre chose que le récit 
des événements. Il va jusqu'à émettre cette affirmation qui con- 
fine à l'hérésie : « Si la Tora n'avait d'autre but que de faire des 
récits et d'exposer des choses ordinaires et profanes, il serait 
facile de faire aujourd'hui une Tora nouvelle qui serait plus riche 
en choses profanes de ce genre 5 . Au contraire, les récits de la 

1 I, 26 a : NlWmfiO "p33N '9 ; M, 100 a, au sujet des sept année?, Nombre?, 

xni, 22 : naa bab ïib m» a^a tarais Nnwntfj 'paas T^ao *p\N 'pas 

ÏVTIÏ3^ î III» 20a : aux soixanle-dix langues des nations (Gen., x, 1, 20, 31) corres- 
pondent les ^n "{TOba ÏTTinb lPjS D^aO, les soixante-dix sens d'une seule 
expression. Voir encore I, 47 &, sur Gen., n, 1 : Nrpv-n^ * , L3 ta l3 *pbtf DNa^ "rai 

ïrnnb a^a ù\s>aœ «m , môH ■pe»; i, 54 a, sur Gen., iv, 1 : Nn^-ma bai 

"pDjtf *p3>at2îa (NÉ3*lBri7a). On voit que le principe est cilé même dans le texte ara- 
méen suivant la formule hébraïque devenue depuis longtemps usuelle. C'est ainsi 
que le principe se trouve dans Ibn Ezra, Introduction du Commentaire sur le Pen- 
tateuque, à la fin, Cahot,, à la fin, comm. sur Nombres, x, 20. Sur l'origine de ce 
principe, que Salomon Ibn Parchon place au même rang que les treize Midcot de 
R. Ismaël, voir mou ouvrage Abraham Ibn Esra's Einleitung, p. 7G, et Agada der 
Tannaiten, II, 347. 

2 1, 145 : Nn^am "pm ■pb^asn irniwN rrca m mbn am^T nb» mb 

im^y. Le Zobar cite à l'appui de cette théorie le l'ait que lî. Yohanan b. Zaccaï 
[alias H. Simon) a enseigné au sujet des expressions finales de Gen., xxxvr, 30, trois 
cents propositions de haute sagesse. Cf. III, 149» : Nm"H")^"T *pb72 *pa" , an TiïZ'P 
pitbj I^T"! mj* ïlbm Mb» baai; voir encore 111, 265a. 

3 in, 202 a : bab "pn37j "p^ina r»7:a m mb'r am'nma rsbTa Y- ^bn 

* III, 75 « : fipbJil ûVO NnimN'T "»"lb?a Va; de même III, 159 a : Nba 'ns 
èob^l dTlO.» Cf. aussi la définition de la Tora, III, 53 * : 'psa ÏTTin i*ipN "W-N 

?*nn« «bn a\na sirn ^>aa ib:n ^ini. 
5 ni, 152^: i^b^a Nnnix la^ttb "pba^ pa an i07:îa ib^sN ^an "Ni 

"lïl?a7a TrP iSna'JaT ">!a'l^M h T. Cette déclaration est caractéristique dans un ou- 
vrage littéraire qui veut être considéré comme une œuvre de l'antiquité sacrée. 



36 REVGK DES ÉTUDES JUIVES 

Bible forment le vêtement qui enveloppe ce corps, lequel lui- 
même sert d'enveloppe à l'âme, qui constitue le véritable sens de 
la ïora, tandis que dans le Monde futur l'âme de ï âme, c'est-à- 
dire le sens le plus profond, se révélera ! ! Malheur aux pécheurs 
qui ne regardent qu'au vêtement. Heureux les justes qui con- 
templent la Tora comme on doit la contempler ! Gomme le vin ne 
peut se conserver que dans la cruche, de même l'intérieur de la 
Tora ne peut se concevoir en dehors de ce vêtement 2 . » Pour 
chaque mot de la Tora, est-il dit à propos du récit de Genèse, xxx, 
38 3 , est vraie la parole des Proverbes (m, 15) : « Elle est plus pré- 
cieuse que les perles ». Malheur aux sots qui non seulement mé- 
connaissent le sens caché des mots de l'Écriture Sainte, mais les 
déclarent blâmables ou inutiles 4 . » Si tu crois, dit le Zohar au 
partisan du simple sens littéral 5 , que Dieu n'a pas eu de mots 
sscrés pour les écrire et en faire la Tora, mais qu'il a rassemblé 
toutes sortes de récits profanes, comme ceux d'Esaù, Agar, Laban, 
Jacob, Balaam et son ânesse, Balak, Zimri, etc., et en a fait la 
Tora, pourquoi l'appelle-t-on alors le livre de la Vérité et est- 
elle désignée, comme dans Ps., xix, 8-11, comme le comble de la 
perfection? » D'une manière spirituelle, ou plutôt argutieuse, l'au- 
teur applique à l'appui de son dire une des io règles de R. Ismaël 
pour rattacher de nouveau à l'ensemble de la Sainte Écriture, 
c'est-à-dire de son système de pensées saintes, les exceptions, à 
savoir les récits profanes ; ce qui revient à leur reconnaître aussi 
un caractère sacré 6 . 

La supériorité de la connaissance du sens intérieur est exprimée 
par une comparaison, très poétique, avec une beauté qui ne se 
révèle qu'à celui qui la courtise mû par un amour sincère, et cela 
peu à peu, d'abord pour quelques instants seulement, invisible 
pour tous les autres. Dans la suite de cette comparaison, l'auteur 

' III, 152 : Ici aussi le Zohar emploie une expression hébraïque qui était devenue 
traditionnelle dans un autre sens et qui convient bien à l'image du vêtement et du 
corps : ÏTYin "'Dl^. 

2 ibîd. : nt Nunaba NbN avn «b «mma "p j'pî'pi fcôa a\-p isb an^n. 

3 I, 163 a. 

4 mbl r:"û ■pE'us) yôn iïwwt ^ten "praT n:jk vt aôT •pb *i Nb 

Bnbjnn irra. Voir aussi il, 217 b : i&oînnôn Nm'mNa jp3iN *J^N"lp -123 

5 III, 149 ô, se rattachant à Gen., vm, 4. 

6 m, 149 a-h ■. Njrn bbaa r-srvo nnT ba Kiwian ïbratt wbr.a pwi 
N-T wr iba bban br i7:bb «b« n:^ "inz? b* Tttbb Nb bban )u 
vmr, nd« frô Nttbya -hdo in rwn "ptt »'j>'n «bba wk*ï éw^im 
i-j n»bb aba n^ Mi'i-j by T»bb ab \Tn (rrona M ttttTnab mso 

N£ n !?D 7?arî. La glorification des treize règles se trouve III, 02 a. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOIIAR 37 

dit: « D'abord la Tora fait signe au débutant. S'il s'approche, elle 
commence à lui parler derrière le rideau en termes qui lui sont 
appropriés, et c'est là l'interprétation appelée Derasch ; ensuite 
elle lui parle derrière un voile fin, en énigmes, et c'est ce qu'on 
appelle la Agada. Quand il est devenu familier avec elle, elle se 
révèle à lui face à face et lui parle de tous les mystères qu'elle 
récèle. C'est alors seulement qu'il reconnaît la signification de ce 
dont il n'avait d'abord perçu qu'une faible allusion ; il voit que, 
dans l'Écriture Sainte, il n'y a rien de trop ni de trop peu, et re- 
connaît le véritable sens littéral de l'Écriture Sainte : l-PMs 
k\np"i ! . » Ce qui frappe surtout dans cette gradation, c'est la sé- 
paration du Derasch et de la Agada, on ne distingue pas bien en 
quoi consiste leur différence. Dans tous les cas, la Agada, suivant 
la comparaison du Zohar, pénètre plus profondément le sens de 
l'Ecriture Sainte que le Derasch, qui s'accommode toutefois à la fa- 
culté de conception du débutant. Par Agada, le Zohar entend, pro- 
bablement, les parties du Talmud et de la littérature midraschique 
qui ont l'apparence ft énigmes et paraissent incompréhensibles à 
la conception du vulgaire. Quant aux « allusions » qui forment le 
commencement de l'introduction à la connaissance plus appro- 
fondie de la Bible, le Zohar en cite immédiatement un exemple. 
Après avoir exposé que le sens intérieur de l'Écriture apparaît 
parfois inopinément et se dérobe aussitôt après 2 , il dit que c'est 
le cas d'Exode, xxm, 9, où, après diverses prescriptions relatives 
à l'étranger, il est dit : « vous connaissez l'âme de l'étranger », ce 
qui est une allusion à l'âme et à son séjour dans ce monde. 
Aussitôt après, le nuage se referme et le texte reprend : « car vous 
avez été étrangers dans le pays d'Egypte ». Malgré la similitude 
de l'expression, V allusion dont il est question ici n'est pas ce qui, 
dans la célèbre énumération des quatre modes d'interprétation, 
est désigné par le terme îttn. — Par contre, dans deux autres 
passages du Zohar, ces quatre modes sont déterminés et même 
une fois selon leur ordre hiérarchique donnant le mot o*na, signe 
mnémonique formé par les lettres initiales des quatre mots. Dans 
l'autre passage, les quatre modes sont énumérés dans un autre 

» il, 99 a-b : abbftb narntt naab a-np irais rrh nrtt"i» Krrwpà 

-p2ï *p3t bsnoi*! 12 ■nmiN ûisb *pb7a mb aons^ Nrcna nnrw rra? 
rmm pb^ p^pi NaiiDVû -matt rmna yncn inab txo*n x-\r, &m 
■passo "pesa ïraab naobanà haab bvn Tn\\ xta i -inab mars "irrs N"n 

■pra b^ ^n l^a mb mas rtb^ p^no Y~n ' rD mina nbr^i 

Nnp^r stûcs "pian ims» rnaftb îsVi NaDiab i$b 'pbft. 

2 il, 9s $ et s. : ^rîS r^n&n l'pai npmasb ïtotio ï?bE p^a: nnabi 
ITan luabrao TE ttprhsb.. 



33 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ordre qui complète la première classification. Le premier passage 
dit brièvement : « Comme il y a des degrés dans la prophétie, il y 
a aussi des degrés dans l'interprétation de». la Bible : sens littéral, 
allusions, derasch, mystères 1 . » Le second passage mentionné dit 
que, comme l'arbre a des racines, une écorce, de la moelle, des 
branches, des feuilles, des fleurs et des fruits, ainsi les paroles de 
l'Ecriture Sainte ont divers sens : le simple sens littéral, le de- 
rasch, l'allusion à un sens plus élevé, les mystères 2 ». 

La doctrine du sens quadruple de l'Ecriture, telle qu'elle se 
présente ici pour la première fois dans l'histoire de l'exégèse 
juive 3 , paraît, du moins pour sa formule, avoir été empruntée au 
christianisme, car dans l'herméneutique chrétienne, Bède le véné- 
rable (mort en *735) et après lui Rhaban Maure (mort en 856) avaient 
enseigné le quadruple sens de l'Écriture 4 . Chez eux la « Historia » 
répondait au Pescliat de l'exégèse juive; la « Tropologie» au 
Derasch. On peut considérer 1' « Allégorie » et 1' « Anagoge », 
même si ces méthodes ne sont pas les équivalents de T5n et yid, du 
moins comme analogues à ceux-ci, comme des modes d'interpré- 
tation découvrant le sens profond et secret de l'Écriture Sainte 1 . 
Nicolas de Lire (mort en 1340), qui a réduit les quatre modes d'in- 
terprétation en deux hexamètres s , ne les a naturellement pas 

» m, îîOarimn •nnoi miio mçm m*wi tnaiDD RrwiK'a wn. 

Le Zohar ajoute qu'il y a des mystères des mystères, c'est ce qui plus haut est ap- 
pelé l'àme de rame. nT 1 ^") doit être identique à nTPWl, si cela n'en est pas une 
corruption. 

2 II, 202 a : Np^T 112~\ Ntm N^pl !?*BttJD ÏÏ"D n\\ KrrWTWtt l^btt tpN 

yv>» b* ybui ï»»*»no V n V"^" J T'" 1 frinsna^a) anE^nta] rw. Le mot 

placé entre parenthèse ne peut pas être considéré comme coordonné avec le reste, 
mais vise un des moyens de la 4 e méthode, la méthode cabbalistique. De même ce 
qui suit immédiatement ""iriJTTl "IION YIÏIlDI N^tû TiSSl blOS ne peut être con- 
sidéré comme un autre mode d'interprétation. Le nombre quadruple est encore main*- 
tenu ici. Un pïu plus haut, les trois premières de ces méthodes d interprétation sont 
ainsi paraphrasées : ÏTWî£ tnCS Ï"P3 mjtt i-pCKBS D")23 MVSK WTp K"\~r> 
f!»Nbi> NnTj-H 7"pa rPfiTl. Comparez à l'expression employée pour la 3 e méthode 
d'interprétation, III, 161 a : NnEDm î?3~! Np TE") ^DN 5D3 YWn. 

3 Lôw dit, dans son rinDfàï"», Practischc liinleitung in die heilige Schrift, p. 24S, 
sans indication de source : « Depuis le xiv 9 siècle on désigne cette méthode qua- 
druple d'interprétation par le mot O^'lS » ; en parlant ainsi, il ne pense sans doute 
pas au Zohar. Zunz ne la mentionne qu'en passant dans ses Gottesdienstliche Vor- 
trâge. p. 409. Cf. Steinschneider Jcwish Literature (Londres, 1857, p. 142 et 33w). 
Scbûrer, Geschichte des jûdischcn Volkcs im Zeitalter J. Ch., II, 2 e éd., p. 286, note 
llîi : « Wie ait dièse Unlerscheidung eines vierfachen Sinnes ist, vermag ich 
nichl zu sagen. • 

* Voir Diestel, Geschichte des ait en Testaments, p. 163. Cf. aussi ce qui s'y trouve 
cité, p. 162. d'après Bèd? : • que sert-il de voir qu'Elkana avait deux femmes », 
avec la question du Zohar rapportée plus haut et adressée aux partisans du sens 
littéral. 

3 Ibid., p. 198 : t Littera (= Historia) gesta docet quid credas Allegoria, Mo- 
ralis (= Tropologie) quid agas, quo tendas Anagogia. » 



L'EXEGESE BIBLIQUE DANS LE ZOIIAH 3 ( .) 

empruntés aux Juifs 1 , quoiqu'il ait ordinairement eu recours à 
l'exégèse biblique juive, spécialement à celle de Raschi. Bahya 
b. Ascher, contemporain de Moïse de Léon, l'auteur censé du 
■Zoliar, a aussi cité, dans son commentaire du Pentateuque, quatre 
modes d'interprétation, mais il en est seulement trois qui soient 
les mêmes que celles du Zoliar 2 , tandis que la quatrième, l'inter- 
prétation philosophique proprement dite 3 , n'est presque pas re- 
présentée dans le Zohar 4 . 

L'interprétation cabbaiistique proprement dite, qui est désignée 
dans la classification citée plus haut sous le nom de TiD; est le véri- 
table objectif du Zohar, et il faudrait pour l'analyser étudier tout le 
système cabbaiistique de ce livre. Quant à la méthode d'interpré- 
tation appelée rxn, on entend par là la Typique, qui est devenue 
si prédominante dans l'exégèse chrétienne depuis saint Augustin. 
Cependant la différence entre celle-ci et le mode d'interprétation 
nommé précédemment n'est pas très facile à reconnaître 5 . Dans 
le Zohar même, l'expression est employée expressément pour des 
exemples d'interprétation typique. Ainsi, il est dit que quand la 
Bible parle de Joseph jeté dans la fosse vide, elle entend qu'il 
fut jeté en Egypte dans un pays privé des mystères de la foi ". 
Le deuil des Egyptiens devant l'aire du buisson est un symbole de 
la défaite de la domination égyptienne opérée par la puissance 
d'Israël 7 . 

La seconde méthode d'interprétation, le Derasch, occupe dans le 
Zohar, une place beaucoup plus grande qu'on ne le croit géné- 
ralement. Le Zohar emprunte à l'ancienne littérature midra- 
schique non seulement la forme littéraire, mais encore une partie 

i Comme l'admet Gra-clz, Gcschichte dcr Judcn, VII, 514. 

4 lTwD!"! "pT /wl^:^ "pT ,ThypTi "pT. Ce dernier comprend à la (bis ""no 

et ron. 

3 bïDÏÏJÏl *p^ ; da»s l'iutroduclion il est appelé plus exactement ifc-m bD'wïl '*! 

4 L'influence chrétienne chez les Ca bbalisles du xn c et du xiii siècles a été mon- 
trée par Jellinek, Beitrâgc zur Gcschichte dcr Kabba'a, II, 5t. Les Juifs d'Espagne 
connaissaient depuis longtemps l"exégèse biblique allégorique des chrétiens, témoins, 
à la lin du x° siècle, Jchudi b. Scheschet, disciple de Dunaseb Ibn Labiàt (v. 
Graetz, Monatsschrift, 18S4, p. 475); au xn° siècle. Jebuda b. Barzilaï (v. Revue des 
É. J., XVII, 280) et Abraham Ibn Ezra [v. Abr. Ibn. Esra cils Grammatiker, p. 23 ; 
Zunz-Jubclschrift, p. 146). 

5 Ibn Ezra (v. Monatsschrift, l. c), en parlant de l'allégorie chrétienne, emploie 
celte expression T72"l e î môme temps pour les exemples d'allégorie mystique et dïn- 
terprétaiions typiques. 

« I, 185 », sur Gen., xxxvn, 24 : &6l nnN ^nat» 1j»b ÏFÔ IZWlVft ÏV T73"l 

bbs Nmsxnm »n rpma». 

7 I, 250 b, sur Gen., l, 10. Voir encore la remarque citée plus loin sur Gen.) 
xxxir, 32 (l, 170 b). 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

importante de son contenu. Des interprétations de la Bible du 
Midrasch sont souvent reproduites par lui simplement *. Il a aussi 
toutefois une expression usuelle pour les citations du Talmud et de 
la littérature midraschique, c'est ïnfcplN, ou, plus complètement, 
tf*vian rt"W3pl8 « ils ont fixé le sens de ce passage de la Bible -. » 
Souvent, en citant des passages du Talmud, il emploie aussi le 
mot "pn ou "p^n, qui dans la littérature traditionnelle n'est em- 
ployé que pour des citations de la Mischna 3 . Les citations sont 
souvent inexactes, altérées; mais c'est une étude que nous ne 
voulons pas faire ici. Il est intéressant de voir que certains pas- 
sages midraschiques sont critiqués par le Zohar. Dans le passage 
connu, que la citerne où Joseph fut jeté contenait, sinon de 
l'eau, du moins des serpents et des scorpions 4 , le Zohar demande 
pourquoi Ruben, qui voulait sauver Joseph, le laissa exposé à un 
pareil danger. Et il répond ainsi 5 : « Ruben voulait avant tout le 
sauver de leurs mains (verset 22) ». 

Mentionnons encore la théorie du Zohar sur la loi orale. Une fois 
il dit que la loi orale renferme la véritable explication de la loi 
écrite G . Par loi orale, il entend ici sans doute l'ensemble de l'in- 
terprétation traditionnelle de l'Écriture Sainte ; il ne s'agit donc 
pas seulement de l'exégèse midraschique, mais aussi des autres 
méthodes d'interprétation qui donnent la clef du sens intérieur de 
la Bible. Dans Job, xxviii, 23, il voit une allusion à la loi écrite et 
à la loi orale; la dernière se trouve dans le mot ii:w, parce qu'elle 
a un chemin (c'est-à-dire sans doute une méthode 7 ). 



1 I, 16 a, sur Gcn., i, 2 (^HTî) ; I, 236 3, sur Gen., i, 14 ; I, 73 a-b, sur Gen., 
ix. 21 ; I, 145a, sur Gen., xxvn, 33; I, 194 3, sur Gen., xli, 14; I, 222 a, sur 
Gen., xl vu, 29. Cf. Bcrcschit rabba sur ces passages. 

2 Parmi les nombreux exemples de cette expression nous citerons seulement, I, 
23 a, sur Gcn., i, 26 (voir Ber. rab. sur ce passage) ; I, 63 a, sur Isaïe, x, 30 (v. Echa 
rabbati, au commencement). Cf. aussi pm ÏTlEp'lN, III, 222 3; "H NE ÏTIfaplN 
Jn:r»r.ja. m, 278 3. 

3 Par exemple : I, 82 b : NÏOtD W N1ÏT N^fi )12 *& WP^tt Éfâbfc) ÏMl N^*ï 
FPttlD *Vî1 NYn N^rpJ ])2 "W. C'est une citation empruntée à Sanhédrin, 98 b. 
Il est curieux que Salomon Ibn Parchon emploie l'expression *jjD dans le même 
sens étendu que le Zohar. Voir mon travail sur S. J. P. dans Zcitschrift fur die 
Alttcslamcntliche Wissenschaft, année 1891. 

4 Bcrcschit rabba, sur Gen., xxxvn, 24 (ch. 84] ; Sabbat, 22 a. 

3 I, 185 rt. Cf. aussi la critique de l'expression employée au sujet des commande- 
ments laits à Adam [Bcr. rabba, ch. 16, (in), I, 36 «, sur Gen., n, 16. 

« ni, 23 « : î-îd bynv î-mn nro^tt rmm wmrûM l^ 2 - 

7 I, 48 b : ^pT m ma*! fia b^3D^5 r-mn &n. Voir encore I, 71 3 : le * trône » 
(Ezéch., i) signifie la « loi orale », sur laquelle repose la loi écrite. Voir aussi, III, 

i60rt : r>D b?aœ 'm aroaia 'n is^m «rwis brapb ma 8rr n -na ir^n ; 

I, 240 a, 247 3. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 41 



II 



La première méthode d'interprétation, le peschat, est employée 
également dans le Zohar plus fréquemment qu'on le croit, surtout 
dans la Genèse, pour laquelle le Zohar a, par endroits, le caractère 
d'un commentaire suivi. On trouve une foule d'explications isolées 
qui seraient à leur place dans n'importe quel commentaire de cette 
époque écrit suivant la tendance du Peschat. Il faut aussi noter 
que, dans le Zohar, comme chez les exégètes les plus éminents, 
certaines interprétations empruntées à la littérature de la tradition 
sont considérées comme rendant le simple sens littéral de l'Écri- 
ture Sainte et comme faisant partie du Peschat ! . 

Dans l'analyse des éléments du Zohar qui appartiennent au 
Peschat, nous relèverons d'abord ceux qui sont empruntés à des 
sources connues, aux deux commentateurs de la Bible les plus im- 
portants et les plus lus au moyen âge, Raschi et Ibn Ezra. Gomme 
jusqu'à présent personne n'a signalé ces emprunts, que je sache, 
qu'il me soit permis de m'étendre un peu plus longuement sur ce 
sujet. 

Au sujet du mot J-nii, le Zohar observe (I, 75 a) : tfbtf ïitt xro 
KSabja î-»j?:î-. Gela répond à l'explication donnée mainte fois 
par Raschi, du même mot (sur Gen., xi, 3, et xxxvnr, 17; 
Exode, i, 4 0); dans le second de ces passages, il y a ces mêmes 
mots : K">n i-iï73în îrnn "piab b5 s — I, 77 £, sur Gen., xi, 31, mn 
ipss iiliûl dïTDtf ù? ùlbl est emprunté presque mot pour mot 
au. commentaire de Raschi sur ce verset ûûlb Û3> DÏTONI mn 
■H1B1. — fip"n, Gen., xn, 5, est expliqué "pbwn ïib ^pBE, avec ren- 
voi à Nombres, xx, 25, et /#., vin, 6 (I, 79a); de même, Gen., 
xxn, 2, np (F, M9à). C'est analogue à la note de Raschi sur Gen., 
il, 15, et sur Nombres, l. cit. — Ce qui est dit, I, 108#, sur Gen., 
xix, 26, semble une paraphrase de Raschi (et aussi d'Ibn Ezra) : 
ïaib bïî YnfiNtt. — La remarque sur les noms donnés par les 
filles de Loth à leurs fils (I, MO b) est — comme le montre l'ex- 
pression 13^3X3 — de Raschi et non de ses sources talmudique 

* Voir II, 109 b : N^p"! ÎTOtÛBS ttWlSWl N"P3p1N Nil. C'est ainsi que débute 
l'explication de l'expression "^70N■ , "172N DN1, Exode, xxi, 5, telle qu'elle résulte de 
Sifrf, sur Deut., xv, 16 (§ 121) et de la Baraïtha de Kidduschin, 21a; III, 191 a : 
l^^lIiTûS Nn^'H'lfcO Nlp ">NÏ"Ï, savoir l'explication de Prov., n, 36, comme on le 
trouve dans Sanhédrin, 91 b, et dans le commentaire de Raschi sur les Proverbes. 
Par contre, III, 8Sa : "l^tolttED N""lp "Wïl signifie que, dans Lév., xix, 14, il est 
question de véritables sourds et aveugles, ce qui est en opposition avec l'interpréta- 
tion homilétique. Voir aussi III, 81 b, surLévit., xxvi, 2 : 13>}312373D ' l \Zîlp!E. 

2 Cf. II, 18, où à cette explication en est opposée une autre : oTSÏDOn 'b Ù3D rïjïT. 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(Horayot, 10 b) et midraschique (Ber. lî., ch. xlix). — L'explica- 
tion de ib ttST 1 et des mots suivants, Gen., xxu, 8 (I, 120 a) ne 
diflère que par les expressions de celle de Rasehi. La base de 
cette explication, c'est qu'il faudrait, à vrai dire, lire I3i> ?iéh\ — 
Le contraste voulu — selon R. — entre le message de Jacob à Esaù 
(Gen., xxxn, 5) et la bénédiction d'Isaac à Jacob (Gen., xxvn, 
28) est rapporté de la même manière dans le Zobar, mais un 
peu plus longuement (I, 176 b). — Les idoles dans Gen., xxxv, 2, 
proviennent du pillage de Sichem (I, 173 a), comme dans Rasehi. 
— L'expression b^îl, à la place de bw TOtf, Gen., xLvnr, 
16, doit viser Fange qui accompagne toujours le juste (I, 230 a). 
De même Rasehi, avec la restriction qu'il s'agit seulement du 
juste Jacob. — Sur Exode, vi, 9, m n^p^ est ainsi expliqué : 

mr\ ^LTpb Tin «bi ■*©■»« *nri Nbl (II, 25 b). C'est, en d'autres 
termes, ce que dit Rasehi : ■Hto*iD3l nrm n£?û &nW ^2 bn 
WïTOSa 'p'Wttib bw i:\Ni nn^p. — L'expression û"nat.3a naann 
Exode, vin, 122, est expliquée par Rasehi de deux manières, le 
Zohar rejette la deuxième explication et adopte la première en 
modifiant la preuve à l'appui : 

nâsnn :rra (Rasehi 'atnb ny- "naeia im) rrb ^.srci b* r:i 
mhwû mro Y'sh (R. D-n^ nKT] "ws^ «bm &6n û^n^7û 
Û^IAiT; L'interprétation du passage du Cantique, vin, 6 : « Que 
mon image soit gravée en toi comme la trace du sceau reste 
longtemps à la place où il a été mis (I, 245 a) » semble se ra- 
mener à l'explication de Rasehi sur ce passage : "pb by ^7:nnn 
isrotsn abus '. 

Le commentaire sur le Pentateuque d'Abraham Ibn Ezra a été 
aussi utilisé par le Zohar pour un nombre assez considérable d'ex- 
plications. 

Si I, 60 #, les mots a devant Dieu », Gen., vi, 11, sont expli- 
qués de deux manières par deux prétendus auteurs 2 , ce n'est 

1 Outre les passages cités plus haut, nous mentionnerons encore les suivants où 
le Zohar adopte l'explication de Rasehi ; le plus souvent l'explication de Rasehi est 
empruntée au Midrasch (Rabba ou Tanchuma) ou au Talmud, mais on peut sup- 
poser que Rasehi est la source immidiite des passages tels que : I, 77 b 7 fine, sur 
Gen., xn, 1 (*p) ; I, 104 a, fine, sur Gen., xvm, 16 (ûnbcb) ; I, 106 £, sur Gen., 
xix, 2 (1-113) ; i, 133 a, sur Gen., xxiv, 67 ('tf ?niS 'fi*~) ; I, 104 b, fine, sur 
Gen., xli, 14 (nr^^T) ; I, 200 b, sur Gen., xlii, 24 (les sentiments fraternels de Jo- 
seph) ; 1, 222a, sur Gen., xlvii, 29 (pourquoi Joseph?); 1,242 a, sur Gen., xlix, 14 
(TIEn) ; II, S0*, Exode, xix, 4 (ailes d'aigle) ; II, 'i92 a, sur Exode, xxxn, 2 (ip^D); 
III, 39 a, sur Lév., x, 2 et 9 ; III, 183 b, sur Nomhres, xxi, 5 [W*b3>i"l)i III, 189 b, 
sur Nomhres, xxu, 4 (-"ifcN" 1 "!) » III, 2o ' 3 &i sur Nomb , xxu, 10 (3N153 *]b73) ; I, 82a, 
r.tir Ps., xvn, 3, et xxvi, 2 (cf. Sanhédrin, 107 a)\ II, 39 6, il y a une explication 
mystique de la question de R. Isaac par laquelle Rasehi commence sou commen- 
taire du Pentateuque. 

' R. Jehuda et R. José, qui sont aussi nommés ailleurs dans le Zohar, surtout 
comme les auteurs d'explications conformes au sens littéral. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 43 

autre chose que la reproduction de deux opinions citées par 
Ibn Ezra l . — L'explication d'Ibn Ezra, sur le même verset, que 
y"iNïi signifie les « hommes » (ynNïi v ^jN) est très motivée 
dans le Zohar, I, 62 tf : 'pbarra ^SW "p^K NiBà ^S «an»*! Nnp^ 
roia Nlpi nbanrifa firm &un«. On voit qu'il établit une liaison 
entre ce mot et le verset suivant. — Les mots « Je suis Esaù, ton 
premier-né », Gen . xxvn, 19, sont paraphrasés ainsi (I, 167 b) : 
« Je suis qui je suis, Esaù est ton premier-né s . — ù^D-in, 
Gen., xxxi, 4 9, est expliqué, par Ibn Ezra, comme étant l'ins- 
trument de divination secrète, et il cite encore à ce sujet d'autres 
opinions 3 . C'est aussi à cette idée que se rattachent, dans le 
Zohar, les assertions (I, 164#, 166#) sur la science de divina- 
tion de Labau. — Sur Genèse, xlt, 46, Joseph parcourut tout le 
pays d'Egypte pour faire reconnaître sa dignité 4 . — L'explication 
d'Ibn Ezra sur Gen., xlix, 4 6, est développée dans le sens cab- 
balistique dans le Zohar (I, 243 a). — Exode, xvn, ^!5 : L'analogie 
entre la dénomination de l'autel avec Gen., xxxiii, 20, se trouve 
chez Ibn Ezra à ce dernier endroit (II, 66 b). — L'étymologie de 
yiS, par 'jHafctt « regarder » (II, 217 b) se trouve chez Ibn Ezra sur 
Exode, xxviii, 36.— K31H1, Lév., xin, 2, au lieu de JOI est expli- 
qué, III, 48 a, comme dans Ibn Ezra 8 . — Ibn Ezra trouve dans 
Lév., xix, 2 et suiv., un parallèle avec le décalogue. Dans le Zohar, 
III, 84 b, le même parallèle est établi et amplifié par l'explication 
du fait que dans le Décalogue on emploie le singulier et ici le 
pluriel. — Ce qui est dit de la dénomination des animaux dans 
Lévit., xxn, 27 (III, 91 b), est une paraphrase de ces mots d'Ibn 
Ezra : ÛS1D ÛUJ b$ ITWnpa. — L'explication philosophique (I, 197 a) 
du passage de Zach, xn, 1 (celui qui forme l'esprit dans l'homme),, 
parait écrite sous l'influence du commentaire d'Ibn Ezra. — La 
traduction de îriSÏ, Ps., cxv, 12, par 'pna'tt (III, 4 4 7 b) repose 
sur l'explication de Moïse ben Gikatilla citée par Ibn Ezra. — 
III, 157 b, les paroles de Kohelet, in, 19, sont expliquées comme 
propos des sots blâmés dans le verset 18, absolument comme 
dans Ibn Ezra 6 . —Une fois, une explication d'Ibn Ezra est reje- 

» Zohar N*"bana« = I. E. &PDm3X Zohar Kiïbanôa 1*733» lïn £0*1 

■NS52 ^an issb abn ma» n- frrhm ^asb = I. E. a-nmm nnon înroaiu 

2 iTïpa *1^3> b^N ÊOK1 1N73 "OiN. I. Ezra a de même mot pour mot "C3N 
ta T'"l*l£il2 T^^T "02^113 *12- Raschi donne la même explication en d'autres termes 
"p îODfàîl ^DÎN. Ee Zohar invoque même ce motif que "03N a un accent séparatif. 

; ' Cf. aussi I. Ezra sur Gen., xxx, 27. 

* I, 196 a : ^n !T33p STÛttl ÏTKïabttïb 'p 3 ; I. Ezra, yfyj in^Hl 
"lMTT'^IZÎ yX2. Le Zohar indique un second motif : t Pour rassembler partout le 
blé ». 

s Ibn Ezra : «miû larm^ ibs ï^j^Ott "IfiK "D nSV).":; Zohar: ]$Ï2 

NSins ->72p ^annpsb n^nna s-pb inm. 

6 Cf. encore I, 81 b, sur Gen., xn, 11 Cr^pf» transitif); I, 82 5, sur Gen., xn, 



44 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lée expressément, surEx.,vn, 12, oui. Ezra avait expliqué que 
le changement des verges par les magiciens égyptiens n'avait 
pas eu lieu réellement et que ce n'était qu'une illusion des seus 
(ÛTav nPM« N^fi n«T1 comme explication de ÛJTBilba). C'est 
contre cela que s'élève II, 28 a : « R. José dit : Ne crois pas que 
ce que les magiciens ont fait ne fût qu'une apparence (irm 
ir 1 ^), car il est dit expressément de leurs verges qu'elles se 
transformèrent en serpents («p*"*! Vïi^) *. » 

D'autres autorités en exégèse biblique ont encore été utilisées 
par le Zohar; nous nommerons en premier lieu David Kimchi,dont 
le Zohar a emprunté certains passages de son commentaire sur 
Isaïe ; I, 96a-ô, sur Isaïe, v, 2 : lîipïyn et pmtt ; 1, 107 &, sur xiv, 
2; I, 74&, sur lvii, 20 (paraphrase de l'expression sniû û*o). Ce 
qui est dit, III, 132 et s., sur naT, Jérém., i, 6, peut être considéré 
comme résultant de l'explication de D. Kimchi. La remarque sur 
« Je choisis Jérusalem », I Rois, vin, 16, au lieu de « je choisis 
David » (II, 198 a), est aussi de Kimchi. 

Le fait que l'augmentation des lettres d'un mot en détermine la 
restriction du sens est prouvé, II, 164 &, par la forme 'prttN (II, 
Sam., xin, 20), qui serait le diminutif du nom d' ïtJEK. Cette 
observation paraît empruntée au dictionnaire de David Kimchi, 
où cette opinion est rapportée au nom de Joseph Kimchi 2 . La 
règle sur les diminutifs est rattachée, dans le Zohar, à une 
remarque sur *\w ifflW, ce nom de nombre contenant une lettre 
de plus et signifiant une unité de moins que *y^y vnD 3 . Mais 
cette remarque est probablement empruntée au dictionnaire hé- 
breu de Salomon IbnParchon 4 . 

20 (T?? Wl) î Ii 145 a, sur Gen., xxvn, 36 («")p) ; I, 194 3, sur Gen., xli, 13 
(a^TDrî, ïlbn) ; II, 130 a, sur Nombres, xn, 1 (rPtB'Û) ; II, 65 a y sur Nomb., xxiv, 
20 (D"n3 '©«*)); III, 269a, sur Deut., vi, 7 (dnMl) ; II, 86 b, sur Psaumes, en, 1 
(C1Û2^" , ). — Une remarque philosophique d'ibn Ezra, dans le Commentaire sur 
Exode, xxxi, 2, a été trouvée par S. Sachs dans le Zohar, v. Kerem Chemcd, VIII, 74. 

• V. aussi II, 192 a, sur Exode, xxxiv , 4 : Nfa3 l^b ETltta 1D1N 'Wï 
KnnN rtbtta IN ^in^n yniï& TO**! «tt» ^3 "paiBn"!. Ce qui est contraire 
à l'explication d'ibn Ezra, laquelle est aussi rapportée par Raschi en second rang. 
I, 1705, le Zohar interprète suivant une étymologie originale !T»ï33tl T^, Gen., 
xxxn, 33, dans le sens de l'explication rejetée par Ibn Ezra. 

* A l'article ffi^N, vers la fin : "paprib DIMIN ÈpOIftS b^Wl T"H "p"l 
*pH« 1ir»Nïn pi ; dans le Zohar : «^ «51135 JIDDinM jTirttH "inN 3531 
*pj1« yXPfàtXn 1155 «nU'H^ 1ÎT«. Cependant il est possible que le commen- 
taire dïbn Ezra sur Kohéleth, xn, 6, ait servi de source au Zohar là où la même 
opinion sur les diminutifs est énoncée (aussi "pj^fà&O au nom d'Adonim (Dounasch) 
b. Tamim, pour la renverser. V. Abr. Ibn Fsra als Grammatiker, p. 82. 

3 il, 164 b -. in©? lias îjmja «aaoïm ns nsDin. 

4 Art. rcr, Mahbcret, éd. Stern, p. 51 a : 31055 niT 1 - ÎSTHS"! in72N ÏTÏttl 
N' s 1VF X*$ EPDlïll 3"" 1 5!"» T£52> THI3 *3 ^TQ^l. Sur un autre point où le Zohar 
se rencontre avec Ibn Parchon, voir plus haut, p. 40, n. 3. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOIIAK 45 

Gomme source exégétique du Zohar, on peut encore citer le 
commentaire sur le Pentateuque de Tobia b. Eliézer {Lékah 
Tob). Ce dernier observe, au sujet de Gen., xliii, 29, que Ben- 
jamin est appelé « son frère, fils de sa mère », parce qu'il res- 
semblait à sa mère Rachel (ta&ô fwn ïrîittî). Or, le Zohar dit 
la même chose plus longuement 1 . Le rapprochement avec les 
songes de Joseph du passage de Gen., xlit, 9 (I, .199 b) se trouve 
bien aussi dans Raschi, mais plus exactement dans le Léhali Tob. 
— Au sujet de l'exclamation de Jacob, Gen., xlix, 18, le Zohar; 
(I, 244 b) renvoie à Juges, xm, 5; de même, Lékah Tob. — 
L'explication de ibïd, Nombres, xxm, 3, est empruntée presque 
littéralement au Léhah Tob, mais avec une combinaison originale 
des deux explications données dans cet ouvrage 2 . 

Stern a déjà signalé 3 , en différents passages de son analyse, 
le fait que le commentaire sur le Pentateuque de Moïse Nachma- 
nide a été utilisé par le Zohar. 

Il faut encore faire entrer dans la catégorie des sources exé- 
gétiques du Zohar YArouch de R. Nathan, dont l'explication 
du mot trsnn, Gen., xxxi, 19, se retrouve assez exactement 
dans le Zohar 4 . 

Enfin, il faut encore mentionner le Targoum comme une 
source exégétique employée et citée expressément dans le Zohar. 
Dans le passage intitulé « Mystères de la Tora », I, 89 a, Onkelos 
est nommé comme traducteur de la Tora, Jonathan (b. Ouzziel); 

» 1,2025 : '-jb ïTipïm "w ï-îiî-n rrs fnrs ïtoot Nspimi îfts p ■wa 
ip» p &rrn...:nrû *p i^a brrn. 

2 1, 169 5 : wvn \\!-;b ma ^by "pa^aia ~n2$ nai nt3B ^xvrp ^bo lïrâ 
■pb^rai ittin ^hy ■paai ifit-rm bnn. £^«a ^>5 • nai "n^rp ^sia ^b" 1 " 1 
i:*ira b^ ^123733 rp'm Errai dsip rr-o mis v 5r ■ps-BE -i73B ^be inw 
œnrto. 

3 Voir Bot Chananjd, II, 458 (sur Gen., xi, 4 ; Zohar, I, loa) ; B. Cà., II, 461 
(sur Gen., xxiv, 1 ; 1, 122 a); .#. C7«., III, 66 (considérations mystiques sur le lévi- 
rat, I, 187 5 ; Nachmanide sur Gen., xxxviii, 8) ; B. Ch., III, 268 (sur Nomb., xxn, 
4, ï"îB3 ; III, 198 5). Voir aussi Graetz, Gesch. derJuden, VII, 604 : « L'allusion à la 
triple génération trouvée par Nachmanide dans Job, xxxnr, 29, se trouve dans le 
Zohar, III, 216 a, 280 5, et plus fréquemment dans les Tikunin. » Au sujet des 
rapports du Zohar avec le commentaire sur le Cantique attribué à Moïse b. Nachman, 
mais qui est, en réalité, l'oeuvre de son maître Ezra, voir Jellinek, Beitràge zur 
Gesch. der Kabbala, I, 39-45. 

* I, 164 b : Û^B^n "npc* "Wû&O ÎT1Ï1 BY'B3> &ÔN B^Bnn fN73 1DT* 'l "IttS 
SjTlPïl BlpttB p^3m Î-.73B mn ifiWjlb. Dans ['.irvcA, tpn, II, est donné d'abord 
le passage talmudique cité dans le Zohar (Sabbat, 64 5), ensuite la Mischna Aboda 
Zara, n, 3 (29 5) mB^nb ; suit l'explication: n^Bin ïfb i"ip d^btt 1B"IT3 
nDirjTî Û1p?3 TON bU5 ïlBTiri "I73B "ifitta "piïJb; puis on cite le passage de 
Pirkc R. Eliézer sur les B n D*in. Le mot décisif prouvant l'emprunt est l'expression 
NXWb, qu'on trouve aussi dans l'Arouch. Peut-être faut-il Y.re dans le Zohar aussi 
^NjS 'JTŒîb. Du reste, l'étymologie même est empruntée au Tanchouma sur N^l : 

spn va * £ «jritu ^sb b^bih isnpa ïiÉb. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme traducteur du « Mikra » c'est-à-dire des livres prophé- 
tiques l . Dans le Zohar môme, III, 13 a, Onkelos apparaît comme 
un disciple de Hillel et de Schammaï, sans doute à la suite de son 
identification avec le héros de la célèbre anecdote du prosélyte 
et de la substitution de ces anciens maîtres à Eliézer et Josué 
dont Onkelos (Aquilas) fut le disciple. Une seule ibis le Targoum 
de Jérusalem est utilisé, au sujet de Gen , i, I - ; partout ail- 
leurs, il s'agit du Targoum Onkelos. Les citations de ce dernier 
servent soit à fixer le sens d'une expression ou d'un verset 3 , soit à 
confirmer une interprétation du passage biblique en question 4 . 
Ou bien le Targoum sert môme de base à une interprétation par- 
fois mystique. Le fait que l'expression n^22, dans Nombres, 
xxix, 35, est rendue dans le Targoum par v^i-3, montre qu'Is- 
raël réunit sur lui, à la fête de la clôture, toutes les bénédictions, 
tandis que, suivant l'explication bien connue, tous les peuples par- 
ticipent aux bénédictions des jours précédents de la fête des Taber- 
nacles (I, 64 a). La traduction de dn (Gen., xxv, 27) par b"*bïJ 
fournit une occasion à la représentation de la perfection de Jacob 
au sens mystique (II, llhb). Les mots employés dans le Targoum 
pour rendre lî-ni lîin montrent que les forces de la création 
existaient au début de celle-ci, quoique seulement à l'état latent 
(I, 46 b). — Le mot ïTOnT pour i£*nai, Gen., i, 20, est inter- 
prété mystiquement (II, 111 b); de même, au sens mystique n^? 
pour X Gen., u, 6 (I, 26 a) 5 . 

(A suivre.) W. Bâcher. 

1 Sur BPVpH, voir Berne des É. J., XV, 113 ; XVI, 277. Voir encore la Consult. 
du Gaon Natronai, dans J. Millier, DTDI^rî ïTmiDP.b finD^, p. 121 : 1-1313 b3tf 
'Pp^TnTD NTp731 ïlllD. V. aussi L. Blau, Alasoretisehs Untersuchungcn, p. 50. 

* i, 145 a-. tnhbN ans mwa 3^131 \N*n ïiesm r^-m rsnns iro 

172"1^-1P3. Dans le Targoum yerouschalmi, rp;3N-|3 est traduit par ^7231713. 

3 Voir III, 48 a, sur Gen., u, 5; I, 235 a, sur Gen., xlix, 2; I, 154 £, sur Gen., 
xlix, 3; II, 94 «, sur Exode, xxi, 1 ; II, 108 b. sur Exode, xxi, 3 ; 1, 6G a, sur 
Exode, xxiv, 18; II, 219 a, sur Exode, xxx, 1 , II, 63 a, sur Nomb., xi, 8 ; li, 178a, 
sur Nomb., xn, 7 ; II, 239 a, sur Nom b., ïxviii, 2; I, 180 b, sur Deut., vu, 10; III, 
47 a, sur Lév., xm, 9 (avec étymologie du mot "|""p^D). 

4 Voir III, 183 è, sur Nomb., xxi, 5; III, 2:1 b, sur Nomb., xxv, 1. 

b II, 104 b, on cite comme targoum de h^i Nb*, Gen., xxxvin, 26 : p03 N31, 
par erreur au lieu de t|D"iî$ Nbl sous L'influence du targoum de Nomb., XI, 25, et 
Deut., v, 18, ainsi que de Raschi sur Gen., xxxvin, 26. — II, 46 b, pour le targoum 
de u v *Ub*v3"l, Ex., xiv, 7, il y a 'p'Hïft'l, confusion évidente avec le targoum de 
diE)73m, Ex., xin, 18. — I, 167 b, pour le targoum de D^jlfa, Gen., xxxi, 7, le 
Zobar donne 'p^T fit, par suite, 3*-jT73 est rapproché de Q^jifa espèces et 312172 'V 
sont considérés comme les dix espèces de sciences magiques de Laban; mais ce "p^T 
n'est qu'une faute de lecture pour "J1j7jT. — Une remarque étrange est celle de lii, 
72 a, sur Gen., xxxvin, 15: KîTHKlD i^N piftJnr.tt fitt3?*1 ÉTÏ1 ,"in?a ^3 
ÊTn tXKlhTI' n parait que ")r03 est mis en relation avec le verbe 7123 (Targ. 

i^na). 



GLOSES D'ABOI) ZAKAR1YA BEN BILAM 



SUR ISA1E 



{ SUITE 1 ) 



ja np.^iaï }^iîa$»« >mf\ ;a by&si »p$>niai piei ppia >"' nn ' 
rn«D«^ Knn«aK h:«db n;inriB 'ij?aa a«a^* np^as mî^k i?ip W*, 
nan ^ai j^/ia^K n«rî ja ^jwbjk ♦nan nam p«n piaA pian 3 
npTaoi npia mmb p^K ^nya^K ja araa «nar ia« k.td nii ♦nan 
riKTi fa m ^k 7KpfîK^« ^.« «an^am ps^K *6rwna }«odk «am 
: 3 d«^« iw »a bi n« D'ppia oippa >a pian ppia >:y« p^/iab» 

Chap. XXIV. 

1. ppia est le participe d'une racine géminée, c. Fïpbai a le sens 
de l'arabe ablaqtu 7 baba : « J'ai ouvert la porte » ; c'est comme s'il 
avait livré le pays aux malheurs. 

3. piaîi et ïiaïi sont tous les deux le nifal de racines géminées. — 
Abou Zakarya a reconnu comme possible que ces mots soient d'une 
racine à seconde radicale faible, parce qu'il a trouvé ïipia et npiatt 
(Nahum, iv, 11), qui, tous deux, sont des noms à la seconde radicale 
faible. Si on rapporte ces deux mots aux verbes à racine géminée, 
je veux dire pp^n (v, 1) et û^ppia trppn (Nahum, n. 3), cela rentrera 
dans la catégorie de l'analogie. 

1 Voyez Revue, t. XVIF, p. 172 ; t. XVIII, p. 71 ; t. XIX, p. 84 et t. XX, p. 225. 

* C'est un des sens donnés par lbn Djanah, s. v. 

3 Hayyudj (D., p. 153; N., p. 10G) mentionne p"l3r» et pian sous la racine 
ppa, en disant que ces deux formes « peuvent bien être de cette racine > ; d'où l'on 
peut conclure qu'à première vue, elles ont pu être rangées parmi^ les verbes à se- 
conde radicale faible, mais Hayyudj ne donne pas la racine pia, comme cela est 
attesté par Abulwalid, Ous., s. v. pia. Quoi qu'il en soit, l'opinion citée par Ben 



48 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

itàb» w »e ïtb piièa *£ rwâ 5»p «m rûpja nsuya ♦ t>nï\n ^a 7 
bapiTDO fefi w rfaœ . iw^ w io> 9 : m»ai na-m ^n $>3*n ^ria 
ïudi anAa rfattti naïc . nnat? hï nsiv 1 1 t îîhfcna^K oj?o ja Ppei 
iw »awa$>8 ovn «t5îj« . w r\y rrowi < 2 ; nn^ dm nei *u run 
« ïikjpb bsœi a»an ;a an non ja m ^ria ri^k Tra^K ^pr6« ra 
.t^kS^k pà«io^« 3^5^ jsrn rriw }« ;^i&6k dj&3 »bi nnmn nnnsi 
*s b«p b'î »«n 133*61 »fim ni* owa ^«pi 'ppni »d ^i Kïir;i 
»a inôji ^a^« n3Wi 3tp;&K piwi «4*3 rïrrn nâi«^« ;« *na^« 
;: h; «s t'^eno ^aon iûs&ïi .tkïp «hodk r.i*3^K *d jrsi^K ok*k 
*i«3 rai vu anyàKia >b i*î3o«îûno wiaw *r^« iwAk . *"' naa om«3 
: vutn^Ki n^a^K tti 4 i»Kîh^ p rbxx A m 'b *n ^ m nasi 1 6 ♦ 3 0^3 
ru**"* p^« œiai ne ^Jia rui6 «n^« T?a 112:» . nyjnwi njn /19 

7. P3N, c'esl-a-dire : il a été retranché ; partout où ce verbe se 
trouve appliqué à la terre, il a le sens d'être vide, comme dans Lam., 
n, 8, et ailleurs. 

9. itti est pour -n^, verbe au futur de la forme légère, dans le 
sens d' « être amer ». 

11. ïin'-iJ» : « elle a disparu » ; son sens primitif est la disparition 
du soleil, comme on le voit par le verset de Juges, xix, 9. 

12. '"D") tt'W&'l : « La ruine et la démolition des bâtiments ». rù*- 
est une forme hofal, comme liï (Gen., xxn, 20), et ait" 1 (Ex., x, 2i) ; 
le sens primitif de ce mot est celui de "inrûl (Is., n, 4). Les 
docteurs disent que ït*éW3 est le nom d'un animal qui dévaste les 
endroits inhabités; il est mentionné dans Nezikin et un des docteurs 
dit même qu'il l'a vu. Rab Hay dit, dans le Talmud, que le ardat 
est un petit insecte blanc qui ronge les poutres, et ressemble à 
la fourmi ; il apparaît au printemps dans les maisons et il s'appelle 
■TOUS ; on l'appelle en nabatéen N3"no. 

15. ÛT1N3, les îles qui sont comme enfoncées à leur place (loin du 
bouleversement général) ; c'est le pluriel de TIN (Gen., xi, 28). 

16. Ti. Le sens primitif du mot est « maigrir », il entend par là 
les accidents et les malheurs. 

19. ïr:n est un infinitif où le M est explétif, car il est comme "n& 

Bilara est plutôt celle d'Abulwalid que celle de Hayyudj. — Comme la citation 
de V""|N!l pp*Q ne se trouve ni chez l'un ni chez l'autre, nous pensons qu'à 
KttïTPÎOffi commence l'opinion personnelle de Ben Bilam et qu'il faut changer ^N 

bn en bb&H. 

1 Baba Kamma, 21 a, 97 a. D'après Raschi il n'est pas question dans ces passages 
d'un animal, mais d'un sched. 

2 En arabe, en effet, le mot nD"13 a ce sens. 

3 Voir Ibn Dj., Ous., c. 28, 1. 25, qui peut servir de commentaire à ce court ré- 
sumé de Ben Bilam. 

* Ainsi Ibn Ezra, "jin SIIH». 



CLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISAIE 49 

my tb,i * p^a bnyn bw6* ♦ nii)zr\n ira i p*âmK$>K ;a ^ra^ai 

noa^K nnain.ni nmann ppyin^K *a n^nai bk^k .Ta rprfci ^d»w 
pire «A«p jmTD nana^K ;i^j6k pain a* nwa mna nn« njai nB^Ki 
ïAirn ancien ♦ n^aa nrmnm 2() tra pa*6 mia ma pa p*w 
3»^s ja t/ûk^k ^y mi ft'uîpa^ BiarA nsn^a^K na^a ?«rm« 

♦ aaa^K 



ni 



9 



♦ rua* xb ch)yb vyn anr pai« nbwb misra mp ^ tjjb rw 'a 
^b^k sfrm rf^sô naaii rnaaySs fi^pi *« ^ W rw »a mnpn ja 
rfcipa na i6« q/t» é6 uvbibtt |î6 n^/ia ik niTan im an? pa^K 
ja «nnam ;a Trap^a n^m -pa >:i?aa yi?b ^aia pt^an rur^ "jKJn 
aas a-rrW nwnaai r«a^K ja rfeta ♦ Tp anra /; - : *na« ^an k£> wrba 
*h? rra n^nàa aii annara tpy «in «iw rwa» ^ »jnm >b "|S n^a 
*]#£' . rur a^nj? ybï 5 : bti ^ >b «îéu» ma^i ja a^:« npfiœa jk 

et aitt, qui le suivent. Le sens est « être broyé ». — ïTTm&nî-t. La 
racine a la seconde radicale faible comme TBîi (Ps., xxxrn, 4 0), la 
troisième radicale a été redoublée, comme îiiSJnwnn (Amos, ix, 4 3). 
Le mot se traduit par « casser, mettre en morceaux » et de là vient 
m^ïiD (Ps., xxxiv, 13). Les docteurs nomment les miettes jpYï"PB, 
comme dans ce passage : « les "p'W'D qui n'ont pas la grandeur 
d'une olive peuvent être détruites ». 

20. riïibtt^, ttTnsnîm : « Elle sera battue et agitée comme est agitée 
la hutte » qui est faite pour le gardien d'un champ de courges ; géné- 
ralement cette hutte est faite d'herbe sèche. 



Chap. XXY. 

2. . . . nfctaa. T^tt équivaut à W : « tu as transformé les lieux 
habités en monceaux de pierres abandonnés ». Devant •p'n'nK manque 
un verbe tel que nvpoîi; car ainsi seulement la phrase est complète, 
comparez îsaïe, xxn, 1, où l'on trouve 1D173; Le sens est : « Tu as 
fait descendre les châteaux de la hauteur qu'ils occupaient ; ils ne 
seront jamais reconstruits ». 

4. a^T s'applique primitivement à un liquide ; il est employé 
métaphoriquement pour la démolition, comme je te l'ai exposé à 
propos de irHaîn (Michée, i, 6). J'adopte la même explication pour 
amrûîft Ep^ (Osée, x, 2), bien que quelques personnes l'aient 
dérivé de ina'W (Exode, xiii, 13), « briser la nuque », pris au sens 
figuré. 

5. 'iai t^t : « La voix élevée des puissants s'affaiblira ». 

T. XXII, n° 43. A 



oO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

f«ma wum tt ma ^« ïïsidjb «dtibb B*attti> (; î'^ipn^H i«œj 

B«W»H SlV2 i?3JK^« *S BTOS |K3 [Kl ffâ18lt»« »B *[&& PI3VJP1 ffaiûl ffrtfb 

i?ip fa hianâe [«ma n»B fcap p jïdk h4»i ma »#b p ^i j;b nu 
fhanâa itfttw >a t«b *6i Yyn fcip in 1« ranfc nnoia fe"î ptonfea 
\s Dnaro D'pprtD tt ùfptm d»iw t'pîw n»^n w h^s »^»^ 
efcn »An >jb nrn ma ptei 7 : nap^ti "m^a p fhASo fraira «n:« 
thbiAk ff>D«p^K ™d f« in» anruD fijppi »{?« fhKtwAK ♦ dtph $o H* 
■nn fût »i?p fine »awtàRi ddk ^i*6k tai^m ,0,1:3; hd^^i niip» mvhv. 
roram orA »p«A« $>k^k in» bûAk aôn p naioin naoam ♦ nrn aian 

13K Tpfljn « 3K12?K^« * ffrwfi HX&2£^K .1111 ♦ Dll^ Dï2ty !1éO p ffeïi 
*6« noii/iitt »B B»pflO' *6i blî?BB 'K bw WH >jk/6s ft^n >B 3 «nsr 
piw »a \arh* 0112 .tb idb .ruBiB ian pria whd 10 sansas -p nmîiï as 
♦mntrb nrwn ttfiB» 1^*0" j^b:»^» »to nus Eninm ^r^« ma» 
»a n»B nos * rr jiuik ay imau ^bemi t tiïp *b hy n:ai dv^k fiMtifô 

: l Stow p£«6* »yb npnr^i msKBK câra 

6. blTOW est mis en rapport avec m 53 ; il veut dire que ce sont 
des huiles grasses, humides, ressemblant à la moelle, tant elles sont 
grasses; bien que Ï2T»^73 ait une racine à la troisième radicale faible, 
il vient néanmoins du sens de m*a. Je n'admets pas qu'on l'explique 
par huiles affinées, du mot ïirwifc employé par les docteurs {Sanhé- 
drin, 5rt), car c'est une opinion forcée, et il n'y a rien à tirer du sens 
d'affiné pour l'idée qu'a en vue le texte. — D'\ppT7a B^IM : a puri- 
fiés de la lie » ; c'est-à-dire qu'elles sont claires et purifiées de la lie 
et du sédiment. 

7. *baii II fait allusion à la défaite de Sanchérib. Il veut dire 
qu'il va défaire et enlever le voile du salut qui est étendu sur les 
Assyriens. Le premier ttïbïl est un nom, le second un adjectif, d'a- 
près la forme de TH2Î1 (Deut., in, 25). FD1D5Ï1 IrDDttin est formé de 
la même manière, « l'abri qui les protégeait ». ï"DTD3r; est un 
adjectif de la forme un*, inx*, et ces adjectifs ont la valeur d'un 
participe actif. Abu Zakarya croit que le second ûlbïl est un paûl, 
c'est-à-dire un participe passif, mais la traduction ne permet que 
ce que nous venons de dire. Sache-le. 

40. ...'cn'-'D. On a traduit ces mots : comme on foule la paille 
dans l'endroit où l'on jette le fumier, et iBllilS est l'infinitif du nifal. 

'11. rtm©n. Le sens est nager; d'où "ima (Ez., xlvii, 5). — ma^K 
■PT a été traduit « dans la plupart de ses endroits », et l'alef est 
explétif. 

1 Ibn Ezra suit la même exégèse, tandis que lbn Djanah est d'accord avec Saa- 
dia, et traduit : * il proclamera la destruction des injustes. » 

2 Cette opinion est celle d : Ibn Djanah, Ous.. c. 370, 1. 24. 

3 Ed. Nutt, p. 47. 

o Voy. IbnDj., Ous., c. G7, 1. 10. 



GLOSES D'ABOU ZAKAIUYA BEN BILAM SUR ISA1E 51 



13 

p jk tyytàx T^ T ÛD 1i£ ^ nnnpn ♦ d£b> di^ nsrn 7120 iïp 3 
ddk *un msrn ♦ "p pp/iai ans fiaK^K ar& ôanKa ^5 p ybx i:iï$ 
friA« rïir£ ^ayna^i* îTiîs p^ï*6kï riM a^nan tfDtwi ^Jia ^wa^a 
maa-in 6 t anat^s *fi YftS nam^ ! ans nam ^y rnon an^ip ^ 
nswbi* hï2 aim aipua^K br\ p ^*d »w ^:n ♦ a^i »aj;a ># ^:n bn 
wx f)« ^ « 'npa *rm *rw »« ♦ 'pn^s >mp3 *rrn p|« (j : ptf^K p 
n^a ♦ aAtp jnatpn *"* I2 ja^n pk *pit ?)« rmpn ♦ a^oan *psc 
[«m p^» &b ♦ iaip> ^a a^an 1 4 t n^vm tdh natp p pwa irmnbK 
îi?n^ ppa ^npa ^2 *"> *e n^irr a^ann art* »bï B>na ^»Jîa &b& \\y 
^uh «irai annp^i omà »ê *pnri arua nnbbx nnahn *ia^ *paia 
n« Tpa >"*i bnn *[npaï ♦ npiaai nie ^.na nà^« aaa -isc ♦ orrè» pi«n 
n'Trap^w pj?^« ^npa paa byz ppai ♦ n^ai ^pria^s rri^ mtp 
iatr«i ^«p «an ax^an narn^ >a raja îm *]jïdk \\vr $b 'a «n^iia 

Ghap. XXVI. 

3. . . .nafc\ C'est comme s'il y avait: "pba ^1730 n^b, et le sens est : 
A celles d'entre tes créatures qui s'appuient sur toi garde la paix ; car 
ils ont confiance en toi. m a a ici est un participe actif, comme ^SiStBrt 
(Juges, vin, 41) et d'autres. Les docteurs emploient fréquemment 
cette forme, comme ils disent rnsn, OllN. 

6. iw ">b^. ^1 est une apposition du mot b:n qui précède, en 
substituant le général au particulier. 

9. E|8 est pour *7i*a (tant que). 

11. dbsan "p^ ON t]N est pour Dbsan ON "p-iS S)N, «même tes 
ennemis, le feu les consumera ». 

12. nsran. Le sens primitif est « arranger », ce mot dérive de 
nso (II, Rois, iv, 38). 

14. 6P»an. Il faut absolument que ce mot soit ici l'équivalent de 
ûvitt, comp. Job, xxvi, 8. 

16. ...*\ La traduction est : Dieu, ils se sont souvenus de toi dans 
leur malheur et dans leur détresse, et ils se sout épanchés sur la 
douceur de la correction que tu leur as infligée. 13S a le sens de 
malheur, comme dans Job, xv, 24 ; ^nnpD signifie « se souvenir » 
et « chercher », cf. Gen., xx, 21 ; "ppie est le parfait d'un verbe à la 
deuxième radicale faible, et le nom est explétif, comme Deut., vin, 
4 6 ; le mot pis signifie au figuré « parler bas », comme le verbe lèiû 
I Sam., i, 15, et Ps., en, 1, qui est analogue à pi£, dans le sens de 

» Pour l'actif 0T1N. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

•di p» *:S2 nap pw ™ n^ip »fl pw nvwee -jet? kdk nRP»MD^« aîas 
pRerutta r:? [a ffînc . "jrbd n'û*&3 »e bùirùnbb \)by dtp^k \^b 
a«a p ffettitata fap («3 A ♦•jira *p^n ^jdi 20 ♦ ' prubba pn«n pa 
n^b "pee ^jn biis p*ir6*tt i« nrw "pn« *5 rbî ^1? "]rin pw^ p« 
»poa % rn : pu a«3 p [«3 •ter* «emi im bbt? nat 'hv p» ^ *6 
;ab fîjwefta jFmwi *by ;«3 «ami imbs ym »b ddk nan b*p ♦ y:n 

♦ " Dlp ffpttDJ 5?Oi* VIO KTOû KÊsb }«D [Kl BJ? 

ta 

♦ o»a nœa pinn jik :nm pnbpv m: f/vA by\ rm t?ru [jti^ by 1 
>e b«p rfcAn irmA* ^« rra œnj jjvA n^ipa te» nj« t^k m djk 
rrrn yott^k j?BKpn vi vibx 2?à«io^« rnnb Rmtrfi ;u^py t^nj 
oba bp) Diiaa Diion *«ïe ^r »"» Tipa* rfopa tfrn DJiii nKjKvnba 
yr j« k^R n^p' î« ^«P^ aïo» ab bip^a *nm "naron ^y hbikh 

« verser des liquides ». ^be est connu ; pour pist, comparez Job, 
xxix, 6. Les Arabes appellent l'homme qui se laisse aller à de longs 
discours saffâk (bavard), et c'est une des étonnantes concordances 
entre les deux langues. 

20. ■jnbT. Si ^nbl était, avant d'avoir un suffixe, de la forme y^N, 
il faudrait ^nb-ï comme l f£'")K (Is., xiv, 20), ou ^nbl avec hireq, 
comme *pBD (Ps.. xxxix, 46); mais il est sans doute du type ^ITT, 
bbo. Peut-être est-ce une forme irrégulière du type de y^N. — ^nn 
est un nom à la place de l'impératif, ou peut-être est-ce le féminin 
(de l'impératif) pour désigner un collectif, car û:% tout en étant un 
singulier, comprend une collection de personnes. 

Ghap. XXVII. 

1. . ..imb by. Abulwalid a cru que n^3 ttîra ijrrnb désigne le 
dragon, et que "pnbpr OTEi a le même sens, par la comparaison des 
points qui sont l'intersection des sphères avec ces animaux ; il a mis 
en rapport ce verset avec le verset d'Isaïe, xxiv, 21. Cette opinion ne 
peut être émise que par celui qui prétend, être soit un prophète, ce 
qui est inadmissible à notre époque, soit un devin, qui tantôt trouve 

1 Cette exégèse est empruntée à I. Dj., Ous., s. v. Uînb et ^DUÎ. Elle est con- 
traire à l'accentuation. 

2 La première explication est celle de Hayyudj, s. v. !rnn, la seconde appartient 
à Ibn Djanah. 

3 Jehuda ibn liilam résume imparfaitement l'opinion d'Ibn Djanah, Ous., s. v. 

nnn. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUK ISAIE 53 

yv npi yn^rb* xm) «in x:r\p) *d tîs,to m »it6k «dk pia« nna 
n*rn^K3 onmtp od*6k ■pfe »b n:« nirpa^ tikô p^« j*6 ns5*i 
1*6b«^k vîD«pn^ «an pntû '«a kt/o n^w «a »^p fînm^Ki ffnriw 
nin j« faa^K d'êj^k gpi>« p]>d^*ok *6 sd*d nm^a"? tkb »« dk 
ddk «:n ion ♦ ,-£ uy ianoi3 min dv3 - :rw3^K n«î?«nniix^« p 
: rmj^ r6na ^j? ^p n:ai an nTDBXi }«3 jki TW/&K5 1:37 «il tdS^k 
îspD^ *6o n^« nom ^ike> ia p prtr 10 n*a idq ♦ ît^r to* p 3 
WB3 »a ^p n:ai >wAr >k iïïd^k n*uj?D *n3 îwdk 4 i'Knirn 
dk in3,i in^a roasn 7 *ro*Dfi b£» ftyivhm byi man pi »ya 
^jia n:« ^«p ^ïj?dû5k ^k in3a rWtf n« pjnsc ;jmn D\mn nns 
span d^ D7 i"6 bip>i ft"'iD^« rr^y D3j?» jk ^Kp^i 2 nb ^ar6« mm 

ÎK «TB 1DD npl 1,13D KV1Ï pïDB^K TO ,13 ^K ^?KB$>K ^a ^K min 

i*tdk ^y n^3 piDDb« ^yi î«i îv:kp33^k dti mim pnaa^K on insa 
^y piDD^K p bi»b& na^« 31^ p ^ip jsw trns wwa fftrrci 
ppb idb ♦ ,U3nn nn^3 hkd«D3 8 tb)isb& 'bv >:«/&« ik ^ar^K 
pikd inpn^i u*n «a3 pjKTï «Akd «a ^iia d,i^ ^K3> ^ ya^3 r«a 

juste, tantôt manque le but. Mais l'intention du texte est claire, il 
s'agit des rois des nations, qu'il compare aux serpents de terre et 
de mer, comme fait souvent le prophète. Que viendrait faire ici l'in- 
tersection des sphères, et quelle utilité y aurait-il à ce que Dieu 
les poursuive, surtout avec le glaive fort, grand et tranchant ? Certes, 
ce sont là des inventions absurdes. 

2. n^n ici est le nom du vin, et 132 a ici un dages bien qu'il se 
traduise par « chanter », comme Ps., lxxxviii, 1. 

3. tvbï nps* 1 p. Mar Isaac ben Mar Saùl, que Dieu lui soit miséri- 
cordieux, traduit : De peur que son feuillage ne tombe. 

4. oJ'tiDN signifie « faire un pas », c'est-à-dire marcher, de là 
vient yw (L Sam., xx, 3) et dans le langage de nos docteurs n^Ds 
(Yoma, 53 a). 

7. lï"D)3. Abulwalid interprète lïtDE comme un participe passé, 
pour qu'il soit semblable à "P5Y1Ï1, qui le suit. Mais, si l'on veut, on 
peut retourner contre lui la proposition en lui demandant : pourquoi 
n'as-tu pas donné à l^nn le sens du participe actif comme lfû72 qui 
est le commencement du verset? On a déjà expliqué que ir>S?û se 
rapporte aux Égyptiens, et "pann aux Cananéens. Mais si l'on ap- 
plique tout le verset à une seule et même nation, alors il est permis 
de conformer la première partie du verset à la seconde, ou la se- 
conde à la première. 

8. FttfôKoa. On a traduit ce mot par « mesure pour mesure », c'est- 
à-dire on les mesurera comme ils ont mesuré et ils seront jugés 

1 Ce passage est emprunté à Ibn Djanah, Ous., c. 581, 1. 6. 

2 Luma, p. 310, 2. 



54 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nm m t n k c feaio $b »^m pp^a ferrf»* p èbW>k irtm n«oa 
•flWimVtt wtn nara irra m ^p ruai fiw ^sjb #û*ip avn n»pn 
' 2 iths ma d^i i^pb ^33 *n^m »wa *b n^âun ' OT3t i3« pmd ami 

♦ nniK niTKa fii«s D*#j u 1 nn aaa n*B ns:fr jrfcjtài* nmKpri 
TttAa H^Jé p tam ni c:n raa iTan *6i p ^kjnmA» n«wa 
pTD^w ma.*mK ^Jia niK jôï *oi^ p nioa p û^ npi «nb« 
nw3 cy *6 »s >#k nyjn ( pioa^H »b p)15éio^ *6« nVni* *6 Kam>3 
mbbv/i ht rèJîai roni&K wn ♦ anaa fcw w inn rtaa>a ^ j^ri 
/6ri ira >ky im mj£â nai anaa bm »a lasa^K idb>i , a^a n^3È> 

« dke^k pnra *s isra p ^«ao 

ttwi ^y ipk wnufth »3s &3J pn d*ïbk nsib m^o may m ^ 
«a ^s? in «a:« vnaen >3tt ^33 pn nfrip *p >a£n D^a^ *n 

comme ils ont jugé, et le mot équivaut à InNDS iitfD. C'est un des 
mots difficiles et obscurs dont il n'y a rien à faire. — liAïi, est un 
passé, de là vient liïi (Prov., xxv, 4), et ce mot signifie « enlever ». 
Abu Zakarya s'est trompé et a donné le sens de WArti (Ps., lxxvii, 
43), mais il n'en dérive aucunement. 

9. IX En arabe *w5 (la chaux) ; en chaldéen on trouve NT^ (Dan., 
v, 5), les trois langues s'accordent donc, comme tu vois. 

41. mTN72 signifie « allumer » dans le même sens que TVtfn (Mal., 
i, 4 0) ; c'est un participe actif du hifil. Celui qui l'a expliqué dans le 
sens de « cueillir <> en comparant ce mot à WiN (Cant., v, 4) s'est 
trompé. Mais la différence entre ces deux versets n'est ignorée que 
par celui qui est désigné dans le verset même par ces mots : Car 
ce n'est pas un peuple intelligent. 

4 2. "iTOTt nbaiBtt : « Depuis les flots de TEnphrate »; comparez 
Ps., lxix, 46. Le traducteur (Saadia) rend û"nst:a bns par Wad- et 
arisch. Ce wâdi est à environ trois étapes de l'Egypte sur le chemin 
de la Palestine. 



Chap. XXVIII. 

4. ..."ni::. Ce verset est écrit par rapport à ce qui arrivera plus 
tard, savoir la chute du royaume, la disparition de la gloire et l'af- 

1 Nutt, p. 73. 

1 La critique de Ibn Bilam se trouve déjà chez Ibn Dj., Opuscules, p. 127. 

* L'exé^ète aussi durement blâmé rfest autre que Saadia. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISAIE 

rpm riwb& tûKwmw nvùb* tùwi ^o^« ^kiî p nnim ' rrhi ^«*d 
p «in» onaw a»oW crA*wnDK niii:^ }k.tt*6k H*na «n:« Drorn 
njAm »/ipt ^ *n»^n vv^n ^a ^îan {ko^d ^«p «a »^jj ie^k n-iio 
'ip« naé td^k p *ewAk ^d^o «aap w to ditd - î^rco 
mDKpttA fett 1*3 pt6 iron nfeipï **)nr6*tt to^s* «toi ktb: sncsi 
»nw m^u nw ruca-in n^m 3 ♦ flipa pj6« >^k ffaa*6a ^>iiB 
yeAn »jî?o^« f^n «b^i fnnai îtop [y ia5s in is Dain ni^a ♦ sr.sa 
p aino ♦ ïtW?b ipa n*m w 7 : no*6p my iî«5«^ ^q n^ *?yi 
Diprrv p prit?» "psi ♦ 2 ^jjkb *6 ddk «:n n«m d^k «is^àai tî^k 
î3po« ♦ dhîpb ^p'flj; a^no »^oj (J i brw vb m-ocn »i^s p^ *6i 
î D^a p/iin p ffopjo 'pTii? TDfim j«nsa asni Wb«4k^« tj »h> û'û^k 
**bS k.-û "tkiû^kï asck^k nstpaj kûdk *ip^ ip ii& isr >a *o 
^ria î?r«B *6 cd« nrm » :i njM>a «riant* *nrn irtsw ^«^ cri 45 
t6a la n^«n i*îbk H3 tt ♦ Tor *a sprc* bup mtji .wn nw 

faiblissement de la puissance. Il décrit les têtes des Éphraïmites 
comme des vallées d'huile, parce qu'ils emploient beaucoup de par- 
fums, et eux-mêmes comme malades par l'ivresse du vin; comp. 
Prov., xxiii, 35 où iniwbtt est parallèle à ">31i!rî; N| 7û*ibn est un parti- 
cipe passif. 

2. . . .ÙITlD : « Comme un torrent qui est produit par la glace », 
parce qu'il est plus puissant et d'une course plus rapide, et il est 
accompagné de violence et de dévastation. — . ..fP3rt. Ce mot dé- 
signe son action de faire tomber (Éphraïm) à terre par force comme 
des constructions. . 

3, ïT3D7:nn, Il devrait y avoir oa-in, puisque le verbe se rapporte 
à ma*, qui est un singulier, mais comme le mot a un sens col- 
lectif, on a donné le signe du pluriel au verbe. 

7. . . .ÎJUD: « Ils ont négligé la prophétie », et ils ont eu une 
science faible ; ïian est ici un substantif et non un participe ; "ipD a 
ici le même sens que le verbe a dans p" 1 ^ (Jér., x, 4), qui signifie 
« il ne se détache pas ». 

9. "•'bïfaâ. Le mem du pluriel manque, sans qu'il y ait annexion, 
les deux mots sont des qualificatifs, et, p^n^ signifie « écartés » dans 
le sens de pn2"n (Gen., xir, v. 8). 

10. il!: et ip sont des noms où les troisièmes radicales manquent : 
le sens de ces mots n'est pas clair. 

4 5. iinn WD2 : « Nous avons choisi une avant-garde » ; ïitirt est 
un nom et non un participe actif, comme SWi et d'autres. — 
. . .lDIO. Un malheur qui arrive ou une épreuve qui passe. 

1 Ms. ib«. 

2 C'est l'opinion d'Ibn Djanah, 5. v. 

3 C'est-à-dire : « pour nous avertir de l'approche de la mort > ; cf. Ibn Djanah, 
Ons., s. v. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

CCS »JB "Otfl î6l H\S2^S CDS .pK [V5É3 10 s >JJH ' ,; ; ' mflJB 

ïibrwbx ffrfcKûVa ^sv?:s\s jpai J«b psa^s bytbx fctb -by hvxth* 
na d» A ctr irs ^na ;^rsc\s kbdk pan pt panen *6 jik^k 
>a ruM tt pscn iin f jma ps tKrnvn cpi Dp -^in fcm sp d^pit 
Sna ^do rmi? dkd*6k ces P)d5o^« ^is^s ♦ icia -roia : ma [*am j?iia 
ktwb : si r£/iai tîb^k b^Jhh» p ^îysa *jkAri mai atrna 
-:sri^sT ^Tpwa ^is^s Ssp ix îtb n^tspj ps û^ï c^a ;^s oy aà s 
manya sîsi srai wAai n^s iraK/i ispnrs^s sin jsd -ma 
»jaî> 1^1 nra^ ^i»r6« nsKaa s^i sarra m&i "f^p ?£* o^ 1 «anpiia 
nnoi > 7 : ffeoi r&p w nM» p^s sin p np ^ps w ja anaa piis 
inc^s ppi/i ns*abxi *s ino ibee» o*ai Tipn^si ! a^pe ♦ ibtbv» a s a 
^3?b sas iptp inc ^s n*à' ;s -pw k^k \V onairp rus m p:tba^s 
h^s mr^H inc^s ^s truiM npœai rAip >b cipa^s im m non» »e 
ns oa/ma "»ai ,8 t 3 pBTJnB ns^abs nsiin na p-mDjn ddjs cru:» 
ns ma uma cn^p tt ma^s ya orrons ^k tis^s ica^i ♦ma 

4 6. "O" 1 est un participe actif, et tu n'ignores pas que le participe 
actif se présente sous la forme des parfaits, puisque tous les parfaits 
des verbes à deuxième radicale faible peuvent être des participes 
comme BT25, I Sam., xv, 2, à côté de dlD, Zach., xu, 2, de même Dp 
(qui peut être parfait et participe) et d'autres. — *jm ps : « Une 
pierre fortifiée » ; c'est-à-dire qui est dans un endroit fortifié et inac- 
cessible. — Le premier TOta est le nom des fondements, de la forme 
b"D£, comme atOlp et T-nft, et le second le participe passif du hifil ; 
on trouve de même, avec uu dagesch, 3£fa (Juges, ix, 6). Ibn Giga- 
tillà a commis une erreur en disant que le premier TDïft est un par- 
ticipe passif, et le second un infinitif, car une telle opinion est con- 
traire à la grammaire et au sens. Et, si tu te rends compte de la 
place de ces deux mots, son erreur te sera manifeste. Et si je ne 
craignais pas d'être trop long, je l'expliquerais ; mais j'ai confiance 
dans l'intelligence de quiconque possède la moindre connaissance de 
cette matière, car il repoussera complètement cette opinion. 

47. nnoi. Il y a une inversion, et cela équivaut à : ido^" 1 &iMl 
nno, c'est-à-dire « les eaux emporteront l'abri, par lequel ils croyaient 
pouvoir se garantir du malheur ». Il a négligé d'annexer à *ino le 
mot ipo, comme il l'a fait pour nts Ï10TV2 , mais ce mot se trouve 
dans la phrase qui précède : 13"in03 *iplDai ; l'abri trompeur sous 
lequel vous avez cru pouvoir vous cacher, les eaux l'emporteront et 
vous serez vous-mêmes entraînés. 

48. ...^Bdl : « Le traité que vous avez conclu avec la mort sera 
rompu » ; il fait allusion à ce qu'ils avaient dit : « Nous avons conclu 

1 Ces mois obscurs désignent -ils deux situations différentes ? 

2 Mb. «Vl- 

» Ms. llD'un^HD. 



GLOSES D'ABOLI ZAKAK1YA BEN BILAM SUB ISAIE 57 

î^dd^i ftrb* îm niB3 bj)r\ xb }o n^wfi dd> d^ ^j?b im ma 
amenai dsjk orœô »n^« nV'^ai *nipr\ xb ^«^ n& Dnmrm 
twne^« lasp ♦ yintivia wn 120 »3 2() trûrin *6 n«s«f?«3 h'ïTiB 
làsèa ^d «^ nnyva yr ;a jn» ^jîs yw yxn bzx .nxbx \o 
vtiflDeb» w »Api yni? ^p rai ^ynctf tosb jnmpriBi ♦ jhjwrb 
vmh» »o Pi«^«i piDD^.« ;» ^i*6« EDp^>K 'jpa 'fi ♦BjDiTO ma rcDam 
♦ d*sib in^ >j 21 ♦ ' np«à «nnnn D8Bàj*6K i:y \s miapa^K f]«3 
be> dd*i b*xib ^yan m «a'! r6ip:D b'Jib^b^k *b m fîypi »i»« vtr> 
Abb^k i^d^«3 wi.t nypi ^« ut \)ym pars n^ipa l'tP'i m 
tî vrewB nwj;^ n^ps tti as&h* rA nspi kjtbi rrèp pisairiB^ 
[B *a rfrapj p« nnp .#îkîp tcn:i n^ina i.ir q^ kiïïk yâr^ wjiû 
tj by bv nba piBS^K nia n^nnc b^i ekbb^k >:r iTOb ir in 
ni ^ij6k ^y snàa im ininy rra: imw lai? 1 ? ni rfr«p «a 
rinjD n'irpi bx n*i«^« m kh^/ib ^bj;> d^ fiaipj^K p yia m m* 
"j }kb?^« ja pr «a ^p« *d ikj pim tb« f]^« riap k,yb -^.ik n^« 

un traité avec la mort » (verset 15); 1B5 est le passif de la forme 
•TiBB (Is., xlviii, 11), et ce verbe signifie « laver, rompre ». — 
. . .ûDmTm : « Et l'avant-garde que vous avez cru établir pour vous 
garantir des malheurs ne subsistera pas. » 

20. ...latp "O : « La couverture est trop courte pour traîner » ; 
la racine de y£72 est 22C\ comme 3>1ft vient de 3H\ Le yod a été 
inséré dans le £ qui a un dagescb. annffln est un infinitif hitpael, 
dans le sens de 3n"îiB (Lév., xxn, 23), qui désigne celui qui traîne 
la jambe. — . . .ïiBBttSTi. C'est le même sens que dans la pre- 
mière partie du verset. Le kaf qui se trouve avant l'infinitif est le 
kaf de proximité, c'est-à-dire lorsqu'on se réunit sous la couverture, 
celle-ci est trop étroite. 

21. .,.n:~0'0. Il fait allusion par ce mot à la bataille de David 
contre les Philistins, comme cela est raconté dans II Sam., v, 20, et, 
par le mot 1*1*330 p/2^3, à la bataille de Josué avec les cinq rois 
ligués contre lui ; c'est à cette occasion que le soleil s'est arrêté 
pour lui ; et, par le mot lïTi^ft 1T, il entend : « pour faire une chose 
comme on n'en avait jamais vu de si étrange et de si anormale ». Ibn 
Gigatilla lui donne la valeur de « celui dont l'action est étrauge », 
c'est-à-dire le pécheur; il n'a pas examiné la fin du verset qui in- 
dique autre chose que ce qu'il a dit et c'est ïmBa inTmy "in^b 
irma?, parallèle au membre de phrase précédent. 11 a en vue un 
châtiment nouveau, comme il n'en avait jamais été infligé, et c'est 
une allusion à la chute de Sennachérib, où 135,000 hommes périrent 
brûlés par un feu, dans le moindre temps possible. 

1 Cf. IbnEzra, ad /., 28. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Titri une» M traite mai npi \i&* nnbii ddk ♦ mniw n^a »a 82 
■pn« cp^r tw dm aw *fi ^ns'j r&i pwta anan >jya »e ♦ ino*m 
p*>m 20 j ywb^k bvpfh* p fep/oa ^s aptfi A w wy nn >di 
,tc idb ♦ rmt» roi ctri : iin^a . pnr p»ai : rwfea ira née ♦ nscp 
d^st i^îai Hain^Ka nsa* pK$>« p sa a-ia^a vb* tt nbi ferpea 
pwkVp^h ptot&t *bdji as KY/iai pw rrwi n^ipa *u«aB Nà>* n»pr^ 
p vn tona^a n*e idb ♦ v&aa riBDai t ' yatyji or6j rbt »bj? im p*a 
toia^na ffîn MppD »c ;m . rtbdj »/6k aiartas jid^i ffean^K fiimum 
W-fcin n&w&K jwiBflSD^a p mi ta«oiK^s Hpippefea aian^a p sm*6 
n$>na pa*n Ajn DrAip^ wirfcûï -s »r£ b'ï fbwb* btàix *f& *by 
nDM maA* nin nnn pi • pwin feyw r&iatPi D*BDam onwm dwi 
pw ir [Boa hfl 5>jw r^iat? ir «i^«p mw *d V'r p$»iK^i tj *6 
dkt ffen ♦ PME? ptr pnna *6 »a ~ 7 : s ^ naip sa p^s -mai 
«njv*n ipi JiiAk T\yb& an-sorn T*rr6«a nnsao pa/i npi d^û^k «na 
car «na fa kpi# rfcipfe n^napi îa« b&p K»a ppa^K in b^i fines» 

22. ïTSMWi est un nom formé avec un nun en tète ; j'en ai déjà 
donné des exemples. 

24. ^Wn a le sens de « labourer », il y a un exemple de ce verbe 
dans Job, xxxix, 4 0, et dans les petits prophètes, Osée, x, 41 ; c'est 
un futur du piel. 

25. n^p a été traduit par PSiia (nielle). — l pft5 est une plante 
connue. — ÏTïlTO a été traduit : « à une place à part », (le prophète) 
veut dire seulement par là qu'il destine une certaine mesure de 
terre particulièrement pour le froment; de môme il désigne une 
place pour l'orge en disant Ittoa SnsUDl. Fréquemment les anciens 
appellent le signe f^o ; ffcttJa a la forme de dftba et de 3>21B5. — 
n^DSi. On a traduit ce mot par iÏ30 , -o > espèce de froment; mais ce 
ne sont pas ces grains que nous appelons dans notre pays î-ïïd-d, 
car le n^OS fait partie des grains qui sont fendus au milieu, et est 
une des cinq espèces qui fermentent, la preuve c'est que les doc- 
teurs le comptent au nombre de ces plantes {H alla, i, 4), et que de 
ces cinq plantes seulement il est permis de faire les pains azymes 
(Pesa/rim, n, 5). Les docteurs émettent l'opinion que rtTflD est le 
seigle et que \12Cj désigne l'avoine, mais le sens simple du texte est 
ce que je viens de te dire. 

27. yntl est un instrument avec lequel on bat les grains, quel- 
quefois il est recouvert d'une lame de fer, les Arabes l'appellent 
naouradj ; j'ai déjà vu cet instrument sous cette forme. Le ynn 
n'est pas le joug, comme l'a dit Ibn Gigatilla, puisqu'on parle d'un 

1 C'est-à-dire que *J'255 est un nifal ayant un sens actif. 

2 La traduction des plantes citée est celle de Saadia : voyez Low, Aramœischc 
P/Janzennamen, p. 105, 106 et 128-129. — L'explication des rabbins est tirée de 
j. Hallah, 1, 1 (. ! i7 h). 



GLOSES D'ABOU ZAKAWYA BEN BILAM SUR 1SAIE 99 

rm w in ;kd aam nï3*i «on witrtu mcp *e idbi msp tw n^ipa srr^ 
^pitea jo n^ws dd> n£ ^b Enn ♦dt^k p? ira/iDa^a aian 1 ?* ;a 
ins6 m33i ^>;ia m n^oy fois* «h w » pan ^y n^y |bi*o j an^a tîd^« 
tto^k ^pfi^ ;a nh'KB CD» d^ ^b 3D»i ♦ û>^db^ 'nbnn) jn« *6 

iaip* Dip t^riai p^ j« îtb j«2 rni^ai pj^K bnyn ni&b Htîb ™a^K 
r?i nw ^ya^Ki ' p^na^a jikh ;a ^a» rm:r ♦ in^s? b&î carn : nai 



n^nib» >ao .isp:* BMn JD'Tpû^ JV2 ap^ ^«n» ^«n« m * 
im - piia «a tj »c n^ai ispr anos npi ". û^n :mb& ^ n'nma^K 
pno^s *k n»«3!s hj« ^p * nmissai n^a ^oi 7 , n:r6tf ^ya *b kot 
:nT:n ybzb Kit* Dmon rrna *3 jm^aas ^j6s n^B arp^K 
nanarn (J :.ï3a im ppïtf sm ja pn^a nÇ«5 tidot ♦nppw wtx\ s 
*à nria jfiDKbtf ma ijwï wywn \&-a «bki ♦ nnnb^ *3ya *b ♦ inam 

instrument qui sert à battre le grain, comme il est dit r:£p 0*n\ 
Je viens de dire que lnitp signifie nielle, peut-être est-ce la nielle ou 
tout autre grain qui n'a pas besoin d'être battu. — "Q1V est un passif 
du hifil. . ..1D1N1, pour Ibifi* nVi, comme \-iVnm (Is., xlii, 8). — 
no*> est un passif du hifil, la forme primitive est nnorp, comme *\bw 
pour ^bw. 

28. ttîi*7N. L'alef dans cet infinitif est explétif, parce que c'est un 
verbe è la deuxième radicale faible ; il devrait y avoir ©il comme 
"itnp" 1 tnp (Jér., xliv, 9), — Ce mot . . .ÛfaîTI est le futur d'un verbe 
à racine* géminée, et le sens est : « il le troublera et fera tourner 
sur lui la roue du char. » 



Chap. XXIX. 

\. b&O^N est un surnom du temple. — irpj" 1 û^ft. Il nomme les 
sacrifices offerts pendant les fêtes des pèlerinages û'ttfi. Nous avons 
déjà expliqué le mot Isp:)" 1 ailleurs ; ici il a le sens de « sacrifier ». 

7. !~p:]£. On dit que c'est pour ï'PKM:, c'est-à-dire : « ceux qui l'at- 
taquent », l'alef a disparu comme dans DiTiB!": (Eccl., iv, 14). 

8. ï-rppTtt tûDj! : « comme brisée et entamée » ; ce mot est de la 
même racine que "p^ro (Prov., xxviii, 45); c'est un qualificatif. 

9. liram ltroïtann, dans le sens d'être stupéfait; quant à i^^nûn 
"i^Oi, ce verbe signifie « demander du secours » ; c'est-à-dire : 

1 Ces mots ne peuvent se rapporter qu'à 15pT^. 

2 II faut peut-être lire ^"Pûbtf Î^ÏT. 



I '» REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rue pr^s oipB ro TO&ifcm ♦dm B?wA» n«B*&K pnaJto «» ki^ç 
fhwri!?Ki ir: 1 ?^ ^ro p ♦ *"• m^î? "p '3 4(J tro^an ^rtnni ^iia 
DntttCKa pi . orrp n« DXjn * rfrsÀsi jik3d^k »*n ddkim ip »a 
û3*?K.in son icd ♦oinnn ncon naia n :n>? cwi ^hûS îm ruai 
ppjp xb ' rua »^pi nap^s [K tt sîuki ' D^p» &b p p «dd MUia^K *6 
p »^p rrni bria îm «nra *6 *jAk bib5^k p rum np«^no«^ «In 
fanao ûtup m*ra ip na^« n«inA« jk »« msa ddei rû^p by p 
P^jidû ai nT3 ^j?j p ^na or&riai • rtutdîib» vh bwrbat np^nDD 

p\S %L \S D*Ô3 *D1 D»W3p»Vl TBD CHû^l r&lp *OTI "1BD ^JÎai H3B» *6 

rma nbt »^p bj?«e .rnri opn ri« K^erré» *jw >::n i* : -iid s di iddi tdm 
hop Ma^p f« nnaiiJi .wn* wn icinD d« DDaen /,g p^tu "join 
^n p^K ds waP nb y:xxbb pû$>K ïnp» »*»^« ijôd^k po r6pD ^no 
ncait^K ^rp im ddx oa5fin [« thym ♦ ans» *6 m« np^Ki p înp» 
/vs/ir&ai &*pnh^ ^2 tswbb &b dki tanra p ipn -p >m ^rio -|Bn 

« criez : du secours ! contre les malheurs qui fondent sur vous ». Ce 
mot est redoublé, en même temps que la deuxième radicale est 
tombée, comme bnbnnm (Esther, iv, 4). 

10. ^D: a le sens de « tisser » et de « couvrir » ; le sens est : « Il 
vous a couvert de l'esprit de torpeur et d'incurie ». — ... tasta^i : 
« Il a fermé vos yeux » ; de là vient, à la forme légère, ûj£13> 
(Is., XXXIII, 4 8). 

4 1. airnn "12D signifie ici 1' « écriture » et non le « livre», comme 
l'a pensé celui qui ne sait pas. Le prophète veut seulement dire 
que le lecteur, bien qu'il connaisse l'écriture, ne reconnaît pas cette 
écriture-là, parce qu'elle est mystérieuse et qu'il n'en distingue pas 
les caractères. C'est une parabole qu'il applique à ceux dont le cœur 
est fermé et la vue obscurcie. Le sens est : les prophéties claires 
sont devenues pour eux obscures, difficiles à interpréter et ils ne les 
comprennent pas. Le prophète les compare à un homme auquel on 
remet une écriture mystérieuse qu'il ne sait pas déchiffrer. nDD a 
donc ici la même signification que dans Dan., i, 4, et dans la parole 
des Anciens : "ins^oi nsai nDOa. 

4 4. rpD"P est un participe actif formé comme *p:nn (Ps., xvi, 5). 

16. ... E-DDir. La traduction est : « Certes, il est pour moi facile 
de vous transformer comme se transforme l'argile entre les mains du 
potier : Vois-tu jamais l'argile dire de l'ouvrier : il ne m'a pas fait» 
ou la créature dit-elle de son auteur qu'il ne comprend rien Y » Sache 
que ûdpcïi est un nom; sans suffixe, il a pour forme "p" comme 
Ez., xvi, 4. — UN n'indique pas la condition, mais sert à affirmer et 
certifier, comme dans Ps., lxiii, 7, etc. Sache que Rab Hay a dit, 

1 Ces mots désignent Saadia. 

2 II paraît manquer [sbbN EH3H. 
1 Se fer Yesira, 1,1, 



GLOSES D'ABOU ZAKAMYA BEN B1LAM SUB ÏSAIE 61 

mnbs >b bxp b'\ "un un {« b^pki ♦ htji *jw ^r -p/mr dk ^iia 
D33cn i»w»i Tj?n ii« 'ion >r6:A *id rrtpa "pn ftfc ;a Tir a^ ma 
nii^w «n pr DMTcnDM wïj?^ nwa ia*r »3 r6ipi ♦ farads fini ;a kt,t 

♦ atim* *w^ t»OT3ni ^aia^ p:a^ atri 1 ~ : ^ inn >ma« *5n ^/ia »rn 
j« aas Km\ro Titt^ft Wp^a yiia^K W *nn n«ie»«^« 103 tt 
p «i«jtt>« ^p« ^aia^Ki bmbx ja KTKitfK ^p« rua pw^ *b ai*?ya^K 
o^inn «m an wa^n 1» :*nn D3j? Wpn t*ok «'tki kw^k 
tfri bip arra p^8 *wtft« n,T3K nva YBKBn^K np« . >aa nn 

• pttnp* wa mia^i 21 ♦innomma: /irai vasn nasn .ttdkï r6p *a 
d«^d *b *wpi }Wp« rua jk irpi ' nyaa mr «an p^nny^s rra ips 

»3 23 f ^i5^« »3n.T3TT1 pr^K T^ÏEK ♦ 111^ WB .TAS? *6ï 22 j pS^K 

a^m 2'i- ♦ *>t >wa in Trïta^K kt,-q ^jb^ki ft'Yîa <tb ikï^k ♦ m^ unira 

«asm *np^> itûan rpjr ^jna b^k in np^i pn^s Wt^k ♦ np^ na^ 

bk^ki dt5j&k D.Tî3«j?n Tyn d.tj« »« bd^.tk3 urim ja a>:urn pjiœa 

tmo ^wa im Taa^x dWk cfryn ^bx pnr nia^a yj it6« >a 

dans le Haivi, qu'on ne trouve dans la racine "fD!"ï qu'un exemple 
avec dagesch (dans le kaf), c'est ^aiDM (Gen., xix, 21) et il a omis 
l'exemple de notre verseï par oubli. — ^îfaÊO ^a est une interrogation 
sans hé, il faudrait "Oïl, comme dans Job, vi, 22. 

47. . . .-aiDl. Le prophète parle de la croissance des arbres, au point 
que l'endroit qui avait peu d'arbres en aura beaucoup, comme on 
sait que le Liban a moins d'arbres que le Garmel, et que le Gar- 
mel a moins d'arbres que la forêt ; lorsqu'il veut parler d'une dimi- 
nution (de la végétation), il renverse l'ordre. 

4 8. ... n^iaian. L'interprétation la plus acceptable de ce verset est 
que (les sourds) sont les ignorants dont il a parlé auparavant dans le 
verset 44. 

21. *j"i*Op"'- On traduit ce mot par : « opposer ce qui est désagréable 
à entendre » ; on dit que de cette racine viennent les mots 'jriapN et 
fcoiap dans la langue des ancêtres. 

22. wiïtv Le sens primitif est : « être blanc » ; ici il désigne la 
honte. 

23. nnana. Le vav est explétif, car cet infinitif a pour régime 
^ Si©*». 

24. Û^YT) signifie ceux qui ont l'intelligence faible, et npb, la 
science comme Deut., xxxir, 2. Peut-être û'rçjn a-t-il le même sens 
que "tëiHm («#., i, 27). Le sens serait : Après s'être mis à bouder et 
à se livrer à des bavardages inutiles, ils reviendront à se laisser ins- 
truire utilement; "p"n serait donc le participe présent de ce verbe. 

(4 suivre.) J. Derenbourg. 

1 L'interprète est Saadia, et la citation paraît empruntée à son commentaire. 

2 C'est l'explication de Saadia. 



LE K1TAB AL-MOUHADARA WA-L-MOUDHÂKARA 



DE MOÏSE B. EZRA ET SES SOURCES 



CONTENU DU LIVRE ( SUITE l ) 



Chap. VII (94 a). — La question que Moïse b. Ezra traite dans 
ce chapitre est d'une importance secondaire, à savoir si on peut 
composer des vers pendant le sommeil. En raison de l'impor- 
tance que l'oneirocritique a eue dans les pays mahométans et du 
grand développement que la littérature qui lui est consacrée a pris 
sous l'influence des sources grecques et orientales, Moïse b. Ezra 
a raison de dire que cette question aurait besoin d'être traitée 
avec ampleur. Or, il n'avait guère pour cela l'espace nécessaire 
dans son livre -. Il commence par déterminer le caractère du 
sommeil. Le sommeil et l'état de veille sont des états successifs du 
corps. Le sommeil, c'est le moment où l'âme cesse de se servir 
des sens et où le corps se repose des mouvements volontaires. 
Par contre, l'usage de la pensée et de l'imagination est plus 
grand pendant le sommeil que pendant l'état de veille. Les mou- 
vements intérieurs du corps, la chaleur, les vapeurs montent et 
remplissent l'intérieur du cerveau, paralysant les fonctions des 
sens. L'âme perd la conscience des choses et n'est plus maîtresse 
des sens et des mouvements volontaires. Alors le corps et les sens 
se reposent; seul, le sens commun continue à agir 3 . D'après Ga- 
lien, l'âme, pendant le sommeil, se retire au fond du corps. C'est 
par les divers états du corps que les songes s'expliquent. Les phi- 
losophes, en général, et particulièrement Aristote, dans son traité 

i Voyez tome XXI, p. 98. 

2 Les théories d'Ibn Kaldoun, Moukaddima, p. 397, sont intéressantes pour ce 
sujet. Voir aussi Kaufmann, Die Sinne, p. 72. 

3 ^"ir'J^P^ CîTTN — t|nn - w^n "ûltl- Sur son rôle pendant le sommeil, voir 
Schem Tob b. Falaquera, ©SDH '0, 8«; Kaufmann, ibid, t p. 6$, 



LE K1TAB AL-MOUIIADARA DE MOÏSE B. EZRA G3 

De sensu et scnsibili, ont traité cette question plus longuement. 
Moïse b. Ezra rapporte quelques-unes des théories qu'il connais- 
sait à ce sujet. La plus intéressante est la théorie de Vun des 
savants de notre peuple, d'après laquelle les songes ont quatre 
caractères propres : 1° ils sont les sens de l'âme, c'est-à-dire : ils 
sont les sens intérieurs de l'âme par lesquels celle-ci peut percevoir 
quelque chose, sans le secours des sens corporels ; 2° ils sont une 
force divine qui amène l'âme à la connaissance de la raison ; 3° ils 
sont des mouvements de l'âme, mouvements dus à l'action divine 
et lui permettant de connaître les événements futurs ; 4° pendant 
le songe, l'âme ne met enjeu que la pensée, et non les sens cor- 
porels. — Les songes vrais viennent des perceptions de la raison 
pure qui n'est pas influencée par le sens commun *. ~ M. b. Ezra 
cite encore une théorie d'après laquelle les songes que certains 
hommes ont le matin sont vrais. En résumé, dit-il, rame a des 
perceptions plus nettes pendant le sommeil qu'à l'état de veille, 
quand elle est détachée du corps que quand elle s'y trouve unie. 
Cette assertion, à l'en croire, serait confirmée par un passage 
d'Aristote, d'après lequel l'âme, quand ses pensées sont pures, 
découvre les choses cachées. 

Après ces préliminaires scientifiques, notre auteur ajoute : 
« C'est un fait indéniable que l'on peut faire des vers pendant le 
sommeil. On raconte des faits pareils de personnes célèbres de 
notre nation, de gens que l'on ne peut guère taxer de mensonge, 
par respect pour leur science et leur caractère. Ainsi, par exemple, 
R. Masliah, rabbin de Sicile-, dans ses notices biographiques, 
qu'il communiqua à Samuel Hanagid, raconte que R. Hâyâ Gaon 
trouva dans les Consultations de R. Saadia al-Fayyoûmî un mot 
qu'il ne comprit pas. Il y réfléchit et, comme il s'était endormi, 
R. Saadia lui apparut en songe ; il le consulta au sujet de ce mot, 
dans la langue nabatéenne qu'ils parlaient tous deux. R. Saadia lui 
répondit en le renvoyant au livre où il pouvait trouver l'explica- 
tion de ce mot ». — Suit le récit d'un songe de Samuel Hanagid, 
qui a été déjà relaté par Munk. Isaac b. Gayyat rapporte qu'il 

1 gg h : on arn-iba 1« bisba 4 ôTT-iba -mn "ja wns» wzbv y$s bapi 
•nanba iïï-ïi \n tiaaRaba «ssoNim an&npi annan ^ anon wn osabb 
rnp ■^snb&n rihkoâba s&nnba aoiri Tas riin&oba Snobas Vv\ iy 
nbanbai rnbp^ba ftyrasbfl triaabfiu ùb^bb DDjbb rrr>nn7û rrnabtf 
ssnb rhm li^D nïïs î^rrssDïn f^nï-nssm Ds:bb "nhaba "pnnn 
Kï-jnrà 173 D&nnba bwaynotf 3>b*ïi nasbb DB3bà baaajnsa ïiâa stoânbin. 

a Voir, à son sujet et au sujet de ses rapports avec R. Hâyâ, Neubauer, Notice 
sur la lexicographie hébraïque, p. 169 ; Steinschneider, dans Jiklische Zeitschrift fur 
Wiss. und Zcben, II, p. 301 ; Weiss, "TOTm Ttt W, IV, p. 181. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avait formé le projet de composer un poème sur les souffrances et 
la délivrance des Juifs de Lucena. Ayant réfléchi au titre que por- 
terait son poème, il composa en rêve les vers suivants : 

Écoutez les louanges du Seigneur, que proclame 

Isaac, surnommé le fils du Libérateur, 

A la gloire de Dieu, qui accorde la paix que nul n'ose 

troubler, 
Qui procure aussi à l'homme un repos que personne n'ose 

agiter. 

Il nomma donc son poème : « Poème élogieux » l . 

Il y a beaucoup d'autres faits semblables -. Les anciens disaient 
que le songe est une partie de la prophétie 3 . Ils entendaient sans 
doute par là les songes provenant de « l'âme pensante ». Mais les 
anciens avaient aussi des maximes affirmant l'inanité des songes, 
ce qui, aussi bien que la vérité de certains rêves, peut être prouvé 
par les paroles de l'Ecriture Sainte. 

Mais ces terribles apparitions qui se voient parfois en songe et 
dont on a rien vu et entendu à l'état de veille décèlent une pen- 
sée quelconque ; le sujet croit, il est vrai, qu'elles n'ont aucune 
signification, attendu que ces songes dépassent le domaine de la 
raison. Mais il n'en est pas ainsi. Un interprète sage et pieux 4 , 
dont la raison serait supérieure à celle de la personne qui a vu le 
songe, pourrait expliquer celui-ci, car l'interprétation des songes 
est une science des choses cachées qui vient de Dieu et que Dieu 

1 waba tpb»n îibaM "ni» Nia ttbb» n s-ièt:» *p pn^i n &wipn ^bSi 
rtbba srm ma an rrinsbai srip^bN \k ïmmn rfcàB^ba ^b* ■na k»*b 
rima "»b niDSKB swpbm spb«nb« firin ïroona înbKa baia «ïni "r^a "je. 

y»«iM vzv an^i n^K pnsti 3^31 t»bn m nbnn h:>ot 

avw ifcn E3ip©i n«« win ûa. 3»^ ^i nr n"ON b«b 

2 Tin songe pareil est cité dans Med. Jctv. Chrcn., p. 117 : N'-pTSJ 133*1 Ï~TT"| 

piosn nt ib rrcm m»3aîi mns b^ tnbn nbaia bawi nns D3>b. Nous 

citerons cet autre exemple d'une époque postérieure, dans JrnBlBîl "llftlS*, 125 d : 

■;•;■:: «b m^mb^r: m^BiîTh b'b3?n fittana b^inijiDttîi "nania m^rt û*i 
edb©» j-naT noaroa iïtieibibb b"T "nbri DTnina'nb snptt 172:: Birb^aE 
z-bwb ixsp ■wrabi d-na 'ars ib&ia Bibna Trrnaa lïïibna Transi m» 

D*Diaa ^pB^B nt rrn "^y 
trab» b^cûbiï: D3»a r-wirn 

3 Berachot, 57 & : ïffct'iaab B^ttttBtt *7riN Blbri. Cette opinion a passé aussi dans 
la tradition mahométane ; voir Al-Bouchâri, Kîtâb al-ta'btr, n° 4 : ta "J'Q'lftbN N^TH 
fTDab» p KW ^JUalRI rinB p; Al-Tirmidhî, II, 44. 

4 Cf. les conditions de la critique des songes chez Samuel b. Cbofni, Trium scr- 
tionum postcriorum libri Genesis versio arabica cum comment ario , éd. Israelsohn, 
p. 8. 



!pt3Dtti ni?ûb r\y D^^b?a 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 05 

communique à ses fidèles, comme le montrent de nombreux 
exemples de l'Ecriture Sainte. 

Les physiciens croient que celui qui voit en rêve beaucoup de 
mers et de fleuves a abondance de flegme ; ceux qui rêvent de 
feu, d'éclair et de guerre ont abondance de bile jaune; celui qui 
voit en songe beaucoup de couleurs ou de sang qui coule est un 
sanguin; voir des couleurs noires, c'est signe de mélancolie; mais 
d'autres rêves n'ont aucune signification. Beaucoup de savants 
ramènent les songes pendant lesquels l'homme continue ses occu- 
pations habituelles au sens commun. La même chose peut arriver 
au poète, quoique ses occupations ne soient pas un travail corporel 
et ne puissent, par conséquent, être ramenées au sens commun. 
Gomme il s'occupe très activement d'écrire des vers, il peut lui 
arriver d'en composer en songe, mais rien de caché ne peut lui 
apparaître dans son rêve, sans cela il serait un poète-prophète. 

Nous voyons que, pour arriver à la solution de cette question, 
M. b. E. a recours à un grand déploiement d'arguments et que, 
comme c'était d'ailleurs à prévoir, s'appuyant sur la psychologie 
aristotélicienne, il donne une réponse très plate, quoique la litté- 
rature de la critique des songes l'eût amené à la croyance à l'in- 
terprétation des songes. 

Chap. VIII ("71 b). — Ce chapitre, qui forme la plus grande par- 
tie de l'ouvrage, peut être divisé en deux sections. Dans la pre- 
mière, l'auteur traite de la poésie et des poèmes en général ; dan* 
la seconde il parle, en vingt paragraphes, des tropes, des figures 
et autres beautés des poèmes. Au début de ce chapitre, M. b. E. 
déclare encore que la langue ne forme pas l'objet d'une science fon- 
dée sur la réalité des choses, comme l'arithmétique, la géométrie, 
la musique et d'autres sciences 1 . La science de la langue, ainsi que 
son'objet, est uniquement affaire dlstilâh, de sorte qu'elle n'est 
suffisante que pour le peuple qui se sert de cette langue ; mais dès 
qu'on arrive chez une nation étrangère qui possède une autre 
langue les connaissances linguistiques antérieures ne servent plus 
à rien. 

Dans ce qui suit, M. b. E. se prononce sur les questions les 
plus diverses de l'art poétique, mais il tient trop fréquemment 
compte des opinions d'autrui. On peut dire que cette partie du 
livre est un assemblage bigarré de morceaux rapportés, ce qui peut 
se justifier par le fait que les livres iïAdab des mahométans ne 
sont pas autrement composés. Ajoutez à cela qu'il suffit d'un mot 
dans une citation pour entraîner M. b. E. à une digression et à 

1 Cf. Revue, t. XXI, p. 100. 

T. XXII, k° 43. 5 



06 REVUE DES ETUDES JUIVES 

éclairer le sujet nouveau que ce mot a évoqué par des citations de 
maximes nombreuses. Souvent en chemin, une nouvelle digression 
s'impose ainsi à notre auteur. 

Nous n'en essaierons pas moins d'esquisser la marche de la pen- 
sée chez M. b. Ezra. 

Après avoir indiqué le contenu de la poétique d'Aristote, il fait 
ressortir la nécessité de la connaissance de la grammaire. Si cer- 
tains disent que la grammaire ressemble au sel, dont il ne faut pas 
abuser, mais dont on ne peut non plus se passer complètement, 
cela est vrai seulement de la grammaire arabe, mais la grammaire 
hébraïque, il faut se l'assimiler entièrement. On peut l'étudier dans 
l'introduction du Kitâb al-lrshâd de Iehouda b. Balaam. 

Quant à la métrique, Thâbit b. Kourra dit dans son livre sur 
Y Ordre des sciences qu'elle est naturelle, c'est-à-dire que le 
mètre est une chose essentielle 1 . La connaissance de la science 
musicale est également utile au poète. 

Suivant Aristote, le philosophe ne doit pas,, lui non plus, dédai- 
gner la poésie et la rhétorique. Toutefois, qu'on ne s'imagine pas 
qu'on puisse apprendre l'art de la poésie : les poèmes doivent 
jaillir de la nature même de l'homme. C'est pourquoi il y a eu 
d'excellents prosateurs et de grands philologues qui n'étaient pas 
poètes, comme, par exemple, chez les mahométans, Ibn al-Mou- 
kaffa 2 , Abd-al-Hamîd 3 , Al-Asmaï et Al-Gâhiz, et chez les Juifs 
Abouhvalîd 4 et Aboû Ishâk b. Saktâr, qui est aussi appelé lbn- 
lâschûsch. Il n'est pas donné à chacun d'écrire des poèmes. M. b. E. 
expose ici que chaque homme a des prédispositions pour quelque 
chose, et c'est là ce qu'il doit étudier. Il faut que tout soit étudié ; 
il est vrai que cela n'est pas réalisable d'une façon absolue, la na- 
ture humaine étant bornée. Tout cela, M. b. E. l'établit par des 
citations. 

Aristote, dans la huitième partie de sa logique, a distingué huit 
caractères de beauté dans les poésies. Selon lui, le poète peut 
atteindre son but en remplissant trois conditions: la concision de 
l'expression, la beauté des comparaisons et la nouveauté des pen- 
sées. Les Arabes ont multiplié le nombre de ces conditions, comme 

1 Sur Thâbit b. Kourra, voir Fihrist, I, 272, et les notes de Flûgcl sur le passage; 
Ibn Abi Useybi'a, éd. A. Mulier, 1, 215. 

* Voir, au sujet de notre passade, Bâcher, Lchen und Wcrhe des Alûhcalid Merwûn 
b. Ganûh, p. 3. Le passage : bipn ttb ûb TDhttbN 3>DpEbN \2 0*0 *7p1 

*T*srr* D^b wfr i-ibai wiï o*b irâtT "Hba "ja s^a (i. dJ'q n^ob» se 

trouve aussi dans Al-Housrî, I, p. 207. 

* Voir Fihrist, 117; Ibn Challîkân, n<> 41G. 
4 Bâcher, /. cit., p. 2. 



LE K1TAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 67 

nous le verrons plus loin. — Pour juger des beautés des poèmes, 
ce qui est décisif, c'est le plaisir que nous y trouvons. Ce que nous 
aimons entendre nous fera plaisir à redire, mais nous devons 
éviter ce qui nous déplaît. C'est l'oreille qui distingue le goût des 
discours; c'est l'oreille qui est la porte de la raison. Garde-toi, 
dit M. b. E., des poèmes qui ont des rimes sans défaut, qui sont 
tout à fait corrects au point de vue métrique et grammatical, et 
qui néanmoins, quand ils sont soumis au jugement de Toreille et, 
par suite, de la raison, ne sont pas accueillis avec plaisir et ne 
sont pas conservés par la mémoire. Il y a beaucoup de poèmes qui 
sont dépourvus de ces qualités et qui plaisent quand même à cause 
de leur beauté. En pareille matière, toute démonstration est inu- 
tile et on ne peut en appeler qu'au jugement de la raison déter- 
miné suivant « le goût de l'oreille », comme il est dit dans l'Écri- 
ture Sainte (Job, m, 39) : « L'oreille goûte les paroles comme le 
palais goûte les aliments ». — M. b. E. effleure, ensuite, la 
question de savoir si la vue est supérieure à l'ouïe. Les théories 
citées par lui donnent la préférence à l'ouïe 1 . Puis, il traite des 
rapports des mots avec les pensées 2 , et des sens avec la raison. 

On doit toujours se procurer un maître, ne pas épargner les 
questions, se graver dans la mémoire les poèmes et les pensées. 
L'enseignement oral est le meilleur. 

Après ces remarques, viennent diverses définitions de l'élo- 
quence et, parmi celles-ci, une observation due à Àl-Gàhiz, em- 
pruntée sans doute à son Kitâb al-beyân wa-l-iabyin. Presque 
toutes se retrouvent chez Ibn Abili Rabbihi et Al-Housri 3 . 
M. b. E. rattache aux paroles d'Al-Gâhiz cette remarque, que le 

1 Sur cette question, voir Kaufmann, l. cit., p. 139 et suiv. M. b. E. dit: 2Nu£iOT 

*hy 3>tt&ba rio^n b^ian ^ ùxi b-napa DiDH/ab&n sanbtf •os a^baba 
)12 rbsn ^ps pi rpj&ttsba "n£«ba nsn "ixaba ïiosraz Nn-pao 
ib« bsm psbs riosnaa rarraba *|bn p nian «aïs rwïaa 5>apaN naNin 
^sab» ):q Kr^n pi» *»Dba ^oiTabN ans yyn bttp irobyba Tittabâ 
^b» naxattnÉba m«pabsi "pra^s aababa pii rmàna Bpjp ind «m 

Sur cette question, voir aussi Fachr al-Din al-Hàzî, Mafdtlh al-geyb, IV, p. 849. 
Dans le Boustân-al-ârifiii d/Aboû al-Leyth al-Samarkandi (édit. marginale du 
Caire, 1303, p. 205), on attribue au prophète la maxime suivante : *pb5N 0"b 
?W*»J>â3fiO. Mechilia, éd. Friedmann, 63 b : 135*273 D8 nifiOb IjjI^T VMK 

ïiai-ib ynrv ïron tfb. 

2 Wfcbb pa bsbbfiO tXTi i3*»bK '^p Tpi. Voir Bâcher, Abraham Un Ssra 
a!s Grammatiker, p. 31. 

3 79 b : ...aarii nano 212 axiati wcpk ^a babpa rbababa ï« db*Ki 
^saan abi ^an ab rrtababis b^pn. îkd., 1, 214 : ^x ("v-n^bN narrai bap 
■^ûbn aba a^sm ^*jan aba a-ùn. il, 118: ao rw«bab« ^TOn n» bapa 
Mnatb» ï&cpki aababss tpn b«p iasnm 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

poète doit aussi s'occuper de l'étude de la logique, car celle-ci est 
la balance du vrai et du faux, et par elle le poète peut s'assurer 
de la justesse de ses pensées. Nous apprenons ici également que 
R. Saadia, dans son commentaire sur le Sefer Yecira, a établi 
des rapports entre les dix catégories et les dix commandements. 
D'après l'opinion de Galien, chacun a besoin d'étudier la logique, 
à l'exception de celui qui s'occupe de médecine; celui-là n'a besoin 
de connaître que le sens de certaines expressions. 

La lecture des poésies de gens ignorants, comme la société de 
ces gens, est nuisible, tandis que la fréquentation des sages est des 
plus utiles, car la beauté des paroles vient de l'excellence des pen- 
sdes qu'on s'assimile dans la société des sages. C'est pourquoi il 
est dit aussi : Le meilleur poème est celui qui plaît aux esprits 
cultivés et qui est compris de la foule. En effet, le poème ne doit 
pas être conçu de telle sorte qu'il ait encore besoin d'un com- 
mentaire. 

Les maximes qui suivent, concernant les meilleurs poèmes et 
poètes, se retrouvent, en partie, parmi des maximes analogues 
dans Ibn Abdi Rabbihi. Une de ces maximes, où il s'agit aussi de 
la justice, fournit l'occasion à M. b. E. de citer des maximes sur 
ce sujet. Viennent ensuite des maximes sur l'ambiguïté, la flatterie 
et la certitude de la connaissance. 

Dans les poèmes, l'euphonie est très importante ; c'est pourquoi 
le retour fréquent des mêmes lettres ou des lettres homophones 
doit être évité. Cependant la répétition des synonymes est per- 
mise ; quelques-uns la considèrent même comme une beauté. 

La concision de l'expression, c'est la perfection. Ici M. b. E. 
rapporte une théorie de Gâhiz sur le plagiat poétique et y ajoute, 
entre autres, cette observation que, quand les poèmes arabes 
sont rendus en hébreu, on doit se borner à reproduire les idées et 
non les mots, car les langues ne sont pas identiques en tout. 
M. b. E. continue par une série de maximes et de citations sur 
les avantages du silence. 

Une seuie mauvaise rime peut gâter toute une Kasîda, car les 
hommes ne recherchent que les fautes. C'est pourquoi on disait 
aussi que la Kasîda est comme le corps de l'homme, sous le rapport 
de la cohésion de ses membres: quand ceux-ci se séparent l'un de 
l'autre, la beauté de l'ensemble disparaît. Il est dit aussi que la 
Kasida doit ressembler à une lettre dont les idées sont bien coor- 
données. Si nous ne perdons pas de vue ces règles, les préludes et 
les beautés de nos Kasîda paraîtront bien proportionnés à leur 
idée fondamentale. Le commencement doit ressembler aussi à la 
fin, sous le rapport de la beauté des expressions; même si la fin 



LE K1TAB AL-MOUHÀDARA DE MOÏSE B. EZHA 69 

est plus belle, cela vaut mieux, car la fin, c'est le point culminant 
du discours. Sous le rapport de la composition des Kasîda, les 
gens diffèrent d'opinion. D'après quelques-uns, le commencement 
de la Kasîda doit être beau et débuter par l'éloge de celui à qui 
elle est dédiée'; d'après d'autres, la fin, qui doit également contenir 
l'éloge de celui qu'on veut louer, doit aussi être plus belle. Si 
on peut réaliser les deux conditions à la ibis, dit M. b. E., tout est 
pour le mieux. 

Les conseils que M. b. E. dorme ici au poète qui débute 
témoignent d'un goût très fin. Les beautés de ses poèmes et de 
ceux de ses émules n'étaient pas des créations inconscientes de 
leur esprit. Ce que M. b. E. réclame, c'est qu'on arrondisse bien 
les poèmes, qu'il y ait unité des pensées et des sentiments. Les 
pensées d'un poème doivent être bien coordonnées et tendre à un 
certain but. « Si tu as une belle strophe ou une bonne idée, ajoute 
notre auteur, cherches-en d'autres pour qu'on ne puisse pas 
dire que c'est par hasard que tu as trouvé celle-ci ». 11 confirme 
ce conseil en citant les vantardises des poètes arabes, ce qui lui 
fournit l'occasion de citer des maximes sur la présomption 1 . 

Quand on veut se former un jugement sur ses propres œuvres, 
on doit les montrer à un ami fidèle 2 dont le caractère ne peut 
être l'opposé du nôtre, l'amitié ne se développant guère qu'entre 
des esprits doués d'une certaine affinité 3 . 

Après avoir rapporté quelques anecdotes sur la manière de 
juger les poèmes, M. b. E. parle de la reconnaissance que l'on 
doit à ceux qui acceptent avec bienveillance les paroles et le goût 
du poète ou qui lui viennent en aide. Un ascète dit, il est vrai, 
qu'on ne doit pas accepter de secours ; un autre ajoute qu'on ne 
doit louer personne en récompense de l'assistance qu'on en a 
reçue ni blâmer celui qui a refusé de nous venir en aide, mais 
l'opinion la plus juste est celle qui est mentionnée la première 
et c'est à celle-ci que s'est rallié R. Samuel b. Hofni dans sa 
Risâlat-al-Shukrîja. 

Le poète ne doit pas exagérer les louanges, car l'exagération 
enlève à l'éloge toute sa valeur. Le mieux est de s'en tenir au 
juste milieu, que les philosophes recommandent en général 4 . 
C'est aussi le procédé suivi par R. Saadia dans le neuvième cha- 



1 Suivent des maximes ayant la même visée, comme le t nonum prematur in an- 
num » d'Horace. 

s Ici il cite ensuite des maximes sur l'amitié. 

3 Maximes sur les ennemis et les envieux. 

4 Au sujet de Yaurea média chez les écrivains mahométans, voir Goldziher, dans 
la Revue de V histoire des religions, t. XVIII, p. 197. 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pitre du Kitàb ah amànât ica-l-Uikâdâl 1 . M. b. E. cherche aussi 
à donner à la doctrine de « l'aurea média » un fondement psy- 
chologique. 11 fait suivre cette démonstration de maximes sur la 
passion (al-hawà) et sur les véritables avantages de l'homme, 
nous examinerons ces maximes ci-dessous. Les observations qui 
suivent sont des observations grammaticales, lexicologiques et 
exégétiques ; nous n'en parlerons que dans la seconde partie de 
ce travail. 

La deuxième section du huitième chapitre (117 r), que M. b. E. 
tient à faire passer pour la plus importante, traite, en vingt cha- 
pitres, des tropes et des figures qui déterminent la beauté des 
poèmes. Les observations précédentes n'étaient qu'une introduc- 
tion à ces chapitres, où l'auteur traite seulement des sujets de 
rhétorique qui ont aussi leur application dans la langue hébraïque. 
En effet, sous ce rapport, dit M. b. E., nous n'avons pas tout ce 
qui existe chez les Arabes. A propos de chaque question de rhé- 
torique, M. b. E. cite une strophe d'un poète arabe ; puis il cite des 
exemples de circonstances tirés de l'Ecriture Sainte, des maximes 
et, enfin, des exemples tirés de poètes juifs 2 . Suivant notre au- 
teur, ces vingt chapitres traitent des points qui servent d'instru- 
ments au poète pour atteindre son but 3 . Nous les citerons en rap- 

1 Amânât, éd. Landauer, p. 320. M. b. E. ne peut avoir voulu parler que du 
dixième chapitre, ce qui pourrait peut-être s'expliquer par le l'ait que le septième 
chapitre n'appartenait pas à l'origine au livre. M. Landauer a cette opinion du dixième 
chapitre. 

5 IçibN 5-Î373 *kpN la na^Kpi "îabba tn- yp* ">bs> nvw np ^i 
-,^'wV,\ ïoHnn i* y^aba bi^s p «bats ynm Tnpna nb anas 
irobs K-it)»i dNbaba i^d-idi rtibM*b« rtpasab» nnaass nïï yyn im 
ribprcaba rnn \n ri"nâa Nnb ^nba irawb» ^r» na daboiôa \n dababai 
■^nba a&m&tbN ïiirn «b^rrom riparo ^n K733N bap 173 ntoip awi 
a^ttâ -isn an a* «ïwaïaîna* ^ Tiâiba* paiatp ^nb» ^ amai EpgnDM 
abaNi samb ^s pnb^ «bi rsw 'pT ab $Kn i&ttaba* ann ^d drraaba 
mrbK ^3>ï)bN naraN 1» annan Nbapîq a-bnp b-isza ^ basa br> ^s 
N3N 'jb'n TT$n Nb^b iriB'nattba yiksba *>S5 i-nâK aw irbr nran 
nbfcb» rnrn ptibsn :n*SK rrab "jao n^ppba ba di"tt3> nsfk ïViSfcpâ 
btfbabN y$2 ^ «inosa pn ab fan Nina» rrbb «anab ïan aoaba* ■'swm 
iî3 ''b» KiSF« -pwNon atriïfc Ths« ^b» Nina iinp*' nbai p.n-inîbn Nmra 

•pz^b nN^nbN pn^n 173 Tô'n rôro 3>fcbNi iJNriNbNi bNhttNbN 173 

-■wtp N» nfcriN en "jNisbN n'iM "je nbnNnn N»b nwn- ^bi ^d t/ 5 
Y-wN aNiaNb* i-frrs ^2 BOnbM an?o dNba V 3 "H^b. 

3 Nous donnons ci-dessous les titres des divers chapitres, tels que les donne 
M. b. E., bien qu'il ne les maintienne pas constamment: 

snm *b«3*n nbbN arc) in Nnaera "pby w vin bistabN Fptton ï-nm 

,nb ■p-na aô 
n-iarwaôan Tnba* ^a ab« batdbs nnsypobN ^a bna<ba* bsabN 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 71 

portant ici la définition des figures de rhétorique en question telle 
que M. b. E. la donne et en indiquant comment il s'en sert pour 
l'interprétation de l'Ecriture Sainte. 

La métaphore (ïtièoti&k ') est un des éléments de la beauté du 
style qui sont le plus souvent mis en usage. Elle est d'un grand 
secours pour le poète quand le mètre exige un mot ayant un plus 
grand nombre de syllabes que n J en a le mot ordinaire. Le poète 
s'en tire par une métaphore : celui qui proscrit l'emploi de la 
métaphore fait violence à la pensée. Dans l'Ecriture Sainte on 
trouve de très nombreuses expressions métaphoriques. Ce sont 
les mots'(i. mp) nuip ^-ra ^sa ,^b*i? bina ^ /'inai»» ■rça ,nb^b *jr^\N 

'•toi yi«ïi iiro /^rrnbi ba /yn^n abn ,^i mB*bï. L'essence de la 
métaphore consiste en ce qu'elle sert à désigner une chose in- 
connue par une chose connue 2 . Il y a des métaphores franches 
(■*bâ) comme celles qui sont citées ci-dessus, et des métaphores 
cachées (isb), comme dans Ps., xix, 2, 3. La description du deuil à 
observer lors de la lèpre qui éclate dans les maisons est également 
métaphorique 3 . Le paragraphe se termine par quelques citations 
des poètes arabes et juifs. 

Dans le deuxième paragraphe, M. b. E. réunit les formes du 
style par lesquelles une idée ou une pensée est exprimée par voie 
d'allusion ou d'ellipse. M. b. E. appelle ces expressions ishâfti*. 



tfpsfiwaba ^b Hbm batBba np aawaiaba ^b âba batpb» 

îïbaapTabN ^b ibN batab» a^opnbN ^ nba batpb» 

wnnba ^a nba bssba tmonba ^d rba bstaba 

;nbanb« ^ t:n batsb» suannbà ^d bbs bstsbN 

->23?7j rt»N)?Kb ma van ^s a^bs baissa û^annbs ^d &oba bssba 

sroiBnb» *»b Tba batbbs NS'nnDtfba -s rba bEBb» 

psns&b&o ibabs ^b i^b» bassfcK 'pnrtfKba ^3 ïaba b^Bba 

wina«b« 'jors ^3 h ; ba basbN n^stnbN ^3 rba bassb» 

lananosb» ^b bba b^sba ybbnba ^3 b^btf bssbs 

1 Voir Al-lkd, III, p. 150 ; Ibn al-Athir al-Gazarî, Al-mathal al-sàir fi adab 
al-liûtïb tva-l-sliâir, p. 214; Al-Suyûtî, Al-ithàn /Vu lu m al-ICn an, éd. du Caire, 
1306, II, p. 45: lbn Hagga al-Hamawi, Chizânat al-adab, Cheyriyya, 1304, p. 4"; 
Mehren, die Rhctorik der Araber, p. 32. Sur les métaphores de l'Ecriture Sainte 
chez Abûlwaiîd , voyez Bâcher, Aus der Schriftcsklarimrj des Abùhvalid, p. 31. 

2 120 r : gp* np ittja rpsn ûb ^a rïiïbaba rn«*no«bN w»i. 
3 tnanba Naai nsnb» ^by Bppnba bvj ^d a-wa h&n&cnoa i^b 
«■nfrib» paai * "nïiba *b wbs ^ têi ana nspi ^N'nsbs FrônînbN 

!lb n»b!Q tfbl ntfbtt naBbb "ISMUlONB 15328 ïinablO ^B. L'auteur de cette 
strophe est, daprès lbu Hagga, l. c, Dhû al-Hurama. Au lieu de nDp"!, il lit : 
PttNptf, et pour pNBI, tpl. 
« Voir Chizânat al-adab, p. 357. Cf. Ibn Al-Athîr, p. 381 . 



72 11EYUE DES ETUDES JUIVES 

Il cite comme exemple un vers arabe '. Des expressions ellip- 
tiques comme "j^ti wm lias ■ni*, Cant , iv, 10, qui doivent être 
complétées ainsi : i?rn rm ,*pt£ rm, sont aussi considérées 
comme des ishcha. Par contre, dans Isaïe, xliii, G, lias signifie 
l'Irak, elfEVi le pays des Grecs. Les expressions telles que celles 
de Job, xxxviii, 14 : « Ils se rassemblèrent comme un vêtement », 
Job, xix, 20 : « Je me suis sauvé n'ayant que la peau des lèvres », 
Jér., xxn, 19 : « Il sera enterré comme un âne », sont un autre 
genre tfisliâra. Cependant les expressions dans le genre de 
Nomb., xxm, 22 : « Il a les cornes du Reêm », ne doivent pas 
être rangées dans la présente catégorie. Celle de Ps., lxxx, 3, 
vise l'arche d'alliance. 

Les anciens eux aussi cherchaient des isliârât dans les paroles 
de l'Ecriture Sainte. Ainsi Gen., xiv, 14, doit viser Eliézer 2 ; le 
mot m dans Gen , xlii, 2, le nombre des années du séjour des 
Israélites en Egypte 3 ; les mots d'Abraham, Gen., xxn, 5, doi- 
vent indiquer qu'Isaac ne sera pas sacrifié 4 ; Gen., xlv, 20 doit 
viser Exod., xn, 36. 

Parmi les auteurs de l'époque postérieure, Samuel b. Hofïii a 
trouvé dans la valeur numérique des mots ynan ûrûtain,Deut., iv, 
25, la durée de l'Etat juif. D'autres ont vu dans la valeur numé- 
rique du mot rwîa, Lévit., xvi, 3, la durée de l'existence du pre- 
mier temple. D'autres encore ont prétendu que le mot ûm de Ha- 
bacuc, m, 2, désigne Abraham, qui a la même valeur numérique. 
On peut dire de toutes ces explications qu'il n'y a pas grand dom- 
mage à les ignorer, ni grand avantage à les connaître. Les calculs 
sur l'époque de l'arrivée du Messie n'ont également aucune va- 
leur ; ce qui n'empêche pas qu'on renouvelle toujours les tenta- 
tives, quoique 1 insuccès des premières puisse servir d'avertis- 
sement aux nouvelles. Ce que Dieu a caché à son prophète, il ne 
le révélera sans doute pas à d'autres qui sont à beaucoup de de- 
grés au-dessous de celui-ci 5 . 

1 121 b : bïTïWÙ bi*p 

nt:*! i-nîrûN TSEba brn rpi * ftiwa n^ina ■'"iKiba ib* rrna 

a*Wi N72T rû«a Fïjwibs in *b9 ïih&i ifriatt» mara nttnns nbipo 
■oanb» û*7b« *jn b^D en mhMt nb-ip ib y*te wn *i$i d'n mrr ûTbfc 
TDTOb» iwiba un 112 nhpK )ao. 

* Nedarim, 32 a. 

3 Ber. rabba, ad loc. 

4 Ber. rabba, ad loc. 

5 123 b : îmb* *oyi2 1» ù*na^ ïibN rans ^ iisu barau 'n i^ 
ynata teiwtti w nbnb» rin» iba anpnbfio "wb« bbN bks« 
t**iai nata to i» bn«bN t-naba )ani2y rtfla ^bc* iNtaa )i2 &TOi 



LE KITAU AL-MOUIJADARA DE MOÏSE I*. EZRA 73 

Après quelques exemples de Yishâra, tirés de l'Ecriture Sainte 
et de poètes juifs, vient un chapitre sur la figure que les rhétori- 
ciens appellent moidâbaha ! et qui est à peu près identique à ce 
que les Grecs appelaient auvoixeCw-^. Is., xl, 4; Ps., cxm, 5,6; 
Prov., xv, 18; Ps., xc, 6, en fournissent des exemples. Moï^e ben 
Ezra cite le vers suivant emprunté à un poète juif : 

!|j?abati sirtirs ïiaïai ûts -lia» wpîii i*i» nimâ û^lia Tabr» 

— - • . -r ~- - -f - • ■ • ' • * T M • I . . 

•• ~ ; •* T . T • " ■ S • T • 

Ce vers trahit peut-être l'influence des paroles d'un poète 
arabe qu'il cite également : 

amo 'pnba bïirm mi aura Tiûb» amrtfia *na 

Par mougânasa, M. b. E. entend la paronomasie, ce qui res- 
sort surtout des exemples cités par lui (Michée, i, 10, 14). Ces 
exemples ne répondent pas entièrement à la définition empruntée 
par lui à ses prédécesseurs arabes, d'après laquelle 2 mougânasa 
ou tagnîs signifierait « similitude dans les mots et divergence du 
sens », c'est-à-dire la réunion des homonymes. Par mougânasa, 
M. b. E. entend aussi l'usage des verbes dérivés de substantifs 
ou de noms de nombres. Dans ce chapitre, il cite encore le livre 
de Iehouda b. Balaam sur les homonymes et son ouvrage que les 
gens appellent p^. 

Le cinquième chapitre traite d'une figure que M. b. E. appelle 
taksim. Il entend par là rénumération des parties du tout dont le 

aâ'm bbN 'y drnas r&a tdîp dm n-na *rpny$ )i2 biiasai "pttK 
-inasba -niapbN K»âo 9t>p Nb tabsn n^ «b bïri î-pb b«p^ !-ba 
b'P» l? 2 ^^ ïianp nianaioba ypba ni» â&obnD» ^a dîrjo -i-a 
Nb inba irrrai aba '* Ss^i naa ^a frnihfcb» naoKaonba rrin 
nasp^ba an î^sbi «ma p mnoTaba rn'pa br rnnan «nasa ns" 
•pi Irpfinbii b^aa ^a an: 7a Triai ba -«niv ba tanppfcba HiaNSK tziy 
tznpaïï pisn i-robm i"ra3 bi\-i 72 ribba aapapa"> i«a ntjI p.a'pp 
w^âfcbK rriiibK rn- ^by rrrina rajnia rmi in i^b r-ra^a^ ah 

♦ "jbN 

1 Sur la moutâbaka, voir Ib:i al-Athîr, Al-matlial al-sâir, p. 120 ; Al-Iikân, II» 
p. 98 ; Chizânat al-adah, p. 69; Mehren, Die Rhetoiik der Araber, p. 97. 

2 Dans M. b. E. : ^ttbï* S|KbP5Kl babbtf p8Bn« a^abN NTr» ^YJK ; dans 
Ibn al-Athir, p. 153 : PT^Pa N3Pa (O^înbK ^3 m W>) ÏT3 D&ttbfc* Bpïl 

^bn y^a t-sibblKi 'jbi ^a nabpa&n pitopej t**afcoa« mba?ài 
ifcn«nb« "«b* naan TPJTab» p î-ibba Tar a-j^a yyn ^a a&naabN 
K»aw dïiTii apaoba nayà p rifcèttpi "saMba ^onb« iaa ^«pb'Ni 
N-a^anp "psi hbttaba rpnn "jab ndsw» aababa p snaba an- ^a 
♦ Nabnbtt ia*ttb« f.Ttwi babba 'pa-» in MPpipm in^i dm p. Nous 

citons ce passage parce que les auteurs qui y sont nommés sont désignés par M. b. 
E. comme ses sources. Voir encore sur le tagnîs, Mehren, loc. cit., p. 159. 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

poète a parlé *. Comme exemples, il cite les passages suivants de 
l'Écriture : Miellée, ni, 11 ; Jér., n, 8, et les vers suivants tirés 
de poètes juifs : 

ms» nab nai* nî?:n ttann * r**b \àw ni&n û^iz: ^sb nsia 

_ . . | _ . ... I .. . v v . . . 

rmnn rtotfn rânpi ru ©*wr} tti^b * wb •pan iris bsb -p^t 

•t v v: t v 'v : \ • r J >t • » v v : »•„• t : • t 

La ligne suivante est empruntée à un autre poète : 

• t- ; - ; • : • • ; --; - : • : - : «t f: '•« : 

M. b. E. consacre le sixième chapitre à l'antithèse (moaliâbala). 
De l'Ecriture Sainte, il cite Gen , vin, 22, et Exode, iv, 11. Ces 
deux passages donnent lieu à ces remarques que l'hébreu n'a pas 
de mot pour désigner le printemps et que la racine nps peut s'em- 
ployer aussi bien pour désigner le sens de la vue, que celui de 
l'ouïe. Cette dernière remarque a déjà été faite par Ieschoua b. 
Iehouda le Caraïte, et c'est à cela que correspondent les paroles 
du poète : 

îinps^T iEiûs Nnp ^în r?:n * Irttûa iro ©ïab npOT 

' : t • : :• I'. t:t ..— .- T : - •• '... : — 

Ici wprn se rapporte aussi bien aux yeux qu'aux oreilles 3 . 

Un court chapitre traite du tashîm, figure dont M. b. E. dit 
qu'elle se rapproche beaucoup de l'antithèse, quoiqu'il y ait une 
différence notable entre elles. Les exemples sont Isaïe, vi, 10 ; 
Ez., xxxiv, 42 4 ; Kohélet, ix, 11 5 . 

Le huitième chapitre traite de la figure de la répétition, qui ici 
s'appelle tardîd, tandis que chez d'autres rhétoriciens arabes elle 
porte le nom de takrîr. La première est une variété de la se- 
conde G . Les exemples sont : p]xode, xv, 3, 6; Ps., xxviii, 1; 
lxviii, 16 ; cviii, 11 ; des poésies d'Ibn Gabirol : 

ïpïïw vwn rrra* * a in a tp îto ianb nw 

M v -:-''• t : t t :• I: - • t : t 

1 Cf. Ibn al-Athir, p. 441 ; Al-Itkàn, II, p. 95 ; Chizânat al-adab, p. 362 ; Mehren, 
loc. cit., p. 109. Le vers arabe cité par M. b. E. est do Mutanabbî, voir Al-Thaâ- 
labî, Zattmat al-dahr, I, 144, 1. 3. 

' Sur la Ggure nommée al-iltizâm, que M. b. E. mentionne ici, v. Chizânat al- 
adab, p. 434. 

3 Sur muhâbala, voir Ibn al-Atbîr, p. 430; Chizânat al-adab, p. 57. L'auteur du 
vers arabe que M. b. E. cite ici est Al-Nâbiga, voir Chizânat, p. 58. 

4 Le verset est mal cité par M. b. E. : EnNSn ttb mbHîîîl PN- 

5 Sur le tashîm voir Itkân, II, 99 ; Chizânat al-adab, p. 374. Un vers cité ici est 
identique avec celui que M. b. E. cite: çùft n:ai ïlOttTÛ i"!3 "iKTO-bK n?DD 
»b»bnb« ÏT3 W?*. Mehren, loc. cit., p. 102. 

6 Sur takrir et ses variétés, voir Ibn al-Athîr, p. 354; Chizânat al-adab, p. 1C4. 



LE KLTAB AL-MOUHADARA DU MOÏSE B. EZRA 75 

et d'un autre poète : 

•tt^ril kb yarân tn^ï nrm bsb ^n ^ Tfti sptt 

., ... - ; . ; | y V .. y .. T I .. . ; 1 V V 

Par iasdîr 1 dont il est question dans le chapitre ix, il faut en- 
tendre la figure que les Grecs appellent 'e^Mâl^, et qui consiste 
en ce qu'une phrase ou un vers termine par le même mot que le 
suivant commence. M. b. E. cite comme exemple le vers suivant, 
d'un poète arabe 2 : 

jvnDa &nab« v«l t:n o^bl * SrwnJ ant^ d?ba )$$ ^ba S'nD 

On trouve dans l'Ecriture Sainte un exemple dans Ps. xxxiv, 
10, et cet autre d'un poète juif : 

1*1108 ^ittN h^y'V rtîQîl ifiN * ^3N "»5B îlfin 1DÎ2N 1*1108 

D'un autre poète, il cite cet exemple : 

i-ttam p âb «nui istDfi ia * i^î^n î»*i i^t 13 wam 

v - : •_•• : : v • : ' - : • v - ; 

M. b. E. appelle tablig la figure qui consiste à renforcer 
et à compléter la pensée déjà exprimée au moyen d'une addi- 
tion nécessitée par le mètre 3 . Les exemples tirés de l'Ecriture 
Sainte sont : Malachie, ni, 17, où les mots im« nm^M viennent 
ainsi renforcer la pensée; Isaïe, xxxn, 2, où nb^ yitfa est un 
tablîg ; Isaïe, xxx, 27, 28, où les mots n^m *ini^ iv complètent 
l'image. 

Pour la figure appelée talmîm* M. b. E. n'a pu citer d'exemple 
de l'Ecriture Sainte. Il emprunte à un poète contemporain les mots 
suivants : 

«w tnttm wnm ftbai bai inap w^ îwba ibai 

1 Voir Chizânat al-adab, p. 114 ; Mehren, L cit., p. 162. 

2 Dans Chizânat al-abàd, p. 115, et chez Mehren, ibid., pour ïl^l^ ÛpiID* 1 on lit: 

ÏT-J1 ÛL2b">. 

3 131 a : bap abtt&o lïtfftbaa *i*K»b8 in&o in aaaba ann ^5 
s^oana "pai "js *i*©b» frriNnb Nna ina un rmsapba iba rrannsa 
pijanKnba] i»3&ttb8 ^b^ ia aba ï»»s. ibn-ai-Athîr, p. 461 : ricana *t*>vz 
in b^p-i aibanb» î-t^oi jôcaira ûb^ a&naa "ja s-oaa nan mskd 
msKpbb liai 1« ma lia K»«n maba ^a i^ttbNa 'vaiaba \-ixi •;« 
ïisTi Sam irn amba m?iz)btf rtâNnb ana in&p 3>Dit dn mon nt^d 

TtttpbN m«ab« ^b'iS :Ôa^D. Voir aussi Mehren, l. c., p. 113. 

4 Al-Itkân, II, 77; Chizânat al-adab, 121. M. b. E. cite un vers arabe : 

nnw\a?û laïin rraiTi s^anba ai£ Nimiasa ma ^paba ■'ps. L'auteur du vers 

est, d'après Ibn Haprga, ibid., le poète Taraf'a. Pour "p^pa on lit chez lui : ^"l^T, 
et pour ananbN le mot Ûtfmbtf. 



76 ' REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le douzième chapitre traite de Yïiirâdh \ Par là, il faut entendre, 
selon M. b. E., la figure consistant en ce que le poète abandonne 
le sujet dont il parle pour passer à un autre, puis revient au pre- 
mier. Dans TEcriture Sainte il y a de nombreux Vtlrâdh, dont 
quelques-uns sont longs, d'autres moyens et d'autres très courts. 
Nous trouvons une de ces phrases incidentes très longues dans 
Deut, xxix, 18 2 . Une phrase de longueur moyenne se trouve, 
comme Aboulwalid l'a déjà observé, dans Exode, vi, 3. Les mots 
'pma îia© dans Juges, v, 12, ne constituent qu'une courte inter- 
ruption. Les exemples suivants sont empruntés à des poètes juifs : 

i3^on abi ûî-ib bsb û5tn niiaptt irmai &r* niante na 

• ; • •• : v t v •• t : t ». • t : t : t •• : •■ t 

d'un autre : 

èted© btoh ■pan vbï* ^ai b»*i lia tie îiM'^bw'n 

Dans ce dernier vers, les mots bttn "pin forment Yitirâdh. 

Pour la comparaison*, M. b. E. ne cite pas d'exemples tirés 
de l'arabe. Il se borne à indiquer les différentes formes de compa- 
raison usitées dans l'Écriture Sainte. Tantôt le 5 comparatif est 
mis devant le mot, tantôt il est omis, comme dans Gen., xlix, 9 : 
îrnîT îma lia ; Ibid., verset 14 : û^ -n^n '-ûu;^; Prov., xi,22, 
25, 28; Lamentations, ni, 9. Après quelques autres remarques sur 
le s comparatif, il cite, comme étant un passage contenant des 
comparaisons rares, le verset de Lament. , iv, 7. Ce verset est assez 
beau pour mériter de faire partie du Cantique des Cantiques 4 . Le 
livre de Job contient aussi de très belles comparaisons. 

1 Ibn al-Athîr, p. 372. Chez M. b. E. nous trouvons l'exemple suivant : *TNp 

. KbNttfcbN "pu înbjn ^îan * ùriïtt rû&n 'pb&wbN "jn ib 

Ibn al-Athîr cite le vers autrement : RTlKafofin B^TTCKn ^ÎND^ tÙr; 'J&O }N1 

JTTO bipD 

dfrcw nsan 'pbbaabN ■jn "ib 
.î**bNattbN "ptt «iTabyn ^p^o 

La faute 'pbll&ObN chez M. b. E. ne s'explique que par le fait qu'il avait sous 
les yeux le texte arabe où le à n'a pas le point diacritique. Sur itiradh, v. Al-Itkân, 
II, p. 77; Chizânat al-adab, p. 360. 

* n»»b naaba "panrri ysba ib Ntâ t<tt b"nab« 'yann^isba "jed 
ïw fc-vittb» yn* n*^» 1»3 i» nnbnba nih bnp^ ^b mm ûibra 
rtsaatîi pk smïi i-nso "p^b ïrbipa xitti ^m nbaabNi nb«atb« 

^bwN nNp3> aôi ai&tn i^b ^ 

L'explication de ce passage est empruntée à Aboulwalid, voir Bâcher, Abraham 
b. JEsra ah Grammatiker, p. 180 fine. 

3 Ibn al-Athîr, p. 232; Chizânat al-adab, 173; Mehren, l. cit., p. 20. 

4 134 a : ins ab©» fpTO *dt msarwb» Fia'nabM namattnb» ï»n 



LU K1TAB AL-MOUHADAKA DE MOÏSE 13. EZKA 77 

La fin du chapitre est consacrée à des remarques sur les déno- 
minations du soleil et de la lune, désignés parfois par les mots 
« or » et « argent » l . Un exemple de cette assimilation est fourni 
par un poète juif : 

imb'n tpaa -ài2V anî * iniia nnb w ©•*» rnaai 

t t : - I v v : v v — : • : " • s t - : 

Dans le quatorzième chapitre, l'auteur cite des exemples d'am- 
plifications rendues nécessaires à cause du mètre, mais servant 
néanmoins à enjoliver le poème. Il cite comme spécimen les pa- 
roles de Gabirol : 

•• : t •• — s ■• • i j — i : — ' •• : t : : t v 

Les mots baŒ'rn ïW dans Jérém., ni, 15, peuvent aussi être 
considérés comme une amplification de ce genre, mais celle-ci n'é- 
tait pas nécessitée par le mètre. 

Le isiithnâ est considéré par M. b. E. de la façon suivante : le 
poète loue quelqu'un, puis, au moyen d'une particule restrictive, le 
défend contre un défaut qu'on lui impute et reprend ensuite son 
éloge. M. b. K. cite comme particule restrictive le terme arabe 
gheyr et l'hébreu baw. D'après d'autres, V isiithnâ consiste en ceci 
que le poète apostrophe quelqu'un, puis s'interrompt pour racon- 
ter une histoire, et revient ensuite à son apostrophe : Jér., ni, 6; 
Ezéch., xxxi, 10 ; Ps., lxxxi, 17. D'après cette définition, Yïltifâl 3 
n'est qu'une variété de YlstUhnâ. 

Dans le seizième chapitre, l'auteur traite de Y hyperbole 4 . 
Les anciens appelaient celle-ci van "pïïb 5 . Des exemples sont : 



àin ^dd n^anat â&ùnN Kioon «nsMi nd£?wN nïïon )i2 nan abrra 

naanbNb&n ïraœnbKi ibaban a^opnba nrana sninb» min "jto piosbai 
ftb ^fcpb piasbN Ni- ^d nbnp nso ^ ai-pan -pra 120 wk nba 
^ba anbiSD "pba nnfci ^nn^ann îôn nxmaran ava nsa ^bi na. 

Ce que, dans ce verset, notre auteur considère comme un emprunt fait au livre de 
Kohélét est un défaut de mémoire ou un lapsus calami, qui s'explique facilement par 
les circonstances dans lesquelles il a travaillé. Ici il renvoie aussi au 27 e chap. du 
Kitâb al-luma 1 , mais M. b. E. n'en approuve pas entièrement les idées. 

1 w* *i»pbKi ottiubwN rwn «b nman ^s nsosbab» f^a b»p npi 
nisban ann?N. 

2 Ce vers est cucore cilé, mais avec une variante, f° 144 a. 

3 Ibn Al-Athîr, p. 254; Chizânat al-adab, p. 118. M. b. E. cite comme exemple, 
pour listithiû, un vers de Nàbiga al-Gadî, qu'on trouve cbez MehreD, l. c, p. Î2Î, 
1. 4. 

4 Chizûnat al-adab. 229 ; Mebren, loc. cit., p. 114. 

5 Hullin, 90 b. li est intéressant de lire au sujtt de cette question les observations 
de R. Haï dans le commentaire sur le Sépher Yeçira de R. lehouda b. Barzilaï, éd. 
Hdiberstamm, p. 20 et s. A la page 28, on donne aussi les noms arabes de l'hy- 
perbole. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Deut., ix, 1 : ai»©a nwnKn mb™ dn^; Nomb., xiii,33; Isaïe, 
liv, 10. Le passage d'Isaïe, li, G, doit aussi être considéré comme 
une hyperbole, car tous les philosophes et les savants sont d'ac- 
cord sur ce point que notre sphère ne périra jamais. 

Quant aux descriptions des temps messianiques, que Dieu en 
hâte la venue, de même que les relations de miracles, il ne faut 
pas les considérer comme des inventions poétiques ; mais pour 
démontrer tout cela, il nous faudrait dépasser le cadre de cet ou- 
vrage. Celui qui refuse d^ croire ne croit pas à la religion juive 1 . 
La plupart de ces questions ont. été traitées par Iehouda b. Balaam 
dans un ouvrage spécial. Aristote, lui aussi, dans une lettre 
adressée à Alexandre, a traité la question des temps messia- 
niques 2 . 

1 139 a : fribnsnb» ftbrrb» jwD ib yroab» ^a aa*ab« anh p ai p attisa' 

nNïiyfcbNi a»bsb« ia îabbN sbi bnnb« inâa nSh abs nbba arianp 

Bernas»» KiaaanoE mba> bin nra ittab rinabtt rin^ns B^rtba 

Nbïf&on» t^ma nba fana ttb»p»bK mïn ca-na p aib ^b 8 ! ïfirài 

, TimbN rian-nab -ipn^ïï ma "îïra Npbpntt WïbiKn in 

' Mrn2S3>i Sip ib« nnaatta naso pi Hroi-Db» lyarraba mm 
tonbtt ma V 2 ^ttbjbN aanaba fr<na nasea "ipa t<mni \\m 
ppm rranaba rtbnb» nin ib$ ikid» p^bsosabn» tpabiabai 
■»m Frpnbn T755D»b« iba snnb»oi ^a s-*ma bnpba rntan t^naia 
ia "pa-o ï— iïn bap t^naiia» pa b*i*b« ri b a d-i a snsnowb» 
a»aba «ma yiaài -mai aaba EiKbrrw Hrnâ s s nKa»o &bfi«»b« t^rrr* 
pbapii tenKbttSai aninba p paattiaa thni "jbiai "»n«i ita ib* 
■wnpbai paba annam ara&nbai tamwtt mb^SE ma f<7a iba> 
pab« ribawtm Hinsnb an'x*a liait) r*4?2i*ap8 arnana aopr inn 
nh nba^a aba>ba nn ^b» B|"n«b« i»«b« ïnimam anabb i-rxam 
vin mpa iaa rniaaaN f< n n*n[«]i "in"" 1 ab B**7a nb-j^i ï-ra?a ^-m 
"çbn ib« pi tab ■jsn !-râa>aa siba pi ab pi Emba "jbi "pra* 
■»nan«b ï&o ^y ^ba n n?a^ p t<bb ^p 5^-21 iao ^aab t^biao 
ain n«ûbDi ana "nnpai arîmiDH pba a-b pi ab pi ia*oa&n 
îbi ^*anb»b t**na nssai ab pi snsab* 13 nattb» im«bj» brnba 
fribrejaba bba> N^aa^bN "î^.ni^ n D Pân'raM "p N-^7:^Na nnàib na»ann 

. rirwrjwNbwS atbib "jb^i bnoN "j^a w\?ûi 

Le passage entier est reproduit en hébreu par Menahem b. Zerah, Çeda la-Dcrcch, 
éd. Sabionetla, 2o9 b : 

aianoiban o«n a©a ^12^12 t^atttffl rrnt^ p ï-iib» 'i arc naai 
rtwa mrj tabi^a nw) ^t inaiia ïit mababsb inb-^t: 
aa^wNr; ^;n Ta rarirp hns ntjaorn ^jhn ^b^i "in^s -nan rtia^n 
tamai^a nbyin iatD Sr i-û^ao^i t-nwnbtt imasm vns fw ba> 
tnatpi qi;n nsarîb a^n^p ai»i" ipbnn^j iy ^p^nn m^ abba^n 
-wS-wwN-w nx-wn aiisrî Kbta 153b bNïîii aiœrïttî "53 ^v troanbi "o^b 
naob Sa*iN Nib aac\i in^p mm iba mm c*<b axn pT i^^^ ^^ 
aiîamb mm an^ mm t>ib dni irwi lamisb m. mm imaia Sma 

♦ m73N73 i-m na la» 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 79 

La figure du tatl)î\ à laquelle le dix-septième chapitre est con- 
sacré, est, suivant M. b. E., la périphrase. M. b. E. cite comme 
exemple un vers d'Omar b. Abî Rabîa ! : 

&id»ïti ùïï£> w «»«i «ma» * bais? «»« &npb« nrnû Hhva 

où les mots û'ipbN nnto désignent la longueur de la nuque. Les 
exemples tirés de l'Ecriture Sainte sont : Jérém., xlvjii, 11; 
Job, xxxi, 1. Les deux éléments suivants de la beauté d'une 
œuvre poétique, la nécessité d'un prologue approprié - et le res- 
pect de la cohésion 3 , M. b. E. les réunit sous la môme rubrique. 
En ce qui concerne le prologue des poèmes et surtout des Kasida, 
il y a des opinions très diverses. Suivant quelques-uns, le pro- 
logue est indispensable, suivant d'autres, il est superflu. Cette 
dernière opinion est corroborée par de nombreux exemples tirés 
des poètes arabes et hébreux. 

Le prologue des Kasida étant habituellement du genre erotique, 
cette circonstance fournit à M. b. E. l'occasion de se prononcer ici 
sur ces poésies. Composer de pareils poèmes, dit M. b. E., cela 
n'est nullement interdit. N'y a-t-il pas dans l'Ecriture Sainte elle- 
même des poèmes de ce genre? Il est vrai que ceux-ci, outre le 
sens simple, ont un sens plus profond, un sens intérieur. 

Comme exemple d'une belle transition entre deux idées, l'auteur 
cite ce passage de R. Samuel Hanagid : 

irnm nttan *m« Epi-> an*n« b«râ n«baa b«i nttsn b«ia 

-: t : t v — î I •■ - v - : •• : • • : t . t — i 

•io»3 ba mb« nbtti* û^« rs-n ^nn sHtem 

t ; - •••;-• ••••;•■:- : t - - t 

et d'Ibn Gabirol le vers suivant : 

Î352 bfrOn-ipï a -j apsi «jâ ^y *fy% ^5 ïiïTftbl 

. ; ..." ; .. - ±T . .._;■]■„• V : T T ; 

L'exemple le plus intéressant est celui-ci : 

Ce vers peut témoigner de la froideur des poèmes de Samuel 
Hanagid. De même, M. b. E. désigne comme une poésie sans cha- 
leur le Kasida du grand Nagid, qui commence par ces mots : 

ywi* «nabi )mn ûnp 

1 Nous savons que ce vers vient de cet auteur par la citation d'Ibn al-Athîr, 
p. 383. Voir aussi Chizânat al-adab, p. 360 ; Mehren, l. c. p. 140. M. b. E., au lieu 

de !lT\S>a, a le mot mD3>3, ce qui s'explique par l'absence des points diacritiques 
dans son manuscrit. 

2 6Hnab« IDn. Voir à ce sujet Ibn al-Athîr, p. 404 et s. 

3 ybbnbtf pH ; Ibn al-Athir, p. 417 et s.; Chizânat al-adab, p. 149. 



SO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le passage ex abrupto de l'éloge au blâme est appelé islitrâd 1 . 
Cette figure, comme celle du doute (dubitatio) , est rare dans 
l'Ecriture Sainte. Chez les poètes juifs, on ne trouve que cette 
dernière. Il en est de même de la figure qu'on appelle al-Hgâb*. 
Ibn Gabirol nous en fournit un exemple : 

nat àbi nn^ mya T*» * dîbn ban a^aiâri sibcû î-na 

: t : t t s t I •■ —..... . . 7 _. _ 

(?J rw&a ibi c\Nb nai Nia * -.««tt èwîi bas wiaia n^tî p 

Ce qui contribue beaucoup à la beauté des poèmes, ce sont les 
paraboles. Le reste du livre est consacré précisément aux 
paraboles, ainsi qu'aux proverbes et aux énigmes. Les paraboles 
et les proverbes ont été usités chez tous les peuples. Les anciens 
sages exprimaient sous cette forme leur opinion, afin que les 
ignorants ne les comprissent pas. Dans l'Ecriture Sainte, les 
proverbes, les paraboles et les énigmes abondent. Toutefois les 
lois révélées ne doivent jamais être interprétées allégoriquement 3 . 
M. b. E. cite ici des paraboles et des énigmes de l'Écriture 
Sainte, ainsi que des théories sur la manière de vaincre les pas- 
sions, sur l'amour du vin, et des remarques générales sur les 
proverbes, après avoir rappelé que les Arabes reproduisent dans 
leurs poèmes des versets du Koran, ce qui, selon lui, serait aussi 
possible pour certains passages de l'Ecriture Sainte, surtout des 
Psaumes, du livre de Job et des Proverbes. M. b. E. cite des 
vers de Samuel Hanagid, d'ibn Hasdaï et d'Ibn Gabirol dans 
lesquels il y a des allusions aux lois bibliques. 11 termine en se 
justifiant des défauts et des faiblesses de son livre et cite une 
Kasîda contenant des exemples de toutes les beautés dont il a été 
question dans la dernière partie du livre. 

Nous avons essayé de décrire d'une façon étendue le contenu 
de cet important ouvrage. La nature de l'ouvrage et l'état du texte 

— les citations sont souvent déjà fautives par le fait de M. b. E. 

— ont rendu notre tâche pénible. Mais nous croyons du moins 
avoir montré ainsi de près l'intéressant tableau de culture intel- 
lectuelle que ce livre nous présente. Nous jetterons encore un 



1 Itkân, II, 77; Chizânat al-adab, p. 44. 
* Chizânat al-adab, p. 361. 

3 rnwsN Mbi S^nnh t^ma *$•* mbs Htewab» s**r*&rua t^»«i 
bp*bs «nbapi p<b ihba th n»b"nsnbK n'rom rtnaoba *pn r^b-o 
»na -7:nd ab ib rsbpybs jab rp*»bb« nb'p tfïïïNi KTiar' t^bi 
B^b» nsn ï^bsi fî»wna Bottai bip*ba x-nbui rnbib rwnipb» 

.ypMîwbN bip? S|«brà«b Srwbaa 



LE KlïAB AL-MOUIIADARA DE MOÏSE B. EZRA 81 

regard sur la manière dont M. b. E. interprète l'Écriture Sainte, 
mais dès à présent, il est de notre devoir de faire ressortir les 
points suivants. Nous savons tout ce dont la grammaire hébraïque, 
la lexicographie et l'explication du sens littéral de l'Ecriture 
Sainte sont redevables aux Juifs des pays de l'Islam. M. b. E. 
nous montre une nouvelle évolution de l'interprétation de l'Écriture 
Sainte : il examine les Livres saints au point de vue esthétique. 
Le poète, dont l'œil s'était exercé par l'étude des poètes et des 
écrivains arabes dans la science des finesses du style, a su appré- 
cier dignement la force des discours des prophètes et les beautés 
de la vieille poésie hébraïque. Beaucoup de vieux exégètes, comme 
Abraham b. Ezra, ont, il est vrai, laissé quelques observations 
touchant cette question, mais comme véritable représentant de 
l'art poétique des écrits bibliques, nous ne pouvons guère comp- 
ter que Moïse b. Ezra. Sous ce rapport il est, avec l'auteur du 
livre JSôfet Sûfim, édité par M. Jellinek, lehouda Messer Léon, 
unique dans l'histoire de l'exégèse avant Lowth. L'exégèse du 
moyen âge cherchait dans l'Écriture Sainte toute autre chose 
que des beautés poétiques, mais les Juifs des pays de l'Islam 
se sont distingués, non seulement dans le domaine de l'inter- 
prétation pure et simple, mais encore au point de vue du ju- 
gement esthétique. Le mérite de Moïse b. Ezra sous ce rapport 
est d'autant plus grand qu'il a su se tenir éloigné des minuties 
des rhéteurs arabes. Du reste, ses vues en matière de poésie et 
d'art poétique trahissent, en général, un goût très fin. L'esprit de 
la poétique d'Aristote l'a pénétré de son souffle et domine son 
œuvre entière. 

Martin Schreinkk. 

(4 suivre.) 



T. XXII, n° ',3. 



QUELQUES NOTES 



SUR LA VIE DE JUDA LÉON DE MODENE 



Un ms. d'Oxford (n° 2549 de notre Catalogue) renferme des 
commentaires de Léon de Modène sur certains chapitres du 
Pentateuque. Ce commentaire fat composé par lui sur le désir 
de Joseph Pardo, et porte le titre de rpa mima, titre que l'au- 
teur justifie dans la préface que nous allons citer de lui *. Ce ms. 
contient également un commentaire du même auteur sur quelques 
chapitres du livre de Samuel ; ce commentaire fut exposé ora- 
lement par lui dans le Bet-Hammidrasch et ne fut mis par 
écrit et coordonné que plus tard, probablement par son petit-fils 
Isaac, qui avait accompli la même tâche pour ses notes sur le 
Pentateuque. Le ms. étant incomplet, nous ne pouvons pas savoir 
si Léon n'avait pas interprété d'autres parties de la Bible. 

Voici ce qu'on lit d'abord sur les premières feuilles du ms. : 

ya nvo-ia yan» bab -pno^i n^p «me r*n!n span mwiB 
îrnnn ■»uns>E i» mpb . ijdîo . ma» . orras , riTOK-D . ïïti ïmra 
B|OV n"nn?:a tohïi taon- t-n»pab Trmi t]N ttpw* fcy»aû«Dïi 
■»d "nttN ïianb vît S-wr^'n ïhd mwb t^'omn nw b"£î vtins 

• ■«ïotm mx 'sb ^ab ïvam 

Vient ensuite la préface suivante : 

taanr: r-iwn b^ai Ton # n nt^ «to wi 'n marna a"i3ï-;a 
na rrnnnoa r-ian^ lûwnb "para b"itT wns t|DV n"nttED sbian 
livra rt# N"o«3rî rnsio .ta^ta nrN Tonia rpbxpn i-iarurm 
mpb itwïi b^ ï3n"pDn ■nnan ib nam ïrnnïi nDenna 'n t<nir?ab 
nsia-* nab 'a ^ti ntrvw Tmb aanE ûswn trunsEm batt apnb»n 

1 A. Geiger, dans sa biographie de Léon, ne fait pas mention de ce titre (Léon da 
Modena, p. 15 b du texte hébreu). 



NOTES SUR LA VIE DE JUDA LEON DE MODENE 83 

Maa un "O uma Nbi ï^na abi no ^-rra Nb naTOM piaarr ia 
t-pan b3>a aba -ib^ia mmrasN fn^ioipn ba na îsmni aiiaa 
via-i ©i^isb ïiETT nspn ni£ yuabai ï-mna nnfi^npa ^nra tehfin 
b^a b"iTT ababa s-won n'nïtns ûbtttt aanr; &^ nta yjnnai b"£T 
i5^t33ST>b p""pn isw tn mrnp i-res» Snp'n i-reHa Swirs naa 
iiûÈn.nN p^x rran vb:n ib3>a nim wn naïai nb spsotti Var 
Sitt^b ï-rvosa i3Nai . v^iûm pb ib m ia f-int miD*b "ibaian 
piaa ba hy ywb Wiaœa ^aa ib injpm n^Tn wiptt r-DNbwa 
wia ûnaia tovn ^ traxttaîi î-mnh b* ta^na»!-; ba pnaan 
■nbnnn pi tanaar: Sa ^b apawaïi «nrn . tannin t-tynw naa^b 
pî "»b p^so* TûENtt' ^a Ninrr anniBtt nima ï-rmï-na pba 'a rpatt 
"•rotti fnaîa arasa ^a "mana ïdsen , nb£> s-ranaïi ianDb snaian 
i-piD&natt S^nnnb ^n^aait to^bianb ' fca'wri "ot ^b np->aar-î «b 
niaatt i-naa nnr riaNb^r? ^b J-inb^ ^a a^unn rnajan v#:p înai 
vibxjna b"5tt rrnanan n^ana "m©* t^k "nr« wn . nbnna ^naran 
aann mixi ntoii an anïtn la^'n ï-nm . *pa pD*nî-ra aw r-rra 
n* Tanïib nsn ab Tnwa œ'inntti (sic) iim» pa natan b"T n^naa 
nm a"na . tDaaittn bab -pm yp aun a-naas-î 1372*3 npbn mana 
atDTpi ^bm ï-TDTo nabb "pxim Ynmnoa tobïti pm b:b^ vby 
n^aiNln ^b inN^3T .nnrnsîa maa «nn i^ob^b isaaa aiai aviaoENa 
fcjipirna ï-i3iu:Nn an^bipriTo in»*» n^a^a tai^anna S":n i-n^ia^s 
m)2Na ta^naa n^a72 mpb na^i^û nnvi D^an^rr ^ma d^auJita^n 
t-imp tatia "•n^itn T"a3>i .nai an^ "panb n^DN ï-i^n Nb nw^a 
n-pianaa ^n^na nbaia nn^rr^ ^\anp !ir»N yni^na a^j^a n^a mi 
bab m^a rrap^ nba îa'aanrr na^in n^aN n^p^na 'aa a^naai anr: 
i"^ pn^" 1 ^na p -^asb insnp ia3> a"2£tt5n y-^pr; tnwa n^N i^ 
na^arr ♦ jwnptt l^ia bpnia piNa tap^n^ïib ib ^n^iafci v^ab a^nnsi 
fimpin "»5V nujw^î pn^a dmN pTi^m û"n^r: iuï^^ nuîfio ïi^a^ n^3 
Saa nb^rr ana^irr rm . ia yanb -iiaaN ^n mi^a riu;^^ nrtnn 
na iKn* 1 ï^^^a ^nriN ta\Nar» , 'n i-nnna ^n^p nraa m^^n nn-» 
ana -i^a^ maïa^rn mnntûïi nnpbn» 'saNi mari Sa a^ » ^naisn 
N3^i inro ^bi "»nqpTD Nbi Tnbtû ^b rnv to^nïsi tas^-cu: ^n^itir! 
!it ys^ bsa bai pait^n. n^in axai b^m y^i Mnis y-im 5]wn wm 
(?)«"ba ama "^a na n«5N ^"i:^ar; sa'aw a"^ 'n ùv an^n nr . mania mbjaa 
nb^a 'n tabia^ .^nipn ï-tidn Cjiarî inai» ^a \n^^3 bj> 'îi tanT 1 
irma ïTnn^ n^^-ati as^a : «an abi^a T"nya ab aa nan ï-77ûn2a 

\nbnnr» ^mim^nn» ***y*o £]aa mians s — it ">bft? ta^a ^nisnp 
tr«r{ ^a mri . ana bapb r-ûtt b^ nav:r; aanrt mat»» t:« ^a la 
^ana?3 ïn^n m n^nn Sai n^b^ïib ^n^ar ib\N ^^nsi rjaas nai 
♦ *ia ^b mm pcnrn t]aan y^na 'n bap-n .ra smana» 

Le commentaire sur la Sidra rmaana fut achevé le jeudi, néo- 



Si REVUE DES ETUDES JUIVES 

ménie d'Àdar 5362 (— 21 février 1602) ; ceux de pbn et onas le 
jeudi 26 Tammouz 5361 (=25 juillet 1601); celui de maî3 le di- 
manche 28 Ab 5361 (= 26 août 1601). 11 n'y a pas de date pour 

Voici la préface de Juda à son commentaire de Samuel : 

Tibnnn ibansas) "»ds br \"2F diwbisK n"n ïïii»3 thb'i'to oitb 
vudîti mm ta* mna p"sb n"*©îi "mon n'a 'a tar rar>n b^b 
n;,w^ «b wnnaœ "pari \-r i^th rimai ■Tar« ^a -^bira -i"j2ta 
*: n :rrri vibea -r*n Tûnaab -n 'n naa*> ina tara ta ^ tom 

à la marge) "non i"d S":r; 'O-nsn mbttï ims on-nb vntn w 
cnaa rr^be im» «innb THTns ^nrri 'n ?adï toi : (,s"^^r; 
■»5ttT imrizn c^sbib : rV«fi "non n'a fca^aaiïn Toum nnN b":rr 
-i-ian?^ Sbip73 ût Sd rraïai ir-ispr "7* ttt n^nn "jTa yin ■wbtta'* 
*pab ib rr»n d*7N'n Si tpo NiSi -na»a yp dttb nnb \mbsn Sdt 
nvm fca?s s — 17 n^m-j ©mbi mpnb T"nn "jvo V'i dm isinrra: 
i"r p laan fcrsia jaa y? 12 ta^sTai toiït taïab» rwip "inN 
■jriN fcrëa Sr E|M , a^snn 'ni ©idi ovaiB "ftm d">tznn 'ai rrsœ 
:d*wi Si ^pbn w rrai îrmn poj>a tïi w Hara 'nb 

L'interprétation de I Sam., i, 18, fut prononcée huit jours 
après la mort de son fils aîné, qui eut lieu le dimanche soir 
5 Heschwan 5378 (= 4 novembre 1617). Le 28 Tiscliri 5380 
(= 5 octobre 1619) commença sa lecture sur I Sam., xxi, 1. Enfin, 
nous trouvons la date 17 Kislew 5379 (= 3 décembre 1618), que 
l'auteur écrivit deux mois après une maladie. 

On lui attribue un autre commentaire très étendu ainsi qu'une 
traduction italienne du Pentateuque sur la foi de la note sui- 
vante d'isaac fils de Mardochée Ventura qui se trouve dans le 
ms. 39 de notre Catalogue d'Oxford : [nan d*inn] 7û"n isk ïlYitt 
r-mnn S^ m^n r~mrs h?:n néon 4 isit3«b'»i apy> 'nb vnbjao 
tav ^N-bN-jw 'ffiba inpn^n Sr t^rnia "n rm» i-mïr '-ia 
ïwnew ^!2 ansb ap>3^ rna j-KOn 'n : « Je soussigné reconnais 
avoir vendu à R. Jacob de Latos le livre « bannière de Juda », 
commentaire sur le Pentateuque , de Juda Aryé de Modène, 
sur sa traduction italienne; 5 Heschwan 5492 (= 4 novembre 
1731), Venise. » Ce manuscrit fut copié, pour la Genèse, l'Exode 
et le Lévitique, par Isaac, fils d'Elisée de Rosséna (n^cn), qui 
acheva la première partie de son travail le 14 Éloul 5346 (28 août 
1583) ; pour les Nombres et le Deutéronome, par Ephraïm, fils 
de Johanan, d'Anogni (^3éCNM et non ■ttfiÇiT» comme nous l'avons 

1 Dans notre Catalogue, par erreur, laïuabl ; voir les Corrigenda. 



NOTES SUR LA VJE DE JUDA LEON DE MODENE 85 

écrit dans notre Catalogue), qui termina sa copie le 26 Tébet 5350 
(31 décembre 1589). 

Zunz (Happalit, p. 21) n'admet pas que Léon de Modène soit 
l'auteur de ce commentaire, qu'il croit avoir été composé par un 
anonyme vers 1586. Quel crédit faut-il accorder à la notice de 
l'acte de vente que nous avons reproduit plus haut? Une pièce 
contenue dans notre ms. entre les ff. 503 et 504 semble corroborer 
l'hypothèse que nous avions émise sur l'attribution de ce com- 
mentaire à Léon de Modène, car on y lit justement le nom d'un 
Isaac Modena qui se serait trouvé à Venise en 1586, et cet Isaac 
Modena était probablement le père de Léon. 

Mais si le commentaire a été composé en 1586, Léon l'aurait 
donc écrit à l'âge de quinze ans, et il n'aurait pas manqué de 
relever cette circonstance dans son autobiographie, qui ne pèche 
pas par la modestie. Qui plus est, un passage, que nous allons 
citer, prouve même que le commentaire aurait vu le jour déjà 
vers 1538, ce qui nous éloigne beaucoup de la date de 1586, qui 
n'est, comme nous l'avons vu, que celle de la copie des trois 
premiers livres. Ce passage se rapporte à Gen., xix, 23, et suit 
la mention d'une opinion d'Abraham ibn Ezra : n&ob an Y'obi 
û^iKh i£ô ynartà mftTpft nt\N2 i-npi p -.tta rimn trassia unis 
mw ^çab mnp tnpab niwa mpia ïam . ■p.N- "np^n ù^rînwr; 
■pbim ^ina cn mxfà Ksm ynai"; s-wpaiia ^bisis r^nps 'pb^a 
nmrs 'n rto pn rrn «b iiî abri ^bisa -p:? *iy û^nso nsao rrnsa 

L'auteur veut évidemment parler d'une éruption volcanique 
dont fut victime la ville de Pouzzoles, près de Naples. Or nous 
connaissons deux tremblements de terre dont elle eut à souffrir : 
l'un qui eut lieu en 1198 et l'autre en 1538. Il ne peut être ques- 
tion dans ce passage que de ce dernier, puisque l'auteur cite 
Isaac Abrabanel (xv c siècle) et Isaac Aramah, avec la formule 
b"T « que son souvenir soit béni », et que celui-ci mourut à la fin 
du xv e siècle. 

Quant à déterminer l'identité de l'auteur de notre commentaire, 
il faut y renoncer. Tout ce qu'on peut dire est que son travail est 
l'ait avec soin, qu'il cite Raschi, Ibn Ezra, Nahmanide et Lévi 
ben Gerson, qu'il fait preuve de connaissances géographiques 
qui rappellent celles d'Estori Parhi pour la Palestine (il cite 
même son nom) et d'Abraham Ferussol pour les Indes. Que notre 
auteur ait été Italien, cela va sans dire, mais on ne sait pas où il 
est né. Il dit à propos du nom ïiavrln (Lév., xi. 14) : ï-niïi niîii 

« J'ai vu cet oiseau dans les montagnes de Modène et de Bo- 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

logne » (f° 303 b). Plus loin, après avoir cité l'opinion d'Obadia de 
Bertinoro (sans la formule de b"ï) il dit au sujet des mots "Sttîi 
ï'*ba ib^io 'pa mn« awaiD viJîatt ^ai (Lév., xxvm), n*b"in 

13^?û T'jpib rtÉmwn» ia î-ïNvn&nttib i-rnim rn^bin in nsses 

• ■ T • : .- T • : - : 

dvaafcb ima p-orai n^birirt j-tsee ïwarrai fini» "pm^n i-imn 
im« pÉWrtrt) irtN n^bnn '■Eto&n^fc an taan Sh^wt? N-ipsrr r^m 
iiSfintti ï-137373 ^ttian ma^Étt : « J'ai entendu dire qu'il y a une 
herbe, appelée cerfeuil (surnlo), qui renferme le vermillion, que 
dans la campagne de Lombardie et d'Ombrie on en cueille beau- 
coup et qu'après l'avoir séché, on en retire le vermillion qu'on 
vend aux teinturiers ; on l'appelle grana. . . » Il semblerait donc 
que l'auteur était originaire de la Lombardie ou de l'Ombrie, ou 
qu'il demeurait dans les environs soit de Modène, soit de Bologne. 
A notre avis, c'est justement la mention de Modène dans ce pas- 
sage qui a fait attribuer l'ouvrage à Juda de Modène, dont le 
nom semblait indiqué par le titre « bannière de Juda », titre 
qu'ignorent tous les anciens bibliographes. 

Ainsi, rien ne prouve que Juda de Modène soit vraiment l'au- 
teur de ce commentaire. L'ouvrage aurait-il été écrit par Juda 
Messer Léon, qui, on le sait, a composé un commentaire bi- 
blique 1 ? Nous ne le croyons pas, parce que Messer Léon est hos- 
tile aux idées de Lévi ben Gerson, tandis que notre ms. cite cet 
auteur avec respect. En outre, Messer Léon était probablement 
mort en 1538. Rien n'autorise non plus à attribuer ce commen- 
taire à Juda Provinciali. Espérons qu'un de nos confrères italiens 
pourra nous mettre sur la piste de cet auteur inconnu. 

Ad. Neubauer. 



1 Voir M. Steinschneider, dans Isr. Leiterbode, xn, p. 87, où le titre de ce com- 
mentaire, donné par nous dans le Catalogue des mss. hébreux de la Bodléienne, 
n° 1263, est corrigé avec justesse. 



LA LEGENDE D'ASNATH 



FILLE DE DINA ET FEMME DE JOSEPH 



La légende juive s'est efforcée de laver Joseph, celui des person- 
nages bibliques qui lui est le plus cher 2 , de la tache dont il s'était 
souillé, aux yeux de la jurisprudence des temps postérieurs, en 
épousant Asnath, qui n'était pas juive. Elle est donc amenée, dans 
un but apologétique, à identifier Asnath, fille d'un prêtre égyp- 
tien, celle « qui fait partie de la Neit ns 3 », avec la fille, non men- 
tionnée dans le Pentateuque, que Dina aurait eue de Sichem, fils 
de Hamor. Asnath reçoit ainsi ses titres de noblesse, et le mariage 
de Joseph perd son caractère d'union illégitime ! 

Voici ce que le Midrasch Abhhir (mentionné dans Yalkut, 146) 
dit à ce sujet : « D'après certaines autorités, Asnath, élevée par 
Potiféra, était fille de Dina. » aba iirhîi î-jr»^ na dsdn û^eik tcn 

A la fin du traité Soferim, on rappelle brièvement qu'à la 
naissance de sa fille Asnath, Dina était âgée de six ans, et que 
l'ange Michael avait transporté l'enfant en Egypte. Les Plrkè de 
R. Éliézer donnent plus de détails, ils racontent (ch. 38) que, pour 
conserver intacte la bonne renommée de leur famille, les fils de 
Jacob voulurent tuer Asnath, mais que Jacob lui attacha au cou 
une plaque sur laquelle était gravé le nom de Dieu et l'abandonna 
à son sort. L'ange Michaël la transporta alors dans la maison de 
Potiféra, où Joseph apprit à la connaître et en fit sa femme. Le 
Pseudo- jonathan (Genèse, xli, 45) dit également qu'elle était 
fille de Dina et fut élevée par la femme de Potiféra : mb^ nsDN 

1 Voyez Revue, tome XXI, 254-255. 

2 Cf. Geiger, Urschrift, p. 199 et 361. 

3 Cf. les lexicographes et surtout de Lagarde dans les Nachrichten der K. Ge- 
sellschaft der Wissenschaften m Goettingen, 1889, p. 221. D'autres comparent as- 
Nat au nom égyptien de Joseph Zufl-Nat, et disent que nat est un qualificatif 
ajouté au nom et signifie en égyptien : prince, princesse. Voir aussi Rahmer, Jùdi- 
sches Literaturblatt, 1890, p. 28. 



88 11EVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

D^iùl «an misais nrnN ïrnwn baïab WT. Les plus anciens tossa- 
fistes (dans les recueils Daat Zehênim et Hadar Zehênim), Juda 
ben Eliézer, Hazkuni (dans ypto), Juda ben Barzilaï de Barcelone, 
dans son commentaire sur le Livre de la Création (îTVS' 1 'o), p. 63, 
Bahva ben Ascher, dans son commentaire sur le Pentateuque 1 , et 
d'autres encore brodent sur cette légende, dont ils attribuent l'ori- 
gine à un ancien midrasch'-, et y ajoutent, chacun à son tour, de 
nombreux traits. Voici la légende avec ses différents détails. Les 
ÛIs de Jacob voulaient tuer la fille naturelle de Dina ou lui faire 
subir le sort des enfants trouvés. Jacob lui attacha au cou une 
amulette (^ttp), ou une plaque en or sur laquelle était gravé le 
nom de Dieu, ou l'inscription « Consacré à Dieu », Cet entant fut 
ensuite placé sous un buisson (tt:o), d'où son nom de rûDK, V en- 
fant trouvé dans un buisson, et transporté miraculeusement 
(03 i^P bs>) en Egypte par l'ange Michael (Hadar Zehênim) ou Ga- 
briel (Hazkuni) ou par une inondation [Pseudo-Beclior Schor 3 , 
dans un ms. de Leyde, 27) ; là, la fille de Dina fut accueillie et 
adoptée par Putiphar. Les jeunes filles égyptiennes tiraient au 
sort pour savoir laquelle d'entre elles aurait Joseph et, pour lui 
plaire, lui envoyaient de magnifiques cadeaux. Asnath n'avait à 
lui offrir que le talisman que son grand-père avait attaché à son 
cou. Joseph reconnut par cette amulette qu'elle était sa parente, 
et il l'épousa. Quand Joseph présenta plus tard ses enfants à 
Jacob, il lui montra en même temps l'amulette qui devait certifier 
la pureté d'origine de sa femme. C'est ce que la Bible désigne par 
le pronom ïiîa (Genèse, xlviii, 9) r;Ta tmba *b *jnD *naa an 13a. 
Dans son Parafrasis comeniado sobre el Pentateuco, Amst., 
1681, fol. 140-141, Isaac Aboab reproduit la légende cT Asnath et 
dit qu'elle portait au cou une petite tablette avec ces mots : Fille 
de Dinah ou fille de Jacob. Cet auteur, ainsi que Juda ben 
Barzilaï, font ressortir clairement le but apologétique de cette 

1 Dans le ms. hébreu n° 5 de Munich, écrit en 1223 et contenant le commentaire 
de Raschi avec des additions de Kara et d'autres encore, on lit le passage suivant 

(nbw 'd) : "n^froi rûON na ïnb'n — tra-i it rransb w* maa ^jwm 
i?ïTKa mst na tB'rçï y-iNn baa "toîo -pttja* viene rjimnb ap;>i ^a 
mais by nbm ttripn tus aï-;ï bœ "p£ bv ana ap^ ïto* m apjn 
tmsMab ïwnm nb^:n b^a^ Trn r/'apr; -rçab ■ns* bam nnbiai 
bs inc« iin*m TONb B|DTb ITH&n pson rtmï-ïttî snîPBis bïï imab 
mDKb ib npb a^nsEb Épi" 1 waai naa nms ttbw mpy jwdid 
m a m ©m e *j a a 12. 

s Hazkuni : •cn ta I7:a KmK15 ; Bahya : CHtoa "TON ; Juda b. Barzilaï : ©i 

miD-.na ■nsttîn ivab b^ d'nEiKia ^73. 

3 Le véritable Bechor-Schor identifie Putiphar et Poliféra. Joseph épouse la 
fille de Putiphar pour échapper à la jalousie que son maître éprouve contre l'ancien 
esclave. 



LA LKGENDE D'ASNATH 89 

légende, qui doit prouver, d'après eux, que Joseph avait épousé 
une femme israélite. 

Joseph Sabbataï Parchi, qui, sous le titre de tpv blû lopn l 
(Livourne, 18'72), a publié une biographie légendaire de Joseph 
d'après les anciens midraschim et l'histoire poétique de Joseph 
écrite en judéo-allemand, sous le titre de ùibias ntonbro, par 
Hayyim Abraham ben Juda Loeb de Mohilew (l ,e édition, Sklow 
1797), rapporte également (p. 28&-29 a) la légende d'Asnath avec 
quelques variantes. La fille de Dina, abandonnée par les fils de 
Jacob, fut conduite par des marchands en Egypte, où Putiphar 
l'accueillit et l'adopta, pour sa beauté. L'inscription gravée sur la 
plaque que son grand-père lui avait attachée au cou ne put être 
déchiffrée, même par les savants de l'Egypte. Quoique vivant dans 
la même maison qu'Asnath, Joseph n'eut pas connaissance de 
cette plaque; ce n'est que plus tard, quand il fut arrivé au pou- 
voir, qu'on la lui montra, il en comprit l'inscription et demanda à 
Pharaon l'autorisation de prendre pour femme Asnath « qu'il 
épousa avec Ketouba et Qiddouschim, selon la loi de Moïse et 
d'Israël 2 . » bintt^ nM n*io "pumpi t-îmron ï-^-j tpv n^i. 

11 paraît singulier que, ni dans les divers drames sur Joseph, ni 
dans la comédie de Pourim écrite en judéo-allemand et intitulée 
Mecliirath Joseph, par Baermann Lemberg (première édition à 
Francfort-s./M. ; un court extrait de cette œuvre a été donné par 
M. Karpeles dans sa Geschichle der jûd. Lileraiur, p. 1025-26), 
ni clans le drame publié en hébreu sous le titre de nso&o S]or>, par 



1 Cet ouvrage a paru également sous le même titre en langue espagnole à Jéru- 
salem, 1887. Cf. Revue des Et. /.", XIV, 300, et XVIII, 160, et Kayserling, Biblio- 
teca espanola portug . judaicu, 44. Je n'ai pu trouver le livre ûrT"D^ dOVI, disser- 
tation morale sur la vie de Joseph par Abraham Palaggi, Smyrne, 1881, dont parle 
Kayserling. p. 83 (Voir Revue des Etudes juives, IV, 149),. ni le O^boip 1*1 "100 
pi^M t]OV "H, Constantinople, 1732 (ibid., 106). 

2 Isaac ben Joseph Karo, de Tolède, qui se rendit en Turquie lors de l'expulsion 
des Juifs du Portugal, ne paraît pas avoir connu la légende d'Asnath. Autrement, 
il n'aurait pas expliqué, dans son commentaire biblique Toldot Yiçhak, que, pour 
épouser Asnath, qui était d'une autre religion que lui, Joseph, par son changement 
de nom, s'était converti en apparence à la religion des Egyptiens. Voici, du reste, le 
passage de ce commentaire : in "H ï"ïîb *]ttOl TO3>D PjD£ £|01i Ûtt Ï"73n3 ÎOpil 

mn^tt aïna rp'-i SjOTTa todnino isb maTais nn rûoa na îb 
iorjoi^ *iibb8 in nins n rj n *o n 7d ïiiûki in» rïmEaro ra^ara 
im tijûm 5] oii TbND ntoia nN nai» *pbi ï-tt ù? m tisinb 
a *n s tara aiiïi m* a*n:oiN *pi aibioi on d'nïfc'a nsnb 
ta-) rr-rr-ia ynx B-'bto nira-ô 'isinaia qoiiro or-b in^îq 
stpî-pœ '■pn^ra a^n^iai ù^nrjr: nia ima nrj-ip-a Nim 

(renegado) "H 8 * 1 3 *n n ib ÛWIlpl 111*7 3 IDIO. La dernière obser- 
vation du commentateur, qui dit que de son temps encore les maîtres de l'Egypte 
étaient d'anciens esclaves, s'applique aux Mameluks. 



90 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

Sùsskind Raschkow 1 (Breslau, 1817), on n'ait utilisé cette donnée, 
si féconde cependant en effets dramatiques. Rasckow, acceptant 
certains traits du midrasch, présente Asnath comme fille de Puti- 
phap et suppose que la mère et la fille aimaient toutes les deux 
Joseph. Dans son ouvrage, Der œgyptische Joseph, ein Brama 
des xvi*» Jahrhunderts, Vienne, 1887, Alexandre von "Weilen 
ne dit pas un mot de la légende d'Asnath 2 . Les différents drames 
composés sur Joseph au xvi° siècle appellent la femme de leur 
héros Zénobie, Beronica, Moscha, Seraphim 3 , mais aucun ne 
parle d'Asnath, fille de Dina. La douzième sourate du Coran, inti- 
tulée Joseph et racontant la vie de ce patriarche, ne fait aucune 
allusion à la légende d'Asnath. D'après le Coran, Zuleïka, la 
femme de Putiphar, épouse Joseph. La Historia Aseneih filiœ 
Potipharis, uxoris Joseph, publiée dans le Cod. pseudepigr. Vet. 
Test, de Fabricius, p. 774-784, et l'ouvrage syriaque Historia Jo- 
seph et Aseneih publié dans Anecdota, I, 38 et III, de Land 4 , dont 
M. Gustave Oppenheim vient de faire paraître la traduction la- 
tine 3 , ne mentionnent pas non plus notre légende d'Asnath. On a 
vu que le Midrasch fait dériver le nom Asnath de rWD, et Alrabi 
de « asinus » c ; d'après la Historia Aseneth, p. 779, Putiphar dit, 
au moment de marier sa fille : « Nomen tuum non vocabitur am- 
plius Asseneth, sed multi refugii (de "jon) ». Saint Jérôme explique 
DjDN par ruina ; il pensait certainement à "jiOtf. Asnath était, 
d'après lui, un enfant du malheur. Dans son Mythvs bel den He- 
braeern, p, 40-43, 191-194, M. Goldziher cherche des étymo- 
logies aggadiques pour les noms de Sichem et Dina, Joseph et 
Suleïka, mais il ne parle pas d'Asnath. 

I Voir aussi, sur Raschkow, Delitzsch, Zur Geschirhte der jûdischen Poésie, p. 99. 
Feu mon beau-père, Simon Baruch Schelïtel, l'auteur des Biourè Onkelos, était 
élève de Raschkow, à Breslau. 

s Daus son introduction Die Légende vom œgyptischen Joseph, M. Weilen émet 
une assertion qui parait étrange de la part d'un auteur qui se consacre à l'histoire 
de la littérature comparée. « Il n'entre pas dans mon plan, dit-il, de m'arrêter à 
toutes les explications plus subtiles qu'ingénieuses données par ces derniers (les rab- 
bins juifs). Du reste, je ne connais pas assez cette littérature pour pouvoir donner 
l'historique de la légende. Je dois donc m'en tenir aux ouvrages principaux, à l'in- 
terprétation aggadique de la Genèse et au Sspher hayaschar. » 

II est intéressant de savoir que Gœthe a composé, dans sa jeunesse, un « Joseph » 
et que Schiller utilise dans ses * Brigands » le récit biblique de Joseph (Weilen, 
p. 189). Parmi les pièces préférées des jésuites, se trouve aussi le drame de • Jo- 
seph », présenté par différents auteurs sous des formes variées. Cf. Karl von Rein- 
hardstuttner, Zur Gcschichte des Jesuitendrama's in Mûnchen, dans le Jahrbuch fur 
M ilnchener Geschichte, 111. Tirage a part, p. 26, 38, 60 et 106. 

■ Cf. P. Casse I, Mischlè Smdbad, 23-24. 

4 Ci. Bickell, Conspectu* rei Hyrorum, 13, 54. 

s Berlin, 1886-1889. Cf. Orieatalùche Bibliographie, III, 93. 

a Tom. XXI, 254. 



LA LEGENDE D'ASNATH 91 

La légende d'Asnath, telle que nous l'avons exposée plus haut, 
a pénétré également chez les Syriens. Bar Ali, cité par Payne 
Smith dans son Thésaurus, col. 843, s. v. Nrx dit ce qui suit : 
« Quand Dina eut mis au monde une fille, qu'elle avait conçue de 
Sichem, ses frères exposèrent cette enfant. Un oiseau la prit et la 
transporta en Egypte, où elle fut trouvée et élevée par le prêtre 
d'On. Joseph l'épousa, et elle lui donna deux enfants, Éphraïm et 
Manassé. » (Cf. H. Zotenberg, Catalogue des manuscrits sy- 
riaques de la BiU. Nationale et Paris, 65.5, et Gat. Marsh., a 
Oxford, 529.) 

Caraïtes, Arabes et Samaritains ont attaqué à Tenvi la légende 
rabbinique d'Asnath et de Dina. Cette dernière est identifiée par 
certains midraschim avec la « Cananéenne », femme de Simon, 
dont parle Genèse, xlvi, 10, et par d'autres avec la femme de 
Job. Ahron ben Élia dit dans le Mibhar : rraatt m^ar; "p biarai 
I^d Y*\$ï2 ÉWnB la !"ïfinpjl mnN. Ahron ben Joseph répète cette 
observation, dans son commentaire Kélér Thora, et ajoute : "ja 
ù*bi ara ba limû-rn û^duî d^noîû ^nyb aia ann ra-nm- rr^an 

Ï1J331B ba. 

Un certain nombre de traits de la légende d'Asnath rapportés 
par Alrabi se trouvent également chez un polémiste arabe, Abou 
Mohammed Ali b. Ahmed b. Hazm *, contemporain et familier de 
Samuel ibn Nagdela. M. Goldziher rapporte ce passage en arabe 
dans Jeschurun, VIII, 84, et il en donne la traduction allemande, 
à la page 93. La voici : « Ils (les rabbins) disent encore autre part 
que Dina, fille de Jacob, à laquelle Sichem, fils de Hamor, avait 
fait violence et avec laquelle il avait forniqué, devint enceinte et 
mit au monde une fille, qu'un aigle enleva et transporta en 
Egypte. Là, elle arriva dans la maison de Joseph, qui l'éleva et 
l'épousa. Tout cela ressemble à ce bavardage tenu par les femmes 
quand elles filent la nuit. » 

Les Samaritains, qui opposent Juda à Joseph 2 et trouvent, par 
conséquent, malsonnant tout ce qu'on peut dire en l'honneur de 
Joseph, combattent la tentative faite par le midrasch pour iden- 
tifier Asnath avec la fille de Dina et de Sichem, et Potiféra avec 
Potifar. Le commentateur samaritain Ibrahim de la tribu de Jakub 
(son ouvrage est en ms. à Berlin) attaque vivement la légende 



1 II mourut Pannée 456 de l'hégire (= 1078). Voir, sur cet auteur, Goldziher, dans 
le Jeschurun de Kobak, VIII, 76, et dans Zeitschrift der D. M. Gt., XXXII, 363 ; 
voir aussi Sleinschneider, Polemische und apologetische Literatur in arab. Sprache, 
99-101, 411 en note, où l'auteur suppose que les légendes mentionnées par Ibn 
Hazam sont de source caraïte. 

2 Cf. S. Kohn, Zur Sprache, Literatur und Dogmatik der Samaritaner, p. 182. 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Asnath, il déclare que Joseph n'a pas pu épouser la fille de Dina, 
parce qu'elle était sa nièce (une telle union est sans doute illicite 
chez les Samaritains), enfant naturel et fille d'un mécréant. Ibra- 
him repousse également la légende d'après laquelle la « femme 
cananéenne » aurait été la fille de Dina. Les Juifs, dit-il, n'ont 
émis de telles assertions que pour atténuer les égarements pas- 
sionnels de leurs aïeux. (Publié par A. Geiger dans Zeitschrift 
der D. M. G , XX, 156-157.) 

Le Pentateuque ne dit pas ce qui advint de Dina après qu'elle 
eut quitté la maison de Sichem. A en croire une tradition, elle 
aurait été l'épouse de Job ou aurait demeuré avec Siméon, serait 
morte en Egypte, aurait été enterrée en Palestine, où l'on montre 
son tombeau à côté de celui de Nittaï d'Arbel *. 

Juseph Perlks. 

N. B. — L'histoire de Joseph par Mar Narses que M. Victor 
Grabowski a publiée, d'après un ms. syriaque de la Bibliothèque 
royale de Berlin (Berlin, 1889), ne contient rien qui se rapproche de 
la légende d'Asnath. On peut en dire autant de la Fabula Josephi 
et Asenelhœ apocrypha e libro syriaco latine versa a Gustavo 
Oppenheim (Berlin, 1886). Mais M. Oppenheim, p. 4-5, a publié 
une légende d'Asnath syriaque qui nous intéresse (d'après le ms. 
Sachau, n° 70, Berlin). L'auteur syrien écrit \n irnsb^i nedn 
■p-n^N Nw^m NriE^n : « Nous racontons, comme nous l'avons ap- 
pris de la sagesse des sages (juifs) ». Par exemple, M. Oppenheim 
n'a pas compris ni bien traduit le passage essentiel (p. 5, 1. 17-18) : 
ïgft\ rtnn ma a«o Nbi KwaiD anE-on amn »nra« îib ioii. 
11 traduit en effet : « Dédit que [Piitiphar] ei uxorem filiam 
Putipharis sacerdotis neque filiam Dinse sororis oderat. » Ces 
mots n'ont pas de sens. Je corrige NjO &6t en riiôsbi et traduis : 
« Et il (Joseph) prit pour femme la fille (adoptive) du prêtre Poti- 
phéra, à savoir Asnath, fille de sa sœur Dina. » — /. P. 

1 Dans le commentaire sur le Pentateuque de Nuhmanide, fib'I^I 'd ; Dcraschot 
de R. Josua ibn Schoeïb, rib'vl^l et "ij-pl ; Kaftor voférach, ch. x, f. 37 a ; Luncz, 
Jérusalem, I, 80. 



B. JOSEPH LÉVI ASCIIKENAZ 

PREMIER RABBIN DE METZ 

APRÈS LE RÉTABLISSEMENT DE LA COMMUNAUTÉ 



On sait que R. Joseph b. Isaac Aschkenaz ha-Lévi fat le 
premier rabbin de Metz, après le rétablissement de la commu- 
nauté juive de cette ville; mais les historiens et la postérité ne lui 
ont pas donné la notoriété qu'il méritait, parce que les documents 
qui pouvaient témoigner de son activité ont été anéantis. Le peu 
même qu'on sait de lui, avant d'être accepté avec confiance, a 
besoin d'être passé au crible de la critique. 

Quand, le 12 juillet 1595, fut institué le Conseil qui devait éla- 
borer toutes les décisions rituelles et terminer tous les conflits 
civils, la pièce qui relate cet événement nomme déjà rabbin de 
Metz Joseph Lévi, nom qu'il porte dans ses relations avec le pou- 
voir civil 1 . Il est vrai que son nom ne paraît sur cette liste qu'en 
second lieu, mais il n'en résulte pas qu'il ne fut que rabbin en 
second 2 , c'est-à-dire adjoint au rabbin; cela veut dire probable- 
ment que le « chef et premier », Rabby lsaac Lazare Lévy, fut 
choisi comme président du tribunal. En fait, Joseph apparaît cons- 
tamment comme le rabbin de Metz, et avec ce titre. C'est lui, dès 
le début, qui met toute son activité et toute sa prudence enjeu pour 

i Revue, VII, 107. 

2 M. Abraham Cahen, ibid., 108, a vu dans la dénomination de • Second Rabby » 
la preuve que Joseph Lévi aurait été une sorte de rabbin en second. Mais, il faut 
remarquer qu'il est question, dans la pièce de 1595, d'un « tiers Rabby », comment 
expliquer la nomination simultanée de trois rabbins dans la communauté naissante 
et comment l'autorité se serait-elle occupée de l'ordre hiérarchique de ces rabbins ? 
Le rapprochement des deux mots indique que le « second » Rabbi Joseph Lévi était 
seulement ainsi désigné au Conseil élu par la communauté, comme « le chef et 
premier Rabby lsaac, fils de Lazar Lévy », et comme « le sixième, Lazar l'ainé » r 
par exemple. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la création et l'organisation de toutes les importantes institutions 
de la communauté : fondation d'une synagogue, acquisition d'un 
cimetière, constitution de la Sainte-union 1 . 

Bien que, dans les premiers temps, la communauté confiée à sa 
direction fût restreinte, il était préparé à ses fonctions par des 
études remarquables. Outre qu'il était déjà rabbin de Bonn, quand 
on le nomma rabbin de Metz 2 , il était l'élève des autorités talmu- 
diques les plus éminentes, des rabbins les plus illustres de l'Alle- 
magne. Il pouvait se*vanter 3 qu'il n'y avait, en Allemagne, pas un 
maître grand et célèbre dont il n'eût suivi les leçons. Initié dès son 
enfance aux études talmudiques par son père, le pieux et savant 
R. Isaac 4 , il était entré très jeune à l'école du célèbre rabbin de 
Francfort-sur-le-Mein, R. Eliéser Trêves 5 , dont il était proche 
parent. Après la mort de R. Eliéser Trêves, vers 1567, il se rendit 
à l'école de R. Hayyim b. Bezalel , rabbin distingué de Fried- 
berg, en Hesse, le remarquable frère en érudition talmudique de 
R. Liva, de Prague, aussi bien pour sa manière sobre d'inter- 
préter l'Ecriture que pour son espèce de pressentiment scienti- 
fique. Il suivit à Worms les leçons du rabbin Jacob b. Hayyim 7 , 
qui mérita le nom honorifique de « l'unique de son époque » 
et du « rabbin de l'empereur », de l'oncle de R. Hayyim et de 
R. Liva b. Bezalel, décédé en 1563, et en même temps celles du 
non moins célèbre maître de Talmud, Josua Mosé b. Salomo, 

i Revue, VII, 109-111. 

2 Voir H. B. Auerbach ûïniaN rVH3, p. 23, note. 

3 J. M. Zunz, yr^r % w, note 35, p. 35 : prmtti bra m-) inron *6 Vfl 

5 Cf. N. Brûll, Jahrbûcher , I, 106; Horovitz, Frankfurter Rabbinen, I, 23 et suiv. 
Voir aussi Hebr. Bibliogra/Jiic, IV, 152, où il est appelé Lasarus Trii'as = Zeit- 
schrift fur die Geschichte der Judcn in Dettfschland, I, 311. 

6 Pour ses ouvrages manuscrits, conservés à Oxford, voir Neubauer, dans 
Hamagid, XIII, 293. M. S. Gross, rabbin de Lundenbourg, possède en manuscrit le 
commentaire sur Rascbi Û*^n lTTD "liO de R. Hayyim b. Bezalel, accompagné 
de son traité sur les accents hébreux, leurs noms, formes et règles, nommé 
w~p t*"p72, écrit, à Francfort-sur-le-Mein, le jeudi 13 Nisan 1579, de la main 
de Joseph b. Abraham Lévi u)"">bwJ de Fûrth. Cette date se trouve dans la poésie 
que l'écrivain met à la suite de celle de R. Hayyim b. Bezalel. Les douze lignes, 
qui riment en Jpo, forment l'acrostiche : '^O'Û "nb ÛÏTHN p BOT. Ensuite elle 

porte: ÛTOpm p"j)l W^HS ...BTnD £pT> n»K !"D, également pour la 
rime. L'ouvrage sur les accents est défectueux, il n'en reste que cinq feuilles in-4°. 
Le supercommentaire de Raschi est complet et comprend 242 feuilles in-4° ; la folia- 
tion, faite par l'auteur, est toujours répétée sur les deux côtés de la feuille. R. Hayyim 
mourut le 1 er juin 1588, à Friedberg Voir Zunz, Monatstage, p. 31. 

7 Cf. Horovitz, ibid., 24,25,52. Dans le mémorial de Worms pi bj> V^lp, HI, 5), 
il est nommé avant Mosé Lorya. Voir TH n?iiS, I, VDpîrt, 'pom* 1 nb* 1 ^^ de 
R. Liva b. Bezalel, et Hebr. Bibliographie, IV, 152. 



R. JOSEPH LÉVI ASCHKENAZ 95 

de l'illustre famille Lorya 1 , qui mourut en 1591. Il pouvait 
également se flatter d'avoir eu pour maître David Blum 2 , rabbin 
de Sulzbourg en Brisgau, dans le duché de Bade, que sa supério- 
rité dans la connaissance du Talmud rangeait parmi les plus célè- 
bres rabbins allemands. Il pouvait dire à son honneur qu'il avait 
été élevé et traité par toutes ces autorités, avec lesquelles il était 
entré en rapports intimes, plutôt comme uu fils que comme un 
disciple 3 . Dans ces milieux il avait appris à observer avec rigueur 
les règles de la piété allemande, qui penchaient vers une sévérité 
extrême dans les pratiques rituelles, une rigidité inflexible dans 
l'exercice de la religion, qui n'admet aucun compromis et trans- 
forme en combattants intraitables des hommes paisibles de leur 
nature. Cette sévérité dans la piété devait provoquer le premier 
conflit qui lui valut la réputation, dans la littérature juive, d'une 
rigueur implacable, et fit croire à une hostilité violente de ses con- 
temporains. Voici comment était né ce premier conflit. Quoique 
le rituel juif ne prescrive l'examen des poumons que pour les 
bêtes à cornes, on s'était habitué dans la pratique à faire l'ins- 
pection de l'œsophage des oies. Un rigorisme exagéré, dont Joseph 
Aschkenaz était justement l'esclave, réclamait non seulement 
l'examen de l'œsophage, mais aussi celui de la portion de cet or- 
gane restée dans la tête et qui commence au-dessus de l'incision 
réglementaire, dans l'épiglotte. Or, il était arrivé à un marchand 
de jeter spontanément et sans examen les têtes de dix-sept oies 
tuées selon le rite : R. Joseph déclara ces bêtes impropres à la 
consommation. 

Le marchand lésé, peu satisfait sans doute de cette décision, 
s'adressa, à ce qu'il semble, pour une nouvelle consultation au 
rabbin de Worms. R. Mosé, fils du rabbin Gad Ruben 4 , le vieux 
chef d'école, vraisemblablement aussi membre du tribunal rabbi- 
nique, rendit sans doute une sentence moins sévère que celle de 

1 Le nom de Mosé Lorya est transcrit, en entier, au mémorial de Worms, ibid. ; 
cf. à son sujet, les Consultations ÏTT1ÏT ma ^pJÎI, n» 90 ; y?3"iN SlO"P, P- 876, 
f. 204 b, et Tn n?û£, I, K"31DÏ"J. Dans le ms. d'Oxford, 1794, 14, il reste une œuvre 
de lui, en manuscrit. 

8 Cf. N. Briill, dans Hacarmel, de Fûn, in-8°, III, 661. R. Joseph b. Mordecha 
Gerson Cohen, rabbin de Cracovie, l'auteur des Consultations jp"P ïTHfcW), le 
nomme, au n» 31, WltTO. M- Horovitz, I, 28. l'appelle, par erreur, David Bluma, 
Sulzbourg. La bibliothèque municipale de Hambourg conserve son livre "ppn 
nilCaiU ; cf., à son sujet et sur l'auteur, en général, Steinschneider, Hamburger 
Catalog, p. 88 et suivantes. R. Iaïr Bacharach, dans le tome 16 de ses manuscrits, 
avait conservé son manuscrit : Jn"D£b"ITE Ntolbs YH TinttÏÏtt Û^OlLDjnp. 

3 b" r-în DpTn inbianai pb û-b Tr«m natb "b *p- lanbin îrba br> 

.«m ôWH d-pb lanpVwrvi ^b rvn^ an 

4 Cf. Horovitz, I, 22, note 47. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

R. Joseph. De là une controverse qui fit que de Worms on s'a- 
dressa, pour avoir son avis, à Méïr b. Gedalya l , le célèbre rabbin 
de Lemberg, dont la réputation était universelle parmi les Juifs. 
R. Méïr, habitué à voir ses jugements acceptés sans appel et ses 
sentences reçues comme des oracles, fier et orgueilleux, sans 
égards même envers de vieux érudits 2 , leva simplement le juge- 
ment de R. Joseph en invoquant des motifs graves et sûr d'avance 
que celui-ci se soumettrait à lui et retirerait sa décision rabbinique. 
Mais R. Joseph, qui s'était appuyé dans sa consultation sur 
l'exemple de ses maîtres et l'ancienne coutume d'une communauté- 
mère allemande, n'était pas homme à s'incliner devant une auto- 
rité étrangère dans une affaire qui menaçait, croyait-il, un usage 
pieux. Il persista dans son jugement et tint résolument tête à 
R. Mosé b. Gad Ruben aussi, quoique sans violence, car il était 
humble et doux. 

C'était en 1612 environ. Lorsque R. Méïr b. Gedalya apprit la 
résistance de R. Joseph, qui lui parut offensante, vu la rareté du 
cas, il ht ratifier son jugement par les plus célèbres autorités de 
Pologne, pour flétrir ce rabbin obstiné et le faire connaître comme 
un ignorant, qui prêchait contre les paroles du Talmud même. 

Le premier rabbin dont il avait demandé l'approbation était 
celui de Posen, R. Mordechai Jafe, réminent auteur du Lebuscfi, 
mort déjà le 7 mars 1612 3 . En outre, il avait fait l'honneur de 
demander la ratification de son jugement au rabbin du cercle de 
Cracovie, sans doute R. Mosé b. Juda Cohen 4 , à R. Loeb 5 , rabbin 
de Brisk et de Lithuanie, et à R. Joseph Kases 6 , rabbin de Lem- 
berg et de Podolie. L'entente entre ces sommités des rabbinats 
polonais, lithuaniens, galiciens ou, comme on disait alors, du 
rabbinat russe, donna une si haute valeur au jugement de R. Méïr 
qu'il en devint irréfutable. 

Pendant cet intervalle, l'impérieux rabbin de Lemberg fut appelé 
à la tête du rabbinat de Lublin 7 . Là, il eut l'intention un instant 
de flétrir publiquement Joseph Aschkenaz, de le déclarer indigne 
et déchu de son titre de rabbin, et de faire cette exécution dans 
la grande synagogue, un jour de synode, quand les rabbins et les 



1 WT333 maiïïni m^KlB, n° 21 ; voir J. M. Zunz, ibid., 28-42. 

2 Cf. Onp rQnfà, l re livr., l'histoire racontée dans le mémorial de Lemberg sur 
sa querelle avec R. Abraham h. Israël Jechiel Rapoport. 

3 S. Perles, Gewhichte der Juden in Posen, p. 47 ; Zunz, Monatstage, p. 12. 

4 Cf. Ch. N. Dembitzer, iDT nVto, f. 20 b. 

5 Voir A.. L. Feinstein, ï-lbnn T3>, p. 23, 154, 161, note 37. 

6 Ch. N. Dembitzer, ibid., f. 19 b, et Feinstein, ibid., p. 25, 161, note 38. 

7 Cette nomination fut faite en 1612. Voir J. M. Zunz, ibid., 38; Dembitzer, ibid. , 
f. 20 a. 



H. JOSEPH LEVI ASCHKENAZ 97 

représentants des communautés lointaines et proches y seraient 
rassemblés 1 . Mais il trouva que ce serait encore trop d'honneur 
pour R. Joseph, qu'un homme comme Méïr h Gedalya s'occupât 
d'un être aussi vil, d'une pareille charogne, ainsi qu'il s'exprime. 
Il résolut donc de donner plutôt jour à sa mauvaise humeur dans 
une lettre adressée au rabbinat de Worms, dont le chef, était, à 
cette époque, R. Israël Isachar b. Nathan Cohen, son parent 2 . 
Dans le transport de sa fureur, aucune expression ne lui parut 
trop violente pour le rebelle. Une dénonciation calomnieuse lui 
avait encore appris que, à en croire un bruit répandu par 
R. Joseph, lui, R. Méïr aurait retiré son jugement. Lui, dont on 
venait chercher les avis de toutes les contrées de la terre, dont 
les disciples étaient déjà des chefs d'écoles et des autorités rabbi- 
niques en Israël, des écoliers desquels Joseph Aschkenaz n'appro- 
chait pas 1 II se croyait autorisé à user envers le coupable, qui lui 
était d'ailleurs inconnu, d'un langage dénué de tout esprit de dou- 
ceur et de modestie. Joseph est traité par lui d'être abject, digne 
de l'interdiction, indigne d'occuper une chaire rabbinique ; il en 
parle comme d'un homme qui ne sait pas lire le Talmud, et à 
plus forte raison ses commentaires, ni ses gloses ; d'un être inca- 
pable de comprendre l'avis de R. Méïr, et qu'il serait donc néces- 
saire de déclarer déchu du droit de formuler des jugements rabbi- 
niques. Il laisse au rabbinat de Worms, qui se trouvait plus à 
proximité de l'ignorant, le soin d'exécuter le jugement et de ven- 
ger Moïse b. Gad Ruben 3 . La violence du langage que R. Méïr, 
avec sa nature emportée et fière, avait employée, n'avait naturel- 
lement qu'une importance scolastique. Il ne vint à l'esprit de per- 
sonne la pensée d'attaquer la dignité rabbinique de R. Joseph, ou 
de le suspendre complètement de ses fonctions ; ce que le violent 
apôtre, dans la lointaine Pologne, ne soupçonnait pas, c'est que 
Joseph Aschkenaz, celui qu'on attaquait avec une si grande vio- 

1 Consultations de R. Méïr de Lublin, n° 88 : mbib VUI ba> îlby ""DSI 

p"pl bi^rs n"aa n* iisania '-iûjïti riDiit^rs tmnbi n'wa r^hp 

khto manaïi ba wiiatti ma^ ivann b*na yi^p 'oNnrn Tb"mb 

•ja î-ïta brtt 'ianaa dnt mmbtt riNî viaum»» wtn ^ «prai 

, imMp bsiDi i-jb^aaa beca^ toW 131735 u:\Ntt *naab ib i-nrp 

2 Sou nom est consigné en entier dans le mémorial de Worms, p. 5, dans lequel 
Rachel, p. 6, et Rébecca Gùtchen, p. 11, paraissent désigner des filles de ce rabbin. 
Isachar Baer Eulenbourg se trouva avec lui à Neustadt sur l'Eyseh. Voir "i^a 
3>aU5, fo 103«. 

3 ipïn "pab? rrattrra rnanbi oittb tsti^hs a-nïtonS -vi&nn )k tu 
rmanaia "na pian ^ -f-in» la s-noa n"nntD «baron spart 
rronaa isaa o^n ab b$ a^ann o^ansm aba^ri toabo fimvp- 

.-Dî:rt anasn ©*wi bu: ■wnbn «att^bi nnom 

T. XXII, n° 43. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lence, était trop connu en Allemagne, d'où il était sorti, pour qu'à 
Worms, on pût se laisser entraîner à prendre contre lui des 
mesures sévères. Joseph lui-même n'eut connaissance de cette 
épître injurieuse que pendant un voyage qu'il fît à Francfort. 
Humble et conciliant, comme il Tétait devenu par l'exemple de ses 
pieux maîtres allemands, même devant une offense, il eût été prêt 
à supporter aussi cette attaque en silence, si l'affaire ne l'eût pas 
lbrcé à accepter le combat, dont, personnellement, il eût préféré 
s'abstenir. C'était la coutume qui demandait à être protégée, car 
elle lui paraissait en grand péril, par suite de la décision du rabbin 
polonais. Il se contenta donc, en se plaçant sous la recommanda- 
tion de ses anciens maîtres, qui témoigneraient un jour pour lui, 
devant le trône de l'Eternel, de rejeter par une contre-déclaration 
énergique le reproche de mériter l'interdiction ; il ne s'arrêta pas 
au langage étrange et plein d'invectives, aux violences qui rem- 
plissaient l'acte d'accusation de R. Méïr, et de démontrer la 
justesse de sa décision première à tous ceux qui suivraient ses 
déductions d'un esprit libre de toute chicane. Il déclara catégori- 
quement ne pas vouloir se laisser aller à d'autres polémiques. 
Mais la mort, obstacle autrement puissant, vint mettre un terme à 
la querelle : le mercredi, 16 Iyar 1616, R. Méïr b. Gedalya fut 
enlevé prématurément, à peine âgé de cinquante-huit ans l . 

Tandis que les injures de R. Méir, déjà en 1618, paraissaient 
complètes et sans aucun ménagement dans la collection de ses 
consultations éditées à Venise, les déclarations contradictoires de 
R. Joseph ne dépassaient pas un cercle restreint et discret d'initiés ; 
elles eussent été sans doute oubliées, sans son petit-fils, Joseph 
Statthagen, qui, trois générations après lui, prit parti pour son 
grand-père. Joseph, rabbin de Statthagen, fils de Simson 2 , qui fut 
peut-être le gendre du premier rabbin de Metz, consigna l'exis- 
tence de la contre-déclaration dans son ouvrage 3 , plein de l'esprit 
de Bachya b. Joseph, où il essaye, d'une manière étrange, mais 
avec autant d'esprit que de profondeur de sentiment, en traitant des 
règles sur l'abatage des animaux, d'en tirer, par une sorte d'exé- 

1 J. M. Zunz, ibid., 40. Son fils Gedalya, rabbin de Lubomiela, dit Irîlïl 15 rtël 
iQ^ÎTJta tt553lDÎTJ &OT n"3, dans la préface des Consultations de R. Méïr. 

a Statthagen signe la préface de son livre des mots b"T ITIÛM "l"n^î3 t]D*P 
y'^12 p"p7j. Dans Magazin fâr die Wissenschaft des Judenthums, XVI, 57, j'ai 
dit qu'à mon avis, Isaac Aschkenaz, assesseur au rabbinat de Goblentz, mort le 5 Iyar 
1657, devait être un fils de R. Joseph. Si Samson eût été aussi son fils, Statthagen 
l'aurait tout aussi bien désigné comme tel. 

3 ÏVIDÏ "H 2 "7, Amsterdam, 1705, publié, en deux parties, aux frais du riche agent 
de la Cour Liepmann Cohen et de son fils Hirz (cf. Kaufmann, Samson Wertheimcr, 
p, 86, note 1). 



R. JOSEPH LÉ VI ASCHKENAZ 99 

gèse spirituelle, pour ainsi dire, des leçons éthiques et des obser- 
vations sur la pénitence. Quant à la contre-déclaration elle-même, 
qu'il possédait entièrement, il ne l'inséra pas dans son ouvrage, 
étant ennemi de toute polémique. Il est vrai qu'il autorisa ceux 
qui le lui demandaient à en prendre copie ; cela permettait à bien 
des rabbins allemands et étrangers qui s'intéressaient à cette que- 
relle célèbre de prendre connaissance de ce document; mais jus- 
qu'à présent, on ne l'a trouvé que d'une façon tronquée dans des 
fragments du ms. d'Oxford 831,, à la suite d'un opuscule de 
R. Mosé Bùrgel 1 qui, par ce fait, acquit à tort la réputation 
d'avoir entretenu une correspondance et une polémique avec 
R. Joseph Aschkenaz. R. Iaïr Bacharach a conservé, dans sa 
collection de manuscrits, les actes et consultations 2 qui se 
rapportent à la querelle entre R, Joseph Aschkenaz et R. Méïr de 
Lublin. Si ce que Joseph Statthagen a appris, au cours d'une 
visite qu'il fit à Hanovre au célèbre rabbin de cette communauté, 
est vrai, R. Joseph Aschkenaz obtint, après l'apparition des Con- 
sultations de R. Méïr de Lublin, une réparation éclatante. D'après 
R. Joseph Mescbullam Cohen, rabbin de Hanovre, mort le 12 
Kislew n03 3 , et digne de toute croyance, un personnage d'une 
haute situation, R. Iesaya Hurwitz, l'auteur des « tables de la 

1 La copie, faite par Joseph Cohen Zedek, de ce manuscrit, fautivement désigné, 
a été imprimée par J. M. Zunz, p^îl ""P^, note 35, p. 34 et suivantes. Sur 
R. Mosé Bùrgel, cf. Zunz, Littcraturgeschichte der synagogalcn Poésie, p. 432. 
R. Iaïr Bacharach possédait de lui, dans le tome 46 de sa collection de manuscrits, 

aux f" 42-3 : p^n b? b"T b"Wa tTO» ^lSîTW ^ÉWiltt ïl^bSDS ïl^p 
bl^ïl 123 rVPÎ3& hv Tnntfl T'n^. Le nom de Biirgel tire sans doute son 
origine de la ville de Bùrgel, en Hesse. Les erreurs de Carmoly, dans les Annalen 
de Jost, I, 62, accueillies par M. Cahen, Revue, VII, 110, ne sont relevées qu'en 
partie par J. M. Zunz, ibid., p. 36. 

2 Dans le 24 e volume, f os 42-3, ainsi qu'il le rapporte lui-même dans son catalogue 
autographe du Beth ha-Midrasch de Vienne. 

3 yroï -nan, i, 69*, S"t y"a tpv n'^im^s - Sv^n anrîïï wmi 
unna nrn^ï-T p"pa w i^nffîa : WTJam n'aian p"pa ^" 3 ^ iriw 

û"H73lb !"!ttS 1732733 E3"3n -p\N. Le mémorial de Hanovre, à qui j'emprunte la 
date de la mort de ce rabbin, consacre ces mots à sa mémoire : riitf ù^lnbN TOP 

-i"mï-!73 fr"-n ms^73 mtt ymciï mafcîi vwi nrrj^i Tann r^oa 
rrabï-ï bra bïi« bï-wn irprin ^73 ab pix, "jr-ia tabnra Y-iii fa Epr 
iab?a lîTBa aet* fmn ^amm toiTObn 1732731 m^pm fnsmm 
b^ nmn s-mn y ■> 3*1731 ia v»nia ï-naisïTi r-n^nn nïT73 nra 
^3tfb73i ib Yi733>i irnnïi maT mabn biD d^b"»n r:*>n yipi yip ba 
WOTai (i-i)biaa ai-p nsroi nri73©a [i](a)bap-n inanpb [ijfteti trTam 
m73U>ai inpis T»3sb "■pbrm J-ibj73 bu: [uïHp73 b#] b*mn niatt a-npi 
û* "imwi nn^n ban imp-n nmonb ^nï-; laaa nnn î-Trnsfc afin 
tzi-pa inpiœaa ï-rtDtDïia nrnoiDa aorn "imiaaa 073c;-; nasta 'n ^m« 

. p"ab Ton rûiaa ia-ip73 imn s-iaafci rba^a a"-» 's 

Sa tombe se trouve encore à Hanovre et porte le numéro 306. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

loi », l'homme digne de tous les respects, qui était à cette 
époque, rabbin de Prague 1 , aurait adressé une lettre au rabbin de 
Metz, cloué publiquement désormais au pilori de l'opinion, et 
aurait donné sa haute approbation au jugement de R. Joseph; 
de plus, il aurait ordonné formellement, et sous menace d'inter- 
diction, à tous les possesseurs des Consultations qui venaient de 
paraître, de détruire dans tous les exemplaires la feuille sur 
laquelle b>s invectives grossières étaient imprimées. R. Joseph 
Cohen prétendait, ainsi qu'il le racontait à Joseph Statthagen à 
Hanovre et en présence d'un grand nombre de savants talmu- 
distes, avoir vu personnellement à Metz encore cette lettre chargée 
des signatures d'autres autorités de l'entourage de R. Iesaya. 

Cette déclaration du plus connu et plus célèbre rabbin de son 
époque aurait d'autant plus de valeur, si R. Iesaya a réellement 
été l'élève 2 de K. Méïr b. Gedalya et a ainsi fait passer le témoi- 
gnage de la vérité avant sa vénération pour le grand maître. Mais, 
en tout cas, un des successeurs de R. Guedalya, R. Mordechai 
Sùsskind Rothenburg, rabbin de Dublin, s'est décidé pour R. 
Joseph dans ses consultations, n° 14, comme l'usage religieux de 
l'Allemagne se réglait en ce point selon son avis 3 . 

L'expérience pleine d'amertume que venait de faire R. Joseph 
n'eut pas la force d'affaiblir, encore moins de paralyser son amour 
pour la vérité et pour les usages pieux. Il y avait trente-deux ans 
qu'il était à la tête de la communauté de Metz ; il siégeait depuis 
le même nombre d'années au tribunal de la communauté, à côté 
de son collègue Lazare l'aîné, lorsque le 9 novembre 1627, après 
la mort de Salomon b. Gerson Zey 4 , le fils de celui-ci, Maharam 
Zey, fut élu pour lui succéder 5 . Le choix de ce rabbin, apparenté 
à la plus grande partie de la Communauté, ne parut évidemment 
pas correct à R. Joseph et le poussa, à un âge déjà très avancé, 
à rompre avec sa Communauté, à entreprendre une guerre 
acharnée avec ses anciens collègues et à abandonner sa place. 

Avant cet incident déjà, dans des cas où certains assesseurs 
se trouvaient être parents d'une des parties, R. Joseph avait 
insisté sur la nécessité de faire venir des juges du dehors pour 

1 S. Hock, dans Lieben, Gai Ed, p. 32. 

i R. N. Habinowitz, dans ses notes sur J. M. Zunz, pTattl T 1 ^, p. 30, ligne 3, 

pi s ri *py nsob d^ipm nn*r», Lydc, i875, p. 5. 

3 Voir !"jb"ia73 nriDID d'un auteur anonyme dans Û^TD^ n^llîNI, p. 28 b : 

jspvn w\nw- ©ans naiz»© rtoviro û:n m^-ias mm» û»ti p-nab 

,'mrn na 'pKta 'i&ob rm»b mannb 

4 D. Kaufmann, Revue, XX, 309. 

5 Revue, \U, 107 et 207. 



R. JOSEPH LEVI ASCHKENAZ 101 

arranger les différends; la chose était arrivée souvent déjà, car 
ces liens de parenté étaient inévitables dans une communauté que 
R. Joseph avait connue si petite et qui, sous ses yeux, s'était 
développée considérablement depuis plus d'une génération. Ses 
collègues, au contraire, à l'exception de Jacob Lévi *, paraît-il, 
persistèrent à vouloir être considérés comme les seuls juges auto- 
risés, dans tous les différends qui pourraient surgir dans la Com- 
munauté. Ils avaient pour eux la lettre du privilège ; les autorités 
avaient, en réalité, et à diverses reprises, accordé à la Commu- 
nauté le droit de juger à son tribunal tous les procès civils ; mais 
la conscience de R. Joseph Aâchkenaz ne lui permettait pas d'agir 
contre l'esprit et les préceptes de la loi rabbinique, qui exclut de 
tout débat le juge apparenté. Il laissa les choses arriver au point 
qu'un comité, que son attitude lui avait rendu hostile, procéda à 
l'élection d'un nouveau rabbin et sollicita la sanction des autorités 
civiles pour le choix qu'il fit de R. Mosé Cohen de Prague 2 . Mais 
il s'intitule encore le 14 décembre 1627 presbitre des Juifs 3 et 
demande, dans sa requête au duc de la Vallette, gouverneur de 
Metz, qu'il soit accordé aux parties, dans tous les cas où, pour 
cause de liens de parenté, elles auraient lieu de suspecter le tribu- 
nal, le droit de réclamer, d'après la loi juive, un autre tribunal, 
même si ce tribunal doit être formé de rabbins étrangers, et qu'en 
outre, on mettrait fin aux menées des usurpateurs, qui exigeaient 
que tous les cas de procédure fussent portés devant leur forum. 
Le gouverneur communiqua aussitôt la copie de cette requête à 
Alexandre Lévy, collègue de R. Joseph, dont l'hostilité à son 
égard était bien connue, et à Maharam Zey, qui venait d'être élu. 
Dans leur déclaration contradictoire du 22 décembre 1627, ces 
deux rabbins représentent R. Joseph Lévi, le rabbin de la Com- 
munauté, comme tellement aveuglé, qu'on devait avoir des doutes 
sur l'état de ses facultés mentales 4 . L'affirmation de R. Joseph 



1 Celui-ci, Revue, VII, 206. n"est pas désigné, dans la déclaration contradictoire 
des quatre assesseurs au tribunal, comme ayant pétitionné avec eux. 
a Jbid., 113. 

3 C'est seulement le fait que, le 8 août 1627 déjà, la sanction du gouvernement est 
demandée pour l'élection de R. Mosé Cohen, de Prague, comme nouveau rabbin de 
Metz, qui peut avoir induit en erreur M. Abraham Cahen, car les documents que 
lui-même a mis au jour sont contraires à cette assertion. M. Abr. Cahen n'a pas 
remarqué que le Joseph Lévy nommé dans ses documents est précisément le rabbin 
de Metz à qui il l'ait quitter la ville dans le courant de l'année 1G26, ib;d. } 112. L'exa- 
men des documents qu'a publiés M. Cahen (204-20G) montre incontestablement le 
conflit qui a éclaté entre Joseph Aschkenaz et ses collègues. 

4 C'est ce qui est prouvé par les paroles [ibid., 207, ligne S) : Joseph Lévy. l'un 
des éleus, qui est aveugle en tel estât qtti les peut aisément juger qu'il ri a pas les fonc- 
tions de son esprit libres. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que l'intervention déjuges étrangers a déjà été réclamée dans le 
cas de parenté entre juges et parties est traitée d'invention mal- 
veillante. Les autorités civiles, qui n'avaient souci que de l'union 
et de la paix de leurs administrés, durent ajouter foi à cette dé- 
claration d'une majorité puissante et céder. .Joseph Lévi et son 
parti furent renvoyés devant leurs adversaires mêmes, et il leur 
fut ordonné, sous menace de punitions, d'accepter irrévocable- 
ment la décision de ce tribunal. En outre, pour détruire à tout 
jamais toute idée de protestation, le gouverneur donna l'ordre au 
sergent de la ville de Metz, le 24 janvier 1628, de faire exécuter 
toutes les décisions de la Communauté juive et de conduire simple- 
ment les récalcitrants aux portes de la ville *. R. Joseph Aschke- 
naz se déroba à ce sort, il se retira à Francfort-sur-le-Mein, 
après avoir administré Metz pendant la durée d'une génération 
durant laquelle il n'avait pas peu contribué par ses services per- 
sonnels à faire fleurir la jeune communauté. Mais ses jours d'exil 
ne devaient pas être de longue durée. Dans cette même année 
1628, ainsi que s'exprime son petit-fils Statthagen, la mort le 
délivra des souffrances et des déboires de toutes sortes dont des 
esprits incapables de l'apprécier avaient abreuvé sa vieillesse 2 . 

Lorsque dans le courant de l'été 1628, Jacob b. Jekuthiel Kauff- 
mann imprima à Hanauson petit livre 3 , dans lequel, aux 620 lettres 
des dix commandements, il rattachait les 613 du Pentateuque, il 
ne put parler de son beau-père, le Gaon R. Joseph Lévi Aschke- 
naz sur le frontispice, qu'avec la simple mention de sa mort. 

La mention toute respectueuse de R. Joseph par R. Isachar 
Baer Eulenbourg, qui s'était rencontré avec lui à Neustat sur 
l'Eysch, près de Nuremberg, lieu de naissance d'Elia Bachur, 
et qui l'avait nommé R. Joseph de Metz, et reconnu comme une 
autorité rabbinique, cette mention plaide encore plus haut pour ce 
dernier que la dénomination de Gaon dans la bouche de son 

1 nid., 208. 

2 rûtoa lass b"T rçpt •mm nsn ^ hini isbî-n a^iû lai s-nin 

iTWi Tnrûtt 2TntZ3 V2 *p&n Cp"W mf&pîvnt $"?*) P" 3 ^ ^" s ^ 

3 np^i fflV daté, à la fin, d'après Deut., xxxi, 19 : inïtDa mU5 y& tDVl 

(1628) p"sb ÏDS^DD ÏTjyVB par allusion aux versets mémoriaux dans lesquels il 
avait dénaturé le texte des dix commandements. Sur la feuille de titre, il est dit : 

• y^M p'p^i b"T ïaaiaa -nb tpv n"n53 

4 Voir yy£ naS, p. 103 a: ttâùtt^a \>"^ "pbb Î-I"J15 rmas VlT'rta 

tzppmitt troai ï-i©b« vr/iana w tn ùïï tïti pn^'ainnab ^i^d 
Bwwn p"p*7 i"ï*n »"i y"" 1 naroi^ i"nlrn» ûbtan taann ï-7^!-r txhn 



R. JOSEPH LEVI ASCI1KENAZ 103 

gendre, dénomination qui, du reste, avait une haute signification 
à cette époque. En outre et comme pour détruire tous les doutes 
et effacer toutes les ombres que les insinuations malveillantes de 
R. Méïr b. Gedalya faisaient peser sur R. Joseph, un vers d'une 
chanson allemande, sans doute de la rue des Juifs, s'est conservé, 
dans lequel, à côté de Mordechaï Meisel, représenté comme un 
prince de la finance, les paroles suivantes montrent le modèle d'un 
maître en Talmud 1 : 

Ich muclit so wol lernen als RabU Josef AschJtenas. 

Je voudrais être aussi profondément savant dans le Talmud que 
Rabbi Joseph Aschkenaz. 

Moins la succession des rabbins de Metz est chronologiquement 
connue, jusqu'au moment où R. Mosé Cohen 2 , de Narol, entre en 
fonctions, plus il est important qu'au moins, l'influence du premier 
rabbin de Metz soit reconnue et fixée dans l'histoire. 

Schwabenberg, 3 juin 1890. 

David Kaufmann. 



ï\ov i"iïri)2 S|ïbàîTi y** \n^ prap YnïnDa] n:\ii53ri tpbati w»:n 

1 Cf. D. Kaufmann, dans Magazin, XVI, 56 et suiv. 

2 Ainsi nous sommes redevables à R. Samson Bacharach, ""DlUrî C31Ï1, Consult., 
68, de la connaissance d'un rabbin de Metz du nom de R. Mosé, ND" 1 ^. qui, ains, 
que R. Joseph Ascbkenaz, introduisit dans cette ville l'usage d'examiner l'œsophage 
chez les oies engraissées : J-nUTD n"*nî7l5a TOnn l p&ttï"i TlftlD ÊO S'tlK'l 

^MOin varotB -îiïd -pftnnb vmm anb dbsra bnpriDiiï b"T t^o^is 

Hock, dans Gai Ed, de Lieben, p. 61, n° 145, écrit Moses Zizza. D'après le mé- 
morial de Worms, p. 14, le rabbin de Worms Elia b. Mosé Loans, mort le 24 juillet 
1636, et d'une aussi grande célébrité dans l'histoire que dans la légende, aurait aussi 
été rabbin à Metz. Nous apprenons à la môme source que R. Ahron b. Feiwel- 
mann ou Weibelmann, mort rabbin de Fulda, aurait également occupé le rabbinat 
de Metz (p. 15). La commémoration suivante, dans le mémorial de Fulda, i'° 19«, 
pourrait se rapporter à lui : rittdm absifarî 'p&Wirï PM3 d^ïlbfi* "IW 1 

W ïiû s-nmo b''T t=3p^bN m sr\ i^nia p ■pïiN b&nM -ï'-iï-n» 
mmï 1 i:srûtD nas> banian r-mn ywiri wtûin ïïnii i"3N anbin 

,[b"D- ÛVa "Op31 n"T T«K l"ta 'H d"P !"lt:M] '"DL -Le témoignage de 
Simcha b. Gerson Cohen, ri 173 115 , f. 9«, que Eliakim aimait à porter le nom 
•"lyjaii'll et de l pbl3 l, l est une preuve à l'appui de mon identiiication. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS EN ESPAGNE 



Nous extrayons ces notes, n 08 I à V, d'une très belle série 
d'études publiées par M. Fidel Fita dans le Boletin de la Real 
Academia de la Hisiorîa, de Madrid, tome XV, deuxième se- 
mestre 1889, sous le titre de « Nuevos Datos para escribir la his- 
toria de los Judios Espaîïoles. » Notre n° VI est emprunté au 
même volume du Bolelin. 

I. (P. 313-332.) L'inquisition à Jerez de la Frontera. Série de 
pièces allant de 1481 à 1494 et relatives principalement aux con- 
vertis (Juifs et Musulmans), le plus souvent pour les impôts qu'ils 
doivent, ou les amendes qui leur ont été infligées par Finquisition, 
ou les confiscations prononcées contre eux. Un acte du 29 dé- 
cembre 1481 mentionne Mosé Abensemerro (Aben Zimra?) comme 
percepteur de la somme due par les convertis — Acte du 12 jan- 
vier 1482 : Compte de 5,000 maravédis pour les gardes placés sur 
la frontière des Maures, dent les Juifs « del aljama de la herman- 
dad » ont payé 2,000 maravédis. La aljama de la liermandad est 
sans doute une partie de la communauté juive de Jerez relevant 
spécialement de la Hermandad. — 8 janvier 1483. Mayr aben 
Sancho et Mosé aben Semerro ont entendu dire que les RR. PP. 
inquisiteurs ont donné ordre de publier que Jes Juifs de la ville et 
du territoire de l'archevêclié de Séville doivent être expulsés, ou 
que, selon d'autres, les Juifs de l'archevêché et évêché de Gadiz 
entrent (en ennemis, avec les Maures? dans Séville et territoire ?) 
Us sont inquiets et demandent au chapitre de la ville de s'informer 
auprès des RR. PP. Le consul de la ville est inquiet également, 
parce que les Juifs tiennent en ferme les revenus de Jerez et qu'ils 
sont débiteurs envers la ville (ou les particuliers). — 21 janvier 

1483. 11 se confirme que les Juifs seront expulsés. — 4 février 

1484. Répit de six mois donné aux Juifs de Jerez, jusqu'au 7 juillet, 
par ordre du roi et de la reine, du 7 janvier 1484. — 21 mars 
1484. Contrat entre Abralian, changeur ; Johana aben Verga, sa 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 103 

femme; Mira, femme de feu Symuel Corcos, Abrahan aben Caydo 
et Mosé Cor-Gos, gendres dudit Abrahan, 

On sait que déjà un certain temps avant l'édit d'expulsion du 
31 mars 1492, qui atteignit tous les Juifs de Gastille et d'Andalou- 
sie, les rois catholiques, considérant que les Juifs étaient un 
danger pour la foi chrétienne et ébranlaient la foi des chrétiens 
(c'est le seul motif donné), avaient ordonné l'expulsion des Juifs 
d'Andalousie, mais on ne connaît pas la date de cet édit, que cer- 
tains auteurs placent avant le 5 octobre 1478. M. Fita est d'avis 
que cet édit est postérieur à l'édit de grâce d'avril 1481 donné 
après rétablissement de l'Inquisition. Dans tous les cas, on voit 
que les Juifs de Jerez ne partent pas, soit que l'édit ait été an- 
nulé, suspendu ou mollement exécuté. 

II. (P. 332-346.) Sambenitos dans le temple de Saint-Thomas 
d'Avila; liste nominative allant de 1490 à 1629. La liste contient 
un grand nombre de personnes condamnées pour avoir judaïsé, et 
parmi elles beaucoup de Juifs nouveaux-chrétiens. Le total de la 
liste donne cent trois personnes brûlées sur le bûcher et quatre- 
vingt-deux réconciliées. Parmi les premiers figurent, aux n os 1-6 
de la page 333, six des personnes condamnées pour le prétendu 
meurtre du saint Enfant de la Guardia, brûlées en 1490. Excepté 
quatorze condamnations au bûcher et treize réconciliations, toutes 
les autres condamnations à mort et réconciliations sont anté- 
rieures à la mort du grand inquisiteur Thomas de Torquemada. 

III. (P. 442-447.) Bulle inédite de Sixte IV, du 31 mai 1484. Les 
Juifs et les Sarrazins sont trop mêlés aux chrétiens, en Espagne, 
principalement dans la province d'Andalousie. Ils ne portent pas 
la rouelle ; ils ont des serviteurs, servantes et nourrices chré- 
tiens ; leurs médecins et pharmaciens sont employés par les chré- 
tiens ; ils prennent en rente des revenus même ecclésiastiques, ils 
s'adonnent à toutes les branches du commerce et ils sont même 
exacteurs du trésor public ; ils ont, pour tout cela, des privilèges 
apostoliques, ce qui est un opprobre pour le christianisme et 
aussi un danger, parce qu'ils séduisent les âmes simples et les en- 
traînent quelquefois dans leurs erreurs ; le Saint-Père révoque 
tous ces privilèges sans exception. Il n'est pas impossible que 
cette bulle ait été la cause de l'édit d'expulsion des Juifs d'Anda- 
lousie dont nous avons parlé plus haut (n° I), et qui serait de 
1484 ou un peu postérieur à 1484. Pour des raisons politiques, la 
bulle ne fut publiée à Séville que le 30 janvier 1491. C'est le 12 fé- 
vrier 1491 que le cardinal de Tolède expédie aux inquisiteurs 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Avila l'autorisation de s'affranchir de l'exception du droit dio- 
césain, dernier refuge des prétendus auteurs du prétendu meurtre 
de La Guardia. C'est cette affaire de La Guardia qui fut peut-être 
la cause déterminante de l'expulsion des Juifs d'Espagne. Les rois 
catholiques, évidemment, après avoir conçu le projet de l'expul- 
sion partielle, bornée aux Juifs d'Andalousie, ont dû en venir peu 
à peu à l'idée d'une expulsion générale. 

IV. (P. 447 à 491.) Pièces relatives à l'inquisition de Séville. Les 
rois catholiques l'instituent par ordre du 27 septembre 1480, en se 
fondant sur une bulle de Sixte IV du 1 er novembre 1478, laquelle, 
d'après eux, leur donne permission de nommer les inquisiteurs; 
texte de cette bulle, dont les considérants parlent de l'infidélité des 
juifs baptisés, qui pratiquent secrètement le judaïsme et en infec- 
tent même les chrétiens. — Bref de Sixte IV du 29 janvier 1482. 
La nomination a été irrégulière, parce que la bulle précédente 
était un peu obscure ; il y a eu de nombreuses plaintes contre les 
inquisiteurs nommés par les rois catholiques, ils ont été mala- 
droits, ils ont poursuivi et condamné à mort des chrétiens authen- 
tiques ; le Saint-Père cependant ne veut pas avoir l'air de blâmer 
leur zèle en les révoquant, mais il refuse d'accorder aux rois ca- 
tholiques la nomination des inquisiteurs d'Aragon. — Bulle de 
Sixte IV du 11 février 1482. Mentionne encore l'erreur commise 
par suite de la mauvaise rédaction de la bulle du 27 septembre 
1480, laquelle a fait croire aux rois catholiques qu'ils pouvaient 
nommer des inquisiteurs, ce qui est contraire aux décrets des 
papes, ses prédécesseurs, et à la commune observance, comme il 
est déjà dit, du reste dans les bulles précédentes; mentionne aussi 
de nouveau la maladresse des inquisiteurs nommés par les rois 
catholiques ; nomme, pour corriger sans doute l'effet des nomina- 
tions royales, huit inquisiteurs de plus pour les royaumes de Cas- 
tille et Léon, sous prétexte que les précédents ne peuvent pas suf- 
fire à réprimer cette secte pestiférée des néo-chrétiens. Parmi ces 
huit nouveaux inquisiteurs figure, avec le simple titre de bache- 
lier, Thomas de Torquemada. — Bulle de Sixte IV du 10 octobre 
1482, adressée à Isabelle la Catholique. Il y est question, en termes 
très vifs, des néophytes (anciens Juifs?) de Sicile (p. 469), et dans 
un autre passage, le Saint-Père assure qu'il n'a jamais douté de la 
sincérité du roi et de la reine dans la poursuite de l'hérésie des 
néo-chrétiens ; et s'il y a eu des gens qui ont, pour protéger les 
crimes de ces néophytes (ou ceux qui leur sont favorables), dit 
tout bas bien des choses (contre l'Inquisition), le zèle des rois 
catholiques n'a jamais été suspecté. — Bulle de Sixte IV du 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 107 

25 mai 1483. Entre d'autres, destitution de l'inquisiteur Valence 
qui s'est conduit avec tant d'imprudence et d'impiété qu'il aurait 
mérité une grave punition. — Bulle de Sixte IV du 25 mai 1483, 
adressée à l'archevêque de Compostelle. Ordre de défendre aux 
prêtres chrétiens d'origine juive de fonctionner comme inquisi- 
teurs dans les procès où le prévenu est accusé de judaïser ; un 
inquisiteur ne doit pas être suspect. — Même bulle de même date, 
adressée à l'archevêque de Tolède. — Bulle de Sixte IV du 2 août 
1483. Sorte de pardon général pour le diocèse de Séville ; il y a 
eu des plaintes contre les sévérités excessives de l'Inquisition ; il 
est bon d'être modéré; accueillir tous ceux qui se confessent se- 
crètement et promettent de ne plus judaïser ni rien faire de con- 
traire à la foi chrétienne. — Innocent VIII, bulle du 26 novembre 
1487, révoque enfin les inquisiteurs de Séville qui avaient été 
nommés par les rois catholiques, et dont Sixte IV avait déjà été 
fort mécontent. 

V. (P. 561-598.) Nouvelle série de bulles relatives à l'histoire de 
l'Inquisition en Espagne. Les Juifs n'y figurent plus. 

VI. (P. 347-360.) Les Portugais judaïsant de Saint-Jean de Luz, 
en 1619; pièce en français, suivie d'explications, par Wentworth 
Webster. La pièce est intitulée comme suit : « Procès-verbal fait 
par M. Ech[epare], greffier de Baionne sur le sacrilège commis 
par une Portugaise ayant craché le Saint-Sacrement dans un mou- 
choir 1 , dont elle fut brûlée sur la place publique de Saint- Jean 
de Luz. » L'original est aux archives municipales de Saint-Jean de 
Luz, n os 283, 39. Après l'expulsion des Juifs du Portugal en 1496, 
les Juifs de ce pays vinrent s'établir à Saint-Jean de Luz et aux 
environs, à Ciboure surtout, où le port de Saint- Jean de Luz 
leur permettait de faire le commerce 2 . Ils furent suivis successi- 
vement par de nombreux néo-chrétiens du Portugal, qui avaient 
gardé le souvenir de leur origine et un certain attachement 
pour la religion juive. On les appelait marchands portugais ou 
Portugais tout court. La pièce donnée par M. Webster montre 
qu'ils s'en allaient quelquefois par simple crainte de l'Inquisition 
(p. 348), quand même on n'avait rien à leur reprocher au point de 
vue religieux. Elle montre également que dans le nombre de ces 
nouvaux arrivants, tous chrétiens, et la plupart nés et élevés 

1 Le mot craché ne se trouve pas dans le texte original (qui a toujours caché, non 
craché), mais seulement dans le titre qui a été ajouté plus tard. 

2 Ciboure est situé en face de Saint-Jean de Luz, dont il est séparé par une rivière. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dans le christianisme, il y en avait qui étaient prêtres, tels que 
Emanuel de Sanfus et deux autres prêtres portugais (p. 347), et 
Don Antonio de Faria [p. 348 et 352), et que les Portugais usaient 
de préférence, pour les pratiques religieuses chrétiennes, du ser- 
vice de ces prêtres portugais. On soupçonnait un peu ces prêtres 
d'être enclins au judaïsme, et, en général, on disait que la plupart 
de ces Portugais étaient secrètement juifs : ils chômaient notoi- 
rement les jours de samedi, n'observaient pas les fêtes comman- 
dées par l'église, ni en ces fêtes ne venaient à l'église pour en- 
tendre la messe que fort rarement, et même ne se souciaient pas 
beaucoup de paraître chrétiens (p. 348). On assurait qu'on les 
avait vus, un jour des Rameaux, cuire des pains azymes pour la 
Pàque, ce qui est très possible ; qu'une autre fois, on les avait 
surpris la nuit, avec des lampes et des torches allumées, fouettant 
le crucifix, ce qui est certainement faux (il est probable que, ce 
jour-là, ils avaient célébré le 9ab) ; on disait enfin qu'ils avaient 
des livres « contenans cérémonies judaïques ». 

L'événement qui fait l'objet de la pièce reproduite par M. Web- 
ster peut se raconter en quelques mots. Parmi les Portugais de 
Saint-Jean de Luz se trouvaient trois femmes, demeurant chez 
une chrétienne, c'étaient Catherine de Fernandez (p. 354), une de 
ses sœurs et la fille de cette sœur (p. 356). Catherine était veuve, 
âgée d'environ cinquante ans, native de la ville de Francos, en 
Portugal, professant depuis son enfance la religion chrétienne, 
et demeurant à Saint-Jean de Luz depuis un mois seulement. 
L'hôtesse chez laquelle logeaient les trois femmes les avait forcées, 
conformément aux règlements en vigueur, d'aller communier à 
l'église pendant le temps de Pâques (p. 356). Le 18 mars 1619 *, 
à onze heures, après la messe, le prêtre Lissardy aperçut le prêtre 
portugais Don Antonio qui donnait à communier à plusieurs Por- 
tugaises, et il avait reçu ordre de l'évêché de Bayonne de surveil- 
ler les prêtres portugais; il fit attention, et il crut s'apercevoir que 
les femmes, après avoir mis la sainte hostie dans la bouche, por- 
taient « quant et quant » la main à la bouche. La dernière et la 
plus rapprochée de lui était notre Catherine ; elle reçut l'hostie et, 
après avoir jeté un regard du côté de Lissardy, elle avait « belle- 
ment et à la dérobée, s'étant un peu plus couverte le visage, porté 
la main à la bouche, et de la bouche en bas vers le côté >>. Lis- 
sardy lui saisit le bras, il trouva qu'elle cachait un mouchoir 
« sous sa cotte », et dans le mouchoir il trouva la sainte hostie 



1 Celait un lundi ; la Pâque chrétienne de 1619 était le dimanche 31 mars. La 
Pâque juive, de la même année, commençait le 30 mars. 



iN'OTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 109 

fraîchement humectée. La femme, pensait-il, n'avait pas voulu 
l'avaler. Don Antonio dit à Lissardy en espagnol : Ce n'est rien, 
taisez-vous, qu'il n'y ait pas de scandale. Mais il n'y avait pas 
moyen de se taire. Don Antonio lui-même se crut forcé d'injurier 
la pauvre femme, elle fut livrée aux mains des sieurs « Baïfe et 
jurats » (bailli et jurés), qui la mirent en prison. L'affaire fit du 
bruit, et le lendemain, lorsque M. Doiharard, auteur du procès- 
verbal, vicaire-général et officiai de l'évêque de Bayonne, se 
rendit à Saint-Jean de Luz pour instruire l'affaire, il trouva tous 
les habitants dans un état d'exaspération extraordinaire. En 
route, il rencontra le procureur du roi, qui lui dit que la popula- 
tion ameutée faisait des préparatifs pour brûler la Portugaise, 
protestant qu'elle ne souffrirait pas qu'une si exécrable méchan- 
ceté demeurât impunie. Le vicaire-général et les magistrats s'ef- 
forcèrent en vain de calmer la foule et de protéger la femme 
contre la violence, les gens de Saint-Jean de Luz ne voulaient 
pas entendre parler de délai, de formalités judiciaires, ils s'impa- 
tientaient, s'irritaient quand ils entendaient les magistrats parler 
français et leur criaient de parler basque, pour qu'ils fussent en 
état de comprendre. Le vicaire-général fit une enquête sommaire, 
il entendit aussi la femme portugaise, dans la sacristie de l'église, 
et comme on la retirait, probablement pour la ramener en prison, 
la populace s'empara d'elle, on sonna le tocsin, tt le vicaire-géné- 
ral, passant par la place publique, avec le Baïfe les Jurats et les 
principaux dudit lieu, y vit « un grand feu environné de force 
peuple, auquel cette misérable fut brûlée toute vive, chacun y 
apportant du bois et y accourants comme à un feu de joie ». Le 
vicaire-général fut « marri et déplaisant », mais il ne nous dit pas 
s'il n'aurait pas pu s'efforcer de sauver la victime et si les per- 
sonnes préposées à sa garde l'avaient abandonnée par faiblesse 
ou mauvais vouloir, ou n'étaient pas en nombre pour la dé- 
fendre. 

Cette « exécution si précipitée » peut sans doute être attribuée 
« à l'énormité du sacrilège exécrable de cette malheureuse », 
mais il y entrait aussi une grande part de superstition. Les gens 
de Saint-Jean de Luz étaient marins, ils allaient tous les ans à 
Terre-Neuve (p. 355), comme ils font encore aujourd'hui, et ils 
étaient sur le point de partir. Ils disaient qu'ils avaient peur que 
Dieu ne les « abîmât », si la coupable s'échappait de leurs mains 
(p. 349), qu'ils n'auraient jamais le courage d'implorer Dieu parmi 
les dangers de la mer, auxquels ils étaient exposés tous les jours, 
si cette femme détestable' restait impunie (p. 355), et comme ils 
craignaient qu'effectivement la justice ne trouvât pas le cas pen- 



110 1ŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dable, ils voulaient faire justice eux-mêmes, en toute hâte, avant 
de partir pour Terre-Neuve, afin qu'on ne profitât pas de leur 
absence pour laisser échapper ou punir moins sévèrement la 
coupable. 

Etait-elle vraiment coupable ? On ne peut pas affirmer absolu- 
ment qu'elle ne le fût pas, l'obligation où étaient ces Portugaises 
de pratiquer le christianisme à contre-cœur, a pu les porter à 
quelques excès, et la nécessité de manger la sainte hostie a dû 
leur paraître particulièrement pénible. Mais, en somme, pour ces 
choses et à cette époque, les témoignages des chrétiens contre les 
Juifs sont sûrement sujets à caution. Quand même il serait véri- 
table que la pauvre femme ait caché l'hostie dans son mouchoir, 
peut-on contester absolument l'explication qu'elle donna de sa 
conduite : une toux l'avait prise qui la pressa si fort qu'elle fut 
contrainte de cacher ainsi l'hostie (p. 354)? Il faut ajouter que 
tous les détails de sa conduite s'expliquent fort bien si l'on pense à 
la peur qu'elle dut avoir quand elle se sentit prise de l'accès de 
toux et qu'elle put se représenter les conséquences graves que 
pouvait amener ce petit accident *. 

La pièce publiée par M. Webster n'est pas inédite ; M. Soulice, 
archiviste du département des Basses-Pyrénées, à Pau, a bien 
voulu nous fournir sur ce sujet des renseignements bibliogra- 
phiques que nous reproduisons dans la note ci-dessous 2 . La re- 
production de M. Webster est, par endroits, assez incorrecte, on 
pourra rectifier ses fautes de lecture d'après les éditions anté- 
rieures ; celle de Pierre de l'Ancre est également très fautive. Le 
nom de l'official de Bayonne, d'après une copie que M. Soulice a 
également eu l'obligeance de nous communiquer, est d'Oiharard ; 
le nom du prêtre portugais appelé Sanfus chez Webster, serait, 
d'après cette copie, Zantus. La même copie nous a permis de rec- 
tifier de suite le nom de famille de Catherine, que M. Webster a 
lu Farandea et qui, d'après le Mercure français, serait Fer- 
nandez (de Fernandes, d'après Pierre de l'Ancre). Les signatures 

1 Nous voudrions que M. Webster eût lu notre étude sur le Saint Enfant de la 
Guardia, publiée dans la Revue, n° 30 ; nous espérons le convaincre que cette his- 
toire est de pure invention, à part l'exécution des prétendus meurtriers, qui n'est que 
trop véritable. 

2 Texte, dans Revue d'Aquitaine, 12 e année, 1867-68, p. 384-394 ; Traduction du 
texte, avec notes, dans Allgcm. Zeitung des Judenlhums, 1877, p. 19 et p. 44, d'après 
la Revue d'Aquitaine ; Texte partiel dans Pierre de l'Ancre, L'incrédulité et mes- 
créance du sortilège, Paris, 1622. p. 492-450 ; Analyse, dans Revue des Sociétés savantes, 
4 8 série, tome V, mai 1867, p. 450 : Mention, dans Basnage, livre VIII, ch. xvm, 
d'après Sponde, Annaltum Baronii continuatio, tome II, p. 964 ; enfin, Récit d'après 
un imprimé spécial, dans Mercure français, t. V, 1619, p. 65 et suiv. Cf. Revue, 
VI, 113. 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS D'ESPAGNE 111 

de la pièce sont, d'après la copie de M. Soulice : D'Oiharard, 
■vicaire-général et officiai de Bayonne, et Detexpare, greffier. 

Pierre de l'Ancre et le Mercure français nous apprennent 
qu'il circulait dès l'année 1619 une relation imprimée de l'évé- 
nement. 

Le Mercure français raconte comme suit la mort de Catherine. 
« Plusieurs, transportés de courroux, entrent dedans l'église, en- 
lèvent de la sacristie ladite Fernandez comme un passereau, l'en- 
lèvent à la face dudit lieutenant particulier (de Saint-Jean de Luz) 
et de plusieurs juges, la mettent à l'instant dans une barique vide, 
et un baril vidé de goudron pardessus la tête, épaules et bras ; 
puis remplissent ladite barique de poix, rousine (résine), goudron, 
paille, bois sec, et autres matières combustibles 1 . Tout le peuple, 
tant hommes que femmes y accourans, y mirent le feu et la firent 
brûler toute vive, sans que les officiers de la iustice les pussent 
empêcher. Après être brûlée, il fut trouvé dans les cendres des 
bagues de grand valeur, car elle était fort riche. » 

Les autres Portugais de Saint-Jean de Luz furent obligés de 
quitter la ville dans un délai de trois jours ; ils se réfugièrent à 
Biarritz. Pierre de l'Ancre dit qu'ils étaient au nombre de 2,000. 
Le rabbin Isaac b. Mattatia Aboab de Fonseca, est peut-être né 
dans cette ville, et le rabbin Isaac Acosta, d'Amsterdam, y fut 
chef de la iesïba 2 . D'après une communication de M. Soulice, 
l'établissement des Juifs de Saint-Jean de Luz à Biarritz, est 
indiqué dans une délibération du corps de ville de Bayonne du 
8 avril 1619, et un Jiérem aurait été prononcé par les rabbins 
contre les Juifs qui iraient de nouveau s'établir à Saint-Jean 
de Luz. 

Le procès-verbal de M. D'Oiharard est daté du 30 mars 1619 
(22 mars, dans Pierre de l'Ancre). Nous avons omis de dire que 
Lissardy avait été appelé le 16 mars à l'évêché de Bayonne, où 
l'official le chargea de bien surveiller les Portugais. On voit que 
cette recommandation a porté ses fruits, et qui sait si elle n'a pas 
excité outre mesure l'imagination de ce prêtre ? 

Le procureur-général de Bordeaux fit informer au sujet « dudit 
brûlement », mais nous ne connaissons pas la suite qui fut donnée 
à cette information. 

Isidore Loeb. 

1 Remarquer que la plupart de ces objets se trouvent particulièrement chez une 
population de marins et dans un pays où le pin résineux est très répandu. 

* Sur tout cela, voir Allgem. Zeitimg des Judcntli., 1868, p. 769 ; 1875, p. 6 ; 
1877, p. 46. Cf. Kayserling, Bibliotheea esp.-portug.-jud., p. 4 et p. 8. La commu- 
nauté juive de S.-J. de Luz s'appelait la petite Jérusalem. 



PFEFFERKORN 

ET LA CONFISCATION DES LIVRES HÉBREUX A FRANCFORT 

EN 1510 



Nous publions ici la partie du Journal de Joselmann relative à 
un épisode de la lutte que les Juifs de Francfort-sur-le-Mein eurent 
à soutenir contre Pfefferkorn, qui avait le dessein de s'emparer de 
leurs livres hébreux '. 

En 1509, un danger menaça les Juifs d'Allemagne. Le juif bap- 
tisé Pfefferkorn obtint de l'empereur Maximilien un édit, daté de 
Padoue, 19 août, l'autorisant à examiner le. contenu de tous les 
écrits des Juifs, dans toutes les villes de l'Empire, et à détruire 
ceux qui blasphémeraient la Bible et la foi des chrétiens. Cet 
édit contenait encore cette disposition que la saisie des écrits ne 
pourrait avoir lieu qu'au su des autorités et en présence de deux 
de leurs représentants et du curé 2 . 

La première ville d'Allemagne où Pfefferkorn mit son mandat à 
exécution fut Francfort-sur-le-Mein. Le Conseil, auquel il l'avait 
communiqué, se mit à sa disposition. La première partie de notre 
mémorial relate les incidents qui se produisirent lors de cette 
première confiscation. Des délégués du Conseil convoquèrent les 
Juifs à la synagogue et leur ordonnèrent d'y apporter tous leurs 
livres. Les Juifs obtinrent d'abord un court délai, mais, après des 
négociations de toute sorte et malgré leur résistance, ils virent 
leurs protestations avorter. Pfefferkorn confisqua provisoirement 

1 Ce Journal comprend 14 feuilles de format in- 8° dont les feuilles 1, 2 a, 3 b, 4 a 
ne sont remplies qu'à moitié ; la feuille 5 a de même ; les feuilles 6, 7, 8 a, 8 b de 
même ; enlin la '14 e qu'en petite partie. Les feuilles 1 et 2 a paraissent être un manus- 
crit du greffier de la chancellerie, et les autres une copie manuscrite de Melchior 
Schwarzenberg, le greffier de Francfort. 

2 Voir à ce sujet Graetz, Gesch. der Jttden, IX, p. 81 ; Kracauer, Die Confiscation der 
hehr. Schriften in Francfort a/31, dans la Zeitsch. f. d. Gesch. der Juden in Deutschl., 
de Geiger, I, p. 16o et s. 



PFEFFERKORN ET LA CONFISCATION DES LIVRES HÉBREUX 113 

168 livres, et ils durent promettre de ne pas vendre ceux qu'il leur 
avait laissés. Bientôt après Pfefferkorn quitta la ville. 

C'est seulement à la Pàque de l'an 1510 que Pfefferkorn revint 
à Francfort pour confisquer le reste des volumes. Il en est question 
dans le second livre de notre Journal. Cette fois la résistance des 
Juifs fut plus énergique. Ils chargèrent de leur défense un excel- 
lent avocat du nom de Houssle (Houselni), qui accusa Pfefferkorn 
d'avoir contrevenu, en plusieurs points, à la lettre de son mandat, 
et lui reprocha de n'être pas assez compétent pour examiner le 
contenu des écrits. Enfin, Houssle voulait en appeler à l'empereur 
et au pape, mais tous ses efforts restèrent vains. Les Juifs durent 
livrer tout le reste de leurs écrits (plus de 1500), que le Conseil 
fit conserver dans des tonneaux. 

J. Kracauer. 



I (1509). 

Anno d ni XVc nono vf dinstag nach Mathei ap. (25. IX) sein 
lier Johann von Gryffenstein, dechant her Johann Brun schul- 
meister von wegen des capittels zcu sanndt Bartholomeus vnd 
doctor Adam, meister Friderich von Altzey licentiat, Gilbrecht von 
Holtzhusen vonn wegen eins erbaren rats zu Franckenfurt in der 
judischen sinagogen erschienen vund doselbst die gemein judi- 
scheytt vor sie zcukomen verbotten 1 lassen, vnud ais dieselben 
versameltt gewesenn, haben sie inen ein keyserlich mandat 2 lesen 
lassen vnnd daruff den judden aile vnd igliche ire buchere inn 
die sinagogen zcu tragen vnnd zcubringen bey den penen im man- 
datt verleybt (einverleibt) vnnd demselben mandat folgunge zculhun 
gebotten. Daruf haben die gemein judischeitt inen bedenckens zcu- 
geben begert, das ine zcugelassenn ist, vnnd darnach diesze nach- 
folgende meynunge zcu anttwortt geben : sie weren kurtzlich vnnd 
vngewarnter sachen angelangt wurden, darumb mochten oder kon- 
ten sie als erschrocken lute so y lents nilt anttwortt geben. Es 
were auch ine one mogelieh 3 , aile buchere so in einer kurtze inn die 
synagogen zcu brenngen ; begerthen darumb inen ein zceitt zcuge- 
ben, dar inné sie ire buchere bey eynander suchen mochten ; 
sie wolten bey gutem glauben kein buch, so itzt hinder inen 
were, verussern. Daruf haben die geschickten vom capittel vnnd 

1 Mander. 

1 Du 19 août 1509. 

3 Unmôglich. 

T. XXII, n° 43. 8 



lli REVUE DES ETUDES JUIVES 

ratt noch kurtzem bedenckenn iue diesze meynunge furgehalten, 
uemlich zcuin ersteu wollen sie geloben , bey denn penen im 
mandat begrieffen, kein buchere, so itzt hiuder inen sein, zcu uerus- 
sern ' sunder die aile vnd igliehe inn die synagogen zcu tragen 
vnnd zu lieberu ', 

Zcum anndern , das sie solche versamelt buchere aile vnud 
igliehe keins vsz genomen vff erforderunge obgemelter herrenn 
vom capittell vnnd ratt denselben herren, wo sie hin wolllen, 
vberlieberu vnnd zcustellen wollen. 

Vnnd zcum dritten, das ein iglicher judde seine buchere ime 
zcustendig, mit seinem namen vnnd wie igliehe bûche heisse 
vnnd wouon es sage, zceichen vnnd beschrybenn soll, so wol- 
ten sie iue bedenckens geben. Solchs ailes, wie obstett, haben 
die raby vonn gemeiner judischeitt wegen bey den penen im 
mandait bestimptt , zcuthun vnnd zcuhalten zcugesagtt vnnd 
versprochen. 

Actum anno et die, quibus supra, post meridiem infra primam 
et secundam horas in sinagoga judeorum Franckfurdensium 
prœsentibus Petro Schulz de Reichelscheym , Kiliano Folker de 
Vmbstat clericis moguntine diocesis, Hans Fischer judice secu- 
lari Franckfurdensi et Wygando Becker de Hungen laycis tes- 
tibus ad praemissa vocatis. 

[28, 9.] Vff fritag in profesto Michaelis sin inn der sinagoga 
erschienen decanus , scolasticus plebanus , meister Friederich 
von Holtzhuseu vnd haben der judischeit das mandat, domit 
sien niemant entschuldigen muge, verlesen lassen; darzeu hat 
Pfefferkorn sin dinstbrieff auch verlesen lassen vnd dar vff 
ellich bûcher begert, auch mit namen gênent ; daruff haben 
sich die juden bedacht vnd abschrifft des mandats begert, do- 
mit sie sich dem desterbasz wissen zu halten vnd zugeleben, vnd 
wo ine das abgeslagen wurde , sien sie besweret vnd beruffen 
sich an die key. ma 1 3 . vnsern allergnedigsten hern, dieselb zu 
berichten. 

Daruf ist inen antwort worden, man wol ine abschrifft des 
mandats werden lassen, doch nicht desterminder dem befelh 
nach lud des mandats vnd abscheits zu handeln ; des sie nit 
benugig 4 , sunder protestirt vnd appelirt, wie vor ; doch wo der 
rat usz oberkeit handelen will, mussen sie gescheen lassen. 

Daruff hat Pfefferkorn etlich bûcher, nemlich 4 68 zu ime ge- 
nommen, sie in spital Saut Marta getragen (ehemalige Konstab- 
lerwache). 

1 Zu verâussern. 

1 Liefern. 

3 Kaiserl. Majest. 

4 Begnugt. 



PFEFFERKORN ET LA CONFISCATION DES LIVRES HÉBREUX 115 

Item sie sollen den masar 1 vnd die villa 2 , ir tegelich bet- 
buch, nit mehr gebrauchen. 

Item die judischeit sagen, sie haben friheit von bebsten vnd 
von keysern, das man inen ire bûcher nit nemen sol, vnd ob 
man die horen, wollen sie die lesen lassen, doeh kein dar geben, 
vnd was die juden den ersten tag zugesagt haben , die bûcher 
inn die sinagog zu tragen , widderruffen sie ; sy on iren der 
gemeyn judischeit willen geschen, sien ein teil nit anheym 
gewest. 

Die mein 3 judischeit sagt, haben sien vff ettliche priuilegien 
getzogen, die sie itzt antzeigen, vnnd wollen domit vff iren be- 
ruff, so vor beschen, beharren, in hoffenunge solch mandat 
bey key. mat. abezeuschaffen, nachdem key. mat. mit der war- 
heit nit bericht sey. 

Item als der judischeit furgehalten wartt, ob sie sien bey den 
penen in mandat verleybt verbinden, sich darin verfallen zcu 
sein etc. ; wo vnder allen anderen buchern zwey bûcher erfunden 
werden, die die ketzerey inhaltt, so wolt er 4 in aile andere 
buchere widder geben. 

Darauff haben sich die judden des geweigert ; es sey auch nit 
in irem beuelh vnd macht, dwyi esz ein gemein judischeit in 
ganezen reich betreffennde [se. sache sei] sunder beclagen sich, das 
sie beschweret sein vnd repetiren iren beruff . 

Item ist der judischeit dieser tag nachgelassen worden, aile 
vnd igliche ire gebrechen beschwerden vnnd priuilegien furezu- 
brengen dem rat, vff das morgen (2. X.) keyne wyther be- 
schwerange oder hinderunge furgewant werden mocht , doch 
vnvbergeben vorgethaner zcusagengunge durch die judden be- 
scheen ; das die judden also angenommen, doch ires rechtens 
vnbenommeD. 

Feria quinta post Remigij (4. X ) ist Hitziug 5 jude vnnd Na- 
than Chaym vnnd Galma[n] jude « zcum kessel » (seiu) bey iren 
eyden sie dem ratt vnnd penen im key. mandatt eruennt er- 
manet worden, ob sie eyniche buchere mit geuerde 6 hinweg ge- 
than haben vber ire zcusage, sie demi geschickten gelhann haben ; 
sie gesagt, sie sein der dinge vuschuldig vnnd ailes verneynnt. 

Mordocheus jude desglichen erinnert ist. 

Item sein die gemein judischeitt abermals irer gelobde vnnd 
zcusage, kein buchere zcu uereussern erinnert vnnd ermanet worden 
bey vermeidung der penen im mandatt bestimptt. 



1 Corruption de Machsor. 

s Tefilla. 

3 Allgemeine. 

* PfelTerkorn. 

8 pniT 1 (Isaak). 

6 Frauduleusement. 



116 REVUE DES ETUDES JUIVES 

II (1510). 

9, IV. Vff dinstag nach quasimodogeniti, que fuit noria Aprilis 
anQo lolO, sin ian der synagogen erschienen der hochgelerte her 
Herman (Ortlicb) docLor etc. vnd Johan Pfefferkorn als comis- 
sarien v. g. h. l von Mentz, doctor Adam, Jacob H. V Gelbrecht 
von Holtzhusen, Andréas Herden vnd der statschriber, vnd hat 
im anfang der doctor die commission dem rate zugeschickt vnd 
nach folgend die commission an die juden verlesen lassen , 
dar ufT sich die juden bedacht vnd Bernhart Huszle reden las- 
sen, vnd im anfang das sie sich verantwort haben : das sie nit 
gehandelt haben als die vngehorsamen, sunder sich alwege ge- 
horsamlich gehalten ; ob sie aber nit die geschickelichkeit gebrucht 
hetten, sol man inen als vngeupten zugeben 3 vnd nit der vnge- 
horsam v ; vnd begeren, dwil die commission wytleuff tig vnd inen 
also balde nit antwort zu geben, auch zu behalten mugelich, acht 
tage zu bedencken. 

DarufT haben sich v. g. h. Menlz commissarien bedacht vnd inen 
diezyt abslagen; sunder vermeynen lud irer commission zu handeln 
vnd so die erlegt werden, die vnformlich 5 funden, werde domit 
gehandelt wie recht ist ; werden die aber togelich funden, sollen 
die inen widder werden. 

Daruff die juden ire antworl : sie haben gehort die commis- 
sion das er sampt der Pefferkorn alleyn als executor geschickt 
mit ermanung gehorsam zu sin, domit sie nit gestrafft werden 
etc. ; protestiren vnd betzugen erstlich die juden, das sie die key. 
nit. in allweg gehorsam wollen sin, des glichen v. g. von Mentz, 
wie ine gepurt vnd schuldig sin , das sie auch durch disz ir 
nachfolgen irer notturft halber furtragen sich des ira , des sie 
schuldig sin zu thun, gar nichts weigern, noch sper[r]en wollen; 
aber sich fîndt in keyserlicher commission, das dieselb key. ma 1 
nit recht vnd wie ime selbst bericht ist, vnd wo commission 
mit verswigung der warheit vnd fuerbringung der vnwarheit 
eriangt si ; dan war ist, sie ziehen sich auch des vf die ver- 
ordenten vnd geschickten zu ersten verhandlung Johan Pfeffer- 
korns, nemlich der geistichen vnd von eynem rat, das sie, die 
juden, erboten haben, die bûcher furczulegen vnd examiniren 
zu lassen, vnd welche erfunden wurden lud des mandats oder 
befelh, execucion geschee ; aber Johan Pfefferkorn hab sich des 
nit besetigen 6 lassen, sunder aile bete bûcher vnd ander mit 

1 Unsers gnâdigen Herrn. 
» Heller. 

3 On doit le prendre en bonne part et non l'interpréter comme une infraction. 

4 Des Uugehorsams. 

5 Les livres qui seront trouvés biffés. 

6 Contenter. 



PFEFFERKORN ET LA CONFISCATION DES LIVRES HÉBREUX 117 

der viele * in der juden schul inen entwert* vnd hinweg ge- 
nommen, das die form der key. commission nit inhalt ; solich 
erbieten aber key. mat. verswiegen ist. 

So ist auch furgebracht, das der rat zu Francfurt die bûcher 
genommen sollen baben; ist anch die vnwarheit, dan der rat 
nit, sunder Pfefferkorn 3 . So ist auch key. mt. furgehalten etc., 
das der rat zu Franckfurt mit sampt den geistlichen ire der 
juden priuilegien examinirt vnd haben erfunden dem mandat 
nit widderwertiges, vnd erbeten sich key. commission gehorsam 
zu sin ; so der gelept werde, wie die inhalt, so hab v. g. herre 
von Mentz lud irer friheit nit zu gebieten. 

Daruff ist dieser abseheit gemacht, das die juden aller bû- 
cher, die arwenig 4 sin sollen, zwey inn spital brengen , die 
Pfefferkorn besehen vnd als dann w-ytern bescheit der andern 
bûcher warten sollen. — Am morgen mitwochen zu acht vhren 
(4 0. April) sin die obgemellen personen erschienen vnd Pfeffer- 
korn die (Bûcher) besichtiget vnd sagt, sie haben die nit aile 
bracht vnd nemlich miros 5 ; sagen die juden, sij war, aber das- 
selb buch sij der kinder anfang vnd nit zu disem handel dieulich ; 
wo er aber des nit entraten wolle, sijen sie gutwillig auch zu 
liebern ; vnd darnach etlich ander bûcher benent, die die juden 
sagen, sol sich erfinden, sie haben die by die hant bracht ; also 
hat Pefferkorn begert aile die bûcher, so er anlzeigen werde, das 
sie die behalten; wes er aber nit antzeigen werde, das sie die 
aile liebern, dan alleyn wes ervor 6 , hab er eyn notturft vnd on 
noit, die zu brengen 7 . Hat die judischeit antwort geben, wollen die 
antzeigung gern sehen vnd zu eyner vhren widder erschinen ire 
gepurliche antwort zu geben. 

Nach mittemtage 8 vff mitwochen sin abermals die commissarien, 
des rats geschickte vnd die judischeit erschienen vnd durch iren 
redenern gesagt, das sie gestern zwo commission von v. . g. h. 
von Mentz vszgangen, dar inn keyserlich comission verleubt 9 , 
die form vnd masz geben, dar inn zu handeln, der nit gelept ; hab 
sie vberflusziglich sich erboteo, yeder sort eins zu legen; sij iue 
zwey yeder sort zu legen angebo'en, das sie willig, haben das auch 
'also verfluszig getan; nun wieder begert die bûcher aile, vszge- 
scheiden wes er ine geschrieben geben hab zuerlegen, das widder 
die commission sij ; dar vmb begeren sie, wo sie wyter beswert 
wurden, musten sie wyter dar inn reden, das sie beswert wurden, 

i Tefilla. 

2 Enlevé. 

3 Les a pris. 

4 Suspects. 

s Zemiroth (?). 

6 Fordere (?). 

7 Et il serait inutile d'apporter les autres livres. 
» Mittag. 

9 Verleibt (einverleibt). 



IIS 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



vnd dar vmb an die key. ma 1 , oder au v. allergnedigsten hern 
den babst, das sie doch vngern thun, inn hoffnunge, eyn erbar 
rat werde sie nit vnbillich besweren lassen. 

Darufî haben sich die geschickten bedacht vnd dwil Pefferkorn 
die bûcher aile hat haben vnd nit der vbergeben bûcher be- 
nugig sin wollen, solich meynung den juden furgehalten, 

Haben die juden daruff abermals wie vor repetirt, der key- 
serliche, auch. v. g. h. von Mentz commission gehorsam sin 
wollen, wie die inhalten, vnd vber dasselb vsz yeder sort zwey 
dargelegt, das sie doch zuthun nit schuldig weren ; dartzu wollen 
sie sich eynem rat verpQichten, aile andere buchere nit zuuerus- 
sern bisz vff erkentenusz, ob die togelich oder vntogelich sein ; 
so haben sie auch bebsllich vnd keyserlich friheit die solichs 
verbieten ; so sij er Pefferkorn nit dermassen geschickt ; so dun- 
cket, sie sien beswert vnd beruffen sich an die Ro. key. ma 1 oder 
an v. allerheiligisten vatter den babst', oder vor das camergericht, 
wo sich hin gepurt, vnd begeren sie by recht zu schutzen vnd zu 
schirmen ; solichs haben die geschickten an rat zu brengen an- 
genommen. 

Vf Dornstag nachfolgend (11. April) ist der rat eynheiliglich 
vberkommen, das nit angesehen der juden appellacion, sollen sie 
die bûcher erlegen; also ist inen nach mitlag solichs zuthun vmb 
zwo uhren gesagt, das sie auch gehorsamlich getan vnd inn 
nùwen spital getragen, die die frunde 1 mit der menge gesehen 
haben, vnd do by sollen sie versprechen, was fremder bûcher 
sie haben, nit zu uerussern on wissen des rats. 

168 Kleyn vnd groisz 

zweyerley sort sagt Pfefferkorn, 

drierley sort sagen die juden 

der dalmut XII bûcher 

der yszer von hetter (ysser wehetter) 

der orhayum 

der kotzer miros 

der meymone 

oszchere 

Boroch 

aue Esera 

Boszkym 

herbatùrim 

alphoszen 

doldesz Ihescher 

Nixaon (Nitzachon) 

Sanhederim 

Rabe Salme 



a 

en 

en 
O 



1 Rathsfreunde. 



NOTES SUR LA LITTÉRATURE DES JUIFS HISPANO-PORTUGAIS 



MANUSCRITS ET ÉDITIONS RARES D'OUVRAGES ESPAGNOLS 

ET PORTUGAIS 



Après la publication de ma Bïblioteca espafiola - portiigiœza- 
jadaica, j'ai reçu de M. D.-H. de Castro, d'Amsterdam, un ex- 
trait du catalogue de sa bibliothèque si riche en mss. et en édi- 
tions rares d'ouvrages espagnols et portugais. Je donnerai ici le 
titre de ces mss. et de quelques livres parus depuis peu, en sui- 
vant l'ordre alphabétique des auteurs, ou des ouvrages quand ils 
sont anonymes. L'abréviation Bibl. renvoie à ma Bïblioteca, 

Abaz, Semuel (Bibl., p. 4), Discurso contra los defençores de la Tri- 
nidad, comp. por el S r Haham R. Yeudah Carmi,en lengua ita- 
liana, y por my Haham R. Semuel Abaz su discipulo traduzido 
en la Espaîiola [ms. de 65 ff, in-4 ]. 

Yeuda ou Léon Garmi fut Haham à Hambourg (Bibl., p. 34), 
ville natale de Semuel Abaz. 

Abaz traduisit aussi en espagnol les discours hollandais com- 
posés par Jonathan Gher, qui se nommait avant sa conversion 
au judaïsme Jean Richer ; cette traduction et celle qui est citée 
plus haut se trouvent, en ms., sous le litre commun « Keset Jo- 
nathan », en possession de M. D.-H. de Castro. 

Aguilar (Moseh Rephael de) (Bibl., p. 9), Tratado da Immortalidade 
da aima colegido e ordenado por o S r H. H. M. R. de Aguilar 
[ms. de 20 pp. in-4 ]. 

Il est à présumer que ce traité sur l'immortalité de l'âme était 
écrit en hébreu. 

Ascamoth. Reglamentos, y ordenanças da S. Irmandade « Mazon Aba- 
not », instit. nesta cidade de Amsterdam, no Aîio 5494= 4734; 
revistas a 5569 == 1809. 

Ascamoth da Irmandade de « Hesed Ve'emet » para lavar difuntos. 
Estampados em Amsterdam, em casa de Yshac Yeuda Leaô Tem- 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

plo, 5465 = 1705 [in-42). Idem ern casa de Selomoh Mendez Cou- 
tinho, olHï = 1722 (in-42). 

Athias (Atias), Yshac(Bibl., p. 14 et suiv.), Fortification d: la Fée... 
compuest. por el II. -H. Yshac, morador de Lituania, y traducido 
de IUbraico en Romance par Yshac Atias en Hamburgo a 5381 = 
1624, y agora copiado en el Haya 5487= 1727 por Semuel Hen- 
riques. [Ms. de 493 pp. in-4 .] 

Il fut fait aussi de cet ouvrage hébreu, intitulé ITOtOK pittl, une 
traduction hollandaise (en 5489 = 1729), dédiée par Daniel de 
la Penha à Mauuel-Lopes Suasso. Elle se trouve eu ms. (739 pp., 
in-4°) dans la bibliothèque de M. D.-H. de Castro. 

Azevedo (Daniel Cohen d') (Bibl , p. 15), Sermaô heroico pregado no 
K. K. de Talmud Tora em Amsterdam, 23 Menahcm 5569 = 
5 août 1809. Amsterdam, 1809 (in-8 ;. 

Belilhos (Daniel) (BibL, p. 26), Sermam funeral as posthumas do 
seu dignissimo Mestre e Sogro o Senhor H. -H. Yshac Aboab, pre- 
gado na Esuoga em 14 Nisan 5453 = 1693 [Ms. de 32 pp. in-4 ]. 

Yshac Aboab, maitre et beau-père de Daniel Belilhos, mourut 
le 4 avril 1693. 

Caria escrita dos magnâtes dos Judeus de Cochim em a costa de Ma- 
labar aos Parnasim d. nosso K. K. desta cidade no aïio 5436 = 
1676. 

Memorias i m pressas de d° por Mosse Pereyra de Paiva, a 5447 
= 1687 (voir Bibl., p. 88). 

Outra carta dos prim s mencionad s do ano 5458 = 1698 e as 
Asharot impresas que se dizen em dito Reyno em Semini Ha- 
gaseret. 

Mais hua Carta lhes escreveo de Londres no a 5520 = 1760 o 
eminentis 010 H. H. M. (orenu) Yshac Neto. Dat. Cochim, 25 Tisri, 
a 5528 = 18 octobre 1768 (ms.). 

Carta lamentavel p. h. calamidades que padaceraô n s Irmaôs os Ju- 

deos de Polonia alta e baixa. Escrita de diversos lugares do seus 

Hahamim do K. K s dos Asquenazim desta, no anno 5469 = 1709. 

Mais hua d a a mesma causa escrita dos Hahamim de Berlin 

aos Parnasim de nosso K. K s dos Portuguezes [ms.]. 

Chumaceiro (Abraham Mendes) (Bibl., p. 38), Sermaô pregado p. 
muy docto. . . no K. K. de Talmud Tora, ano 5500 = 1740 [Ms. de 
42 pp. in-4 ]. 

Fonseca Henriques (Francisco de), Medicina Zusitana, socorro del- 
phico, dedicad. aô S r Nuno da Cuuha. 
Amsterdam, em casa de Miguel Diaz, anno 1731. Fol. 

Gazela de Amsterdam, a 1678. Imp. David Tartaz, in-8°. 

Le premier numéro de ce journal, probablement le premier 
journal espagnol publié par des Juifs, parut le 24 janvier 1678, et 
le dernier le 14 novembre de la même année. 

Boni as posthumas que fez nosso Kaal Kados em Sabbat 14. de Tamuz 
a 5550 = 26 juin 1790, e em Domingo 45, dito do fallecimiento 



NOTES SUR LA LITTÉRATURE DES JUIFS HISPANO-PORTUGAIS 121 

do eminentissimo, e eruditissimo Haham R. Saul Ben Arye, Rab 
do K. K. dos Asquenazim desta cidade de felice memoria [ms.]. 
R. Saul ben Arye mourut le 19 juin 1790. 

Jahuda de Astrug Bonsenyor (Bibl., p. 53), Libro de parantes e dits 
de savis e filosofs, Los Proverbis de Salomo, lo Libre de Calo, ara 
fets estampar complets per primera vegada ab un prolech y 
documents por en Gabriel Llabrés y Quintana. 

Palma de Mallorca, Impr. d'en Joan Golomar y Salas, 1889 (42 -f- 
4 48 pp. in-8°). 

Leaô Templo, Selomoh Yeuda (BibL, p. 58), Sermaô comp. p. 
H. H..., e pregado por elle aos 8 de Adar 5436 = 1676 nas nup- 
ciales feslividades de seus Irmaôs [ms. de 20 pp. in-4 ù ]. 

Letras e Patentas que contem os Privilegios que se concederaô aos 
Judeos Espanhoes e Portuguezes no Reino de França desde o 
a 1550. Assi mesmo o retificaçao de sobre ditto com mais expres- 
sas clausulas em sua caria. Escrita.. . em Paris 15 nov. 1777 pelo 
conselheiro d'Estado Lieut. Gêner, de Police e c a a Rodrigues 
Pereyra de Paris, Pencionario de S. Mag de , Secret. Interprète de 
d° da Sociedade Royal de Londres, Agente da naçaô Jud. Por- 
tugueza em Paris [ms.]. 

Levi (Victor) (Bibl., p. 113), û"nn&tttïï ù^arr trïïn 6 la agua de la 
ïiîûlO por... Romance interesante (Judéo-espagnol), Constan- 
tinople, impr. en la Imprenta de « El Telegraf », 4889 (64 pp. 
in-8°). 

Maimonide ou Moseh de Egypto (BibL, p. 56, 65), Tratado de Peni- 
tencia, nuevamente traduzido de la lengua santa por R. David 
Cohen de Lara, 3 Nisan 5420 = 1660. Amsterdam, en casa de Joh. 
Zacharias Baron, 1660 (in-4°). 

Menasseh ben Israël (BibL, p. 68 et suiv.), Libro yntitulado 
Sapha Berura, h. e. Grammatica liebrea comp. p. o S r H. Me- 
nasseh ben Israël. O. Talmid Selomoh de Oliveyra fecit [ms. de 
67 pp. in-8o]. 

Monteyro (Eliau), Sermam pregado em caza de Abraham de Josseph 
Mendez Couthio por a morte de Semuel de Selomoh Abaz [ms. de 
47 pp. in-4°]. 

Morteira (Saul-Lévi) (BibL, p. 74 et suiv.), Declaracion del Talmud 
de algunos lugares, que a la primera vista repugnan al enten- 
dimiento umano censurados y calumniando a muestros sabios 
el Sixto sinense en su Biblioteca [ms. de 107 ff. in-4]. 

Ce ms. est identique avec la « Repuesta » du même auteur 
(BibL, p. 75). 

Fol. 69 on trouve une Car ta escrita de Jérusalem, por David 
Senior, a° 5398 = 1638; 

Fol. 79 : Carta que de Levante escrivio el Jagan (Haham) Yma- 
nuel (recte Yshac) Aboab ; 

Fol. 99 : Al felissimo transito de Don Lope de Vera quemado en 
Valladolid por Judio, 25 julio 1644. 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

C'est la romance composée par Antonio Enriquez Gomez (voir 
Bibl., p. 50). 

Oraciones que el K. K. « Honen Dal » costumbran dezir entre minha 
y barbit en el dia de « Bedendag ». Impresso en la Haya à Costa 
de M. S. y M. de P(into) anno 5534 = 1774 (in-8°). 

ÏTTin faip. Sacrificion de manifestacion, 6 Oracion para presentar 
delante de la divina misericordia en este corle de Haya en los 
dias llamados « Bedendagen », ordenad. 19 março 4788. Judéo- 
espagnol. Amsterdam, Proops (1788), (in-8°). 

Orobio de Castro, Yshac (Bibl., p. 81 et suiv.), Respuesta apologetica 
al libro que escrivio Don Alonso de Cepeda que intitulo Defensa 
de los terminos, y Doctrina de Raymunio Lulio, a° 1663. Sacada 
fiel y correctamente de su original, y corregido con todo cuy- 
dado, por Abraham Machorro, 10 Henero 4703 [ms. de 211 pp., 
in-4 ]. 

Cet Abraham Machorro, « insigne en la flauta y la pluma », est 
loué par Daniel Levi de Barrios dans un sonnet (Opuscules). 

Pauta dos S res e S ras Irmaos et Irmans da pia Irmandade dos Velhos 
et Velhas intitulada, a Misheneth Zequenim », anno 5513 = 1753. 
Amsterdam, in- 4°. 

Penso de la Vega (Joseph) (Bibl., p. 85 et suiv.), Discurso acade- 
mico hecho en la insigne Academia de los Sitibundos, dedicado 
al S r Gabriel Arias. Amsterdam, 1683, in-4. 

Privilegios de Livre Cidade Impérial, dados pelo Conde de Wiedt é 
seus Filhos, com Authorizacaô Cesarea â todas as Nacoins e Re- 
ligioens que viesem a Povoar a nova Cidade de nieuve Wiedt, 
situada sobre o Rin, proximo de Colonia ; prometendo solemne- 
mente immunidades e beneficios mais particulares â os Hebreos 
Portuguezes e Espanhoés. E havendo D° Conde dado ordem de 
seu Comiss. Pedro Rodingh em esta cidade de Amsterdam para 
tractar sobre este cazo com os da nossa Naçaô passaraô varios 
dos nossos ad s Lugar a tractar S c o nosso estabelecimento, pro- 
puzeraô e se lhes concederaô mais e mayores immunidades e 
assim mesmo de S. A. Serenissema Maxim. Hendrik, Principe é 
Eleitor de Saxonia, Arcobispo de Colonia. 17 mayo 1667 [ms.]. 

Rodrigues (Daniel-Cohen) (Bibl., p. 94), Sermam moral pregado 
neste K. K. de Talmud Tora 27. Menahem 5480 = 1720. Ams- 
terdam, S. Proops, 5480 = 4 720 (in-4°). 
Avec une approbation du Haham R. Selomoh J. Ayllon. 

Sagache (Abraham-Israël), Libro de los Acuerdos de la Nacion y asi 
mas las Ascamoth que tiene este K. K. de Talmud Tora de Ams- 
terdam. Hecho por. . ., a°5398= 1638 [ms. de 201 pp. in-4 ]. 

Silva (Jacob Gomez de), Sermam de principio y fin, pregado na Yesiba 
de « KeterAtalmidim » por... Amsterdam, 5477= 1717 (in-4°). 
Avec quelques sonnets et dizains de l'auteur. 

Solla (Semuel Mendes de) (Bibl., p. 104), Sermaô composto e pre- 
gado por H. H. . . [ms. de 34 pp. in-4 ]. 



NOTES SUR LA LITTÉRATURE DES JUIFS HISPANO-PORTUGAIS 123 

Orden de la Agada que se puede dezir en la noche de Purim 
[ms. de 42 ff. in-4 ]. 

II 

UN VOCABULAIRE ESPAGNOL 

Les Juifs d'Espagne qui trouvèrent un asile en France conser- 
vèrent encore longtemps après leur arrivée dans ce pays la 
langue espagnole ; à Bayonne même, il y a peu de Juifs qui ne 
comprennent cet idiome. 

Les Juifs dits portugais ont même conservé jusqu'à nos jours, 
dans leur parler, des mots et des expressions d'origine espagnole. 
Nous allons citer un certain nombre de mots espagnols que les 
Juifs de Bordeaux emploient encore et que M. J.-C. Molina de 
Paris a eu la bonté de recueillir. 

Les Juifs de Bordeaux, pour la plupart, emploient pour les cé- 
rémonies religieuses des mots espagnols, ainsi : Lavadores, la- 
veurs chargés de faire la levadura ou Rehiza, aux hommes 
décédés ; les pieuses femmes qui font la Rehiza s'appellent Her- 
manas, et les sept Hàkaphot autour du cercueil : Arrogamien- 
tos. Rogatwa se dit de la prière des Juifs à leurs derniers mo- 
ments. 

Capa, manteau, ne se dit que de la robe de la Tora, et faja 
(prononcez fascha) est en usage particulièrement pour la GelUa. 
Pour la lecture de ia Tora, le Juif français-espagnol emploie 
encore aujourd'hui le mot corrompu meldar, comme le Juif alle- 
mand leinen. 

Cumplido, accompli, est un terme employé à Bayonne, il fait 
son ciimplido, c'est-à-dire sa Barmitzwa. s 

Mando est le nom donné au schammes ou bedeau des sociétés 
de secours mutuels. 

Le soir de Tischa-beab , après l'office, les assistants se saluent 
par les paroles : « Morir habemos », nous devons mourir, à quoi 
on répond : « Ya lo sabemos », nous le savons. 

Ils emploient encore une quantité de mots espagnols anciens, 
par exemple, « dhoguar », pour ahogar, étouffer; « desapegar » 
pour despegar, décoller; quelques-uns sont corrompus, par 
exemple, « golos », pour goloso, gourmand ; « jaismo, pour 
juicio », intelligence. 

Il est intéressant de voir comme les Juifs français-espagnols ont 
changé beaucoup de mots espagnols en mots français, en leur 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donnant des terminaisons ou flexions françaises. Le Juif français- 
espagnol dit encore aujourd'hui : il a une « ahité », du verbe es- 
pagnol « ahitar », c'est-à-dire il a une indigestion; il « ahijone », 
— du verbe esp. « ahijar », = il excite ; qu'il te « ayude », — du 
v. esp. « ayudar », = qu'il t'aide; que tu sois « aniquilé », du v. 
esp. « aniquilar, » = anéantir ; il a « arrastré » son ennemi, du 
v. esp. « arrastrar », = traîner, ou il « desconfie », du v. esp. « des- 
confiar », = se défier. 

Le Juif bordelais dit : quelle « ganga » ! = quel ennui, quelle 
« alhaja ! » = bijou, quelle « angustia ! » === tourment, quelle 
« cara ! » = visage. En parlant d'une personne nonchalante, il 
dit : elle a de la « descanza »; une locution fréquemment em- 
ployée par des mères israélites parlant des petits enfants est ma 
« joya », r= joie, etc. 

M. Molina nous communique encore une bénédiction espagnole 
après le repas, avec la remarque suivante : « Cette mélodie se 
chante sur l'air antique et traditionnel du Hallel des Portugais ». 
Le texte espagnol de cette bénédiction est : 

Bendigamos à ei Altissimo 
Al Senor que nos creo 
Demos le agradecimiento 
Por los bienes que nos dio. 

Alabada sea su santo nombre 

Porque siempre nos ha piado 

Loor! Adonai que bueno. 

Que para siempre su merced. 
Bendigamos â el Altissimo 
Por el pan primeramente, 
Y despues por los condumios 
Que comimos juntamente. 

Por comimos y bebimos alegremente 

Su merced nunca nos faltô, 

« Odou l'Adonai ki tob 

Ki légnolam hasdo ». 
Bendito sea la casa esta, 
Que nunca manca en ella fiesta, 
Tarde manana es nuestra siesta 
A nos, y â todos Hijos de Israël 1 . 

M. Kayserling. 

1 Le texte espagnol, nous écrit M. Molina, nous a été fourni par M. Elie Lévi 
M;jduro, administrateur du temple de la rue Buffault, à Paris. Cette bénédiction 
fut traduite en vers français, il y a environ un demi-siècle, par M. Lévi Alvarès, 
et elle figure dans l'annuaire israélite bordelais de M. Mardochée Molina, ministre- 
officiant. 



NOTES ET MÉLANGES 



UNE INSCRIPTION SABEENNE 

SOI-DISANT D'ORIGINE JUIVE 



M. Edouard Glaser vient de publier, dans VAusland, une série 
d'articles qui ont pour but d'invalider quelques-unes des consi- 
dérations que j'ai émises dans cette Revue, ainsi que dans la 
Revue critique du 10 novembre dernier, en rendant compte de son 
ouvrage récent sur la géographie et l'histoire de l'Arabie. Gomme 
les questions dont il s'agit ont un grand intérêt pour l'histoire, je 
crois nécessaire d'éclairer immédiatement la conscience des lec- 
teurs impartiaux sur les raisons qui ont motivé mes opinions et 
qui m'obligent aujourd'hui encore à ne point accepter la solution 
proposée par le docteur Glaser. Je me bornerai, du reste, aux 
seuls points qui sont en connexion avec le judaïsme, et encore 
d'une manière aussi succincte que possible. 

Au cours de 1888, je me suis livré à l'examen critique des sources 
relatives à la persécution des Chrétiens de Nedjrân par le roi juif 
des Himyarites, dans un article qui a paru dans la Revue des 
études juives, numéro de Janvier-Mars 1889. Ayant acquis la 
conviction que les écrivains ecclésiastiques et musulmans qui par- 
lent de ces événements ont tous puisé à l'épître syriaque dite de 
Siméon de Bêth-Arshâm, qui se donne comme une œuvre contem- 
poraine émanant, en partie, du roi juif lui-même, j'ai cherché à 
démontrer, par un grand nombre de preuves : 1° que l'épître a été 
écrite, non comme on le croyait, au temps de Justin, où vécut 
Siméon, mais vers la fin du règne de Justinien, trente ou qua- 
rante ans après la mort du prélat sus-nommé ; 2° que le fond du 
récit, rempli d'invraisemblances et de contradictions flagrantes, 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

perd tout caractère de crédibilité en face des historiens contem- 
porains, Procope et Cosmas Indicopleuste, qui ignorent tout à 
fait et les persécutions des Chrétiens de Nedjrân et le judaïsme 
du dernier roi himyarite l . Quelques mois après, je reçus le pre- 
mier fascicule du livre de M. G. intitulé Shizze der Geschichte 
Arabicas, dont je rendis compte aussitôt dans cette Revue. En 
examinant soigneusementjes extraits donnés par l'auteur en tra- 
duction allemande pour prouver l'existence d'une dynastie juive 
himyarite entre 378 et 525, qui est l'année de la mort de Dîmion- 
Dhoii-Noiavâs, il me parut que la preuve manquait de solidité. 
La majorité des textes cités contient simplement l'invocation du 
« Dieu miséricordieux [Rahmanan] », quelques autres ajoutent 
les mots « Seigneur du ciel et de la terre ». Mais l'épithète « Misé- 
ricordieux » se lit aussi dans les inscriptions païennes de Palmyre 
comme un titre du Jupiter local, et l'expression « Seigneur du 
ciel et de la terre » revient dans l'inscription gueëz d'Axum, 
dont le roi païen s'intitule « fils de Mars (Mahram) l'invincible». 
L'origine monothéiste de ces textes, tous fracturés ou effacés en 
grande partie, était donc loin d'être prouvée ; à plus forte raison 
était-on peu autorisé à les attribuer à des auteurs juifs. Une seule 
de ces inscriptions offrait, d'après M. G., la formule clairement 
juive « Seigneur du ciel et d'Israël » [Der Herr des Himmels 

1 La nullité historique du témoignage de Jacques de Saroug au sujet des persécu- 
tions de Nedjrân par les Juifs sera admise, sans la moindre hésitation, par tous ceux 
qui savent avec quelle légèreté ce polygraphe monophysite acceptait toutes les lé- 
gendes qui pouvaient glorifier sa profession de foi. C'est lui qui a, entre autres, 
mis en vers la grotesque légende syriaque qui fait d'Alexandre le Grand un chré- 
tien orthodoxe et un contemporain de l'invasion des Huns dans l'empire romain. Un 
auteur qui entonne sérieusement d'innombrables Te Deum sur un sujet aussi fantai- 
siste n'a pas besoin de grandohose pour glorifier les prétendus martyrs de sa secte, 
surtout lorsque leurs meurtriers sont soupçonnés de judaïsme. Quant à l'hymne de 
Jean Psaltès, il repose sur l'homélie de Jacques de Saroug, sauf les chiffres et le 
nom de Harit, qui sont des interpolations postérieures. 

Je profite de cette occasion pour appeler l'attention sur le nom monstrueux de 
Tûbârlâk (var. Tûbârlîqî, Tûhûrlâqâ) que la Légende chrétienne et Jacques de Sa- 
roug donnent à Darius. Cette forme, écrite pb*"D"iri, est, sans aucun doute, altérée 
de pi"5^n « le Tocharien ». Les Tocari ou Tochari (eu chinois To-ko-îo) étaient le 

peuple dominant de la Scythie ou du Khorassan, que les Perses désignaient par Turân 
ou Anirân. L'épithète pehlevie Tûkhârîq équivaut à peu près à Scythianus. Dïnawarî 
dit qu'Alexandre traversa lOxus et poussa jusqu'à Amuye ou plutôt Amùl (Noldeke, 
B. G. A., p. 41), capitale du Khorassan. Mar Jacob appelle Tûbârlâq-Tokharîk, roi 
des Perses et des Amôrâyê (fcO^HWN), et sous ce dernier nom il faut entendre les ha- 
bitants d'Amûl, de sorte que l'appellation tout entière revient simplement au titre 
officiel des Sassanides : • roi d'Iran et de Turân ». 11 est même assez probable que 
le vocable N^TI^jN se cache dans le nom corrompu HITlUnN (var. tiî^TUntf d'où 
l'éthiopien Akseyûs) que la Légende applique à la famille de Darius. Il ne faut dans 
aucun cas penser à la forme perse Khskiyarsha, que l'auteur chrétien n'a pu con- 
naître ; il est plus vraisemblable que Mar Jacob avait encore sous les yeux la bonne 
leçon JX'HlTSiS, qu'il a fait entrer dans son poème. 



NOTES ET MELANGES 127 

und Israels), mais cette traduction m'avait inspiré des doutes si 
graves que j'ai voulu avoir une copie de l'original et me suis 
adressé, à cet effet, au savant voyageur, que j'ai informé de mes 
doutes. M. G. m'a envoyé la copie des deux fragments de l'ins- 
cription dont il s'agit avec l'autorisation de la publier. Je ne l'ai 
pas fait parce que l'examen du texte original m'a convaincu qu'il 
ne vient nullement d'un auteur juif et que je n'ai pas voulu 
blesser le savant et obligeant voyageur qui, à ce que j'espérais, 
abandonnerait lui-même sa première impression, surtout après 
avoir eu connaissance de mes raisons. A mon profond regret, je 
vois que M. G., non seulement maintient l'origine juive de cette 
inscription, mais me prend à parti pour ne pas lavoir publiée 
aussitôt. Dans ces conditions, je suis obligé de dire publiquement 
que je ne puis d'aucune façon admettre l'interprétation qui paraît 
à M. G. si écrasante pour ce qu'il appelle « mon idée fixe » 
relativement au non judaïsme des derniers rois des Himyarites. 
Cette vérité ressortira claire et évidente de la lecture du texte 
que je transcris ci-après en caractères hébraïques, après avoir 
rapproché l'un de l'autre les deux fragments de l'inscription, en 
conformité avec le procédé de M. Glaser * que je ne suis naturel- 
lement pas en état de contrôler. 

i banian ■pMDMf 'pttm do "pnm ^pia 

M. G. traduit : « Loué et béni soit le nom du Miséricordieux, 
le (Seigneur) du ciel et d'Israël, et leur Dieu, le Seigneur des Juifs 
qui a . . . . leur serviteur Shahir et sa mère. . . » (Gepriesen und 
gesegnet sei der Name des Allbarmherzigen, des (Herrn) des Him- 
mels und Israels und ihr Gott, der Herr der Juden, welcher 
ge. . .et hat ihren Knecht Schahîr und dessen Mutter. . . 2 ) 

Telle est l'inscription que M. G. déclare d'origine indubita- 
blement juive (zweifellos von Juden herstammende Inschriften- 
paare). Malheureusement, sa traduction ne tient pas devant les 
considérations suivantes : 

1° Le membre de phrase , pwû[a]'ï "ptom ne signifie point « le 
Miséricordieux, Seigneur du ciel », mais « le Miséricordieux qui 

1 La fracture se trouve dans la première ligne après la lettre % dans la seconde, 
après le mot TllTTÏ, qu'il faut visiblement compléter N^iriT = éth. NTitfT, bien 
que M. G. n'indique pas de lacune. 

3 Je ne sais pas pourquoi M. G. met entre parenthèses le "| qui, dans sa copie, 
précède le mot Û*1ÏTIÏ5, ni pourquoi il ne donne pas les mots subsistant à la troi- 
sième ligne. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est dans les cieux » ; cf. la formule juive et chrétienne iraN 
rr^uno. Notre Père qui est dans les cieux ». 

2° Le mot « Seigneur » n'existant pas et ne pouvant pas être 
suppléé, il devient certain que le mot i&OOT n'est nullement relié 
à 'pnDa'î, comme le prétend M. G. en traduisant « Seigneur du 
ciel et d'Israël ». Ce mot doit donc commencer une nouvelle 
phrase. 

3° La locution « Seigneur du ciel et d'Israël » est logiquement 
impossible ; il faut « seigneur du ciel et de la terre », ou biea 
a seigneur du ciel, dieu d'Israël ». 

4° Le i de la fin de la première ligne ne saurait être rattaché 
au premier mot de la seconde ligne, comme le fait M. G., qui lit 
■jttîrinbKl « et leur Dieu », car le suffixe nttïi « leur » ne peut se 
rapporter ni à « ciel (cieux) », ni à « Israël ». Il s'ensuit qu'après 
le i il y a une lacune de plusieurs mots dont il faut absolument 
tenir compte. C'est à ces noms propres perdus dans la fracture 
que doit se rattacher le mot i^nnbN « leur dieu ». 

5° Un membre de phrase tel que « et leur Dieu, le seigneur des 
Juifs » ne peut pas suivre immédiatement celui de « seigneur du 
ciel et d'Israël » ; il formerait une tautologie insupportable. 

6° Dans les centaines d'inscriptions sabéennes connues jusqu'à 
ce jour, le mot « son dieu » ou « leur dieu » est invariablement 
suivi du nom propre de la divinité, jamais d'une épithète. Par 
conséquent, les mots iït m, en admettant qu'ils soient bien lus 
et bien séparés, ne peuvent signifier « seigneur des Juifs », mais 
ils doivent constituer un nom divin unique, et naturellement un 
dieu païen. 

Par suite de ces raisons, je me crois autorisé à regarder le nom 
b&niz)' 1 de cette inscription comme représentant un nom d'homme 
sabéen, sans la moindre connexion avec « Israël », et je traduis 
comme il suit : 

« Loué et béni soit le nom du Miséricordieux (ou des Miséri- 
cordieux) qui est (ou sont) dans les cieux. Quant à Yasurêl et [à 
X et à Y et à Z, ils ont remercié les dieux A, B et C] et leur dieu 
IibuIidÇ!) qui ont secouru leurs serviteurs, ainsi que Shahirum 1 
et. . . » 

Conclusion inévitable : les auteurs de cette inscription étaient 
parfaitement des païens et non des monothéistes et encore moins 
des affiliés au judaïsme. 

1 L'usage constant de Tépigraphie sabéenne de placer un nom propre après les 
mots « son (leur) serviteur » me donne à penser que l'original avait ûnilUÎ" 1 Tash- 
harurn au lieu de Û-|ÏTC"I ; dans ce cas on traduirait < qui ont secouru leur ser- 
viteur Yashharum et... ». 



NOTES ET MÉLANGES 129 

La disparition de la légende de la domination du judaïsme en 
Himyar renverse également l'affirmation de M. G. que le royaume 
contemporain des Lihyan, au nord du Hidjaz, frisait plus ou moins 
le judaïsme. Les Lihyan adoraient une déesse suprême nommée 
Bha-Ghâbat et, sans doute, une foule d'autres dieux. La phrase : 
main mil v\Èn, hâtivement rapprochée de l'hébreu postbiblique 
m nDïi « abolir la loi », signifie, en admettant que la lecture du 
premier mot de la phrase soit absolument certaine : il a rendu 
fertile le ravin (cf. talmudique dût « puits, creux) et il a con- 
duit » et non « ils ont aboli la loi et la voie (religieuse) » ; 

man est un verbe parallèle à riDïi et nullement un nom pourvu 
d'article, lequel devrait être m&tttr. 

J. Halévy. 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. LE MOT 13 ET LES PRÉPOSITIONS UNILITÈRES. 

Le mot "»a, comme terme de prière, a été expliqué de deux dif- 
férentes façons. Ou bien on l'a traduit « par moi * », c'est-à-dire 
«par amour pour moi » ; ou bien on y a vu une contraction de 
va 3 , du verbe ïiyn, qui, en hébreu, signifie chercher, et en ara- 
méen, demander, et l'on a comparé le Targum n^nn, qui répond à 
l'hébreu TOpnn. Malgré ce rapprochement, cette explication laisse 
assez à désirer : 1° La disparition de l'y au milieu d'un mot est 
presque sans exemple en hébreu, et l'on ne cite guère à l'appui que 
le nom propre rvn, qui serait pour m*-); 2° in^n n'a pas en hébreu 
même le sens de demander ; 3° on ne comprend pas pourquoi "a 
est toujours suivi de "WN. 

Pour ces différentes raisons, nous croyons que la première ex- 
plication est plus près de la vérité, mais, pour devenir tout à fait 
exacte, elle doit subir une modification importante. Dans *n 



1 Nous demandons pardon, par avance, à tous ceux qui auraient déjà émis les 
idées que nous exprimons dans les notes qui suivent. Le plagiat, s'il y en a un, est 
involontaire. 

2 Ibn Ezra, Gen., xliv, 20. 

3 Raschi, l. c, et les modernes. 

T. XXII, N° 43. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il y a bien la préposition 3, mais le i n'est pas le pronom suffixe 
de la première personne, ^n nous paraît être une forme archaïque 
pour 3, de sorte que !*5*in -^ équivaut à ^N3. On comprend dès 
lors que "u soit toujours suivi du nom. Le sens est : Par mon 
maître, c'est-à-dire j'adjure mon maître. 

Pour justifier l'identification de ^a avec d, on n'a qu'à com- 
parer "O et D, qui sont évidemment la même particule. id, dans 
le Talmud, a le sens de d, par exemple dans la locution ">an "O 
N5"na * « de cette façon ». Même dans la Bible 13 signifie « comme ». 
Ainsi, Exode, xviii, 17, nmn ^d doit s'expliquer comme s'il y 
avait : ^wad « comme dans l'affaire ». On a mis is pour ne pas 
accumuler les prépositions, bien qu'ailleurs on trouve ï-iï'itiiN'-Dd 2 . 
■O a aussi le sens de « comme » dans la locution un "O, qui si- 
gnifie « mais » après une préposition négative ou interrogative. 
da ^d. . . u6 peut se traduire littéralement : ne pas. . . comme si, 
c'est-à-dire : pas au même point que. 

Il reste à se demander si 13 et 15 sont des formes allongées 
de a et d, ou s'il faut voir dans 3 et i l'abréviation de 13 et 
■o. Cette question se rattache à une autre question plus géné- 
rale qui est de savoir si les prépositions d'une seule lettre sont 
des éléments primitifs de la langue, comme le sont proba- 
blement les particules démonstratives, ou si elles représentent 
les restes de mots plus longs, et qui avaient à l'origine un 
sens concret. Le problème n'est pas très difficile à résoudre. 
On ne peut guère admettre que des lettres isolées expriment 
par elles-mêmes une relation abstraite, et quand on voit une 
foule de noms trilitères devenir des prépositions, on est autorisé 
à supposer que les prépositions unilitères sont également des 
noms qui avaient d'abord un sens purement concret, et il est 
permis de chercher l'origine de ces prépositions. Pour *a il ne 
semble pas douteux que ce soit une forme abrégée de ma « mai- 
son », qui a facilement donné l'idée de contenance : maa signifie 
« à l'intérieur ». Pour *i l'arabe nous fournit à la fois la forme uni- 
litère 5 « comme », la forme bilitère "O, qui signifie « pour 
que », et la forme trilitère ï^d « comment ». Que rpd n'est pas autre 
chose que ^ c'est ce que montre la comparaison de la locution 
hébraïque ^d t]N « à plus forte raison » avec l'arabe t^dd, qui a le 
même sens, le s arabe répondant à l'hébreu t|N, et cpd à id La 

1 II est probable que id a été employé à la place de d, sous l'influence de la gut- 
turale Ti qui suit. De même 13 aura été conservé devant la gutturale Jtf dans "^a 

» Isaïe, i, 26. 



NOTES ET MÉLANGES 131 

locution signifie littéralement « aussi comment ». Quel est le sens 
primitif de tpD ? Nous l'ignorons. 

La dernière préposition d'une seule lettre b vient, à notre 
avis, de la racine "nb « s'attacher, accompagner », et n'est pas 
une abréviation de bis, racine "ON, qui marque la direction. ibà 
est peut-être à rapprocher du verbe nia, « conduire », d'où la 
préposition assyrienne ana « vers », et l'adverbe hébreu riwN 
« où? », qui indique aussi la direction. 

IL nran ai;-! ùaran {Genèse, vi, 3). 

Ces mots ont fort embarrassé tous les exégètes. La plupart 
des traducteurs et commentateurs anciens ont vu dans ùaraa un 
composé de la préposition a et de ra = ^iraa, avec ùa « aussi », et 
ils ont expliqué la phrase à peu près ainsi : Mon esprit ne 
luttera plus pour une longue durée contre V homme, en tant 
qu'il est aussi de la chair l . Mais ra pour nra^ ne se rencontre 
pas dans le Pentateuque, le y^ap du a est inexplicable, et le 
sens est des plus forcés. Les exégètes modernes, par contre, 
prennent ara dans ïaaran pour un substantif, de la racine aara, 
et ils traduisent : Mon esprit ne luttera plus (ou ne subsis- 
tera plus ou ne s'abaissera plus) chez les hommes pour une 
longue durée, à cause de leurs erreurs (provenant de ce 
que les hommes) sont de la chair. Cette seconde interprétation 
soulève autant d'objections que la première : 1° Au point de vue 
grammatical, on peut s'étonner que dna soit d'abord considéré 
comme un collectif, dara:a ayant le suffixe pluriel, et qu'immé- 
diatement après, on trouve &on au singulier, se rapportant au 
même mot d^ 2 ; 2° aara signifie « pécher par inadvertance », 
or, on ne s'attend pas ici à voir parler d'erreurs involontaires ; 
3° Il faut sous-entendre une conjonction explicative devant Nïn 
*vqi ; 4° L'idée que les péchés de l'homme proviennent de ce qu'il 
est fait de chair semble étrangère à la Bible ; c'est bien plutôt 
une croyance chrétienne. 

Ces difficultés, selon nous, obligent à chercher pour le mot ara 
une autre signification, et cette signification, c'est le verset lui- 
même qui la donne. Au lieu de voir dans ^iran ann une réflexion 
morale et philosophique, il est plus simple d'admettre que ces 

1 Nous croyons inutile de citer toutes les autres interprétations ibudées sur la 
même explication de daraa. 

2 Si on rapporte JSIJl à ara, on obtient un non-sens. On ne peut pas dire que 
Y erreur soit de la chair. 



132 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mots sont une interprétation lexicographique, en d'autres termes, 
une glosse, qui aura passé de la marge dans le texte. Il ne 
manque pas d'exemples de glosses semblables dans la Bible *. 
an), d'après le glossateur, signifie « chair »; ce mot, avec ce sens, 
n'est pas autrement connu en hébreu, mais la version éthiopienne 
de la Bible traduit ce même mot nun par sua, et cette comparaison 
justifie notre interprétation, si hardie qu'elle puisse paraître à 
première vue. 

De cette façon le verset devient intelligible : Mon souffle ne per- 
sistera- pas pour une longue durée chez V homme dans son 
corps 3 , et ses jours seront de cent vingt ans. Pour que l'homme 
vive, il faut que le souffle, qui vient de Dieu, anime son corps. 
Quand Dieu retire à l'être vivant ce souffle, la mort survient 4 . 
Dieu annonce donc dans le verset son intention d'abréger la 
vie humaine ; il n'y a rien de plus dans le texte. 



III. Le verbe dby. 

Ce verbe est généralement expliqué dans le sens de ïby et 
yby « s'agiter joyeusement ». Mais dans deux passages sur trois 
où l'on trouve ce mot, le parallélisme semble exiger une autre si- 
gnification. Dans Job, xx, 18, le mot oh^ répond à yb^, oby doit 
donc avoir un sens analogue à celui d'avaler. Nous proposons de 
prendre Db* pour une métathèse de sib qui, dans la Mischna, si- 
gnifie mâcher, manger. Le verset signifierait (Le méchant ra- 
mène à lui (le fruit de) ses peines et ne V avale pas, et la nourri- 
ture tirée de son commerce il ne la mange pas 5 . Dans Prov., 
vu v 18, i-jobyn: fait pendant à stria « abreuvons-nous, » et peut 
fort bien se traduire « nourrissons-nous mutuellement ». Dans le 
passage très obscur de Job, xxix, 13, on ne peut pas donner à xhv 
le sens de orb, mais celui de yhy ne rend pas la phrase beaucoup 

plus claire. 

Mayer Lambert. 



» Comparez ûfib n'a BWJ ttrïlB8 (Gen., xlviii, 7), bTiatt Nl^î TO (Esther, 
Kl, 7). 

2 C'est le sens qui nous paraît le plus admissible pour "pT^. 

3 ù^iN est un collectif, et, bien que T^" 1 ait le suffixe singulier, le passage du 
pluriel au singulier est rendu moins choquant par "pm qui sépare Û3UÎD de "P72ï ; 
mais le û de Û5U3I3 peut aussi être un reste de mimation. 

4 Cf. Gen., il, 7 ; Psaumes, civ, 29, 30 et passim. 

5 D'après d'autres : [Le méchant) rend (le fruit de) ses 'peines, . . . , et comme sa 
nourriture, telle est sa restitution, etc. 



NOTES ET MÉLANGES 133 



NOTES D'ÉTYMOLOGIE TALMUDIOUE 



Le passage de Baba Kania, in : wi abn *w n-min id^-is pa 
*ûi ww "rw "jbB "î» 1 »» "nra nwa id^s fftN, est traduit ainsi 
par M, Schwab : « Quant au percepteur, tant qu'il n'est pas arrivé, 
on peut arguer : un tel exerce la même profession que moi. » 
D'après le contexte, ce passage signifie qu'il est permis de pré- 
server sa propriété d'un dommage éventuel, même si on cause par 
là un préjudice à la propriété d'autrui. Par contre, si le dommage 
est déjà causé, il n'est pas permis à celui qui en souffre de s'en 
décharger au détriment d'autrui. Or, on considère le dommage 
comme existant déjà ou l'impôt comme pesant déjà sur le contri- 
buable, quand le collecteur d'impôts est arrivé, car dès qu'il est 
là, on peut être sûr que les autorités ont déjà fixé l'impôt que 
chacun sera tenu de payer. Le percepteur vient seulement re- 
cueillir les sommes déterminées d'avance. 

Le mot jcpuadpYupoç ou xpsâpyupov par lequel M. Schwab veut ex- 
pliquer a'VjnN "io^s signifie « impôt », et non « collecteur d'im- 
pôts » ; quant au mot x'p u<Ta PY u P eî K> ^ n'existe pas. Il faut donc 
traduire ainsi : a Quant à l'impôt, tant qu'il n'est pas arrivé (c'est- 
à-dire réparti), il est permis de dire. . . Mais une fois que l'impôt 
est arrivé (c'est-à-dire réparti), il n'est plus permis. . . 

Voici la suite : « De même à l'égard des maîtres de camp, avant 
l'arrivée des soldats romains, les préposés peuvent être soupçon- 
nés de malversation. » Ainsi traduit, ce passage n'a aucun rapport 
avec les autres exemples donnés par leTalmud. Car ce n'est pas 
en soupçonnant les préposés de malversation qu'on cause un 
donfmage à autrui, mais en les en accusant devant la justice. Bien 
plus, si cette accusation était fondée, pourquoi serait-il défendu 
de la diriger contre eux? Mais il faut corriger le mot îTWWra 
en STWrnDTa et traduire ainsi : « Avant l'arrivée des soldats ro- 
mains, il est permis de donner de l'argent à ceux qui préparent 
les logements (pour obtenir d'eux qu'ils ne se montrent pas trop 
exigeants); après leur arrivée, cela est défendu. » 

Le passage de Baba Mezia, vin, 3 : \n in T^aîi \n nbaiû 
ûi^ip^î \iz in "iûsdïi, est traduit ainsi : « Si quelqu'un a em- 
prunté une vache à un géomètre ou à un douanier (<nniavrfiç). » 
Au lieu de « douanier », il faut mettre « garde champêtre », 
cuvTYjpeùç. Cf. Jeruschalmi Haguiga, 1 : amp "mûsci "jb 'jwtf et 
Babli Baba Batra , 68 a\ voir aussi Peslkta, Orner, "paso 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mk. Dans Baba Batra, vu, 3, le mot snobwip est traduit par 
« joueur de dés », xupsurijc. D'ordinaire, le « joueur de dés » est 
désigné par iompn pTWa et n'est jamais placé dans la même caté- 
gorie que le « voleur » ; on le compare aux parieurs, etc. ; cf. 
Synhedr.,\u, 6. Mais DiBOVaip est le mot xupwni'rtïç « bateleur, 
filou », et on comprend alors qu'on le compare au M3. Voir aussi 
Babli Hallin, 91 b : rtriN Dlû&vmp IN inna asa ; et Behhorot, 5 : 
ÏTO ovjD'pmp in saa ûsm ï-sra, où le sens de xup«miTt)ç, filon est 
applicable. 

Dans Baba Batra, vin, 1, M. Schwab compare naosû à <pav- 
raafia. C'est plutôt le mot icavffuSi « de toutes ses forces, avec ar- 
deur » . 

Furst. 



ARISTOTE DANS LE TALMUD 



Dans un passage du commentaire d'Abulrabi (sur Ex., xiv, 6) 
donné par M. Perles [Revue, t. XXI, p. 250, lig. 7) est citée, sans 
renvoi à la source, une tradition d'après laquelle R. Gamliel au- 
rait dit : « Allons saluer Aristote, notre collègue >, ^d bnpm "ûb 
isian D^baiûO'nN. M. Perles fait suivre d'un point d'exclama- 
tion le nom du philosophe grec, qu'on s'étonne de rencontrer 
dans une pareille citation et dans la bouche du patriarche 
Gamliel. 

A mon avis, voici l'origine de cette étrange phrase relative au 
célèbre Stagirite, dont le nom n'est devenu populaire parmi 
les Juifs que longtemps après la clôture du Talmud. Le texte cité 
par Abulrabi se trouve dans le traité Derech Ereç, ch. v, où il est 
dit que les Tannaïtes qui s'étaient rendus à Rome voulaient 
rendre visite au « philosophe » de cette ville avec qui ils étaient 
liés d'amitié. C'est Josua b. Hananya qui dit à Gamliel : "piin 
ir-inn DiDioib^s ->jD bapsiû « Veux-tu que nous saluions le philo- 
sophe, notre ami? » Gomme, pour les Juifs du moyen âge, le 
philosophe par excellence était Aristote, Abulrabi, ou déjà le 
texte qu'il utilisait, a pu facilement remplacer disions par 

1 En tout cas, il faut avant bfcob?û3 '"1 1Ï28, mettre "HEN p%, .... 



NOTES ET MELANGES 135 

En passant, je rappellerai que dans ces derniers temps, on a 
voulu remplacer le mot disions dans notre passage par un nom 
propre; M. N. Brùll, qui vient si prématurément d'être enlevé à 
la science juive, a soutenu, dans un de ses premiers Jafw'bucJi, 
cette thèse originale, sinon plausible, que primitivement, au lieu 
de onDlûlb^D, il y avait oidov ûTnbs Flavius Joseph, qui, en effet, 
était encore en vie à l'époque de l'arrivée des Tannaïtes à Rome 
(vers 95). 

W. Bâcher. 



ENCORE UN MOT SUR SAMUEL BEN NISSIM 



Dans mon étude sur le commentaire de R. Samuel ben Nissim 
[Revue, t. XXI, p. 118), j'ai admis, sans autre vérification, 
l'opinion du savant éditeur de cet ouvrage, M. Salomon Buber. 
D'après cette opinion, l'auteur de ce commentaire sur Job, qui, 
dans l'unique ms. qui a servi à cette édition (n° 128 de la Bodl.), 
porte l'épithète inexpliquée de msoto, serait le même que le Samuel 
ben Nissim qui a vécu à Alep au commencement du xm e siècle, au 
rapport de Alharizi, l'auteur du TahUemoni. Cette identification 
a été combattue avec des argumeuts importants par M. Neubauer, 
dans Jewish Quaterly Review, II, p. 526. M. Neubauer appelle 
d'abord l'attention sur ce fait qu'un ms. du Vatican (n° 361) a 
été copié en 5102 (1342 *) par le médecin David ben Eliya pour 
R. Isaac ben R. Nissim, médecin également, qui porte le surnom 
de mao!». Cet Isaac b. Nissim msow qui, d'après une notice de 
ce ms., vivait à Palerme, serait, à en croire M. Neubauer, le 
frère de notre R. Samuel b. Nissim, l'auteur du commentaire sur 
Job. Ce qui confirme, semble-t-il, cette hypothèse, c'est que, 
également dans un ms. du Vatican (n° 97) qui, exactement comme 
son commentaire sur Job, est intitulé Midrasch, et est un com- 
mentaire de Daniel, Ezra et Chroniques, notre Samuel ben 
Nissim est appelé i^ps, c'est-à-dire originaire de Sicile. Mais 



1 M. Neubauer a e'crit, par simple lapsus, 5102 = 1442, ce qui l'a conduit à pla- 
cer Isaac ben Nissim au xv e siècle (fil'teenth century). Naturellement il faut lire : 
xiv e siècle ft Une autre partie du ms. a été signalée aussi par Zunz, Zur Gesch., p. 516, 
comme ayant été écrite en 1342. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

on ajoute tàotfn& rû^floa, ce qui indique qu'il se serait établi à 
Tolède. 

Si les conclusions de M. Neubauer étaient adoptées, il en 
résulterait que l'auteur du commentaire sur Job tra *p*» aurait 
vécu dans la première partie du xiv e siècle à Tolède et ne saurait 
être le même que Samuel b. Nissim d'Alep, qui vivait au temps 
de Alharizi un siècle auparavant. Je n'hésite pas à déclarer que 
les raisons de M. Neubauer ont ébranlé l'opinion que j'avais sur 
l'identité de deux Samuel b. Nissim. Il est vrai que l'analyse que 
j'ai faite du commentaire sur Job n'a fourni aucun indice qui soit 
contraire à la rédaction de cet ouvrage au xm e siècle, et qu'au 
contraire, les fréquents rapprochements que fait l'auteur avec 
l'arabe se comprennent mieux dans un ouvrage écrit à Alep, que 
dans un ouvrage écrit au xiv e siècle à Tolède, ville qui depuis 
longtemps n'appartenait plus aux Arabes, et par un Sicilien de 
naissance. Mais pour concilier l'identité des deux Samuel ben 
Nissim avec les données produites par M. Neubauer, il faudrait 
admettre que le Samuel b. Nissim d'Alep portait déjà le surnom de 
niSDa, tout en portant aussi celui de "^bip-isba, comme le montre 
aussi M. Neubauer. Ou bien il faudrait supposer que la notice de 
l'unique ms. du commentaire sur Job qui donne à l'auteur le sur- 
nom de maoTa est fautive et n'est due qu'à l'erreur d'un copiste ; 
et du même coup il faudrait renoncer à voir dans le commentaire 
sur Daniel, Ezra et les Chroniques l'œuvre du même auteur que 
celui du commentaire sur Job. 

Ces deux hypothèses sont peu vraisemblables, et la supposition 
de M. Neubauer, qui conclut à l'existence de deux Samuel b. 
Nissim différents, a pour elle d'être plus naturelle. 

S'il en est ainsi, et si Samuel b. Nissim le jeune est un frère 
d'Isaac b. Nissim, il en résulte que le commentaire édité par 
M. Buber est plus jeune d'une centaine d'années et qu'il a vu le 
jour, non en Syrie, mais en Espagne. Plusieurs des conclusions 
de mon étude sont donc à rejeter et ma caractéristique de cet 
ouvrage ne doit plus être considérée que comme une contribution 
à l'étude de l'exégèse biblique au xiv e siècle en Espagne. 

W. Bâcher. 



NOTES ET MÉLANGES 137 



LE BAISEMENT DES MAINS DANS LE ZOHAR 



Dans l'Écriture Sainte il n'est fait aucune mention du baiser 
sur la main comme signe de vénération et 'd'hommage, les mots 
de Job, xxxi, 2*7, ne signifiant pas baisement des mains, mais 
l'action de porter la main à la bouche comme signe d'adoration 
idolâtrique. De l'époque biblique on ne peut citer qu'un passage 
de Sirach, chap. xxix, v. 5, où ceux qui reçoivent un don baisent 
la main du donateur. Dans la littérature du Talmud et du Mi- 
drasch, je ne connais pas de récit où il soit question d'un bai- 
sement de main. R. Akiba mentionne comme une chose rare et 
admirable que les Mèdes ne baisent que la main (abtt FpttSia "pN 
T a by, Berachot, 8&). D'après une autre tradition, c'était R. Si- 
méon b. Gamliel qui rapportait cela des Orientaux en général, 
les en louant (mïttrt m, Gen. rabba v ch. lxxiv, commencement 
du chap.) Il semble que les Palestiniens considéraient le bai- 
sement des mains comme une chose tout à fait inusitée. Aussi le 
lecteur du Zohar éprouve-t-il une impression singulière en 
voyant les prétendus héros des divers récits qui forment le cadre 
des dissertations exégétiques et autres, présentés généralement 
comme des sages palestiniens se rattachant à Simon b. Yohaï, 
montrer continuellement leur vénération et leur attachement 
par des baisements de main. Nous nous bornerons à citer parti- 
culièrement quelques passages : d'après une relation du maître 
(R. Simon b. Yohaï), R. Éléazar (son fils), R. Abba (son prin- 
cipal disciple d'après le Zohar) et tous leurs condisciples vinrent 
lui baiser les mains (I, 83&). Dans une circonstance analogue 
tous se levèrent, lui baisèrent les mains et dirent : Loué soit Dieu 
qui nous a amenés ici et nous a permis d'entendre ces paroles 
(I, 250 &). Une fois, R. Yosè baisa les mains de son maître dans 
le ravissement que lui avait causé une pensée exprimée par lui 
(II, 21 6) ; de même R. Éléazar (II, 62 a; ib. t 68 a; III, 65 &; îb., 
73 b). Dans des circonstances analogues, R. Jehuda et R. Hiz- 
kiyya (II, 87 a ; III, 31 a) baisèrent aussi les mains du maître. A 
la fin du Idra Zûta, III, 290 &, R. Abba raconte, d'une façon 
très émouvante, les derniers moments de R. Simon b. Yohaï. 
« Quand l'âme du maître fut envolée, R. Éléazar se leva, prit 
ses mains et les baisa, et moi je baisai la poussière à ses pieds. » 
— Je ne crois pas me tromper en admettant que ces fréquents 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

baisements de main dans le Zohar font partie des traits qui ont 
passé dans ce livre sous l'influence des mœurs de l'époque de sa 
composition (xm e siècle). Parmi ces traits, il faut ranger aussi, 
comme l'a remarqué Stern dans son analyse du Zohar, Ben Cha- 
nanja, IV, 387. les nombreuses descriptions des luttes spirituelles 
ou discussions entre les sages pour lesquelles on se sert d'ex- 
pressions empruntées au cercle d'idées des duels de chevalerie. 
Enfin, mentionnons un trait que nous trouvons ajouté à l'his- 
toire d'Abraham et de Sara qui semble emprunté à un roman de 
chevalerie et d'amour du moyen âge. Lorsque Sara fut amenée 
dans le palais de Pharaon (Gen., xn, 15), il donna ordre à des 
artistes de peindre son image sur le mur de sa chambre à 
coucher, au-dessus de son lit ; ensuite il n'eut de repos que 
son image fût aussi reproduite peinte sur bois. Ce portrait de 
Sara, peint sur un panneau de bois, existait encore à l'époque de 
Moïse et faisait les délices des rois d'Egypte (II, 30 a). 

Budapest, novembre 1890. 

W. Bâcher. 



BIBLIOGRAPHIE 



Die mantlaïsche Religion, ihre Entmckelwng und geschichtliche Bedmtung, 
erforscht, darge&tellt und beleuchtet von Dr. A.-J.-H. Wilhelm Brandt, Pfarrer 
der niederl. Reform. Kirche. Leipzig, J.-C. Hinrichs'sche Buchhandlung, 1889. 

Ce titre, quelque peu sensationnel, ne doit heureusement pas être 
jugé comme tant d'autres qui, d'ordinaire, sont loin de tenir ce qu'ils 
promettent. Dans le cas présent, il exprime la pure vérité. C'est 
même la seule expression par laquelle la personnalité de l'auteur 
manifeste sa satisfaction d'avoir mené à bien la tâche difficile qu'il 
avait entreprise. Le corps de l'ouvrage ne contient que des re- 
cherches impersonnelles et du meilleur aloi. Le savant auteur se 
place, en effet, à un point de vue très différent de celui de ses de- 
vanciers, trop peu nombreux, d'ailleurs. Ceux-ci se contentaient de 
systématiser les que'ques notions péniblement obtenues par des 
textes imparfaitement compris, ou bien s'efforçaient de s'instruire 
auprès des personnes nées dans la religion mandéenne, sans se 
soucier des anciens textes religieux de la secte. M. Brandt se fraie, 
au contraire, une route plus sûre et plus directe, il s'adresse aux 
textes originaux seuls, qu'il maîtrise tout d'abord, grâce à une étude 
persévérante et à des comparaisons laborieuses, et c'est à ces textes 
originaux, qui n'ont plus de secret pour lui, qu'il puise, comme à 
une source vive et intarissable, la connaissance authentique de cette 
religion bizarre, qui semblait impénétrable jusqu'à ce jour. Les 
paroles du titre ci-dessus sont littéralement vraies. Le livre de 
M. Brandt envisage la religion mandéenne non seulement dans ses 
principes constitutifs, mais aussi dans son développement successif 
et dans son importance historique, et rien que sur le fond des textes 
accrédités, interprétés, classés et commentés de la manière à la fois 
la plus simple et la plus lumineuse. L'œuvre du linguiste expéri- 
menté s'adjoint celle du critique sévère et judicieux, et toutes deux 
produisent un traité méthodique où chaque chose est à sa place et 
dont l'ensemble nous attire par la nouveauté du sujet, en même 
temps que par la lucidité de l'exposition. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'importance de l'ouvrage se fait déjà remarquer si on jette un 
regard sur sa division extérieure. Il s'ouvre par deux notes prélimi- 
naires ; l'une, très brève, sur la langue mandéenne et sur la méthode 
de transcription (p. 1-2); l'autre, plus longue et constituant l'intro- 
duction, se compose de onze paragraphes et donne un tableau suc- 
cinct des recherches faites avant lui dans le domaine de la religion 
mandéenne à partir de Ignaiius a Jesu, jusqu'à Norberg et, dans les 
derniers temps, par Petermann et SioufTi. Puis vient une liste de 
textes mandéens publiés, des observations sur la Grammaire, restée 
unique jusqu'à ce jour, de M. Noldeke, sur les tentatives d'interpré- 
tation des textes, soit indépendamment, soit à l'aide des Mandéens 
eux-mêmes, enfin une appréciation des essais de systématisation 
faits récemment par M. Kessler sur le système religieux des Man- 
déens (p. 3-21). Comme on le voit, l'auteur n'a rien épargné pour 
renseiguer ses lecteurs sur l'état de la question. 



Le corps de l'ouvrage est divisé en quatre chapitres, comportant 
chacun des subdivisions multiples et bien disposées d'après le 
tableau suivant. 

Le premier chapitre traite de la théologie mandéenne. Après la dé- 
finition préliminaire de quelques expressions théologiques facile- 
ment intelligibles, malgré le sens particulier qu'elles ont reçu dans 
la métaphysique mandéenne, telles que, par exemple, utra « trésor » 
pour c ange », les expressions très ordinaires, comme almaya 
« mondes », sfiekinata « demeures », piraya « fruits », tiraya 
« portes », employées en parlant des êtres suprêmes, conservent une 
nuance obscure et peu satisfaisante. Les explications qu'en donnent 
les Mandéens de nos jours sont sujettes à caution. Parmi les êtres cé- 
lestes, on rencontre Nitufta « goutte », Nbat « chose qui se produit », 
Ayar « air », et son composé Ayar-Gufna « air-cep de vigne » ; comment 
faut-il les comprendre? Deux expressions théologiques, Mana et 
Pira, ont tout particulièrement provoqué des interprétations très 
diverses. L'auteur accepte pour Mana le sens de l'arabe eî-ma'nâ, 
qui désigne chez les Noçaïris l'être adorable de la divinité. Pour 
Pirâ, il admet le sens de « fruit», sans en fixer la nature précise. 

La théologie mandéenne comprend, en premier lieu, une triple 
théogonie représentant trois systèmes successifs de spéculations mé- 
taphysiques sur l'origine des êtres suprêmes. Tous se trouvent dans 
le sixième traité du Genza droit. 

a) Le grand Mânâ habite dans le Pîrâ, le Pirâ dans le grand Ayar 
de la vie, lequel est dans l'intérieur du Jourdain à l'eau blanche. Du 
Mânâ et du Pîrâ se produisirent d'autres Mânâs et d'autres Pîras 
infinis et d'une splendeur ineffable, ainsi que des Shekinâtâ (de- 



BIBLIOGRAPHIE 141 

meures) sans nombre. Le grand Jourdain, dont les eaux répandent 
une odeur agréable, est entouré de plantes joyeuses et produit 
également d'autres Jourdains, infinis et innombrables. 

à) Le Pîrâ fut dans le Pirâ, l'Ayar dans l'Ayar à la grande splen- 
deur (Yôrà), dont l'éclat produisit Haye « la vie », qui se répandit dans 
le pays de l'Ayar, sa demeure. Haye se leva, sous l'image du. Mânâ 
rabâ, et fit une demande. Aussitôt se produisit l'Utra Mkaimâ (le dé- 
miurge), dit le second Haye, ainsi que d'autres. Le Jourdain, issu 
de Haye, se déversa dans le monde de la lumière, pour servir de 
demeure à Haye. Haye II évoqua des Utras, érigea des shekînâtâ et 
produisit un Jourdain, où s'établirent des Utras. Trois d'entre eux 
proposèrent à leur père de leur donner de sa lumière, afin qu'ils 
pussent créer le monde au milieu des courants d'eau. Après avoir 
donné satisfaction à Haye, Mânâ rabâ se leva dans toute sa splendeur, 
produisit les génies Kbar kawâ, Nebat, Iawar bar Iônn, Iôfafin et 
Sâm, le cep de toute vie. Cet acte amène la chute de plusieurs Utras, 
sans que nous sachions pourquoi. Le texte du Genza a ici des 
lacunes. 

Après avoir adoré le grand Haye et contemplé le monde des 
ténèbres, Manda d'Haye (« Gnosis de la vie» = Haye II) reçoit, sur sa 
demande, les renseignements suivants, sur l'origine de ce monde du 
mal et de ses habitants : 

c) A l'origine, Pirâ fut dans Pîrâ ; alors fut le grand roi de lumière. 
De celui-ci sortit Ayar ziwâ rabâ, duquel sortit le feu vivant, et de 
celui-ci la lumière. Le grand Jourdain fut dans Pîrâ; il produisit 
l'eau vivante, dont je suis issu, moi Haye; là-dessus furent produits 
tous les Utras. Les ténèbres et leurs puissances sont postérieures au 
monde de la lumière et sont destinées à disparaître. C'est tout ce 
qu'il en est dit dans ce passage. 

D'autres théogonies rapportent, au lieu de Pîrâ rabâ et d'Ayar 
ziwâ, des entités divines tout à fait différentes : Mânâ et Dmuta (son 
image), la grande Nituftâ (goutte), Manda d'Haye, à côté de son fils 
Hibil (Abel) ziwâ, ou un fils nommé Rabyâ T'alyâ Lehdaya (jeune 
enfant unique) ; ailleurs figure, comme divinité suprême, Nbat', à côté 
d'autres désignations pour les autres puissances. L'auteur y voit, 
avec raison, un amalgame de plusieurs spéculations primitivement 
différentes, dont la plus ancienne semble être le système a (p. 22-34). 

I. la création du monde. A ce sujet, les écrits du Genza différent 
également les uns des autres. Voici ce qu'en dit le sixième traité. 
Manda d'Haye, pourvu d'un vêtement et portant le bâton, la couronne 
et la ceinture, descend aux enfers, afin de dompter les puissances 
rebelles des ténèbres, Ruhâ-qadishtâ (saint esprit), surnommée 
kadabtâ « la trompeuse », génie femelle, et Ur (lumière?), surnommé 
malik hshoka «roi des ténèbres ». Le couple infernal est enchaîné. 
Sur l'ordre de Haye, Manda d'Haye et ses enfants descendent au lieu 
obscur et produisent Ptahil utra, nommé ailleurs Ga&riel; son adver- 



1 12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

saire, qui le trompe, s'appelle Bhaq (taie). Ptahil ne réussit pas du 
premier coup à condenser les eaux troubles en terre solide, et cette 
circonstance encourage Ruhâ à tenter de s'emparer du gouverne- 
ment sur la surface des eaux noires. En s'unissant trois fois, le 
couple engendre successivement 7, 4 2 et 5 fils, dont la figure mécon- 
tente Ruhâ. Ptahil, après avoir étendu le firmament, accepte le con- 
cours des enfants de Ruhâ et perd le gouvernement de la Maison 
(baïta), c'est-à-dire du monde créé, entre les mains des génies tombés 
(Naplê). Le reste du récit ne concorde plus avec ce qui précède. 

Voici de quelle façon le Genza raconte la création du premier 
homme. Les Sept, d'accord avec Ptahil, créent le corps d'Adam, mais 
ne peuvent pas le maintenir debout. Pour obtenir l'esprit apte à le vi- 
vifier, Ptahil reçoit de son père Haye le grand Mânâ qui éclaire tout, 
tandis que Haye produit les auxiliaires Ilibil, Shitil et Anosh, qui, 
ayant charge des âmes, sont invités à jeter l'âme dans le corps 
d'Adam, sans initier Ptahil à cette opération. Adakas-Mânâ lui in- 
suffle l'âme. Puis, Haye charge Manda d'Haye de faire entendre à 
l'âme « une voix merveilleuse », c'est-à-dire de lui annoncer la vraie 
religion. Pendant que Ruhâ et les Sept désirent corrompre Adam, 
Manda d'Haye et ses trois fils, Hibil, Shitil et Anosh, lui donnent 
Hawâ pour épouse et célèbrent sa noce. Les Sept reviennent alors et 
apportent au couple humain des vêtements, de l'or, du pain, du vin 
et des fruits. Les autres démons leur donnent divers autres objets de 
luxe qui peuvent les entraîner au péché, dont les bons génies cherchent 
à les préserver. Une allusion à la chute du premier homme se trouve 
dans un passage unique. La géûéalogie des premiers hommes est 
corrompue dans le Ge?iza, et Ton voit y figurer pêle-mêle des noms 
très bizarres. Ruhâ et ses fils délibèrent sur le mont Garmel pour 
tuer l'homme étranger (Manda d'Haye, sous forme humaine) et pour 
attirer à eux le genre humain. Par leur magie, ils introduisent toute 
sorte de corruption dans la création, dans les fruits, dans l'or, dans 
le vin, dans l'eau, etc., et ébranlent le ciel et la terre. Adam, qui 
s'éveille épouvanté de son sommeil, est tranquillisé par Manda 
d'Haye, apparu dans son vêtement de feu vivant. 

D'autres passages parlent d'un Adam, fils d'Adam, qu'égarent Ruhâ 
et ses Sept; fait qui nécessite l'apparition nouvelle de Manda d'Haye, 
qui se transporte au milieu des génies malfaisants et les punit. 
Ceux-ci n'en conservent pas moins leur funeste influence. Le rédac- 
teur leur attribue la fondation des fausses religions. Selon lui, les 
signes zodiacaux (malwashê) gouvernent successivement les âges du 
monde et produisent chacun une catégorie d'êtres nuisibles : bêtes 
féroces, serpents venimeux, diverses passions. En conclusion, Manda 
d'Haye et les Utras exhortent Adam et ses descendants à persister 
dans la piété. 

M. Brandt ne voit dans cette riche mythologie céleste aucune trace 
de monothéisme. Ni Mânâ rabâ, ni le premier Haye ne sont le dieu 
unique et particulier des Mandéens. Les livres religieux recomman- 



BIBLIOGRAPHIE 17,3 

dent d'adorer plusieurs êtres suprêmes; le nom alahâ « dieu », à 
l'exception de traités fort modernes, désigne toujours les faux dieux 
des infidèles, et non point le dieu vrai des Mandéens (p. 34-49). 

II. La doctrine du roi de lumière. En opposition avec le polythéisme 
précédent, on distingue un certain nombre de traités qui, à la place 
des entités suprêmes mentionnées plus haut, reconnaissent la person- 
nalité désignée par l'épithète Malka rabâ d'nhôrâ « grand roi de lu- 
mière ». Les noms propres sont rares dans ces textes; même Manda 
d'Haye, éponyme de la communauté mandéenne, est remplacé par 
diverses épithètes, comme Messager pur, Messager premier, etc.; Dieu 
est désigné par Mârâ « seigneur ». Le terme hayê « vie » a le plus 
souvent un sens impersonnel et figure dans les compositions comme 
« maison de la vie », « chemin de la vie », et des locutions sem- 
blables. Cette doctrine du mandéisme connaît évidemment les an- 
ciennes entités mythologiques, mais, peu favorable au système, elle 
s'en sert seulement dans le but d'orner le monde de la lumière, et 
comme de simples figures. 

La description du monde de la lumière et du monde des ténèbres 
concorde avec celle qu'en font les écrits des trois religions mono- 
théistes. Le dieu unique est bon, clément, puissant, il habite dans un 
palais de diamant. Il n'a ni père, ni frère aîné, ni frère cadet, ni [fils], 
on ne fait pas de sacrifices en sa présence; il est éternel. Les anges 
éclatants sont heureux, sans souffrances, sans vieillesse, sans que- 
relles et sans péché. Ils habitent un paradis abondant en arbres frui- 
tiers, éternellement fleurissants. Les mers sont calmes; les jourdains 
coulent des eaux plus blanches que le lait, répandant une odeur 
exquise, et les Utras et les Rois qui en boivent ne voient jamais la 
mort. Le monde des ténèbres touche les eaux noires; il est habité par 
des multitudes innombrables de démons, vilains, sombres, puants, 
cruels, trompeurs. Le roi des ténèbres est le plus laid d'entre eux, il 
a une tête de lion, un corps de serpent et des griffes d'aigle. Il est 
pourvu d'un membre viril et d'un membre femelle. Sa figure est 
laide, son corps est puant, sa forme est tordue, l'épaisseur de ses 
lèvres est de 444,000 farsanges. Le fer bout dans son haleine, et la 
vague est consumée par sa respiration. Quand il lève tes yeux, les 
montagnes sont ébranlées, et les plaines sont agitées par le murmure 
de ses lèvres. Ce roi des ténèbres cherche à conquérir le monde de 
la lumière, mais à la frontière de son royaume, il ne trouve pas 
d'issue, ni de chemin conduisant au monde céleste. Il pousse alors un 
cri de rage si formidable que l'exalté roi de la lumière est obligé 
d'insister sur l'impuissance du daïwa. 

La doctrine du roi de lumière attribue la création du monde à 
Hibil-Ziwâ, surnommé Gabriel shlîhâ (Gabriel le messager); toute la 
nature, ainsi que les animaux, doit être soumise à Adam et à sa pos- 
térité. Les anges de feu sont aussi tenus de se soumettre à lui et de 
lui obéir en tout ce qu'il leur dit. La plupart des anges se soumirent, 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

adorèrent Adam et ne changèrent rien à ses ordres. La discorde vint 
d'un seul ange, malfaisant, source de toute méchanceté, qui se dé- 
tourna de l'ordre de son seigneur et fut attaché à une chaîne. Ce 
récit se trouve en substance dans deux relations, quelque peu va- 
riées, mais incomplètes. Le monothéisme est le trait caractéristique 
de ce récit. Les habitants du monde lumineux sont dépourvus de 
relations réciproques, et, partant, n'ont pas d'histoire. Ils vivent 
en harmonie les uns avec les autres, sous l'ordre inflexible d'un 
être unique et suprême. 

Les écrits qui enseignent ce nouveau système présentent, au fond, 
une religion nouvelle en flagrante contradiction avec la conscience 
polythéiste de l'ancien système. Malgré cela, les deux Ecritures figu- 
rent non seulement côte à côte dans le Genza, sans qu'on ait jamais 
cherché à les concilier l'une avec l'autre, mais les scribes ignares 
ont plutôt mêlé ensemble des morceaux de toute provenance, changé 
les noms des entités mythologiques et confondu les récits. Les Man- 
déens n'ont pas étudié scientifiquement leurs livres religieux, de 
sorte que les contradictions les plus frappantes ont pu passer sans 
être remarquées. 

En ce qui concerne l'époque où la doctrine du roi de la lumière a 
pu se développer au détriment de l'ancien système polythéiste, 
M. Brandt, arguant de la connaissance que la nouvelle doctrine pos- 
sède de l'histoire évangélique, la place entre 300 et 600 de l'ère chré- 
tienne. Par cela même, l'ancienne théogonie mandéenne serait anté- 
rieure à 300 (p. 39-59). 

Le second chapitre est intitulé : Cosmologie et anthropologie. Le 
Genza gauche (17, 2), prophétisant la destruction de tous les peuples 
de la terre, mentionne ensemble Babel, Burçip (?), la maison des 
Perses, des Romains, des Sind, des Indiens, des Simrayê et des Tu- 
rayê (Samaritains et Tyriens) et la montagne de fer (les Chalybes 
pontiques). La terre consiste en une masse condensée de l'eau noire, 
a une étendue de 4 2,000 farsanges, c'est-à-dire de 9,000 milles géo- 
graphiques et est placée sur le ventre ou sur la tête du monstre Ur. 
Une terre des bienheureux, nommée Mshunê Kushtâ, est située vers 
le nord, d'après les uns, plane sur les nuages d'après les autres. Au- 
dessus de la terre est tendu le firmament; dans l'intervalle entre le 
ciel et la terre s'élèvent en forme d'étages plusieurs postes de garde 
[Matartâ) qui servent d'étapes à rame qui veut monter au ciel. Ce sont 
des stations pénitentiaires, des purgatoires. Les planètes sont les 
enfants de la démoniaque Ruhâ et ont leur origine dans le feu dévo- 
rant. Quant aux êtres du monde supérieur, il en a déjà été question 
plus haut. Le grand Jourdain et lesjourdains qui en dérivent figurent 
dans tous les systèmes, mais la doctrine du roi de la lumière ne leur 
assigne plus une importance particulière. Dans certains textes, il est 
parlé de la vigne comme d'un arbre de la vie. Le monde inférieur a 
aussi ses Jourdains, les mauvais Naçoréens (Mandéens) cuisent dans 
les chaudières bouillantes et brûlent dans le feu flambant. Le monde 



BIBLIOGRAPHIE itâ 

destiné à servir d'habitation agréable à l'homme, a été corrompu par 
les machinations de Ruhâ et de ses acolytes. Le dualisme absolu du 
bien et du mal est absent des livres mandéens. 

Les eaux de la terre étaient primitivement amères, mais Hibil- 
Ziwâ les rendit douces en y laissant entrer, au 'moyen d'un canal 
secret, une quanlité de l'eau de la vie. Le génie susnommé fit 
creuser quatre grands fleuves : Prash-Ziwâ (l'Euphrate), Daglat-Ziwâ 
(le Tigre), Hashtarkan et Sharang-Ziwâ. Le baptême dans l'eau cou- 
rante établit un lien entre le monde inférieur et le monde supérieur, 
et procure le pardon des péchés. Les Mandéens appellent tous les 
fleuves Jourdains. Les fleuves ont leurs sources dans le haut nord. 
La Tibil (le continent) tout entière est entourée par l'océan, sauf la 
partie du nord, de sorte que personne ne peut arrêter l'eau de la vie 
venant du lieu de la lumière. Le roi de la lumière trône dans le haut 
nord; de là viennent la lumière des astres, l'air et tout ce qui est 
bon, et « tous les mondes attestent que l'eau vivante vient de dessous 
le trône de Dieu ». Les eaux de l'océan du sud sont noires et très 
chaudes, étant plus près des mondes ténébreux. En priant, les Man- 
déens ont la face tournée vers le nord. 

Le temple a sa porte sur le côté sud, afin que ceux qui y entrent 
aient le visage tourné vers le nord. Les morts sont aussi enterrés 
ayant les pieds du côté nord, afin qu'ils puissent regarder vers ce 
point cardinal, non à cause de l'étoile polaire, comme le pense 
Siouffi, p. 118 et 124, mais parce que la divinité y demeure. Ces 
usages doivent être très anciens, bien qu'on ne puisse les constater 
dans le Genza. Ce qui parle encore en faveur de la haute antiquité de 
la Kibla septentrionale chez les Mandéens, c'est la circonstance que, 
dans le culte du baptême, on doit se tourner du côté du fleuve, et les 
grands courants d'eau du pays des Mandéens viennent du nord. 

De la description de l'océan austral il résulte que les Mandéens 
n'ont jamais navigué sur le golfe Persique. Si le haut nord était 
considéré par eux comme le siège de la divinité, c'est sans doute que 
leurs ancêtres avaient eu sous les yeux les contreforts montagneux 
qui s'élancent vers le ciel et en avaient transmis l'impression à leurs 
descendants. L'arrivée des ancêtres des Mandéens d'une contrée sep- 
tentrionale, en côtoyant l'Euphrate, explique d'autant mieux leur 
prédilection pour l'eau courante. Celle-ci n'est pas seulement pour 
eux un élément découlant du sol sur lequel est posé le trône divin, 
mais aussi, surtout aux premiers temps de leur installation dans les 
basses terres, comme un messager de la mère-patrie. L'établissement 
des Mandéens sur le bas Euphrate doit, en tout cas, avoir eu lieu aux 
temps préhistoriques, puisque leur langue est celle qui a toujours été 
parlée dans la Babylonie inférieure. 

L'âme de l'homme vient du monde de la lumière. Pendant la vie, 

elle est emprisonnée dans le corps et est soumise aux souffrances et 

au péché ; la mort est pour elle une délivrance. La mort est personnifiée 

dans deux anges, Çawriel et Qmamir Zi?vâ, qui portent le titre de 

T. XXII, n° 43. 10 - 



1 iG REVUE DES ETUDES JUIVES 

« sauveurs ». L'àme des pécheurs passe par les Matartâs, gouvernées 
par les fondateurs de fausses religions et par des génies de nature 
imparfaite, comme Ptahil et Abatur. La doctrine du roi de la lumière 
remplace les Matartâs par le Gohoiiam (Géhenne), ou le feu brûlant. 
Les pieux Naçoréens vont droit au ciel ; les moins parfaits seront 
délivrés le dernier jour. L'idée de la résurrection ne s'accorde pas 
avec la doctrine mandéenne et ne se trouve que dans des textes 
postérieurs et sans autorité. Les cérémonies du deuil sont sévère- 
ment défendues, parce qu'elles exposent les âmes des défunts aux 
attaques des démons, mais on doit prier pour les morts et célébrer à 
leur intention une cérémonie dite Masaqtâ, qui dure trois et quelque- 
fois huit jours (p. 60-82). 

Dans le 3° chapitre, l'auteur traite de la vie religieuse des Man- 
déens. Les pièces anciennes du Genza ne contiennent ni doctrines 
rituelles ni doctrines morales. Certains traits des relations font 
toutefois supposer que les institutions sacramentelles : le baptême, 
le KusIUa, ou poignée de main fraternelle, et l'invocation du nom de 
Haye, étaient toujours du nombre des rites religieux. Une sentence 
qui rappelle la règle chrétienne (?) : il est prescrit de proclamer et de 
louer le nom du grand Roi de la lumière, en se tenant debout, en 
étant assis, en allant, en venant, en mangeant, en buvant, en se 
reposant, en étant couché, et en s'occupant de toute sorte de tra- 
vaux. La vie entière du Mandéen est consacrée aux pratiques reli- 
gieuses. 

Les principes moraux sont conformes au génie sémitique et 
suivent les commandements bibliques. Le mariage est de rigueur et 
l'esclavage entre Mandéens est aboli; les esclaves étrangers doivent 
être traités avec douceur. La foi est la base de toutes les vertus. 
Parmi les devoirs religieux figurent la défense de l'idolâtrie, de 
la sorcellerie, de la divination, et l'obligation d'assister dans le 
temple à la prière du dimanche. On doit être respectueux envers le 
prêtre et exhorter avec douceur les mécréants et les renégats. Les 
Mandéens ne cherchent pas à faire de prosélytes; les non Çabiens 
sont impurs. En dehors du dimanche, le Genza mentionne la fête du 
jour de l'an, durant lequel il est défendu de toucher à l'eau, sous 
peine de devenir le partage de Ruhâ, de Mshihâ et des Sept. 
D'autres fêtes sont actuellement en usage chez les Mandéens : la fête 
du retour de Hibil-Ziwâ des enfers, durée 5 jours (le 4 8 du 4° mois) ; 
la fête du baptême, aux 5 jours épagomènes; la fête du premier jour 
du 11 e mois, dont le but n'est pas clair; la fête funéraire du premier 
jour du 5 e mois, en commémoration des compagnons de Pharaon, 
noyés dans la mer Rouge. Les Mandéens s'habillent en blanc; leurs 
prêtres laissent pousser leurs cheveux et vont nu-pieds pendant le 
service divin. Ils doivent prier plusieurs fois par jour, mais le jeûne 
naturel est défendu. Les Ecritures mandéennes semblent permettre 
de manger toute sorte de viandes, mais l'usage actuel ordonne 
l'abstention de plusieurs espèces d'animaux. Toute nourriture ou 



BIBLIOGRAPHIE 147 

boisson préparée par des étrangers est impure ; même la denrée 
achetée au marché doit être nettoyée avec de l'eau. En général, les 
ablutions sont fréquemment mises en pratique. 

En même temps que le sacrement fondamental du baptême, les 
livres saints des Mandéens ordonnent d'accomplir le rite du Pehtâ et 
du Mambuhâ ; le premier, comme l'hostie des Chrétiens, consiste en 
un petit pain mince sans levain ; dans le haut Pehtâ, réservé aux 
prêtres, on mêle encore le sang d'une colombe. Le second est un 
mélange de vin et d'eau; c'est une cérémonie de communion. Elle 
est accompagnée des pratiques dites Kushtâ et laufâ, qui consis- 
tent, à ce qu'il semble, l'une dans une poignée de main fraternelle, 
l'autre dans la déclaration de la part du prêtre que le baptisé appar- 
tient désormais à la communauté des fidèles. 

Parmi les usages religieux, on observe chez les Mandéens un 
profond respect pour les noms mystérieux ou sacrés, l'exercice de la 
magie, de l'horoscopie et de la divination, malgré la défense formelle 
de leurs Ecritures. L'astrologie est aussi en honneur. Contrairement 
à ce que l'on croit communément, les Mandéens n'honorent point la 
croix et ne font pas de sacrifice. L'action de laisser couler quelques 
gouttes de sang sur le haut Pehtâ pourrait être le reste de sacrifices 
de jadis. La classe sacerdotale, anciennement peu graduée, comprend 
aujourd'hui un ordre hiérarchique très varié : ganzibra, ashganda, 
malfana et d'autres encore (p. 82-120). 

Le quatrième chapitre nous montre le point de vue mandéen rela- 
tivement à l'histoire du genre humain ramenée exclusivement à la 
marche et au développement de la révélation primordiale parmi les 
hommes. 

Lorsque Ptahil eut perdu la domination du monde entre les mains 
de Ruhâ et de ses sept enfants, Adam et sa femme, destinés à être le 
partage du second Haye, reçurent la révélation de la vraie religion. 
Entraînés au péché par les génies qui précèdent, ils obtinrent le 
pardon de Haye, qui les confia à la garde des trois Utras, Hibil, Shitil 
et Anosh, qui portent ainsi le titre d'aides. Les démons complotent 
la perte de ces trois compagnons des hommes et provoquent trois 
catastrophes. La première fois, le monde périt par l'épée et la peste, 
et Hibil se transporte au ciel ; un couple seul, Ram et Rud, est sauvé. 
A la deuxième catastrophe le monde est détruit par le feu, et Manda 
d'Haye enlève Shitil et le place à côté d'Hibil. Le couple sauvé est 
Shurbaï et Sharhabiel. En troisième lieu arrive la catastrophe du 
déluge. Le patriarche Nu reçoit des mauvais génies l'ordre de cons- 
truire une arche avec les cèdres du Liban et les pins du mont Yatir 
et d'y faire entrer une paire de tous les êtres vivants. Manda d'Haye 
vient au secours de son fils Anosh et finalement le retire du monde 
terrestre. Débarrassés du dernier protecteur céleste du genre hu- 
main, Ruhâ, les Sept et Mshihâ cherchent à corrompre les hommes 
par l'introduction de fausses religions, qui toutes prennent naissance 
chez les Juifs et dans la ville pécheresse d'Urashlam (Jérusalem). 



1 i8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cette ville est fondée peu de temps après le déluge. Son nom Ur- 
ashlam « Ur a parfait » porte le cachet de son origine éminem- 
ment démoniaque et impure. Ruhâ la fait construire par ses sept 
enfants, qui sont des génies planétaires, savoir Shamish (le soleil), 
surnommé Adonaï (seigneur), Qadôsh (saint) ou EL (dieu), Sin 
(lune), le même que Çawriel, l'ange de la mort, qui est le père 
d'Israël, isbu (Nébo-Mercure), souvent identifié avec Mshihâ, le 
Messie des Chrétiens, surnommé Mshihâ dkadbci ou M clagola (le faux 
Messie), Kiwân ^Saturne), Bel (Jupiter), Nirig (Nergal, Mars). Les 
habitants d'Urashlam sont le peuple des Juifs, dont le nom syriaque 
Yahudtiyà est malicieusement contourné en Yahtaya, pour faire allu- 
sion au verbe hlî « pécher o et au nom Yahtâ « abortus » ; le comble 
du mépris atteint l'expression Yahudâ yahlê wnipçê « Judaei, abortus 
et excrementa ». 

Abrahim (Abraham) et Mêshâ (Moïse)* sont les prophètes de Ruhâ 
d'Kudshâ-Istrâ (Astarté-Vénus), Libat ou Amamit, qui personnifie la 
religion mosaïque. Shamish-Adonaï se choisit la nation des Juifs. 
Ceux-ci se circoncisent avec l'épée, se mouillent la figure de leur 
sang et s'en versent dans la bouche. Ils sont aussi adonnés au rile 
des sacrifices. Urashlam fleurit pendant mille ans et tombe en déca- 
dence pendant un même nombre d'années. Shlîmûn (Salomon), fils 
de David, occupe le trône de Jérusalem, et les démons eux-mêmes lui 
sont soumis, mais comme il s'est divinisé lui-même et a désobéi aux 
ordres de son seigneur, les démons et les daïwâs s'éloignent de lui, 
et le gouvernement lui est enlevé. Ici, la légende parsie de Yima et 
de sa chute est transportée sur le roi Salomon. 

Suivent l'apparition de Mshihâ et l'apparition contraire d'Anôsh. 
La destruction de la ville est partout attribuée à Anôsh, mais un 
autre passage l'assigne à une apparition nouvelle. Les deux manifes- 
tations d'Anôsh n'ont donc pas été primitivement d'accord. Le 
transfert d'un épisode de l'histoire mandéenne à Jérusalem doit être 
plus récent que la conception de cette ville comme le berceau de 
toutes les fausses religions. On verra dans ce qui suit comment les 
Mandéens en sont venus à l'idée de faire de la métropole juive le 
théâtre de leur propre passé. 

Jésus-Christ est présenté comme né à Jérusalem, au milieu des 
Juifs, lesquels se détournent de la parole de leur Seigneur, renient 
Mêshâ (Moïse), le prophète de Ruhâ, qui leur a apporté la loi,, falsi- 
fient cette loi ainsi que les œuvres d'Abrahim, le prophète de Ruhâ 
sur le mont Sinaï. Cette accusation rappelle l'opinion des Pseudo- 
clémentines sur les auteurs prophétiques de l' Ancien-Testament, mais 
la haine que les Mandéens professent pour Ruhâ rend inadmissible 
tout rapport entre eux et la gnose judéo-chrétienne. La chose s'ex- 
plique mieux en admettant qu'ils aient commencé par considérer les 
chrétiens comme de mauvais Juifs, c'est pourquoi on lit dans un pas- 
sage : « les Daïwâs de Ruhâ se rendent auprès de Mshihâ ». Lorsque 
plus tard les Juifs protestèrent contre ce jugement, les Mandéens y 



BIBLIOGRAPHIE 149 

virent un démenti réciproque des deux secte?, et changèrent leur 
point de vue d'après la conception suivante. Lorsque Nbu-Mshiha 
devint âgé, il entra dans la maison du peuple juif, apprit toute leur 
sagesse, contourna l'Oraïta (la Loi), en changea la doctrine (shûta) et 
tout le culte (abîdâlâ), Il séduisit plusieurs des enfants des Juifs et 
se fit de fervents partisans (dakalô, ae6djisvoi). Quand on combine les 
données du traité sur la ville de Jérusalem avec la désignation de 
« prophètes de Ruhâ », pour Abraham et Moïse, et le passage R, 46, 
5, cilé précédemment, on conclut avec certitude que Ruhâ personni-' 
fie le judaïsme, abstraction faite des innovations chrétiennes. Et, 
comme les cosmogonies ne font aucune allusion à Mshihâ, tandis que 
Ruhâ y est déjà tenue pour la mère d'Ur et des Sept, auxquels est dé- 
volu un rôle considérable, on est amené à affirmer que les Mandéens 
avaient connu le judaïsme avant le christianisme, mais qu'ils avaient 
déjà' pris position à l'égard du judaïsme, position haineusement hos- 
tile, avant que la nouvelle du Messie des chrétiens fût arrivée à leur 
connaissance. L'idée fondamentale relative à Ruhâ et à son rôle re- 
pose sur la Genèse, i, 2, qui parle de Ruali BlôMm, qui plane sur les 
eaux ténébreuses. Le mot hébreu teliôm « abîme » a donné lieu, par 
suite d'un aramaïsme, aux me tahmê « eaux troubles ». Pour expliquer 
la disposition hostile au judaïsme, M. Brandt rappelle, en premier 
lieu, les persécutions sanglantes qui atteignirent les Juifs en Baby- 
lonie, après la chute de deux condottieri juifs, Asinaï et Anilaï, qui, 
devenus satrapes, avaient rançonné le pays pendant plusieurs an- 
nées (Josèphe, Ant. jud., xviii, 9); en deuxième lieu, l'antique 
doctrine babylonienne portant que Tlamat, combattue par Marduk, 
régnait sur l'eau ténébreuse primordiale. Grâce à ces deux causes 
prises ensemble, on s'explique parfaitement combien il était alors 
facile pour les Mandéens d'exploiter le texte biblique et de faire 
de Ruhâ le représentant du judaïsme. 

L'influence chrétienne se manifeste dans le premier passage du 9 e 
traité du Genza, intitulé : « Renversement de toute la divinité de la 
maison », et qui a vu le jour vers le déclin de l'ancien Mandéisme, 
avant l'apparition de la doctrine du Roi de la lumière. La divinité de 
la maison se compose d'Alâhâ et des Régents du monde créé. La ré- 
daction actuelle du passage dont il s'agit présente le récit suivant : 
Les fils des hommes avaient adoré Alâhâ jusqu'à ce que Manda 
d'Haye apparut, plein d'éclat et de lumière, pour renverser toute la 
divinité de la Maison et dissoudre toutes les puissances du monde. 
Les justes éprouvés quittent aussitôt le trône chancelant de leur dieu 
et rendent hommage à Haye. Les « maîtres de la maison » sollicitent 
d'abord le secours d'Alâhâ, et, comme il ne peut pas les satisfaire, 
ils s'indignent en disant : « Tu es maudit Alahâ ». Pour se venger, 
Alâhâ descend des hauteurs, prend la forme d'anges, et ceux-ci se 
transforment en démons pour détourner les cœurs des enfants des 
hommes. Ils prennent place sur le cou des prêtres sacrifiants et cé- 
lébrants, afin de se rassasier de leur chair et de s'enivrer de leur 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sang. Leur parole est pleine de ruse et de fausseté. Ailleurs, il est 
supposé que les partisans de Haye furent persécutés jusqu'à l'appa- 
rition de Mandâ'd'Hayê. Les justes disent : « Nous avons connu la 
mort sur la Tibil (continent) depuis le jour où nous avons aimé la 
Vie (Haye) et détesté la Mort. En toi, Vie, nous avons eu coDtiance, 
et à cause de ton nom, Vie, nous avons été persécutés sur la Tibil ». 
La Vie les console et leur donne sa lumière. Elle ajoute : « vous qui 
portiez des haillons ■ et qui étiez persécutés et abandonnés sur la Tibil, 
je vous habille d'éclat et vos persécuteurs d'opprobre et de honle. » 
L'apparition de Manda d'Haye sur le sol juif dans les splendeurs de 
la majesté messianique est célébrée par les paroles du Psaume cxiv, 
combinées avec d'autres extraits bibliques. Ces vues sont issues du 
gnosticisme et accommodées à l'esprit du Mandéisme. L'original a dû 
être rédigé en langue araméenne. 

Jean-Baptiste est un phénomène tout nouveau dans l'horizon man- 
déen. Il appartient au dernier groupe du polythéisme. Ne pas con- 
fondre celui-ci avec les légendes contemporaines de l'islamisme dans 
lesquelles le nom de Jean n'est plus Iohannâ, mais Yahyâ. L'histoire 
de Jean est racontée brièvement ainsi qu'il suit: 

Pendant quarante ans Jean baptise des myriades d'âmes dans le 
Jourdain. Vers la fin, apparaît Manda d'Haye, qui lui demande le 
baptême. Jean cherche à le renvoyer à un autre jour, mais Manda 
d'Haye abrège par un miracle les heures d'attente. Quand ce dernier 
entre dans l'eau, le fleuve déborde et se retire ensuite, par crainte. 
La lumière de Manda d'Haye éclaire le Jourdain et les poissons, et 
les oiseaux entonnent ses louanges. Jean veut obtenir la révélation 
de tous les mystères, il meurt, et Manda d'Haye le conduit au lieu de 
la lumière, où il adresse une prière en faveur de ceux qui reçoivent 
le baptême. Ce récit, emprunté au christianisme, a l'air de consi- 
dérer Jean-Baptiste comme le fondateur de la religion mandéenne, 
bien que cela ne soit pas prononcé clairement dans le traité qui s'y 
rapporte et qui constitue une grande innovation. 

Le contact avec le christianisme acheva la désorganisation de l'an- 
cienne théorie mandéenne de la révélation primordiale, qui était 
déjà à son déclin par suite de l'introduction des éléments hétéro- 
gènes mentionnés plus haut. Cela se produisit à l'époque de la doc- 
trine du Roi de la lumière et, tout d'abord, par les livres évangéliques 
écrits en syriaque. Les Mandéens acceptèrent pour eux le nom de 
Naçorâyâ, Nasoréens, et donnèrent à leur système la désignation de 
Naçirûtâ « Nasoréisme », qu'ils interprétèrent, non par « chrétiens », 
mais par « piété religieuse ». Dans leur culte, ils acceptèrent aussi, 
quoique plus tard, la célébration du dimanche comme fête hebdoma- 
daire. Toutefois l'institution du Pehtâ et du Mambuhâ n'est pas 
venue du christianisme chez les sectaires du bas Euphrate. L'arrivée 
de missionnaires catholiques a provoqué chez ces derniers une haine 

1 Mart'uûfa = talmudique semarfuf « chiffon, haillon ». 



BIBLIOGRAPHIE 151 

extrême contre le christianisme. Jésus-Christ est devenu une créature 
de Ruhâ, sous le sobriquet de « faux Messie » et de « prophète du 
mensonge et de la croix >\ Le monachisme, les jeûnes, l'adoration 
des saints et des images, les prêches et les divisions hiérarchiques 
sont attaqués avec la dernière violence. Les sacrements chrétiens, 
notamment la communion, sont méchamment insultés et salis par 
des fables dégoûtantes, parmi lesquelles il est intéressant de trouver 
l'accusation absurde de pétrir les hosties avec le sang d'un enfant 
juif, accusation qui, comme on sait, est souvent lancée par les chré- 
tiens contre les juifs, sous prétexte que ceux-ci ont besoin de sang 
chrétien pour leurs pains azymes. 

Le courageux réformateur qui a créé la doctrine du Roi de la 
lumière a opposé à la manifestation de Jésus-Christ {Ishu Mskîhâ) 
celle de la seconde apparition de Manda d'Haye sous la forme de 
Ànosh-Utrâ. Le théâtre du drame est toujours Jérusalem, la ville des 
Juifs. Nous savons déjà que, pour cet auteur, Ruhâ, Adonaï et Mshihâ 
sont classés dans les sept planètes et que la fondation de Urashlam 
(Jérusalem), berceau de toutes les fausses religions, est mise sur le 
compte de Adonaï. Sion divise la matière mythico-historique en trois 
parties ; voici comment sont présentés les événements qui se sont 
passés dans la capitale juive pendant la dernière époque de son exis- 
tence. Le sauveur des chrétiens, d'une nature ignée, descend du ciel 
sur un char à Jérusalem, où il change le baptême du Jourdain, altère 
les paroles de l'équité et lance dans le monde l'iniquité et la fraude. 
Il fait des miracles au milieu du feu, se donne les noms de Isliû- 
mahyânâ (Jésus sauveur) et d'Amuniel (Emanuel), et se proclame 
Alâhâ bar Alâhâ (Dieu fils de Dieu). Il va même jusqu'à se déclarer 
HiMl-Zhvâ, le génie sacré des Mandéens. C'est alors qu'apparaît 
Anosh-Utra, revêtu, non de feu, mais d'une sorte de nuage d'eau, 
sans chaleur et sans colère. Cela arrive durant les années de Paltus 
(Pilate), le roi du monde. Anôsh-Utra se manifeste par la puissance 
du sublime Roi de la lumière. Il guérit les malades, ressuscite les 
morts et convertit les Juifs au nom du Roi de la lumière. Trois cent 
soixante prophètes s'élèvent à Jérusalem et y souffrent le martyre 
pour la vraie foi. Anôsh-Utra monte et s'en va à Mshunê-Kushtâ ; les 
autres Utras se cachent aux yeux des hommes, Jérusalem est 
détruite et les Juifs exilés se dispersent dans toutes les villes. Puis 
vient la description de l'époque de Mahomet. Comme le baptême ne 
fait point partie de l'activité d'Anosh-Utra, il est visible que l'auteur 
de cette légende a voulu effacer le rôle de Jean-Baptiste de peur que 
son témoignage, favorable à Jésus, n'entraînât le Mandéisme dans 
l'orbite du christianisme, et, en agissant ainsi, il a risqué de voir 
disparaître les dernières traces de la doctrine ancienne concernant 
la révélation primordiale. D'autres traités racontent la descente 
d'Anôsh-Utra un peu différemment et lui font jouer le rôle de Jean- 
Baptiste. En voici un résumé très succinct : 

Anôsh-Utra est descendu sur la terre (Arqâ-Tibil) peu de temps 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

après la création, à l'insu de Ruhâ, mais celle-ci, ayant découvert sa 
présence, eu est excessivement alarmée. Elle appelle ses sept enfants 
et délibère avec eux pour s'emparer de la génération de l'homme 
étranger, c'est-à-dire de la race humaine conduite par Anôsh-Utra, 
déguisé par son vêtement de nuage. Un acte d'inceste et de sodomie 
met ces mauvais génies en état d'accomplir leur dessein, qui con- 
siste à construire une ville dans laquelle personne ne doit men- 
tionner le nom de Dieu. La recherche d'un bon emplacement n'est 
pas peu pénible. D'abord ils arrivent à Bethléhem, et Ruhâ ordonne 
d'y construire la ville, mais une voix, sortie du nuage d'Anôsh-Utra, 
leur annonce que 3G0 prophètes sortiront de la ville qu'ils veulent 
construire. Effrayés, Ruhâ et les siens quittent ce lieu et se rendent 
successivement à Bêt-MtalaU et à Krak Ncab mâtâ. où la même 
scène se renouvelle. Harassés de fatigue, ils s'arrêtent à Urashlam 
(Jérusalem), malgré la voix fatale de 1' « Homme inconnu » qui y 
prêche et fait des adeptes, grâce aux nombreuses guérisons qu'il 
pratique sur toute sorte de malades. Anôsh-Utra guérit, entre 
autres, et de la tête aux pieds, une femme du nom de Miryaï, la bap- 
tise dans le Jourdain et lui applique le signe pur. De la pieuse 
Miryaï naquirent Yaqif et les fils Amin, desquels sortirent 365 disci- 
ples dans la ville d'Urashlam. Les Juifs ayant tué ces disciples qui 
invoquaient le nom de la Vie, Anôsh-Utra reçoit de son père l'ordre 
écrit (ingirlâ) de détruire la ville, ce qu'il accomplit sous la forme 
d'un aigle blanc. Il rejette Namrus de son chemin et dévaste la cité 
impie. Il massacre les Juifs qui ont incessamment persécuté la géné- 
ration de la Vie, ainsi que tous les oiseaux et tous les animaux, et 
procure la tranquillité à ses disciples. 

Il est évident que la nuée d'Anôsh-Utra est empruntée à Daniel, 
vu, 14 et à Mathieu, xvn, 5. On est aussi tenté d'expliquer le nom 
Mshunê Kushtâ « enlevés de l'équité » (Entrûckte der Geradheil) par le 
passage très séduisant Thessaloniens, iv, 17, mais ce rapprochement 
semble difficile, par cette raison que les âmes des pieux Mandéens 
morts ne peuplent pas Mshunê Kushtâ. On songe plutôt à une géné- 
ration préadamique enlevée au monde d'ici-bas et destinée à repeu- 
pler la terre après les catastrophes des derniers jours, comme c'est 
le cas du jardin de Yima dans les idées du parsisme. Les trois pas- 
sages du Genzâ qui contiennent cette croyance seraient ainsi plus 
récents que le livre des Rois, auquel elle est étrangère. Quant aux 
figures de Yaqif et des fils Amin, elles supposent un récit qui ne se 
rencontre pas dans le Genzâ. Du reste, le récit qui représente Anôsh- 
Utra comme ayant donné le baptême se trouve dans un passage 
unique, et comme, par suite de la répulsion qui anime les Mandéens 
contre l'idée de l'incarnation, Anôsh-Utra ne saurait être identifié 
avec Jean-Baptiste, on est obligé d'admettre que c'est une conception 
différente qui est venue se joindre aux autres, sans qu'on ait jamais 
cherché à les concilier. 

L'hostilité de la religion mandéenne pour le christianisme est fon- 



BIBLIOGRAPHIE 153 

damentale et prouve que les Mandéens ne sont pas des chrétieDS qui 
auraient abandonné leur ancienne foi. Ils attendent même le retour 
passager du faux Messie aux derniers jours. Son premier acte sera 
d'exterminer les Juifs. Puis, il soumettra tous les peuples de la terre 
à sa religion. Enfin, il viendra auprès des Mandéens pour les convertir 
par force, mais ceux-ci lui tendront leur cou pour avoir la tète 
tranchée et mériter ainsi la récompense réservée aux martyrs. 
Voyant cela, le faux Messie se retirera d'eux. La dernière calas- 
trophe sera précédée par dés phénomènes terrifiants, tremblement de 
terre, chute de neige, aridité, inondations, chute des étoiles du ciel, 
guerres destructives, etc. Enfin, Bel occupera pendant 42 ans le trône 
de Ptahil, et le grand et vieux Lewiâtân, dont la lèvre atteint une 
épaisseur de 144,000 farsanges, ouvrira la bouche et engloutira Arqâ- 
Tibil, les sept avec leurs 2 rois et leurs 5 généraux, ainsi que les 
démons et les âmes coupables qui ont renié la première Vie. Lors- 
que le monstre fermera la bouche, une grande puanteur montera 
d'Arqâ-Tibil. Ensuite apparaîtront les Utrâs delà terre, de la lumière 
et toutes les âmes des hommes beaux qui ne doivent rien au tri- 
bunal et ne meurent pas de la seconde mort. Ces âmes demeureront 
dans la Vie. 

Dans les écrits mandéens qui s'occupent de Jérusalem et du Messie, 
il est souvent question de persécutions sanglantes infligées aux 
fidèles, soit parles Juifs, soit par les chrétiens. La première affirma- 
tion s'explique simplement comme un emprunt aux sources gnos- 
tiques-chrétiennes. L'autre affirmation doit, au contraire, reposer 
sur des faits réels. L'église nestorienne, pendant le gouvernement 
des Sassanides, qui lui était favorable, a dû appuyer un peu trop 
ses efforts pour convertir les Mandéens. Des persécutions locales 
de la part des rois persans, qui se montraient si cruels envers les 
Manichéens, auraient pu être assignées aux chrétiens ; il est cepen- 
dant remarquable que le livre des Rois fournit la liste de ces mo- 
narques sans y joindre ni bonne ni mauvaise note. Les Sassanides 
n'ont, d'ailleurs, persécuté que les sectes turbulentes : les chrétiens, 
à cause de leur attachement à l'empire romain, les Manichéens à 
cause du désordre introduit par eux dans la cour royale. Un trait 
significatif est toutefois que, d'après ces écrits, les rois arabes sont 
les premiers qui écorchent les hommes comme on écorche les gazelles 
et les onagres. Pendant les invasions réitérées des hordes arabes 
dans la Babylonie, les Mandéens ont certainement eu beaucoup à 
souffrir, mais la mention formelle de persécutions de la part des 
Arabes ne se rencontre que dans un fragment attaché au traité relatif 
aux fausses religions, et les méfaits sont attribués à Abdalâ Arlâyû^ 
le célèbre Abdallah, oncle du premier calife abbasside, qui, dès 750, 
se fît une triste renommée par le massacre des Ommayades. Abdalâ 
a promis à ses fidèles le paradis, rempli de lumière, de choses 
exquises et de femmes désirables. Les Musulmans, qui viennent de la 
maison de Nirig-Mars, versent le sang des hommes, soumettent tous 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les peuples de la terre et plusieurs de la génération de la Vie 
passent à eux, et renient et maudissent le nom de la Vie. Les con- 
versions à lïslamisme étaient et sont encore très fréquentes chez les 
Mandéens. Pour pouvoir se maintenir, ceux-ci prirent d'abord le nom 
de Çâbiûn (çuà&a), donné dans le Coran à une secle croyant à un dieu 
unique et au jugement dernier et recommandée à la tolérance des 
Musulmans. Jean-Baptiste, sous la forme arabe de Yahyâ, fut donc 
accepté sans réticence. Ensuite, ils unifièrent leur antiquité avec 
celle du christianisme, mais toujours au détriment des Juifs, hosti- 
lité qui les poussa jusqu'à considérer les Egyptiens de Pharaon 
comme leurs propres ancêtres. Leur répugnance pour Jésus-Christ 
s'adoucit singulièrement, au point que, le cas échéant, ils purent se 
donner comme chrétiens (p. 121-166). 

Le cinquième chapitre, intitulé a la conscience religieuse », trace 
une image d'ensemble de la religion mandéenne. Les noms manda et 
Mandâyâ rendent exactement les mots dérivés du grec « gnose » et 
« gnostique », mais les Mandéens actuels ne comprennent plus ces 
mots et expliquent Mandâyâ soit par « anciens (Siouf fi) », soit par man 
d'Jiaya halaha N!"ïbfcO ÊWl \tx12 « celui qui vit en Dieu » (Petermann). 
Le gnosticisme religieux enseigne la rédemption par le savoir, par 
l'illumination de l'esprit de la totalité produite par l'apparition du 
sauveur dans le monde cosmique et de l'esprit de l'individu par la 
célébration de mystères, comme le baptême ou la nourriture céleste 
(la communion), où l'instruction orale n'a que la valeur d'un moyen 
préparatoire et introductif. Le Mandéisme insiste souvent sur la 
nécessité de connaître les mystères (fcOî&n) comme le moyen le plus 
efficace d'échapper aux puissances malfaisantes et de les vaincre. 
Cependant, comme d'après la doctrine du Mandéisme, l'âme, d'origine 
divine, n'est jamais tombée au pouvoir des puissances cosmiques et 
mauvaises, le mot « rédemption » n'y a pas le même sens que dans 
le gnosticisme, et, si le grand Roi de la lumière est qualifié NpTiND 
ÊOjft-'rîtt ■pîiVtol « rédempteur de tous les croyants », il ne faut pas 
y chercher une signification transcendante dans la direction de la 
rédemption chrétienne. La science qui mène au salut (NINto) ne 
consiste pas dans l'observance de mystères, mais dans la connais- 
sance des commandements de cette religion. L'ancienne littérature 
qui raconte l'apparition de Manda d'Haye à Urashlam et l'activité 
de Johannâ ne prétend pas à une autorité surhumaine; celte ten- 
dance se manifeste seulement dans les écrits plus récents. La reli- 
gion mandéenne veut être une révélation dans le même sens que la 
religion juive et, en partie, la religion chrétienne (wie die jùdische 
oder christliche auch). Les noms qu'elle attribue au médiateur de la 
révélation : malalâ d'Haye — Aetyoç «rite Çw-Tiç, albushan « notre vête- 
ment », malalân « notre parler » (Unsere Rede) sont beaucoup plus con- 
venables que Manda d'Haye, qui ne fait qu'annoncer la volonté de 
Dieu. L'expression par laquelle Anôsh se désigne lui-même est carac- 
téristique : Je suis la parole, fils de la parole, et suis venu ici au 



BIBLIOGRAPHIE 155 

nom de Yawar-Ziwâ (rïTiN N^Nïib ^fcOwW attira b?i fcnto^û 13 N^Ta). 

La foi et les bonnes œuvres sont les points principaux de la reli- 
gion mandéenne. La foi concerne l'excellence des idéaux et des cons- 
titutions du Mandéisme. Un passage recommande de croire « que la 
vie est plus ancienne que la mort, la lumière plus ancienne que les 
ténèbres, le bon plus beau que le mauvais, le doux plus agréable que 
l'amer, le jour plus ancien que la nuit, le dimanche plus ancien que 
le sabbat, le naçoréisme plus ancien que le judaïsme, le supérieur 
plus ancien que l'inférieur, le Jourdain des eaux vivantes plus an- 
cien que les eaux troubles du lieu des ténèbres. Quant aux bonnes 
œuvres, pour leur conserver toute la valeur à laquelle elles ont droit, 
il faut qu'elles soient accomplies au nom de l'idéal mandéen, car la 
conviction de la vérité de leur religion est vivante chez ces sectaires. 
Les œuvres des fidèles sont. pesées dans la balance par Abitur, et le 
jugement suprême appartient au Roi de la lumière, d'après les écrits 
qui enseignent cette doctrine ; à Manda d'Haye, d'après les autres 
écrits. Les apostats invoquent en vain la miséricorde de Manda 
d'Haye, celui-ci les repousse et leur dit de rester dans le paradis de 
Ruhâ et de Mshihâ qu'ils ont choisi eux-mêmes. 

La conscience religieuse de ces fidèles est d'un caractère purement 
légal et garantie par l'espérance des récompenses et les menaces des 
peines d'outre-tombe. La croyance en la culpabilité de tous les 
hommes, même des meilleurs et des plus pieux, est profondément 
enracinée dans l'esprit de la race sémitique. Les psaumes assyriens 
manifestent cette conviction avec autant d'intensité que les psaumes 
hébreux. Parmi les rites, le baptême de chaque dimanche est de- 
venu une observance légale. De même que la synagogue juive consi- 
dère la Tora comme une chaîne de 248 commandements et de 365 dé- 
fenses, de même la doctrine des Mandéens actuels consiste en 180 
commandements et en 4 qui sont particuliers aux prêtres. Il paraît 
y exister une confession sacerdotale. En se repentant, le pécheur re- 
çoit trois fois l'absolution, qui lui assure la rémission des peines des 
Matartâ. Après la troisième fois, ce n'est que la pratique de cer- 
taines bonnes œuvres, comme l'aumône, le rachat des captifs, l'action 
de faire copier à ses frais les livres saints, qui peuvent faire dispa- 
raître la transgression. Le Mandéïsme n'a jamais dépassé Fétat de la 
légalité et n'a jamais soupçonné ni l'élévation par la grâce, ni la 
communion établie, une fois pour toutes, avec l'initiateur de la loi. 
Le gnosticisme n'y a pénétré que très imparfaitement, et du chris- 
tianisme il n'y est resté par hasard que quelques figures et quel- 
ques idées. Le respect de la tradition en fait de mœurs et de culte 
est pour les Mandéens le faîte culminant de la piété ; cependant la 
persévérance dans la pratique traditionnelle en face du danger ou de 
la persécution demande plus que l'amour de l'état existant, elle 
demande un enthousiasme débordant pour l'héritage spirituel, et les 
Mandéens ne se sont jamais élevés à cette hauteur-là. La recom- 
mandation de la restriction mentale en cas de danger montre bien que 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'amour de leur religion n'a pas élé poussé très loin par la conscience 
mandéenue. Au temps de la prédominance des Portugais dans le 
golfe Persique, les Mandéeus d'Ormus étaient obligés, sous me- 
nace d'ameudes et de peines corporelles, de fréquenter l'église ca- 
tholique et de s'abstenir de tout travail le dimanche. Leurs enfants 
étaient instruits dans les écoles tenues par les moines portugais. 
Après la perte d'Ormus, les Mandéens purent revenir à leur religion, 
mais la plupart d'entre eux adoptèrent l'islamisme et, d'après Le 
Gouz, il ne resta pas quatre chrétiens. 

Le Genza même fait l'aveu que plusieurs des fidèles ont apostasie. 
Tous ceux qui ont servi dans l'armée portugaise ont naturellement 
dû renoncer à leur foi. En admettant que la communauté mandéenne 
comptait encore environ 3,500 familles en 4G50, il est certain que, 
200 ans après, leur nombre a baissé, au point de ne plus compter que 
4,000 âmes. En 1800, à Shusler, 30 familles se sont converties à l'is- 
lamisme, et beaucoup d'autres les ont imitées en 1825. Aujourd'hui 
les apostasies ne sont pas moins nombreuses, de telle façon qu'on 
peut supposer que le Mandéïsme ne survivra pas à la génération 
présente. 

Le sixième et dernier chapitre est consacré aux origines de la re- 
ligion mandéenne. Toutes les religions qui se sont succédé dans 
l'Asie antérieure ont contribué à la masse hétéroclite des idées man- 
déennes. Par suite des lacunes des documents religieux des Assyro- 
Babyloniens et l'incertitude de leur interprétation, par suite aussi 
de l'absence de toute donnée directe sur le syncrétisme religieux 
qui s'est établi depuis PEuphrate jusqu'à la Méditerranée au moment 
de la chute des anciennes religions, et étant donnée, en outre, l'im- 
perfection de nos informations par rapport aux formations sectaires 
d'origine diverse, comme l'Elchasaïsme et le Manichéisme, il est im- 
possible de déterminer la provenance exacte de chaque idée et de dire 
si elle est originale ou empruntée et par combien de mains elle a 
passé. La préhistoire des Mandéens ne peut non plus se tracer qu'à 
un degré plus ou moins grand de vraisemblance. Néanmoins, la lit- 
térature mandéenne nous conduit plus directement que toute autre 
vers la source commune de cette merveilleuse combinaison de la 
fantaisie orientale avec les idées grecques qui, en se christianisant, 
a produit le gnosticisme : la philosophie chaldéenne, à laquelle se rat- 
tachent les fondateurs de l'ancienne école mandéenne. 

Aux idées religieuses primordialement sémitiques appartiennent 
la croyance au siège des dieux dans le nord et le baptême dans les 
fleuves. La première notion se constate déjà dans l'Ancien-Testament 
(Is., xiv, 13, passim); chez les Juifs postérieurs Shmâl, le nord, le 
vieux dieu des syro-harraniens, est devenu le méchant Samaël, bstep. 
Chez les Babyloniens, Bel a probablement été un dieu de montagne 
en face de Ea, dieu de l'Océan. 

Le culte du baptême fluvial sans autre pratique pénible se ren- 
contre dans toute religion primitive. Chez la majorité des peuples 



BIBLIOGRAPHIE 157 

sémitiques, ce culte ou n'existe pas ou est remplacé par la lustra- 
tion. Les textes assyriens ne laissent même constater l'existence 
d'aucune sorte de lustration religieuse. Lés ancêtres des Mandéens, 
en conservant ce rite, se caractérisent comme ayant fait partie du 
vulgaire provincial, si tenace dans ses traditions. Les conservateurs 
du baptême étaient toutefois limités à la communauté mandéenne. 
Les ethnographes arabes du x° siècle mentionnent les Sabiens des 
districts marécageux de la basse Babylonie, qui sont identiques avec 
les mughtasila « ceux qui se lavent ». Ils prétendent, dit En-Nadim, 
qu'il faut se laver souvent, et ils lavent aussi tout ce qu'ils mangent. 
Leur chef et iniliateur est le nommé El-Hasih, qui a distingué deux 
séries d'êtres, une masculine et une féminine ; les légumes appar- 
tiennent à la première, les plantes parasites, comme le gui, à la se- 
conde. L'hérésiarque Elxaï prêcha sa doctrine la 3 G année de l'em- 
pereur Trajan, sans doute pénétré des idées d'un peuple qui cherchait 
le salut de Lame et du corps dans l'eau vivante, et aussi de la 
croyance que certains jours sont abandonnés à la puissance d' « é- 
toiles mauvaises et impies », ce qui les rend inaptes au travail et au 
baptême, croyance qui rappelle celle des Mandéens relativement au 
jour du nouvel an. Le livre d'Elxaï contenait aussi cette formule ad- 
juratoire «je serai votre témoin au grand jour du jugement», formule 
qui aurait pu avoir sa place dans le Genza. L'Eléaïsme était donc une 
religion très proche du Mandéïsme, si on ne lient pas compte de la 
doctrine des, nombreuses manifestations, naissances et incarnations 
du sauveur, qui ne parait pas avoir existé dans l'autre. 

L'équivalent syriaque de mughtasila, ■ps^Mfc ou 'pj'nï, est, semble- 
t— il , identique avec le "jvnN^ du Coran. Une désignation indigène 
possible KiirftMfcNfc] rappelle les Ma^côOcot qu'Hégésippe considère 
comme une secte juive. Les Sampséens sont, sans aucun doute, un 
rejeton des baptistes euphratéens. Epiphane dit d'eux qu'ils ne sont 
ni chrétiens, ni Juifs, ni Grecs, mais des monothéistes établis au-delà 
du Jourdain et de la mer Morte, qui honorent Dieu par le baptême et 
tiennent l'eau même pour la source de la vie et presque pour la di- 
vinité. Leurs établissements sont notamment près du torrent Arnon 
et ils sont adonnés à la doctrine d'Elchasaï. C'étaient les habitants 
de la rive gauche du Jourdain qui s'étaient convertis au culte baptis- 
mal des riverains de TEuphrate. D'autre part, les rapports des Samp- 
séens avec le nom 'te&l font penser aux Jazuqâyâ, flétris par le Genzâ. 
Le bain religieux peut se composer de plusieurs pratiques : l'immer- 
sion, le lavage du corps, l'absorption de l'eau, l'aspersion en faisant 
un signe sur le front. Toutes ces pratiques sont en usage chez les 
Indiens. Les prêtres mandéens n'ont pas manqué de compliquer de 
plus en plus la cérémonie du baptême. L'habitude de boire l'eau et 
de faire un signe au front semble constituer le fond de l'ancien rite ; 
l'aspersion, au contraire, a l'air d'être une abréviation du baptême 
et former une innovation introduite tout d'abord dans la classe sa- 
cerdotale. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La conception niandéenne a indubitablement conservé l'essence 
de la matière paléo-babylonienne, la philosophie chaldéenne. Notons 
entre autres : la descente ' aux enfers, lieu pourvu de sept portes, 
sombre et poussiéreux (dans ce mythe se trouve exceptionnellement 
un couple divin mandéen, comme Ea et Davkina) ; l'eau ténébreuse 
avant la création, sur laquelle dominait Tiamat, que les Mandéens 
appellent Namrus et Ruhâ; le combat avec le dragon;, les mauvais 
sept, que les auteurs mandéens n'ont pas toujours identifiés avec les 
planètes; Nbu, le scribe et le sage ; la révélation primordiale, c'est-à- 
dire l'enseignement donné au premier homme; l'eau de la vie; le 
système sexagésimal; quelques êtres divins (leur parenté y est 
aussi tlottante que dans les textes assyriens et leur façon de procéder 
est la même dans les uns et les autres), enfin la situation et la fonc- 
tion de Manda d'Haye, qui, bien qu'intitulé roi et père de tous les 
Utras, voire de tous les mondes supérieurs et inférieurs, est appelé 
la voix de la vie, ce qui rappelle le dieu Marduk, ce fils premier-né 
d'Ea, qui est si célébré dans les hymnes. A tout cela on reconnaît 
le sol sur lequel le Mandéïsme a poussé. Mais le système mandéen 
n'est ni issu du babylonisme, ni créé par lui de toutes pièces. 

Il est intéressant de se rendre compte de quelle façon les Mandéens 
ont transformé l'ancien fonds mythologique qui leur a été transmis 
par les Babyloniens. Ceux-ci croyaient que le dieu-poisson Oannès- 
Ea sortit du golfe Persique pendant les premiers jours du monde pour 
enseigner aux hommes de la Ghaldée l'écriture et tous les arts de la 
vie civilisée. Cette tradition signifie que les adorateurs de ce dieu, 
qui ont dû être des navigateurs et des riverains de la mer, avaient 
introduit la civilisation en Chaldée. Le culte d'Ea avait son siège 
principal dans la ville d'Eridu, en Chaldée méridionale. Ce dieu re- 
présentait le germe de la lumière et du feu dans les eaux ; de cette 
conception dérivent les entités des théogonies mandéennes, le grand 
Mânâde la majesté et le feu vivant; seulement les Mandéens ne se sont 
jamais réconciliés avec l'océan, dont ils ignorent même l'existence au 
ciel, ils l'ont plutôt transformé en un éther brillant traversé par un 
Jourdain céleste. Si les Mandéens avaient eu connaissance d'un océan 
servant de demeure à un dieu de sagesse, la sainteté de l'océan au- 
rait relégué au second plan le Jourdain et en aurait fait un lieu de 
pèlerinage. En réalité, ils ont persévéré dans la foi qui leur était 
particulière. Us pouvaient bien perdre de vue, du moins temporai- 
rement, la montagne divine du haut nord ; mais lorsque leur regard 
tourné en haut se promenait le long de la large traînée de lumière 
qui, comme un autre Euphrate, coulait à travers les campagnes des 
bienheureux, les nouveaux immigrés croyaient y découvrir un grand 
Jourdain, l'eau blanche du monde de la lumière. Ce qui plus est, les 
vues mandéennes se montrent supérieures à celles des Babyloniens 
en ce point que, chez eux, les êtres divins sont entièrement réparés 
de leurs bases élémentaires. Les luminaires célestes ne sont ni les 
manifestations, ni les véhicules des lumières divines personnifiées 



BIBLIOGRAPHIE 159 

exclusivement en similitude humaine, si l'on excepte les personni- 
fications rares Iardnâ rabâ, Apar-Gîifnâet quelques autres. Le super- 
naturalisme dont il s'agit et la multiplicité infinie des êtres de cette 
espèce sont le résultat d'une spéculation qui a produit l'ancienne 
école mandéenne. Les restes de la littérature gnostique, contenant 
en état de dispersion un grand nombre des vues mandéennes, nous 
permettront de nous faire une idée exacte de l'origine de ces spé- 
culations et de leurs rapports avec le Mandéïsme documenté par les 
ouvrages qui nous sont accessibles. 

Les séries d'êtres semblables aux éons du gnosticisme se trouvent 
aussi dans les écrits mandéens, de même que la théorie des émana- 
tions par paires, mais sans attribut sexuel, comme c'est le cas des 
syzygies gnosliques. Manda d'Haye n'est même pas une émanation 
selon la plus ancienne conception, mais une créature de Haye. Les 
principales figures des théogonies mandéennes ne se constatent pas 
avec certitude dans la littérature gnostique. A Nbat ou Pirâ corres- 
pond néanmoins le npoTtàttop ou le Bu8dç. Un psaume attribué à Valen- 
tin compare les innombrables éons qui émanent du Propator aux 
fruits sortis du chaos, cela rappelle les Pirâ mandéens. Les Docètes 
assimilent le premier dieu à une graine de figue, se multipliant à 
l'infini. Les Naaséniens expliquent les productions de la divinité par 
la figure de l'amandier, qui contient le fruit parfait. Plus manifeste 
est la parenté des deux conceptions au sujet de la création du 
monde et de l'homme. D'après les gnosliques barbeloniens, le premier 
ange de l'Unique a fait sortir de lui la Sophia ; celle-ci s'est laissée 
entraîner par son désir des régions supérieures vers les régions infé- 
rieures, où elle a enfanté le créateur du monde, dans lequel il y 
avait l'ignorance et l'audace. Avec celui-là et avec six autres avor- 
tons, elle a formé la divinité de l'Ancien-Testament. Dans les écrits 
mandéens, Ruhâ et les Sept ne sont jamais, à proprement parler, les 
créateurs du monde, tandis que les auteurs gnostiques font créer le 
monde par les 7 anges, dits Archontes, qui le gouvernent. Mais les 
deux points de vue coïncident en ce que les anges forment le corps 
du premier homme et que ce corps git mort, comme une statue, ou 
rampe par terre, comme un ver, jusqu'au moment où l'étincelle de la 
vie lui est donnée d'en haut. La figure de Adam rabâ « le grand 
Adam » et la désignation de Manda d'Haye comme gabra qadmâyâ 
« le premier homme » a aussi son analogie chez les gnostiques barbe- 
Ioniens ; l'apport de l'âme par Adakas a son équivalent dans le sys- 
tème valentinien. Eu dehors de quelques autres similitudes, le Man- 
déïsme a de commun avec le gnosticisme l'emploi des noms hébreux 
de la divinité : Iao, Sabaot, Adonaï, Or, etc. 

J. Halévy. 

{La fin prochainement.) 



AUDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XX, p. 104. Michel le Febvre n'a pas invente' l'histoire du juif coupe' 
en morceaux, que mangent les marins. Quoique Pogge raconte déjà une 
anecdote de ce genre, il n'est pas moins vrai qu'aux environs de l'année 
1(380 ce récit circulait dans toute l'Europe comme une histoire récente. 
Dans le Theatmm Europœum, XII, 258 b, d'où Schudt, ii * 349, a tiré 
la même relation, on raconte comme un fait divers de Tannée 1680, 
qui aurait été' rapporte' authentiquemeut de Rome, qu'un riche Juif qui, 
pour affaires se rendait en Istrie, mourut en route, fut sale' et dépose' par 
ses compagnons juifs dans deux tonneaux, que des matelots brisèrent l'un 
des tonneaux et en dévorèrent le contenu. Là, c'est le fils qui dit aux 
marins : Ce n'est pas de la viande salée, mais mon père que vous avez 
mange'. — D. Kaufmann. 

Tome XX, p. 244 et suiv. M. le rabbin S. Wertheimer, de Jérusalem, 
nous a envoyé quelques observations que nous sommes heureux de pu- 
blier, en lui exprimant tous nos remerciements. Au sujet de l'expression 
^PJSfc « jeune », M. W. cite Ps , cxix, 141, et certains passages rabbi- 
niques où ce mot n'est qu'un terme de modestie. Môme observation dans 
l' Histoire littéraire de la France, t. XXXI, p. 362, en cours de publication. 
M. W. relève le passage suivant de la lettre apologe'tique (paragraphe 
commençant par ttlZÎDnîl "v-)fiN, fol. 77 a de l'éd. princeps) qui semble 
prouver que Yedaia était jeune quand il e'crivit cette lettre : N125N n d 5)N 

ë)N toWDtt mb^an îibbin^n mna* ibru rysrm ^a» f n ipan 

d^ÛEHÛE m mari laonntttt tSW bvd a*£N 'O. ~ A l'endroit dou- 
teux, p. 248, 1. 16, M. W. croit pouvoir lire tpnfaïl ba* [tBYYrb]; comparez 
d^r'En btf ttî^YTI, P- 246, 1. 15 d'en bas. Voir encore ^fôlTÎ, n° 31 de l'anne'e 
1890, d'autres corrections que propose M. S. Fuchs. — Ad. Neubauer. 

T. XXI, p. 246 et suiv. Le nom de cet auteur est peut-être Abou-Aldabi, 
voir Michael, Umfass. Bibliographe u. Liter. Lexicon, p. 132. — P. 246-7. 
L'erreur assez grossière de Schorr au sujet de la traduction du Pentateuque 
a e'té remarque'e déjà par Edelmann dans ïTPj} tT772î1, P- xliii. — P. 250, 
1. 10, lire Schal. Halih., éd. Venise, 1587. — P. 267, 1. 23, le mot douteux 
est peut-être rîmrp^. — P. 271, note 2, la ville yw^Tl est Wisniez, en 
Pologne. — P. 272 et 273, dans l'expression tritÛ fn"IT2i le deuxième mot 
semble être une abréviation de rnNTlïn mbiSID, ou bien il faut lire ^ilD^N 
|-S"18 = -imïTI. — P. 275, 1. 5 d'en bas, 1. ab ïi»b. — P. 276, 1. 11 d'en 
bas, 1. ^n^inr;. — P- 277, à la fin, après le mot '■p^ manque le mot "î^"^ 
ou"i:nbr»p. — A. Harhavy. 

T. XXI, p. 249. D'après Luzzato, Kerem Chemed, VIII, 84, s"nïl n'est 
pas une date, mais les initiales de ib^D d^fan ^IISSÎT. — Dans Kerem Che- 
med, tMd.,f&Q5, S. Sachs rapporte que David ben Zimra ïn""n, Consult., 
éd. princ, n 0s 140 et 187, cite Ahron Aboulrabi, il est vrai pour le blâmer, 
mais avec le titre honorifique de "ini : f^TttîNIÎl bj> dà d3>"iri73 "^N 

■pa*ft ttîa laroffi dnbm m p pna* irnn in naia» nsd b^a "pia 
.f'n ©a*K p tzp-TOï-îb rntn ^aa* "patia taimana v^ p «b nm 

C'est M. S.-J. Ilalberstam qui a bien voulu me signaler ces deux passages. 
— J. Perles. 



Le gérant, Israël Lévi. 













h 







M. JOSEPH DERENBOURG 



Le 21 août prochain, notre vénéré ami M. Joseph Deren- 
bourg, membre de l'Institut, ancien président de la Société 
des Études juives, accomplira sa quatre-vingtième année. A 
cette occasion, ses admirateurs, ses disciples, ses amis, soit 
en France, soit à l'étranger, ont décidé de se grouper pour 
fêter dignement l'illustre octogénaire. La Société des Études 
juives, par l'organe de sa Revue, se fait un devoir de s'asso- 
cier à cette manifestation et d'adresser publiquement au 
noble vétéran de la science juive ses hommages respectueux 
et ses plus chaleureux souhaits. 

Cela est de toute justice. M. Derenbourg a été un de nos 
amis de la première heure. La vive sympathie que, dès l'ori- 
gine, il a témoignée à notre œuvre naissante, a été notre 
meilleure caution auprès du monde savant et une des causes 
les plus certaines de notre succès. Mais il ne nous a pas 
seulement accordé son puissant patronage. Il nous a honorés 
de son concours personnel, et quelques-uns des travaux les 
plus remarqués qui aient paru dans notre recueil sont sortis 
de sa plume infatigable. Aucun de nos lecteurs n'a oublié 
ni ses « Recherches bibliques », ses fines et pénétrantes 



— 2 - 

analyses de Job, de l'Ecclésiaste, ni son admirable étude sur 
le Traité mischnaïque de Yoma, sans parler de tant d'autres 
essais que nous devons à sa précieuse collaboration. M. De- 
renbourg est de ceux qui ne peuvent toucher à une question 
sans la renouveler, sans semer à profusion les vues les plus 
ingénieuses et les plus solides à la fois, sans ouvrir à l'esprit 
des horizons inconnus. Ce sera toujours un grand hon- 
neur et un gage de durée pour notre Revue de pouvoir se 
réclamer d'un nom aussi universellement respecté et qui, 
depuis tant d'années, brille au premier rang dans les régions 
scientifiques. 

Les études qu'il a données à la Revue ne constituent, en 
effet, qu'une faible partie des publications dont il a enrichi la. 
science du judaïsme. Tout jeune encore (il y a de cela en- 
viron 60 ans), il a inauguré sa carrière scientifique par un 
travail sur Maïmonide qui se lit encore aujourd'hui avec 
plaisir et profit. Depuis, il n'a cessé d'aborder, avec le même 
succès et une compétence toujours croissante, les questions 
les plus diverses et de porter ses investigations sagaces et 
érudites sur tous les coins et recoins de l'histoire du judaïsme. 
Tour à tour linguiste et grammairien, exégète et théologien, 
historien et talmudiste, il n'est pas un des cantons du vaste 
domaine de la littérature et de l'histoire juives qu'il n'ait fé- 
condé par son intelligent labeur. Possédant à fond tout ce 
groupe de langues qu'on désigne sous le nom de sémitiques 
et qui s'éclairent l'une par l'autre, passé maître dans la 
connaissance des idiomes arabe, hébraïque, chaldéen, sy- 
riaque, etc., il a fait faire des progrès considérables à la 
grammaire et à la lexicologie de la Bible et du Talmud, qui 
nous touchent de plus près. Plusieurs de ses ouvrages sont 
devenus classiques et jouissent d'une autorité incontestée. 
Nous ne pouvons ici, dans cette courte notice, donner Ténu- 
mération môme approximative de ses travaux, qui se sont 



— 3 — 

succédé depuis un demi-siècle avec une abondance tenant du 
prodige. Mais qui, parmi tous ceux qui s'occupent du passé 
du judaïsme, ne connaît, par exemple, le Manuel du lecteur, 
où sont mis en lumière tant de principes jusque-là ignorés ou 
mal compris de la grammaire hébraïque, Y Histoire de la 
Palestine d'après les sources talmudiques, où. l'on ne sait 
ce qu'il faut admirer davantage, la sûreté de l'érudition, la 
sagacité des combinaisons, ou l'éloquence de la forme et le 
charme de l'exposition. Que d'idées nouvelles, devenues au- 
jourd'hui des vérités établies, répandues à pleines mains dans 
ces ouvrages et dans beaucoup d'autres que nous passons 
sous silence! Entre des mains comme celles de M.'Deren- 
bourg, l'érudition est une création. 

Un des grands services que notre illustre ami a rendus à 
la science juive, c'est d'avoir tiré de la poussière des biblio- 
thèques une quantité d'oeuvres du plus haut mérite qui n'é- 
taient connues que de nom. Notre époque a accompli à cet 
égard une véritable œuvre de résurrection. Nos plus grands 
savants du moyen âge ont laissé des manuscrits qui, depuis 
des siècles, dorment dans l'ombre. Les auteurs surtout qui, 
se pliant aux nécessités de leur temps, ont écrit en arabe, 
étaient devenus comme étrangers au judaïsme. Celui-ci a 
compris enfin qu'il y avait là des trésors inestimables qu'il 
était de son intérêt et de son honneur de ne pas laisser se 
perdre. M. Derenbourg, grâce à sa connaissance de la langue 
arabe, qu'il possède comme pas un, a pu rappel r à la vie du 
grand jour bien des écrivains, presque totalement ignorés ou 
du moins ceux de leurs ouvrages qui, composés en arabe, 
étaient comme s'ils n'existaient pas. C'est un devoir de piété 
filiale en même temps que de science qu'il lui a été donné 
ainsi d'accomplir à la grande satisfaction de tous ceux qui 
savent que c'est la science qui a fait la gloire du judaïsme 
dans le passé et qui sera encore sa force dans l'avenir. 



- 4 — 

Parmi tous les écrivains du moyen âge qui doivent à 
M. Derenbourg d'être mieux connus et mieux appréciés, il 
en est un qu'il a toujours entouré d'une prédilection parti- 
culière et qui la mérite bien. C'est Saadia, l'homme remar- 
quable qui fut le principal initiateur des progrès de la science 
juive depuis une dizaine de siècles, et qui nous étonne par la 
netteté de sa pensée, la hardiesse de sa critique, l'étendue de 
son savoir et l'immensité de son œuvre. Malheureusement, 
il a partagé le sort commun, car la majeure partie de ses 
écrits, rédigés en arable, attend encore les honneurs de l'im- 
pression. Or une belle occasion s'est offerte de réparer cette 
injustice, de rendre à la science ce qui lui appartient : Tannée 
1892 est le millième anniversaire de la naissance de ce grand 
homme. M. Derenbourg a donc conçu le projet hardi de faire 
célébrer ce glorieux anniversaire d'une manière vraiment 
digne de lui-même et de son auteur favori. Il prépare l'édi- 
tion complète des œuvres de Saadia. Avec une ardeur toute 
juvénile, il a tracé le programme de cette entreprise aussi 
vaste que difficile, il a appelé à lui tous les travailleurs ca- 
pables d'y coopérer utilement et les a animés de son propre 
enthousiasme et, acceptant pour lui-même une partie consi- 
dérable de la tâche, il se dispose à élever au célèbre Gaon un 
monument qui fera grand honneur à un homme illustre, mais 
aussi à celui qui en a pris l'initiative 

Qui ne serait émerveillé de tant de vaillance, de tant d'acti- 
vité chez un homme arrivé à la fin de sa 80° année et qui, 
après avoir tr2va : llé toute sa vie, du: ait le droit de goûter un 
repos mille fois mérité ? Mais non, M. Derenbourg trouve sa 
joie, sa récompense dans ses chères études ; ce sont elles qui 
lui ont valu de conserver une vivacité de sentiments, une fraî- 
cheur d'impression, une facili'é d'enthousiasme qui charment 
tous ses amis. M. Derenbourg a eu des chagrins,, des dou- 
leurs, des déceptions dans sa longue et belle carrière. Un 



- 5 — 

des coups les plus sensibles pour un serviteur fidèle de la 
science a été l'affaiblissement graduel de sa vue, mais l'étude 
est là pour le consoler, pour lui procurer les plus douces 
jouissances et les satisfactions les plus profondes. De là cette 
inaltérable bonne humeur, ce don charmant de la gaieté, ce 
commerce si délicieux et si instructif à la fois. Il n'est rien de 
tel, pour embellir la vie et maintenir l'âme dans de bonnes 
dispositions, que de se consacrer sans fin ni trêve à une 
œuvre utile et qui réponde à nos goûts. 

Nous voudrions ajouter encore que notre cher et excellent 
ami M. Derenbourg, tout en faisant du culte de la science 
l'objet capital de son existence, a le cœur assez large et l'es- 
prit assez généreux pour servir efficacement tous les grands 
intérêts de la société et de la religion. Que d'oeuvres aux- 
quelles il a prêté et prête encore un concours des plus actifs 
et des plus appréciés ! Mais nous n'écrivons pas ici une 
biographie et n'avons pas la prétention de faire connaître 
M. Derenbourg à ses amis. Qu'il nous soit permis seulement 
d'ajouter que c'est à la jeunesse surtout qu'il a de tout 
temps donné son appui, sa sympathie et sa protection. Beau- 
coup lui doivent d'être enlrés dans la même direction scien- 
tifique que lui, encouragés par sa parole, guidés par ses con- 
seils, fortifiés par son exemple, et sont fiers de s'appeler ses 
disciples ; d'autres, et en bien grand nombre, ont pu pour- 
suivre leur chemin et se créer une situation honorable, grâce 
à l'appui qu'il n'a jamais marchandé à ceux qui voulaient 
travailler sérieusement. Pour les soutenir, il n'a ménagé ni 
son temps, ni ses peines, ni ses sacrifices. Le 21 août sera 
pour eux tous un jour de fête. 

Quant à nous, collaborateurs modestes., mais amis sincères 
de M. Derenbourg, nous nous associerons ce jour-là de tout 
cœur aux membres de sa famille, et nous demanderons à la 
Providence divine de veiller sur cette vie précieuse et de 



faire encore longtemps de cette belle et verte vieillesse un 
exemple pour les jeunes générations, exemple de travail, 
de dignité, d'honneur, de désintéressement, d'amitié fidèle 
et de dévouement. 

Zadoc Kahn. 



Le jour où notre illustre collègue M. Joseph Derenbourg 
accomplit sa quatre-vingtième année sera pour lui un jour 
de joie et de gloire : ses confrères de l'Institut lui feront 
fête ; ses amis et de nombreux savants de tous les pays et 
de toutes les confessions lui préparent des ovations. Ces 
témoignages de respect et de sympathie sont la récom- 
pense d'une belle vie, consacrée toute entière au travail, à 
l'enseignement, à l'étude. Nous ne sommes pas compétent 
pour louer comme ils le méritent les remarquables tra- 
vaux de M. Derenbourg sur la littérature arabe et sur les 
inscriptions sémitiques ; son Essai sur l'histoire de la 
Palestine, depuis Gyrus jusqu'à Adrien, d'après les sources 
talmudiques et rabbiniques, a fait époque dans la science 
juive. Dans cette étude, comme dans celles qu'il a publiées 
sur Jona ibn Ganah, sur Maïmonide, sur les contes de Ca- 
lila et Dimna, sur l'histoire de la grammaire hébraïque, sur 
une foule de sujets historiques et talmudiques, on trouve 
les hautes qualités qui le distinguent : une science solide et 
sûre, une vaste érudition, des vues nouvelles, profondes ou 
fines, et, dans les problèmes difficiles, une sagacité extraor- 
dinaire. Nous publierons probablement, dans un prochain 
numéro, la liste complète de ses œuvres, elle est loin d'être 
close. A un âge où d'autres cherchent le repos, M. Joseph 
Derenbourg poursuit ses études avec un entrain et une acti- 



vite absolument étonnants. Il a trouvé un charme qui lui 
conserve la jeunesse et lui permet d'être entreprenant comme 
on l'est à vingt ans. La publication des ouvrages arabes de 
Saadia, qu'il vient de commencer avec le concours d'un 
grand nombre de savants groupés autour de lui, est une 
œuvre colossale par laquelle il couronnera dignement sa 
belle carrière. Le Conseil de la Société des Études juives, 
dont il a été un des premiers présidents et à laquelle il 
a rendu de si éminents services par sa collaboration à 
la Revue des Etudes juives, m'avait chargé de publier sa 
biographie à cette place, mais j'en ai été empêché, à mon 
grand regret, par M. Derenbourg lui-même, dont la déli- 
catesse souffrait de cet hommage pourtant si bien mérité. 
Nous devons donc nous borner à donner ici son portrait, il 
est fait d'après un dessin inédit qui date d'environ dix ans. 
Nos lecteurs y verront, rendus avec autant d'exactitude que 
de talent, les traits de notre savant et cher ami. Que ne 
peuvent-ils y voir également la vivacité de sa pensée et 
de ses impressions, sa fougue, l'élan de sa curiosité scien- 
tifique ! Jamais homme de son âge ne fut moins morose, 
moins emprisonné dans le passé, plus heureux de garder le 
contact avec les générations nouvelles. Nous lui adressons, 
au nom du Conseil et de la Société, nos vœux les plus 
ardents pour son bonheur et celui de ses enfants; nous le 
prions de recevoir publiquement le tribut de notre admi- 
ration et l'assurance de notre profonde affection. 

Isidore Loeb. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



XXIV 

NOÉ, LE DÉLUGE ET LES NOAHIDES. 

Au numéro IX de ces Recherches, j'ai étudié la liste des Sé- 
thites, qui se termine par Noé, le patriarche du déluge, dans le 
v e chap. de la Genèse. Après un intervalle de près de trois ans, 
je viens compléter l'étude du récit biblique qui se rapporte à ce 
patriarche. Je resterai toujours fidèle à la méthode rigoureuse 
que j'ai observée dans les études précédentes et qui garantit seule 
la sincérité des résultats, et j'envisagerai le récit biblique d'abord 
en lui-même, ensuite dans ses relations avec les narrations au 
milieu desquelles il se trouve ; quand la forme textuelle du docu- 
ment sera fixée au point de vue critique, je passerai à l'examen 
de sa composition, en réservant pour la fin les investigations sur 
son origine et son âge. 

I. Contenu du récit. 

Le récit contenu dans la Gen., vi, 1-ix, 17, donne un exposé de 
l'histoire du genre humain depuis la 500 e année de Noé jusqu'à la 
mort de ce patriarche. Cette histoire nous est présentée sous la 
forme de trois tableaux marquant trois épisodes divers : la corrup- 
tion de l'humanité par suite du mélange des fils des Elohim avec 
les filles des hommes, la destruction de l'humanité par le déluge, 
à l'exception de Noé et de ses enfants, le pacte conclu entre Dieu 
et la nouvelle humanité. Voici un résumé succinct des événements 
dont il s'agit. 

Les hommes commençant à se multiplier sur la terre, les fils des 
Elohim, séduits par la beauté des filles des hommes, se décidèrent 
à en faire leurs compagnes, conformément à l'usage des hommes. 

T. XXII, N° 44. n 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le commerce des êtres célestes avec les femmes humaines eut pour 
conséquence la production de la race des géants, qui habituèrent 
les hommes à la violence et à l'iniquité. Dieu, irrité, résolut de 
détruire par un déluge tout le genre humain, à l'exception du 
patriarche Noé, qui avait trouvé grâce devant ses yeux. Après 
un délai de 120 ans, voyant que la terre était remplie des actes 
violents de l'humanité, Dieu ordonna à Noé de fabriquer une 
arche et d'y réunir ses trois fils, ainsi que les animaux vivants, 
mâles et femelles, de chaque espèce. A l'arrivée du déluge, Noé 
s'enferma dans l'arche avec les animaux préservés. Pendant qua- 
rante jours, la pluie et le débordement de la mer couvrirent d'eau 
toute la surface de la terre et dépassèrent de quinze coudées les 
montagnes les plus hautes. Tous les êtres vivants furent submergés 
par le déluge ; il n'en resta que Noé et ceux qui étaient avec lui 
dans l'arche. La crue de l'eau dura cent cinquante jours. Pen- 
dant cent cinquante autres jours, la pluie ayant cessé, les eaux 
commencèrent à baisser, et l'arche s'arrêta sur le mont Ararat. 
Quarante jours plus tard, Noé lâcha d'abord le corbeau pour 
savoir s'il y avait déjà des endroits dépourvus d'eau, mais le 
corbeau entrait et sortait et ne s'arrêtait nulle part. Noé lâcha 
ensuite la colombe, mais la colombe revint aussitôt dans l'arche. 
Après sept autres jours, il fit sortir de nouveau la colombe, qui 
lui rapporta une feuille d'olivier, d'où il conclut qu'il y avait 
déjà des endroits secs sur la terre. Il attendit encore sept jours, 
au bout desquels il lâcha de nouveau la colombe, qui ne re- 
vint plus auprès de lui. Quelques jours après, Noé, ayant reçu 
un ordre divin, sortit de l'arche avec tous les êtres vivants qui y 
étaient et offrit des sacrifices en l'honneur de Iahwé. Dieu, ayant 
agréé les sacrifices, fit la. promesse de ne plus maudire la terre 
à cause de l'homme et de ne plus interrompre le cours naturel des 
saisons ; puis, ayant béni Noé et ses enfants, il leur octroya un 
pouvoir absolu sur tous les êtres créés, à la seule condition qu'ils 
ne se tuassent pas entre eux, conclut avec eux un pacte éternel 
stipulant qu'il n'y aurait plus jamais sur la terre de déluge qui 
pût détruire la totalité des êtres animés, et fixa l'arc-en-ciel 
comme signe visible de cette alliance. 

II. Etat de conservation des diverses parties du texte. 

Le grand passage dont nous venons de résumer brièvement le 
contenu se compose de plusieurs périodes formant de petits 
groupes, dont le texte nous est parvenu dans un état plus ou 
moins bien conservé. Je vais passer en revue toutes les difficultés 



RECHERCHES BIBLIQUES * 163 

de forme ou d'interprétation auxquelles il donne lieu, et je 
tâcherai de les faire disparaître autant qu'il me sera possible dans 
l'état actuel de la critique littéraire. 

1. Mélange des fils des Elohim avec les fils de V homme (v. 1-4). 

On peut se demander si l'infinitif mb n'est pas sous-entendu, 
mais au sens adverbial, dans la phrase finale du verset 1, qu'il 
faudrait traduire : « et que des filles leur naquirent en quantité. » 
On peut aussi supposer que dans le texte primitif le mot m^ai 
était suivi de l'adjectif nhb, qui figure au verset 2 : « et que de 
belles filles leur naquirent». — Par le membre de phrase bsi2 
Tina ""iujn, l'auteur veut indiquer que les alliances matrimoniales 
entre les anges et les femmes ont été conclues avec le consen- 
tement de celles-ci et de leurs parents ; autrement, il aurait em- 
ployé le verbe bn ou rpn ! . La reconnaissance de ce point, resté 
inobservé jusqu'à ce jour, écarte une très grave difficulté. A pre- 
mière vue, les versets 3 et 4 n'ont aucune liaison entre eux dans 
le texte traditionnel. Le premier contient une décision de Ialrwé 
à l'égard des hommes, le second, un énoncé relatif à l'existence 
des Nephilim sur la terre, et on ne peut obvier à cette incohé- 
rence qu'en plaçant le verset 4 avant le verset 3, mais, après ce 
qui vient d'être dit au sujet de "nni, tout remaniement devient 
sans objet. L'empressement des femmes et des hommes à s'al- 
lier aux Benê Elohim cause le dépit de Iahwé qu'exprime le 
verset 3 et qui aboutit à n'accorder au genre humain qu'un délai, 
relativement très court pour l'époque, de 120 ans. Le verset 4 
motive l'accroissement des crimes parmi les hommes : les ma- 
riages entre les êtres divins et les filles des hommes ont pro- 
duit les Nephilim, êtres violents et sanguinaires. La phrase "pn 
aï-!! - ; dwn ynaa exprime l'idée de l'origine antédiluvienne des 
Nephilim, tandis que la phrase ajoutée ^a usai ton p "nriN ûan 
ûïib ■nb'n tnar; ma a ba d^ï-sbattr a l'intention d'avertir que ces 
sortes de naissances extraordinaires eurent aussi lieu dans les 
siècles plus tardifs. Il faut donc traduire : « (la naissance des 
Nephilim) eut aussi lieu plus tard, chaque fois 2 que les fils des 
Elohim eurent commerce avec les filles des hommes et que celles- 
ci leur donnèrent des enfants. » Cette incidente est amenée par 
la nécessité d'expliquer l'existence des Nephilim au temps de 
l'Exode. Ceux-ci n'étaient pas les descendants directs des Nephi- 

» Cf. Juges, xxi, 21, 23. 

2 TON, au sens de TOND; cf. Lévitique, iv, 22. 



h'ù . REVUE DES ETUDES JUIVES 

lira antédiluviens, mais ils avaient la même origine, savoir : les 
rapports charnels des fils des Elohim avec les filles des hommes, 
rapports qui sont censés avoir pris fin vers l'époque de l'immi- 
gration des Hébreux en Palestine ! . 



2. Mesures prises par Jahivé pour déraciner le mal 
sur la terre (v. 3, 5, 6, 7). 

Ces quatre versets rapportent chacun une parole ou une action 
de Ialnvé à l'égard du genre humain. Dans le verset 3, Iahwé 
renonce à laisser pour toujours dans l'homme (t.vi \yy* ab, au lieu 
de Trn irr &*b) l'esprit qu'il lui adonné particulièrement, d'après 
Genèse, n, 7; rm est un synonyme allégé de û^n nttiz» {ibidem). 
Le motif est exprimé par le membre de phrase *i©a kiïi bM&a, c'est- 
à-dire : puisque mon esprit qui est dans l'homme est devenu lui 
aussi charnel et corrompu ; le pronom Nïn se rapporte à ^rm, non 
à tn». Cette interprétation fait disparaître toutes les difficultés 
exégétiques relevées jusqu'à ce jour. En prévision de la corruption 
du genre humain, Dieu se propose d'accorder à celui-ci une exis- 
tence de 120 ans sur la terre, afin de ne point détruire des inno- 
cents en même temps que des coupables. Le verset 5 annonce 
que, par suite de la naissance des Nephilim (v. 4), la prévision 
divine s'accomplit de point en point par l'extension du mal au 
milieu des hommes, qui ne pensaient plus qu'à commettre des ini- 
quités. Le délai écoulé, Dieu, amèrement désappointé sur le 
compte du genre humain (v. 6), prend la décision de l'anéantir 
en même temps que tous les êtres vivants soumis à l'empire des 
hommes sur la terre (v. 7). Dans ce verset, la phrase nn»N 
:in- pn, qui ne cadre aucunement avec l'expression ïy ûine 
ïTOMa, qui vient immédiatement après, doit être corrigée en ffira* 
Zip*'- nat, « je vais anéantir les êtres existants », conformément 
au verset tout analogue, vu, 23, qui rapporte l'accomplissement 
de cette décision. La confusion des lettres pi avec la lettre n est 
facile à concevoir, et, plus facilement encore, l'élargissement du 
1 en i. Cette correction très simple restitue à l'auteur la se- 
conde moitié du verset, que les critiques attribuent au dernier 
rédacteur, lequel ne se serait pas aperçu de l'incohérence de la 
phrase ! D'autre part, le verbe viana fait allusion au document 
dit élohiste sacerdotal de la Genèse, i, 27, car le verbe an a n'est 

1 Og, roi du Basan, tué par Moî'flS, était le dernier des Rephaïm (Deutéronome, 
in, 11). Un trait analogue se fait observer dans li légende parsie, suivant laquelle 
le mélange des dîvs et des hommes a cessé à l'apparition de Zoroastre. 



RECHERCHES BIBLIQUES 165 

pas usité au chapitre n, ce qui fait bien voir que l'auteur dit Iali- 
wéiste s'est inspiré de l'écrit sacerdotal. Le verset 8 forme l'in- 
troduction du récit suivant et effectue la liaison entre les évô* 
nements précédents et ceux qui sont mentionnés après. 

3. La piété de Noé et la corruption du reste des hommes 

(v. 9-12). 

Par ce contraste moral, le narrateur introduit son récit du 
déluge. A l'opposé de ses contemporains, Noé était un homme 
juste et parfait dans sa conduite. Au lieu de rnh'ra, qui n'offre pas 
de sens satisfaisant et qui est absolument étranger à la littérature 
biblique, il faut lire twd, « dans ses voies ». Cette correction est 
absolument certaine par suite de l'adjectif ù^;pri, qui se lie toujours 
avec le substantif *r-^; comparez, entre autres, tjwn rr^n û-ftn, 
Ezéchiel, xxvin, 15. — L'expression rp ^-nn ùTïban nst abso- 
lument analogue à celle de ù^-b^rr na "pin "pftttvi (v. 22), doit 
être traduite : « Noé marchait avec les anges », c'est-à-dire fré- 
quentait les êtres célestes de l'entourage de Dieu. Le mot û^-bacs, 
avec l'article, désigne, dans ce passage, les anges en général, à 
la différence de tmbtf, qui marque l'Etre suprême. La nouvelle 
énumération des fils de Noé prépare le lecteur à comprendre l'ex- 
pression sommaire ïpjs « tes iils », du récit suivant, et le seul 
point nouveau qu'ajoute le narrateur, c'est qu'ils étaient au 
nombre de trois, pas davantage, malgré les cent ans qui s'étaient 
passés depuis l'époque à laquelle se rapporte le verset v, 32. — 
Il faut prendre dans son sens propre l'expression ûttibatn ^ssb : 
les anges assistaient à la corruption de plus en plus grande de la 
terre. La corruption consistait dans la violence que les hommes 
exerçaient les uns envers les autres et dont ils étaient encore plus 
responsables que du mélange avec les t^rïbttn iaa, qui s'était déjà 
effectué avec leur consentement et leur participation passive. 

4. Ordre divin relatif à la construction et à V aménagement 

de l'arche (13-22). 

Le suffixe de ûrrasa (13) se rapporte à niDa ba ; c'est aussi le 
cas de celui de ûrnrnatt. L'emploi, dans tout ce passage, de ntep, au 
lieu de rpn tt&a, a été amené par le verset 3 qui a été expliqué plus 
haut. — Le terme n~^ (16) semble désigner une couverture 1 à 

1 Cf. as. Ç/ru, ar. iriLJ « dos ». La couverture devait dépasser d'une coudée le 
pourtour de l'arche (ï-fb^fabft Wb^n Ï1BK b&n), afin que les eaux de pluie ne 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

double pente ; plus loin (vm, 13), l'auteur le remplace par le 
mot ordinaire ïiûStt. — Le mot b-ïSiïa signifie au propre « destruc- 
tion (r. bns) », de là trïï bmfcn (17) « la destruction (consistant) en 
eau ». Au verset 18, Noé reçoit la promesse de l'établissement 
d'une alliance entre Dieu et lui, fait qui s'accomplit à la sortie de 
l'arche (ix, 9). L'expression bûM tPDO marque les sexes des ani- 
maux et équivaut à ttapsi *ûî, ou inttSKi ©■»», et n'indique pas le 
nombre des couples d'animaux de chaque espèce. Ce nombre est 
spécifié dans vu, 2. Les animaux viendront d'eux-mêmes (v. 20), 
et Noé n'aura qu'à les faire entrer (v. 19). La période se termine 
en annonçant l'obéissance du patriarche. 

5. Ordre divin d'entrer dans V arche (vu, 1-10). 

L'expression rrrïi ni^s (v. 1) fait comprendre pourquoi aucune 
autre famille humaine n'a été sauvée. Au moment de l'entrée, il 
était nécessaire de fortifier le patriarche par quelques bonnes pa- 
roles, et le titre de p^flfc, Noé l'a mérité, d'après le verset 1, par 
sa bonne conduite. Le verbe wan est choisi par suite du nti du 
verset 12, et i5ûb forme antithèse avec irftbNïi ^sb de vi, 11. 

Le verbe *jb npn (v. 2) ne peut pas se comprendre sans le 
secours de vi, 19 ; il signifie seulement « accueillir, accepter », 
et ne ressemble pas au ^b np du verset vi, 21, qui est complété 
par le verbe d&oni. Noé doit prendre un nombre déterminé des 
animaux qui se présentent devant lui ; il ne peut pas s'agir pour 
lui d'aller chercher ces animaux pendant le court intervalle de 
sept jours qui lui est accordé pour l'emménagement dans l'arche. 
Après ce répit s'ouvrira la période des pluies (v. 4) ; le narrateur la 
fait coïncider en gros avec l'an 600 de l'âge de Noé (v. 6), plus loin 
il en donne la date précise. — Le verset 5 annonce en général 
l'obéissance de Noé; les détails suivent dans les versets 6-9. Le 
verset 10 rapporte l'apparition des eaux du déluge à l'expiration 
du délai fixé au verset 4, c'est-à-dire au septième jour. 

6. Marche du déluge, son extension et sa disparition 

(v. 11-viii, 14). 

Le verset 11 fournit la date détaillée du commencement du 
déluge et précise la manière dont il s'est effectué. Il nous apprend 
implicitement qu'une période de 47 jours s'est écoulée entre la 
réception de l'ordre divin de construire l'arche et le commence- 

pussent s'y infiltrer par le haut des parois. Si on donne à "itlit le sens de « fenêtre », 
l'intelligence de cette phrase devient impossible. J'y reviendrai au paragraphe 7, tin. 



RECHERCHES BIBLTQUES 167 

ment du déluge, dont 40 pour la construction et 7 pour l'embar- 
quement. Le nombre 47, soit séparé en 40 et 7, soit pris ensemble, 
joue un rôle remarquable dans la marche du déluge. Le premier 
nombre se retrouve dans la durée de la pluie diluvienne (v. 12; 
cf. v. 4 et 17) et dans l'intervalle entre la baisse des eaux et l'envoi 
du corbeau (vin, 7). Le nombre 150, qui marque la période crois- 
sante des eaux (vin, 3), se compose, en chiffres ronds, de 3 x 47 
+ 10, de même les 57 jours du dessèchement de la terre se décom- 
posent en 47 + 10. Enfin, l'espace entre les envois des oiseaux est 
constamment de 7 jours, tandis que le nombre 17 est attaché aussi 
bien au jour du commencement du déluge qu'à celui de l'arrêt de 
l'arche. Une telle distribution systématique des divisions de la 
durée totale du déluge atteste l'unité du récit et, par conséquent, 
l'absence de passages interpolés ou puisés à des sources diverses. 
Le passage relatif à l'entrée des êtres vivants dans l'arche (13-16) 
est loin de constituer une superfétation inutile, il mentionne nomi- 
nativement les fils de Noé afin de préparer le récit de ix, 18-26 ; il 
y ajoute cet autre renseignement que les pères de la génération 
postdiluvienne vivaient dans la monogamie. Il se termine conve- 
nablement par la phrase « et Iahwé ferma (la porte) derrière 
lui », ayant pour but d'expliquer pourquoi les eaux ne se sont pas 
infiltrées dans l'arche par les fissures de la porte qui n'ont pu 
être bouchées avec l'asphalte, comme le reste du bâtiment. Cette 
référence tacite, mais certaine, de cette phrase iahwéiste au pas- 
sage élohiste relatif à la construction de l'arche, montre d'une 
manière éclatante combien la différence des noms divins est loin 
d'exclure l'unité de la conception et de la rédaction. Le transport 
de cette phrase dans un contexte inconnu que, d'après l'avis 
unanime des critiques, le rédacteur aurait supprimé avant le 
verset 12, ne remédie en rien à la difficulté, qui réside, non dans 
les passages ambiants, mais dans la phrase elle-même, qui est inin- 
telligible, ou, si l'on veut, absolument oiseuse, si on ne la rap- 
proche pas de vi, 14. Je ne sais si cette phrase iahwéiste gênante 
n'aura pas bientôt le sort de tant d'autres qu'on a déclarées in- 
terpolées, mais je crains que la mise en œuvre de ce moyen 
suprême ne soit déjà quelque peu démodée. La seule échappatoire 
possible consiste à changer inïi"< en ù^rîbtf, comme on a changé 
trï-jbi* en ïtiît dans vu, 9, mais cette corde aussi semble par trop 
usée, et il faudra encore nous dire si la phrase qui nous occupe 
appartient au premier ou au second élohiste. — Après cette inci- 
dente, l'auteur, reprenant le fil de sa narration du verset 12, donne 
en d'autres termes la durée de la pluie et poursuit sa description de 
la crue du déluge et de la destruction de tous les êtres vivants 



: e KEVUE DES ETUDES JUIVES 

à sa suite (v. 1*7-24). Ce nouveau passage est formé sur le patron 
du précédent. Durée des pluies diluviennes, les eaux croissent au 
point de mettre l'arche à flot (v. 17) ; les eaux, probablement par 
suite du jaillissement des sources souterraines (v. 11), augmentent 
à la fois eu hauteur (profondeur) et en étendue, de façon que 
l'arche a pu quitter sa place et faire route (^bm) dans le sens du 
courant (v. 18) ; la crue des eaux devient telle que non seulement 
elles couvrent les montagnes les plus hautes (v. 19), mais at- 
teignent la hauteur (profondeur) de 15 coudées au-dessus des 
plus hauts sommets (v. 20). Ces 15 coudées forment exactement 
la moitié de la hauteur de l'arche (vu, 15) et en même temps sa 
ligne de flottaison approximative, surtout d'après l'estimation du 
narrateur. Ici est intercalée une incidente qui relate, à trois re- 
prises différentes, mais en termes variés, la destruction de tous les 
êtres vivants à l'exception de Noé et de ceux qui étaient avec lui 
dans l'arche (v. 21-23). Cette insistance vise à relever ce point 
important pour l'avenir de la terre que toutes les races antédilu- 
viennes qui avaient attiré sur elles la malédiction divine, Qaïnites, 
Séthites, Géants, ont entièrement disparu ; et pour mieux marquer 
la destruction des terribles d'niaa dont il s'est occupé dans vi, 4, 
le narra! eur exprime la crue des eaux en hauteur ou profondeur, 
non par le verbe ordinaire ï-ibr, mais par le verbe naa, dérivé de 
nias. D'autre part, le verbe ttrra, le substantif tnpi" et rémuné- 
ration tnôtfc-JrïoiDrt £p3> se réfèrent clairement à vi, 7. Au verset 
24, le narrateur reprend son récit par un abrégé du commen- 
cement du verset 18. 

7. Période de la décroissance (vin, 1-14). 

Les coupables ayant été exterminés et la terre lavée et nettoyée 
de toutes ses souillures, les eaux commencent à baisser. La dimi- 
nution du déluge est due à ce que Dieu s'est souvenu de Noé et des 
êtres vivants, qui n'auraient pu exister si le déluge avait continué 
(v. 1). Un vent, envoyé par Elohim, apaise les eaux, les sources 
de l'abîme et les ouvertures du ciel se ferment et la pluie cesse 
de tomber (v. 2). Il ne s'agit pas seulement de la pluie exception- 
nelle qui a duré 40 jours au début du déluge (vu, 12), mais des 
pluies ordinaires arrivant à toutes les époques de l'année et durant 
relativement peu de temps, pluies qui, n'ayant pas manqué de 
tomber pendant les 110 autres jours, ont dû contribuer à la 
crue du déluge. Quatre dates sont données ensuite, la première 
de 150 jours, pour la retraite des eaux (v. 3), intervalle qui est 
mentionné vu, 24; la seconde, le 17 du 7° mois, pour l'arrêt de 



RECHERCHES BIBLIQUES 109 

l'arche (v. 4) et dont le premier chiffre est parallèle à celui du 
début du déluge (vu, 11) ; la troisième date, le 1 du 10° mois 
pour l'apparition des montagnes; la quatrième date, tombant 
40 jours après, pour l'envoi du corbeau et de la colombe (v. 6, 
■7), répond exactement à la durée des premières pluies. L'auteur 
fait envoyer la colombe immédiatement après le corbeau, parce 
que les allées et venues de celui-ci n'avaient donné aucun ren- 
seignement au patriarche. Le second envoi de la colombe eut 
lieu 7 jours après ; l'adjectif tanna (v. 10) se rapporte aux 40 jours 
du verset 6, lesquels ont dû paraître bien longs au patriarche, im- 
patient de quitter sa prison flottante; il ne faut donc pas mettre 
ùw rtfn'ja brrn au commencement de la ligne 8, comme plusieurs 
critiques l'ont pensé. La période ascendante du déluge a duré 
150 (40 -f 110) jours, c'est-à-dire 5 mois complets; les mois ont 
ici la longueur invariable de 30 jours, conformément aux mois 
égyptiens, supputation qui paraît avoir été en usage chez les Phé- 
niciens et probablement aussi chez les Hébreux avant l'exil 1 . Le 
narrateur du déluge n'a certainement pas tenu compte des 5 jours 
épagomènes de cette année néfaste. La période descendante est 
fixée par lui ainsi qu'il suit : 73 jours ou 2 mois et 13 jours jusqu'à 
l'apparition des montagnes, qui eut lieu le premier du dixième mois 
(v. 5), 40 jours jusqu'à l'envoi du corbeau, 14 jours pour les deux 
envois de la colombe et 37 jours jusqu'à l'enlèvement de la couver- 
ture de l'arche, qui eut lieu le premier jour de l'année nouvelle (v. 
13), enfin 57 autres jours, qui nous mènent au 25 du deuxième 
mois, date de la sortie de l'arche. Le séjour des êtres vivants dans 
ce bâtiment s'est donc prolongé pendant 150 + 220 = 370 = un an 
et 10 jours. Dans ce passage, nous avons la mention de la fenêtre 
qui ne se trouve pas dans l'ordre donné pour la construction, 
et cela explique la nécessité de la phrase îitw *nbk. D'autre part, 
le toit de l'arche est nommé ici ïiostt, et là *irps ; la première 
expression est un terme général pour toute sorte de couvertures. 

8. Sortie de ï arche. 

La sortie se fait sur un ordre divin qui se termine par la re- 
commandation de procéder de nouveau à la multiplication des 
espèces (v. 15-17). Hommes et animaux exécutent la sortie dans 

1 Les écrits bibliques antérieurs à la captivité de Babylone ne montrent pas la 
moindre trace d'un mois intercalaire, et le nom de t mois des épis (rpnN'r» IDlTl) ' 
que porte le premier mois de l'année biblique (Exode, xm, 4) atteste irréfragablement 
que l'habitude de commencer l'année religieuse au mois automnal de Tischrî n'est pas 
antérieure à l'époque perse. 



170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le meilleur ordre, en se tenant chacun à son semblable et formant 
des familles constituées d'une manière naturelle ûïTOtt&\ïi»b 
v. 19). Le patriarche, rétablissant le culte iahwéiste (Genèse, iv, 
26), interrompu par l'iniquité des hommes, sacrifie, sur un autel 
improvisé, quelques-uns des animaux et des oiseaux purs, car les 
animaux impurs sont impropres aux sacrifices (v. 20) ; Iahwé, 
agréant la bonne odeur du sacrifice, prend la résolution de ne plus 
maudire la terre à cause de l'homme et de ne plus arrêter le cours 
des saisons (v. 21, 22); mais cette résolution reste encore à l'état 
de projet et n'est communiquée à l'homme qu'à la fin de la céré- 
monie. Deux points sont à noter au sujet de ce récit : l'ordre de 
la sortie correspond à celui de l'entrée (vu, 1-5); le sacrifice à 
Dieu pour le remercier de sa protection pendant la terrible ca- 
tastrophe est un acte tellement indispensable qu'il clôt naturel- 
lement le drame et forme le nœud des passages au milieu desquels 
il se trouve. 

Nous avons même une preuve beaucoup plus convaincante que 
l'élohiste a dû connaître le récit relatif aux sacrifices de Noé, 
qui, d'après les critiques, appartiendrait exclusivement à l'auteur 
iahwéiste. C'est le nom même de Noé que les deux récits donnent 
unanimement au patriarche du déluge. Le sens du nom propre rn 
n'a pas été déduit jusqu'à présent d'une manière très satisfaisante. 
La presque généralité des exégètes font dériver r_p de la racine 
ms « se reposer ». Quelques-uns d'entre eux corrigent, dans la 
Genèse, v, 29, ^rw !-ît, « celui-ci nous procurera le repos », au 
lieu de lî^nr ïiî, « celui-ci nous consolera », afin d'y trouver une 
allusion au nom de Noé. J'ai montré ailleurs combien cette cor- 
rection était contraire à toutes les vraisemblances. Mais il y a 
plus, la régularité avec laquelle le mot rà s'écrit toujours sans i 
suffit pour faire voir quMl ne vient pas de la racine ma. Cette ob- 
jection a été parfaitement relevée par M. Dillmann contre l'inter- 
prétation ordinaire, mais il n'a pas proposé d'autre explication. 
Pour moi, il me semble absolument nécessaire d'admettre que c'est 
un substantif formé de la racine nrû, « être agréable », qui se dit 
des sacrifices trouvés agréables par la Divinité. Les prescriptions 
sacrificiaires emploient dans ce but l'expression rirn rjn, et celle-ci 
revient en effet dans le verset 21 qui commence par la phrase rm 
firnsin n^n n« îtiït, « Iahwé aspira l'odeur agréable ». A la suite 
de cet accueil bienveillant du sacrifice, Iahwé se propose de ne 
plus maudire la terre à cause de l'homme. C'est l'accomplissement 
des prévisions exprimées à l'occasion de la naissance du pa- 
triarche (v. 29) : « Celui-ci nous consolera de nos labeurs et de 
nos peines relatives à la terre que Iahwé a maudite. La compa- 



RECHERCHES BIBLIQUES 171 

raison de ces deux passages met hors de doute : 1° que le nom de 
ni signifie « agrément de sacrifice », 2° qu'il fait allusion au sacri- 
fice apporté par le patriarche à sa sortie de l'arche, sacrifice 
qui, ayant été agréé par Dieu, délivra la terre de toute menace 
de malédiction et la mit à même de récompenser plus généreu- 
sement les travaux de l'homme. On comprend maintenant l'intérêt 
qu'avait pour la nouvelle génération la plantation de la vigne, 
dont il est parlé au verset 20 du chapitre ix. La terre, dans l'état de 
malédiction où elle se trouvait auparavant, n'aurait pas eu assez 
de force pour produire une plante qui, pour parler le langage des 
Hébreux, réjouit les dieux et les hommes (Juges, ix, 13). Avec 
l'apparition de la vigne sur la terre disparut la dernière trace de 
la colère divine contre le genre humain, et l'alliance conclue avec 
les Noahides entra décidément en vigueur. C'est par la même 
raison que Noé porte dans ce verset le titre de n^aii W», 
« l'homme de la terre », du sol cultivable, car la culture du sol est 
devenue dès lors un travail rémunérateur et béni de Dieu. 

9. Bénédiction des Noahides et défense du meurtre (ix, 1-7), 

La bénédiction des Noahides se répète presque avec les mêmes 
mots que celle qui fut adressée jadis à Adam (Gen., i, 28). Il y est 
ajouté la permission de manger toute sorte d'animaux, tandis 
que la première fois l'homme devait se nourrir de végétaux. L'ex- 
pression aiar pTO se rapporte explicitement à la Genèse i, 29, 30. 
La défense de manger le sang suppose que le sang doit être offert 
à Dieu. Le meurtre de l'homme est représenté comme un attentat 
contre la Divinité elle-même, dont l'homme est l'image. La ven- 
geance de ce crime se fera tantôt par Dieu, tantôt par les 
hommes, suivant qu'il restera inconnu ou parviendra à la con- 
naissance de ceux-ci. Quant aux animaux qui s'attaquent aux 
hommes, Dieu se charge de les punir. Comment ? En les excitant 
les uns contre les autres et en les faisant chasser par l'homme. 
Ces moyens sont, d'ailleurs, souvent employés par Dieu pour 
punir les crimes des hommes eux-mêmes (Lévitique, xxvi, 14, 25). 

10. Établissement d'une alliance avec les êtres vivants (v. 8-17). 

La résolution divine de ne plus détruire la terre par un déluge 
est maintenant communiquée aux hommes sous la forme d'un 
pacte ou d'une alliance, rapidement prédite au verset vi, 18. L'o- 
bligation imposée à l'homme de s'abstenir du meurtre d'une créa- 
ture^ humaine, détermine la divinité à prendre de son côté un 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

engagement envers les hommes. Les animaux en profitent aussi, 
en leur qualité de clients du genre humain. La promesse de ne 
plus détruire les êtres vivants par un déluge est garantie par 
l'apparition de l'arc-en-ciel, qui se montre d'ordinaire dans les 
nuages après la pluie, et comme c'est un phénomène naturel, il 
marque convenablement la perpétuité de la promesse. Ce signe est 
universel et purement céleste, les hommes n'y contribuent en rien 
et aucun devoir positif ne leur est imposé en échange de cet acte 
gracieux. 

11. Liaison des divers points du récit. 

L'école critique moderne distingue dans ce récit une partie 
iahwéiste et une autre élohiste. La partie iahwéiste reconnais- 
sable par l'emploi du nom de Iahwé, mrp, formerait un récit 
pariait, doué de variantes assez importantes, à côté du récit 
élohiste reconnaissable par l'emploi du nom divin Elohim, t^nba. 
D'après cette théorie, le document iahwéiste comprendrait d'abord 
le passage vi, 1-8, qui se joindrait immédiatement à vu, 1-5, puis 
au passage vu, 11-12, et se terminerait par vin, 18-22. D'après 
ce récit iahwéiste, les animaux purs étaient au nombre de 7 
couples de chaque espèce, tandis que l'élohiste ne mentionnerait 
qu'un seul couple de chaque espèce. La durée du déluge aurait été 
de 40 jours d'après le iahwéiste, et d'un an d'après l'élohiste. 
Enfin, le iahwéiste mentionnerait les sacrifices faits par Noé à la 
sortie de l'arche, tandis que d'après l'élohiste les sacrifices n'au- 
raient pas eu lieu. En dehors de cela, l'élohiste aurait ajouté les 
deux derniers épisodes relatifs à la bénédiction suivie de la défense 
du meurtre ainsi que l'établissement de la première alliance entre 
Dieu et le genre humain '. La validité de ce système peut parfai- 
tement être jugée par l'exposé qui précède et qui montre les 
lacunes qu'aurait contenues le récit iahwéiste si on le séparait 
d'avec le récit élohiste. En effet, il est presque inconcevable que 
l'élohiste n'ait pas donné la description de l'arche que Noé devait 
construire. On ne peut pas non plus imaginer que chez cet auteur 
le petit reste de l'humanité sauvé du déluge ait été abandonné à 
lui-même, sans aucun nouveau rapport avec la divinité. D'autre 
part, il est également peu vraisemblable que l'élohiste ait fait venir 
le déluge sans aucun motif, et celui-ci ne peut être différent de ce 
que fournit le passage iahwéiste, vi, 1-8. En dernier lieu, il est 

1 Voir à ce sujet Texcelleût commentaire de M. Dillmann, H e édition, p. 125-131, 
ainsi que Die Genesis de MM. Kautzsch et Socin, p. 11-17, où la séparation des 
sources est soigneusement marquée par l'emploi de divers types dïmpression. 



RECHERCHES BIBLIQUES 173 

impossible d'imaginer que l'embarquement des êtres vivants dans 
l'arche se soit fait sans un ordre exprès de Dieu, ordre qui se 
trouve précisément dans le morceau iahwéiste, vu, 1-5. Cela suffit 
pour prouver que les passages éloliistes et iahwéistes forment une 
unité parfaite et inséparable, du moins, dans la rédaction défini- 
tive du récit, bien que nous ne sachions pas pour quelle raison 
l'auteur a employé tantôt le nom de Iahwé, tantôt celui d'Elohim. 
La question des noms divins n'est pas résolue par la théorie docu- 
mentaire, loin de là ; c'est tout ce que nous pouvons constater 
jusqu'à présent. 

En résumé, le document relatif au déluge, malgré la différence 
des noms divins qu'on observe dans ses diverses parties, pré- 
sente néanmoins une unité parfaite au point de vue de la rédac- 
tion. Il est impossible de composer un récit continu et intelligible 
soit avec les pièces iahwéistes, soit avec les éloliistes séparément. 
Aucun de ces éléments ne peut être isolé des autres sans troubler 
l'harmonie de la narration tout entière. Il est également impos- 
sible de penser que le rédacteur du texte actuel ait composé sa 
narration avec deux documents indépendants, en introduisant de 
notables modifications dans l'un et dans l'autre pour les mettre 
d'accord entre eux. Dans ce cas, il en serait resté encore quelque 
trace dans la rédaction finale, ce qui n'est pas le cas réel. Notre 
examen a fait voir, au contraire, que les passages iahwéistes et 
éloliistes ne donnent lieu ni à des répétitions inutiles ni à des 
divergences de formes, mais qu'ils se complètent mutuellement 
avec la continuité la plus naturelle, de façon que si les noms 
divins ne variaient pas, il ne serait venu à l'idée de personne qu'il 
y eût une composition de deux narrations différentes 1 . 

12. Allusions ait déluge dans les autres écrits bibliques. 

Le terme technique du déluge Vnatt ne se trouve que dans le 
Psaume xxix, 10, où l'expression btoteb est équivalente à U567:b ? 
« pour le jugement », circonstance qui fait voir qu'à cette époque le 
déluge était considéré comme un châtiment mérité par les crimes 
des hommes. L'âge de ce psaume étant inconnu, cette référence n'a 
pas d'importance particulière pour notre recherche. Nous ajoutons 
plus de prix au passage d'Isaïe, liv, 9, qui parle du déluge sous la 
dénomination de « eaux de Noé (rtir^?) », en ajoutant ces paroles : 

1 Les allures larges et même diffuses de la narration, qui ne recule pas devant 
des répélitions peu nécessaires d'après notre goût littéraire, sont dues d'ailleurs en 
grande partie à la l'orme à la fois épique et éditiante que l'auteur tenait à lui donner 
d'après le modèle babylonien qu'il avait sous les yeux. Voyez plus loin. 



17 I REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« de môme que j'ai fait serment de ne plus amener sur la terre 
les eaux de Noé, de même, je fais serment de ne plus m'irriter 
contre toi et de ne plus te lancer de menaces ». Isaïe II connaît 
donc non seulement la légende populaire relative à un déluge 
ayant détruit toute la terre, mais encore notre document élohiste, 
qui mentionne seul cette promesse solennelle faite par Dieu à Noé 
et à ses enfants de ne renouveler jamais la catastrophe du dé- 
luge. Avant Isaïe II, nous trouvons dans Ezéchiel, xiv, 20, le nom 
de Noé, qui n'est autre que le patriarche du déluge, puisqu'il s'y 
agit de catastrophes qui sont de nature à détruire tous les êtres 
vivants. Ce passage fait entendre que Noé a sauvé ses enfants et 
même des animaux d'une destruction imminente et cela par le 
mérite de sa justice, ce qui est très conforme au récit de la Genèse 
tel que nous l'avons aujourd'hui, car le prophète mentionne quatre 
châtiments par lesquels Dieu amène la destruction des méchants, 
ce sont : la guerre, mn, la famine, asn, les bêtes féroces, mn 
mn et la peste nai, mais il se tait sur le moyen le plus efficace 
qui est le déluge. Le silence gardé par le prophète au sujet du dé- 
luge suppose qu'il connaissait le serment divin de ne plus détruire 
le monde par ce moyen, conformément à la donnée de l'auteur 
élohiste. Fait plus important, c'est que ces quatre moyens de des- 
truction totale sont déjà groupés ensemble dans Jérémie, xv, 2-3 
et dans le chant de Moïse (Deutéronome, xxxn, 24-25), toujours 
sans mentionner le fléau de l'inondation générale. N'est-ce pas 
parce que l'impossibilité d'un nouveau déluge était de notoriété 
publique ? Pour revenir encore à Ezéchiel, il nous sera permis de 
trouver une allusion directe au déluge dans la pluie du jour de la 
colère divine (art ûn^n ttaiïMi) qui était destinée à purifier la terre 
(mïiBM fis, Ezéchiel, xxn, 24). En tout cas, l'opinion suivant 
laquelle le document élohiste est bien antérieur à l'exil repose sur 
des bases incomparablement plus solides que celle qui a été ac- 
créditée par certains critiques modernes. 

13. Origine babylonienne du récit du déluge. 

♦ 

Dans la Genèse, le récit du déluge est tellement rattaché au 
iahwéisme hébreu et présenté sous les formes monothéistes les 
plus rigoureuses que la substance même de la légende aurait pu 
être prise pour une production du monothéisme prophétique. Ce- 
pendant l'origine étrangère se révèle déjà par la position géogra- 
phique des lieux qui furent le théâtre de la sortie de l'arche, et 
par conséquent l'habitat primitif des Noahides. Un mythographe 
palestinien aurait fait arrêter l'arche sur un sommet du Liban 



RECHERCHES BIBLIQUES 175 

et n'aurait pas choisi la chaîne de l'Ararat comme point de départ 
de la nouvelle génération humaine. Parmi les mots qui sont par- 
ticuliers à ce récit, les trois suivants : nsâ, mn et nsb portent 
avec évidence un cachet babylonien. En effet, nsà est lettre pour 
lettre le babylonien Giparu, désignant une espèce d'arbre qui 
pousse dans les basses terres et dans les marais. nan se rapproche 
visiblement du babylonien 'Tebita, qui désigne une sorte de vais- 
seau. La transcription du tj babylonien par un n en hébreu trouve 
sa justification dans l'habitude de rendre le n babylonien par un ca 
en hébreu, comme par exemple, bab. tupsharu = héb. nosta. 
Enfin, 153 se superpose entièrement au babylonien liupmi, « bi- 
tume ». Chose curieuse, le bitume palestinien ou égyptien s'ap- 
pelle ordinairement nçn (Gen., xiv, 10 ; Ex., u, 3) ; la connexion 
du mot unique les avec la Babylonie est donc au-dessus de toute 
contestation. Mais en dehors de ces preuves intrinsèques, l'origine 
babylonienne de la légende diluvienne a déjà été supposée par 
quelques-uns en raison de la légende analogue conservée par Bé- 
rose. Le patriarche du déluge y porte le nom de Xysuthrus, fils 
d'Otiartes. Les dieux préviennent le patriarche vertueux de la 
venue du déluge et lui ordonnent de construire un navire où il 
doit s'embarquer avec sa famille et toute sorte d'animaux do- 
mestiques. Quand la pluie eut cessé , le patriarche lâcha un 
oiseau, qui revint le soir les pattes salies de boue, et il comprit 
ainsi que les eaux n'étaient plus sur la terre. Après avoir quitté le 
navire, Xysuthrus se rendit à Sipar et déterra les tablettes sur les- 
quelles étaient gravées toutes les instructions du Dieu Oannès ou 
Oës. Après avoir effectué l'installation du nouveau genre hu- 
main, le patriarche fut enlevé par les dieux de la société des 
hommes. Ce récit a des rapports incontestables avec celui de 
la Genèse, mais l'original babylonien, dont Bérose a tiré son 
extrait, a heureusement été découvert il y a quelques années en 
plusieurs exemplaires, partie assyriens, partie babyloniens. Le 
récit du déluge forme la sixième tablette d'une grande épopée 
babylonienne concernant la création, la théogonie et l'histoire 
primitive de l'humanité. Il constitue un épisode de l'histoire d'un 
héros divin dont le nom Gilganu est écrit par les signes Iç-tu-bar l 

1 L'idéogramme 'tu (ou du)-bar signifie shaplu shaplitam (R., ir, 62, 69) « juge du 
monde inférieur (Jeremias) », et, en efïet, un hymne célèbre ce héros divin comme 
ayant reçu de Shamash la dignité de juge sur la terre. Cette interprétation est con- 
firmée par l'expression qui suit immédiatement l'équation précitée, sha shaplati itamû 
« celui qui règle le bas monde ». Le vrai nom de ce personnage mythique a été 
découvert par M. Pinches sur une tablette du British Muséum, portant an-iç-t'n- 
bar = an gi-il-ga-mesh, et ce dernier nom a été heureusement rapproché par M. Sayce 



176 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et que quelques-uns croient être le Nemrod de la Genèse. Iç-tu- 
bar-Gilganu, ayant encouru la colère d'Ishtar, fille d'Anu, dieu 
du ciel suprême, fut frappé d'une maladie cutanée et fut obligé 
d'aller jusqu'aux confins du monde habité pour obtenir de son 
aïeul Atra-Hasis la guérison de son mal. Arrivé en présence du 
patriarche, il lui demande comment il se fait qu'il soit resté dans 
un état immortel et inaccessible aux maladies. Alors Atra-Hasis 
lui raconte l'histoire du déluge se terminant par son enlèvement 
de la société des mortels. Le texte babylonien a été, dans les der- 
niers temps, l'objet de plusieurs traductions, en dernier lieu par 
MM. Jensen et Jeremias. Il en reste néanmoins quelques passages 
qui ont besoin d'être mieux compris. Vu le grand intérêt qu'il a 
pour les études bibliques, je me propose de le reproduire ci-après 
et de l'accompagner d'une traduction perfectionnée, afin de pou- 
voir relever avec plus de sûreté les analogies qu'il a avec le récit 
biblique. Pour la question des dates, ce document nous rendra 
également de notables services, car la limite inférieure de sa ré- 
daction ne peut pas aller au-delà du règne d'Assurbanipal qui le 
fit copier et déposer dans sa bibliothèque, vers 650 av. J.-G. Quant 
à la rédaction hébraïque du récit du déluge, nous avons prouvé 
plus haut qu'elle n'a pas été faite après l'exil de Babylone, mais 
plusieurs siècles auparavant. 

Voici la forme primitive du document babylonien en transcrip- 
tion et 'suivi d'une traduction littérale : 

8 Çit-napishlim ana shashuma izaMara ana Gilgânu 

9 luptika Gilgânn amat niçirti 

10 u piristi sha ilani Jiasha lugbiha 

1 1 Shurippak alu sha lidushu atta : ina Mshad purali shahnu. 

12 alu shu la 'tabuma 1 ilani kirbushu 

13 ana shakan abubi ubla libbashunu ilani rabuti 

14 ibashu abishunu anum malihshunu quradu bel 
13 guzalushmm ninib gugallashunu en-nu-gig 

16 Nin-igi-azag Ea ittishunu tamema * 

du héros babylonien sauvé par un aigle qu'Elien mentionne (De nàtum animalium, 
xn, 21) sous le nom de Gilgamos. En raison de la rareté de noms propres assyriens 
en mesh et de celle de l'expression du sh radical babylonien par l'a désinentielle en 
grec (on s'attend à Gilgamessos), comme aussi à cause de l'absence de la racine Û!P3 
dans les langues sémitiques, j'incline à penser que la finale mesh représente le pluriel 
ânu, uni. Le nom Gilgânu viendrait ainsi de }b^ « lever le voile, les paupières, etc. 
(syr.), découvrir, révéler, raconter (aram.). » La forme grecque aurait été primiti- 
vement Gilganos ; en écriture grecque n et m se confondent très souvent ; cl. 'Eoèjx 
pour ïïden, kl?» 

1 Je lis U hi-ga {= 'tabu) au lieu de la-bir « vieille ». La cause du déluge est la 
méchanceté des habitants de Shurippak. On voit cela par le verset 174. 

* Non tashibma. 



RECHERCHES BIBLIQUES 17: 

17 amalsunu ushanna ana kikkishu : hikJrisIi kikkish igar igar 

18 kikkishu shimema igaru hissas 

19 amelic shurippakû mar ubaralutu 

20 ugur bitn bini elippu : mushshir meshrô shel napshall 

21 nakkura zirma napishta bulii 

22 shulima zir napshati kalama ana libbi elippi 

23 elippu sha iabannushi at'a 

24 lu mindiida minatusha 

25 lu mithur rnpussa u mushalsha 

26 ema apsi shashi çullilshi 

27 anaku idima azakkara ana ea belia 

28 ugur (?) bed sha tagba alla kiam 

29 atta'id anaku ippush 

30 u mi [?) lupil alam ummanu u shibulum 

31 ea pas/iu epushmaigabbi: izakkara ana ardishu ialic 

32 eplu atta kiam taqabbashshunutu 

33 mandima iashi Bel izirannima 

34 ul ushshab ina alikunuma ana qaqqar Bel ni ashakkan résilia 

35 uradma ana apsi ilti ea belia ashbaku 

36 kashunu vshaznanukunushi nuhshama 

37 . , .iççuri puhur nunima 

38 a eburamma 

39 : muir kukki 

40 ina lilati ushaznanukunushi shamiitu kibati 

4 1 mimmu sheri ina namari 

42 ashma a. . . 

43 pa—ash. . . . 

Manquent les ligues 44-50. 

51 m. ,.pi-?-la 

52 sharruru. . . shi dura 

53 danni... hishihlu ubla 

II ina hanshi umi altadi bunasha 

55 ina karhisa x gar shaqqa igaratUha. 

56 x gar imtahir kibir muhhisha 

57 addi lanshi shashi ecirshi 

ù 

58 urtag gibshi ana vi shu aptarassi ana vu shu 

59 kirbissu aptaras ana ix shu 

60 shik'kat mâmi qabalsha lu amhaç 

61 amur parisu u hishihti addi 

62 vi shari kupri attapah ana kiri 

63 ni shari iddi altapak ana libbi 

64 ni shari cabi nash sussulsha izabbilu shamnu 

65 ezub shar shamni sha ikulu niqqu 

66 u shari shamni upazziru malahu 

67 ana bit ilani utlabih alpe 

68 ashgish kirrî umishamma 

69 sirishu u kurunnu shamnu u karanu (inu) 

T. XXII, n° 44. 12 



178 REVUE DES ETUDES JUIVES 

70 iimmanu kima me narima 

71 isinnu ashtakan kima umi aldlimma 

7 2 ina pishshatl qati addi 

73 aqbi elippu gamrat 

74 shupshuquma 

75 gini elippi shikkati ushtabbalu elish u shaplish 

76 ... . liku shinipat&u 

77 mimma ishu eçenshi. . . : mimma ishu eçenshi kaspu 

78 mimma ishu eçenshi huracu 

a ♦ 

79 mimma ishu eçenshi zir napshati halama 

80 ushteli ana libbi elippi hala himtia u salatia 

81 lui ceri umam ceri mari ummani kalishunu tisheli 

82 adanna shamash ishkunamma. 

83 mu y ir hukki ina lilati ushaznannu shamutu hilati 

84 erub ana libbi elippima pihi babika 

85 adannu shu iqrida 

86 mtfir kuhU ina lilati ushaznàna shamutu hibati. 

87 min umi attari bunashu 

88 umu ana itaplusi pîdu/Ua ishi 

89 erub ana libbi elippima aptehi babi 

90 ana pihi sha elippi ana Puzur-Bel malahu. 

91 eliallu attadin adi bushishu. 

92 mimmu shéri ina namari. 

93 ilimma ishtu ishid shame urpatum çalimlum 

94 ramman ina libbisha irtammamma 

95 nabu n marduk [sharru) illaku ina mahri 

96 illaku guzali shadu u matum ■ 

97 targulli uragal inassah 

98 illak ninib mihri ushardi 

99 anunnaki ishshu diparati 

100 ina namrirrishunu uhamalu matum 

101 sha Ramman shumurrassu ibau shame 

1 02 mimma namru ana ituti utierru 

103 irhic mata kima. . . ishten uma mehu ihve 

104 hantish iziqamma ina shada ilu 

105 kima qabli eli nishi ubau. . . 

100 ul immar ahu ahashu : ul utadda nishi ina shame 

1 07 ilani iptalhu abubamma 

108 itlehsu itelu ana shame sha Anim 

109 ilani kima kalbi kunnunit ina kamati rabcu 

110 ishessi ishtar kima alidti (malili) 

111 unambi belit ilani '(abat rigma 

112 nmullu ana titi lu iturma 

1 13 sha (var. ashshu) anaku ina mahar ilani aqbu limuttu 

114 ki aqbi ina mahar ilani limuttu 

115 ana hulluq nishia qabla aqbima 

116 anakumma ulladani* hu aiama 



RECHERCHES BIBLIQUES 179 

117 ki mari nuni umalla tamtamma 

118 ilani shut animnaki baku ittisha 

119 ilani ashru ashbi ina bihiti 

120 katma shaptashunu . . . . apuihreti 

121 vi terra u musliaii 

122 illik sharu abubu mehn isappannu 

123 sibu umu ina kashadi ittarik shu 

124 sha imtahcu kima haialli 

125 inuh tamtu ushharirma imkullu abubu ikla 

126 appalsa tamata shakin qulu 

127 u kullat tenisheti itura ana teti 

128 kima urimithurat ushallu 

129 apte nappashamma urru imtaqut eli dur appia 

130 uktammisma attashab abalilii 

131 eli dur appia illaka dimaia 

132 appalis kibrati patu tamtu 

133 ana xn itela nagû 

134 ana mat niçir itemid elippu 

135 shadu mat niçir elippu içbatma ana nashi ul iddin 

136 ishten umu shana umu shadu nicir etc. 

1 37 shalsha umu riba umu shadu nicir etc. 

138 hansha shishsha shadu nicir etc. 

1 39 siba uma ina hashadi 

140 ushecima summatu umashshir : illik summatu ituramma 

141 manzazu ul ipashshumma issahra 

142 ushecima sinuntu umashshir : illik sinuntu ituramma 

1 43 manzazu ul ipashshumma issahra 

144 ushecima aribi umashshir 

145 illik aribima qarurasha mê imurma 

1 46 iqrib ishahhi itarri ul issahra 

147 ushecima ana iv shari altaqi niqa 

148 ashkun surkenu ina eli ziqqurrat shadi 

149 vu u vu adaguru uktin 

150 ina shaplishunu attapak qanuerinu u shim-gir 

151 ilani icinu irisha : ilani icinu iris/ta 'laba 

152 ilani kima zumbi eli bel niqe iptahru 

153 ultu ullanumma Belit ilani ina kashadishu 

154 ishshi eluti (?) rabuti sha Anum ipushu ki çuhishu 

155 ilani annuti luçipir kishadia a amshi 

156 urne annuti ahsusammd ana darish â amshi 

157 ilani lillikuni ana surkeni 

158 bel â illika ana surkeni 

159 ashshu la imtalkuma ishkunu abubu 

1 60 u nishia imnu ana karasJii . . 

161 ultu ullanumma Bel ina kashadishu 

162 imur elippuma iteziz : bel libbati imtali sha ilani igigi 

163 aiumma uci napishti : â ibluV amelu ina karashi 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

164 ninib pashu epushma iqabi : izzakkar ana quradi Bel 

165 mannumma sha la Ea ami ta ibannu 

166 u Ea idema kala shipri 

167 Ea pashu epushma iqabi : izzakkar ana quradu Bel 

168 alla abkal ilani quradu 

169 Jiihi la tamtalikma abubu tashkun 

170 bel MCI emid hiVashu : bel qillati emid killatsu 

171 rummi Ci ibbatiq shudud â irahiçl 

17?. ammaku lashkunu abuba : neûiu lilbamma nishi licahhir 

173 ammaku lashkunu abuba : barbarie lilbamma nishi licahhir 

174 ammaku lashkunu abuba : hushahhu lishshakinma mata lish. .. 

1 75 ammaku lashkunu abuba : Ura lilbamma. . . 

176 anaku ul apla pirisli ilani rabuti 

177 Àlra-hasis shunata ushabrishumma pirisli ilani ishme 

178 eninnama milikshu milku : ilimma Bel ana libbi elippi 
479 içbat qatiama ultelanni iashi 

180 ushteli vshlakmis zinnishti ina idiya 

181 ilput putnima izzaz ina birinni ikarrabannashi 

182 ina pana Çit-napishiim amelulumma 

183 eninnama Çil-napishtim u zinnishtishu lu-emu kima ilani nashima 

1 84 lu ashibma Çit-napishiim ina ruqi ina pi narali 
18o ilqniMtima ina ruqi ina pi narali ushleshibuinni. 

Traduction. 

8 Çit-napishiim ' adressa la parole à Gilganu : 

9 Je veux te révéler, ô Gilganu, des choses cachées, 

10 et t'informer des décisions des dieux. 

11 Shurippak, la ville que tu connais, située sur la rive de l'Eu • 

phrate, 

12 cette ville ayant déplu aux divinités qui y demeuraient, 

13 Les grands dieux décidèrent de faire un déluge. 

14 Étaient présents : leur père Anu, leur conseiller, le cham- 

pion Bel, 

15 leur agent Ninib, leur ministre Nergal. 

16 Le seigneur des sources pures, lau, discutait avec eux et 

17 annonça leur décision à l'Argile : Argile, Argile, Poussière, Pous- 

sière ! 

18 Argile, écoute, Poussière, fais attention. 

19 (Toi) Shurippakite, fils de Ubaratu \ 

2j Bûtis un temple, construis un vaisseau, quitte ton bien, les pro- 
visions de la vie, 

1 « Pousse de la vie », titre honorifique du Noé babylonien. 

' Ce nom a été altéré en « Otiartes [Opartes) dans le texte de Bérose ; il signifie 
• amit.é, clientèle » et semble abrégé de nbarat-Marduk « clientèle (r. 12N) de 
Marduk ». 



RECHERCHES BIBLIQUES 181 

21 amasse-les, conserve la semence de la vie et 

22 transporte la semence de la vie tout entière dans l'intérieur du 

vaisseau. 

23 Le vaisseau que tu construiras, 

24 que sa façade soit mesurée, 

23 fixées aussi sa longueur et sa largeur ; 

26 puis tu le feras descendre à la mer. 

27 J ai compris (tout) et j'ai adressé la parole à mon seigneur Iau : 

28 Mon seigneur, ce que tu dis, ainsi, 

29 en obéissant je le ferai ; 

30 mais quelle réponse donnerai-je à la ville, au peuple et aux 

vieillards? 

31 Iau prit la parole et lui dit: il s'adressa à son serviteur, moi : 

32 Voici la réponse que tu leur feras : 

33 Parce que Bel me hait, 

34 je ne resterai pas dans votre ville, je ne poserai pas ma tête sur 

le territoire de Bel; 

35 je descendrai vers la mer et je demeurerai près d'Iau, mon sei- 

gneur. 

36 11 vous remplira de toutes sortes de biens, 

37 [de troupeaux], d'oiseaux, d'une quantité de poissons, 

38 [ ] de moisson [ ] 

40 Un soir il fera pleuvoir sur vous une pluie lourde ; 

41 aussitôt que l'aube paraîtra, 

42 . ..? 

rr<J • • • • 

[manquent les lignes 44-50.] 

51 ...? 

52 l'éclat (?) 

53 fort j'ai apporté le nécessaire ; 

54 le cinquième jour j'ai distingué sa forme. 

55 A sa terrasse (?) *, les parois avaient une hauteur de x gar. 

56 La dimension de sa surface présentait x gar. 

57 J'ai ajouté la forme de sa façade et je l'ai relié ; 

58 Je l'ai élevé en six (étages) et je l'ai divisé en sept ; 

59 J'ai divisé l'intérieur en neuf (sections) ; 

60 J'ai enfoncé des ronces aquatiques ; 

61 J'ai inspecté les fissures et j'ai comblé les lacunes; 

62 J'ai versé vi sars de bitume sur l'extérieur; 

63 J'en ai versé in sars dans l'intérieur ; 

64 Trois sars d'hommes portant le sussul apportèrent de l'huile. 

65 J'ai fait couler un sar d'huile qui a été consommé par le sacri- 

fice; 

66 Deux sars d'huile, j'ai donnés au Nautonier 2 ; 

1 Interprétation douteuse. Cf. cependant béb. pn'Hp « endroit lisse ou chauve ». 
s Titre d'Iau, dieu de l'océan. 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

67 Pour le temple des dieux j'ai égorgé des bœufs ; 

68 J'ai immolé des moutons chaque jour ; 

69 Le moût, l'hydromel, l'huile et le vin, 

70 Je les ai distribués aux ouvriers (?), en abondance pareille aux 

eaux du fleuve. 

71 J'ai célébré les fêtes comme le jour de l'Akit. 

72 J'ai mis de l'onguent à ma main, 

73 J'ai dit le vaisseau est achevé. 

74 était difficile. 

75 Les. . . ont été portés en haut et en bas ; 

76 les deux tiers, je i'ai rempli de tout ce que je possédais ; 

77 : je l'ai rempli de tout l'argent que je possédais; 

78 Je l'ai rempli de tout l'or que je possédais ; 

79 Je l'ai rempli de toute sorte de semence de la vie ; 

80 J'ai emmené au vaisseau toute ma famille et mes servantes; 

81 Les animaux des champs, les bêtes des champs, et tous mes 

gens je les ai amenés. 

82 Shamash fit un signe : 

83 L'Agent des ténèbres fera tomber le soir une pluie lourde ; 

84 Entre dans le vaisseau et ferme ta porte. 

85 Ce signe arriva ; 

86 L'Agent des ténèbres fit tomber le soir une pluie lourde. 

87 Je craignis la face du jour ; 

88 Je fus saisi de terreur en regardant le jour ; 

89 J'entrai dans le vaisseau et je fermai la porte. 

90 Pour la direction du vaisseau à Puzur-Bel, le nautonier, 

91 Je vouai un temple avec tous ses effets. 

92 Aussitôt que l'aube apparut, 

93 Un nuage noir se leva du fond du ciel ; 

94 Ramman y fit entendre son tonnerre ; 

95 Nabu et Marduk marchèrent en avant ; 

96 Les Agents parcoururent les montagnes et les vallées ; 

97 Nergal agita le targui; 

98 Ninip avança en lançant des traits (?) ; 

99 Les Anunna portèrent des flambeaux; 

100 Par leurs flammes ils incendièrent la terre. 

101 Les flots de Ramman atteignirent les cieux, 

102 et changèrent l'éclat du jour en ténèbres. 

103 II inonda la terre comme. . . un jour l'ouragan sévit et 

104 souffla rapide... les eaux dépassèrent la hauteur des montagnes 

105 et atteignirent les hommes à l'improviste comme l'ouragan. 

106 Le frère ne vit pas son frère : dans le ciel on ne remarqua plus 

les hommes. 

107 Les dieux craignirent le déluge. 

108 Ils se retirèrent et montèrent vers le ciel d'Anu. 

109 Les dieux pareils aux chiens enchaînés s'accroupirent dans les 

niches , 



RECHERCHES BIBLIQUES 183 

110 Ishtar poussa des cris comme une femme en couche 1 . 

111 La dame des dieux à la bonne parole fit entendre des plaintes : 
113 Le genre humain est retourné à la poussière, 

113 parce que j'en ai dit du mal en présence des dieux, 

1 14 et lorsque j'en ai dit du mal en présence des dieux, 

115 j'ai ordonné au fléau de faire périr mon peuple. 

1 16 Ce que j'ai enfanté où est-il ? 

117 J'en ai rempli la mer comme de petits poissons ! 

118 Les dieux, sauf les Anunna, pleurèrent avec elle; 

119 les dieux s'assirent par terre en pleurant 

120 et en couvrant leurs lèvres 2 . 

121 Six jours et six nuits 

122 le vent souffla, le déluge et l'ouragan ragèrent. 

123 A l'arrivée du septième jour, il cessa, 

124 lui qui frappa comme un démon (?) ; 

125 la mer soulevée se calma, le vent, le déluge s'arrêta. 

126 Je regardai la mer en poussant un cri : 

127 Tout le genre humain est retourné à la poussière! 

128 Gomme un désert la plaine s'étendait. 

129 J'ouvris la lucarne, le jour frappa mon visage; 
430 Je me courbai et je m'assis en pleurant ; 

131 mes larmes coulèrent sur mes joues. 

132 Je regardai les rives, les bords de la mer ; 

133 le sol s'éleva jusqu'à douze (kasbu ?) ; 
4 34 le vaisseau parvint au pays de Niçir ; 

1 35 la montagne de Niçir retint le vaisseau et ne le donna pas au flot. 

136 Un jour, deux jours, la montagne de Niçir, etc. 

4 37 Trois jours, quatre jours, la montagne de Niçir, etc. 

138 Cinq (jours), six (jours), la montagne de Niçir, etc. 

139 A l'arrivée du septième jour 

140 je sortis une colombe et je la lâchai : la colombe partit et revint ; 

141 elle ne trouva point de place où se poser et retourna. 

142 Je sortis une hirondelle et je la lâchai : l'hirondelle partit et 

revint; 

143 elle ne trouva pas de place où se poser et retourna. 

144 Je sortis un corbeau et je le lâchai ; 

145 le corbeau partit, vit la baisse des eaux, 

146 il s'approcha, il croassa (?) et partit sans retourner. 

147 Je fis sortir (tout) aux quatre régions et j'offris un sacrifice. 

148 Je fis une oblation sur le sommet de la montagne ; 

149 je plaçai sept et sept adaguru\ 



1 Alidtu = héb. ï-nbi" 1 ; la variante malitu a le même sens ; cf. héb. ilNb?3 

t •• t " : 

(Ecclésiasle, xi, 5, où il faut lire Û^)3i:3>l au lieu de ù^i^S : • de même que tu 
ignores comment (mot à mot, de quel côté) le souftle se communique à l'embryon du 
sein de la femme enceinte, de même, etc. »). 

* Comparez Lévitique, xm, 45. 



18 '• HE VUE DES ETUDES JUIVES 

150 au dessous je versai de la cannelle, du cèdre et du shim-gir. 

)5I Les dieux sentirent l'odeur : les dieux sentirent la bonne odeur ; 

1 52 Les dieux, comme les mouches, s'assemblèrent autour du maître 

du sacrifice. 

153 Lorsque la dame des dieux arriva, 

loi elle porta les grandes elule qu'Auum a faites pareilles à sa splen- 
deur. 

155 Ces dieux, par la parure de mon cou, je ne les oublierai jamais. 

156 Ces jours je devins sage, je ne les oublierai jnmais (Je dis) : 

157 Que les dieux viennent à mon oblation ; 

158 que Bel ne vienne pas à mon oblation ; 

159 parce que sans réfléchir il fit le déluge 

160 et voua mes hommes à la perdition. 

161 Lorsque Bel arriva, 

162 il vit le vaisseau et fut irrité : L'Igigi des dieux fut rempli de 

colère : 

163 Qui a conservé la vie? que personne ne soit préservé de la per- 

dition ! 

164 Ninip ouvrit la boucl.e et parla ; il dit au champion Bel : 

165 Qui en dehors d'Iau a fait la chose? 

166 Iau connaît tous les artifices. 

167 Iau ouvrit la bouche et parla : il dit au champion Bel : 

168 Toi le plus puissant des dieux, héros, 

169 sans réfléchir, tu fis le déluge ; 

170 A l'auteur du péché fais expier son péché, à l'auteur de l'injure 

fais expier son injure; 

171 mais sois calme et n'extermine pas; sois patient et n'inonde 

pas tout. 

172 Au lieu d'amener le déluge, que les lions arrivent pour réduire 

le nombre des hommes. 

173 Au lieu d'amener le déluge, que les tigres arrivent pour réduire 

le nombre des hommes. 

174 Au lieu d'amener le déluge, que la famine arrive pour dépeupler 

le pays. 

175 Au lieu d'amener le déluge, que Nergal arrive pour égorger les 

hommes. 

176 Je n'ai pas enfreint les ordres des grands dieux; 

177 j'ai envoyé un songe à Atra-Hasis 1 , qui a écouté les ordres des 

dieux. 

178 Lorsque (Bel) se mit à réfléchir, il entra au milieu du vaisseau. 

179 II me prit par la main et me fit débarquer. 

180 II fit aussi débarquer ma femme, qu'il plaça à côté de moi. 

181 II toucha notre front, se mit entre nous et il nous bénit : 

182 Auparavant Çit~Napishtim était un homme, 

1 At/a-Hasis, « très sage », est le vrai nom du Noé babylonien. La composition in- 
verse Hasis-Atra a produit le Xysuthms de liérose. 



UKCHERCIIES BIBLIQUES 1 80 

183 maintenant que Çit-Napislitim et sa femme soient semblables 

aux dieux des tlots; 
18i- que Çit-Napishtim demeure loin, aux embouchures des fleuves ! 
185 II nous emporta au loiu et nous plaça aux embouchures des 

fleuves. 



14. Comparaison des deux récits. 

A première vue, la forme si foncièrement polythéiste du récit 
babylonien paraît s'éloigner considérablement de la rédaction 
hébraïque, si profondément pénétrée de l'esprit monothéiste. 
Quand on regarde de près, ces différences ne tardent pas, sinon à 
disparaître, du moins à s'atténuer de plus en plus, surtout quand 
on se rend compte des nécessités principielles qui ont engagé l'é- 
crivain biblique à modifier la forme mythologique antérieure. 

Le premier épisode qui contient dans la forme biblique les 
alliances matrimoniales entre les d^nb^n m et les û-inïi man, 
alliances que l'auteur considère comme l'origine de la corruption 
du genre humain, répond, à ne pas s'y tromper, à l'origine à moitié 
divine et à moitié humaine du héros Gilganu, qui, malgré sa divi- 
nité, est revêtu d'un corps susceptible de maladies et qui considère 
Atra-Hasis comme son aïeul. Pour l'auteur babylonien, cette na- 
ture mixte de dieu et d'homme est conforme à la conception ordi- 
naire de la mythologie religieuse et ne comporte pas une idée 
dégradante pour le personnage qui en est doué. Pour l'auteur 
biblique, au contraire, le mélange des divinités avec les êtres 
humains est un acte abominable dégradant ceux qui en sont le 
résultat et amenant même Ja destruction du genre humain qui y 
concourt par son acquiescement et par sa satisfaction. Le jugement 
des deux auteurs ne se ressemble pas, mais leurs récits sont 
identiques au fond, ou, pour parler plus exactement, le récit de 
l'auteur hébreu se montre comme une modification du premier, 
car l'analogie entre les deux est trop considérable pour que l'on 
puisse admettre une origine séparée pour chacun. 

L'originalité du récit babylonien se révèle tout d'abord par la 
localisation précise de l'événement. Atra-Hasis est originaire de 
Shurippak, ville située sur les bords de i'Euphrate, et il descend 
le navire dans le golfe Persique, qui est la demeure du dieu Iau. 
Le narrateur biblique paraît avoir également placé la résidence 
des patriarches antédiluviens, partant aussi celle de Noé, dans la 
Basse-Chaldée, patrie d'Abraham, mais il ne le dit pas expres- 
sément, et son silence a souvent été interprété comme s'il avait 
fixé l'habitat des premiers hommes en Palestine même* On verra 



1S6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus loin que l'origine palestinienne du narrateur hébreu n'est pas 
restée sans influencer la détermination du lieu où l'arche s'est 
arrêtée. Plus évidente est encore l'induction qu'on peut tirer du 
nom que porte le héros du déluge dans chacun de ces récits et qui, 
malgré la différence verbale des formes extérieures, sont au fond 
identiques. Nous avons montré plus haut que le nom nà fait allu- 
sion au sacrifice « à l'odeur agréable (nm rm) » que le patriarche 
offrit après la sortie de l'arche, mais cet acte de piété n'est ni le 
premier de son genre, puisque le sacrifice a déjà été inauguré 
par les fils d'Adam (Genèse, iv, 3-4), ni d'une nature particulière 
pour mériter d'entrer dans le nom du héros, lequel aurait gagné à 
être dérivé de racines indiquant l'idée générale de justice et d'in- 
tégrité (pli:, dlon, etc.). Plus amplement motivé est le nom baby- 
lonien Atra-Hasis « très sage », qui au sens propre se justifie 
parfaitement par l'adresse que montra le patriarche dans la cons- 
truction très compliquée du grand bâtiment, et au sens figuré et 
religieux, par son empressement à obéir aux ordres de la divinité 
et à se la rendre favorable au moyen de sacrifices nombreux 
et réitérés avec une recherche des plus raffinées. Dans l'ordre 
d'idées sacrificieuses, toujours les proportions gardées, « très 
sage » signifie « très pratiquant » et se rapproche singulièrement 
de « l'homme aux sacrifices agréés », auquel s'est arrêté l'auteur 
biblique, faute de trouver un terme unique plus convenable pour 
rendre le composé babylonien. 

La cause déterminante du déluge est identique dans les deux 
récits, les crimes commis par les hommes. Il y a néanmoins une di- 
vergence qui mérite d'être relevée. Dans le récit babylonien ce sont 
les méfaits des habitants de la ville de Shurippakii 1 qui causent 
la perte du genre humain tout entier. Pour l'écrivain biblique, une 
telle justice sommaire paraît indigne de Iahwé, et voilà pourquoi 
il suppose l'extension du péché dans le genre humain tout entier, à 
la seule exception de la famille de Noé. Le moraliste hébreu est 
ici fidèle à sa conception ordinaire de la justice, qui ne permet à 
la divinité elle-même aucun écart capricieux, conception qu'il a si 
bien développée dans les préliminaires de la destruction des villes 
coupables de Sodome et de Gomorrhe (xvm, 20, xix, 29). D'après 
le principe développé par Abraham, il aurait suffi de dix justes 2 
pour sauver les cinq villes criminelles de la Pentapole et même, 
après la constatation négative de ce nombre de justes, Lot n'a pas 

1 On suppose que c'est la localité nommée l- r"Û'"iO par les Syriens. 

2 11 est intéressant de faire remarquer que les personnes sauvées dans l'arche de 
Noé sont seulement au nombre de 8 (Genèse, vi, 18); il y perce l'idée que s'il y 
avait eu 10 justes, le genre humain n'aurait pas péri. 



RECHERCHES BIBLIQUES 187 

partagé leur sort ; il a même pu sauver par sa prière la petite 
ville de Çoar. C'est là un trait caractéristique du progrès moral 
que le monothéisme a fait faire aux Hébreux. 

Je laisserai de côté les différences qui se font remarquer dans 
les deux récits au sujet des dimensions de l'arche, le texte babylo- 
nien étant fruste à cet endroit, et les mesures ne se lisant pas avec 
une entière certitude. Mais j'appellerai l'attention sur ce fait que 
l'arche babylonienne est un véritable navire dirigé personnellement 
par lau, le dieu de l'océan, portant le titre de « marin, nautonier » 
et qui est rendu favorable par le vœu que fait le patriarche de 
lui consacrer un temple avec le mobilier nécessaire. Dans la forme 
hébraïque, qui a repoussé les divinités marines, ce vœu devient 
oiseux et disparaît tout à fait. La seule trace qui en reste, c'est 
la petite phrase « et Iahwé ferma (l'arche) après lui » (vu, 16). 
Quant aux abondants sacrifices qu'Atra-Hasis offre avant d'amé- 
nager l'arche, l'auteur hébreu les trouva inutiles eu égard à la 
piété séculaire de Noé, et préféra insister uniquement sur le 
sacrifice de la sortie, qui fut le point de départ de la première 
alliance entre Dieu et le genre humain. 

La durée du déluge n'est que de sept jours dans le récit babylo- 
nien, et d'un an d'après le récit hébreu. La première affirmation 
s'accorde bien avec l'importance presque sacrée qu'avait le nombre 
sept chez les anciens, elle a donc plus de chance d'être primitive. 
On s'explique pourtant la cause qui avait fait admettre à l'auteur 
hébreu une durée de douze mois. Nous voyons par la Genèse, ix, 
10, que l'auteur met un certain prix à ce que la nouvelle génération 
des Noahides soit conçue après l'année néfaste du déluge ; c'est 
probablement afin de laisser cette nouvelle génération à l'abri de 
la malédiction qui pesait encore sur le genre humain avant la nou- 
velle alliance conclue entre Dieu et lui. Pour qu'un membre de 
cette nouvelle race soit frustré de ces droits naturels, il faudra 
désormais une cause exceptionnelle, amenant une malédiction 
expresse et bien méritée. Un tel accident nous est montré par 
lui dans le cas de Gham, qui* par son acte irrévérencieux envers 
son père, a attiré la malédiction sur Ghanaan, le plus jeune de 
ses fils. 

Les différences qui se font remarquer au sujet du lieu d'arrêt de 
l'arche et des oiseaux envoyés s'expliquent aussi très bien en ad- 
mettant l'originalité de la forme babylonienne. Si d'après cette 
dernière rédaction l'arche s'arrête sur le mont Niçir, qui appartient 
à la partie du Zagros la plus rapprochée de la Babylonie du côté 
de nord-est, la situation est motivée par le nom de la montagne, 
qui peut être tiré du verbe Naçaru « garder, préserver » ; l'étymo- 



1>S REVUE DES ETUDES JUIVES 

logie populaire était tentée de voir dans le shad-Niçir un° montagne 
de salut. La narration hébraïque conserve aussi exactement que 
possible le sens de la direction et fait reposer l'arche sur le ver- 
sant arménien du Zagros situé au nord-est de la. Palestine, mais 
le nom propre de cette chaîne û^iitt ne peut plus servir d'appui à 
la localisation, circonstance qui dénote une œuvre de seconda 
main. 

Le récit babylonien admet le lâchement de trois oiseaux diffé- 
rents, la colombe, l'hirondelle et le corbeau. Cette triple tentative 
paraît mieux dans l'ordre des choses. Le narrateur hébreu, tout 
en maintenant les trois envois, ne mentionne que deux oiseaux, 
l'un pur, l'autre impur, savoir : la colombe et le corbeau, et paraît 
se complaire à ce que le message instructif soit fait par l'oiseau 
pur. On voit que pour cet auteur la distinction mosaïque entre 
les animaux purs et les animaux impurs remonte aux époques 
les plus reculées de l'humanité et fait partie intégrante du iah- 
wéisme tout aussi bien que l'observance du Sabbat et la défense 
du meurtre. 

Les deux récits sont aussi d'accord sur ce point que le patriar- 
che a fait d'abondants sacrifices après sa sortie de l'arche ; mais, 
hormis l'impossibilité d'un nouveau déluge, le résultat n'est pas le 
même dans les deux cas. L'auteur babylonien fait profiter de la 
bénédiction divine le seul propriétaire du sacrifice, Aira-Hasis, qui 
devient immortel et qui est transporté aux embouchures des fleuves 
pour y vivre éternellement avec sa femme. Les fils du patriarche, 
ainsi que leurs descendants, ne participent en rien à cette faveur 
divine. Tout autre est la représentation de l'auteur hébreu qui 
pivote sur l'idée de rapports plus sympathiques entre Dieu et les 
hommes et sur l'institution d'une alliance indestructible. Noé lui- 
môme ne reçoit pas de privilège à part et demeure mortel comme 
les autres hommes. Ce manque d'égard envers le patriarche a été 
exploité par les légendes rabbiniques, qui en ont conclu que sa 
vertu n'était que relative. Au point de vue purement biblique, 
on explique la chose en admettant que la conservation de Noé dans 
la société humaine était nécessaire pour en faire l'initiattur 
de l'agriculture nouvelle et surtout de la culture de la vigne. 
D'autre part, la nécessité de créer l'accident de l'ébriété de Noé, 
qui aboutit à la malédiction de Chanaan, a certainement contribué 
à laisser au père de la nouvelle génération la nature humaine 
ordinaire. 

Je me résume. Pour tout esprit non prévenu, la narration hé- 
braïque du déluge est une transformation monothéiste et très 
abrégée du récit babylonien qu'on a lu plus haut et qui est lui- 



RECHERCHES BIBLIQUES 181) 

même une rédaction abrégée d'un document plus long et con- 
tenant des détails minutieux et sans grande portée 1 . La plupart 
des traits épiques qui vivifient le poème babylonien ont été effacés 
ou largement atténués. La délibération des dieux pour amener le 
déluge et le stratagème employé par Iau pour sauver Atra-Hasis 
ont été réduits au verset vi, 12, et aux trois mots du verset 14. La 
procession terrifiante et grandiose des divinités courroucées au mi- 
lieu de l'ouragan et des flots en fureur et leur débandade pitoyable 
à la vue des vaguts toujours montantes, n'ont laissé qu'une faible 
trace dans vu, 19. Le superbe mea culpa que le poète babylonien 
met dans la bouche de la Dame des Dieux en faveur du genre hu- 
main a été réduit au prosaïque « et Dieu se souvint de Noé, etc. 
(vin, 1) ». Mais partout où le principe monothéiste ou d'autres mo- 
tifs urgents n'étaient pas en jeu, l'écrivain hébreu a suivi assez 
strictement son modèle babylonien. Gomme celui-ci, il insiste à 
plusieurs reprises sur l'obéissance du patriarche, qu'il fait aussi 
entrer dans l'arche après un commencement de pluies (vu, 4, 6- 7, 
10= r. b. 40, 82-89). Ces répétitions, qui se supportent très bien 
dans le poème épique et développé de l'auteur babylonien» sont 
presque insupportables dans le récit hébreu si restreint et d'un 
ton tout édifiant. Mais ces inconvénients mêmes fournissent la 
meilleure preuve de l'unité primitive de ce récit tel que nous 
l'avons aujourd'hui, malgré la diversité des noms divins qui y 
figurent. Déjà l'idée seule que deux auteurs hébreux, nous parlons 
de l'Elohiste et du Iahwéiste, aient cherché séparément à natio- 
naliser le poème babylonien du déluge chacun à sa manière, me 
paraît dénuée de tout fondement et n'a d'analogie dans aucune 
littérature ancienne ; mais comment imaginer que ces deux rédac- 
tions séparées aient été ensuite réunies par un nouveau rédacteur 
suivi de compilateurs moins habiles qui les auraient découpées et 
interpolées à l'aventure sans faire disparaître les menus faits 
rédactionnels qui caractérisent l'original cunéiforme ? Évidem- 
ment la découverte de la littérature babylonienne n'a pas porté 
bonheur à la critique documentaire de la Genèse. 

J. IIalévy. 



1 Un fragment de cette édition plus développée a été publié par M. Delilzsch 
[Assyrische Lesestûcke, 3 e éd., p. 101). 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM 



SUR ISAIE 



{ SUITE 1 ) 



b 

■jd^i ibmw iid ntflo mes »a rutn pa^àa ♦ omiD d»» m < 

pin ^ ïiy meo^ n^/ioi neo fa vu frw^K nauya . riKïon niDD p?a^> ' 
Ka kyAsi i5-6k ftnbs im {«"îjjbk^k »?ptt?a spEn np&K 6 *»*« tp 
Kin^« *b KnimeuKi *nr£s^ p^ flh^itt «n^ j*6 d^ jkyû^k3 Kn&ïi 
mfe »b ;« $>ap jkitît'K r^m snaa j« ^m y/d ipa -by poo^as 
ckjd in ♦ D^o^ n^2i hn : 8 Tya «1m ffruina ffr«B n*rn fft^n^K 

Chap. XXX. 

I. û'HYiO : « désobéissants », comme irrmo (Osée, iv, 16). — ^Dïbl 
... M-D73 • «pour faire un choix qui est contraire à mon avis », 
c'est-à-dire pour mettre à leur tête un chef que Dieu n'agrée pas. — 
mso veut dire « augmenter » ; de la racine Î1SO, comme Nombres, 
xxxn, 44. 

6. BpTD : en arabe afatoân « vipère mâle » ; si on attribue souvent 
(à cet animal) le vol, ce n'est pas qu'il ait des ailes, mais parce qu'il 
est léger et s'élance dans l'air, comme le javelot, à une grande dis- 
tance ; bien que l'auteur du Livre des animaux dise qu'en Abys- 
sinie il y a des serpents qui volent avec des ailes, cette expli- 
cation serait trop recherchée. — nittïn : « la bosse » ; en chaldéen 
on l'appelle rma^n. 

1 Voyez Revue, t. XVII, p. 172 ; t. XVIII, p. 71 ; t. XIX, p. 84 ; t. XX, p. 225, 
et t. XXII, p. 45. 

2 Voyez Ibn Dj., s. v. jw©« 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM SUR ISAIE 191 

ipi j^/io^k mfi p iûk *npn ïbd by\ 8 thwn >anA«a »»d»i btàb* 
*ini^« ntuyoi fisjj ♦ onwia a*:a 9 î traiy iaa .t&d ^p k»3 pp^aa ty 
bx fb? ( ^î? ruaa «saii kp6k j6i^> ftwto fîsi&a frtn fewi ÇmiW 

}« .tb rùA» ♦ mn wa d:dkû pr /|2 fpy *w *6i -£>aKp' ruaa 
ii5« «03 ffrs^a rrtn ^« 'p^n 1 ?** rrJi5«fi Tyn n« ca^ana ?iio pa» 
r\b5i dd« ♦ rtaï pwa irrasam : nanna D&Yia ffaa p> *"' min dd«o ^ 
rprAa jy Rfr&ai jktAh n*uyai «an™ nawi rrairo ^rô p£« rrèy 
nkatofl ^«o^ me yo/iai taaan^K n^K cdk «in ♦ na^t^J naina nj?aa * 3 
prw ^p mai nawi aao -j^i pa> *î6k pmft« nn« ^« a»«n^« (a 
• rua utibbx n^pDi nw .thb }» ^«àn nya rua ^b^k ^ki wapatt 
*6k d^i ora nr^ax «&p [a prit? a Hbwaa ffaWî nya: ^b ^«p ^"î w «n an^i 
riBœn rptwi ja itpp^K rpa» ♦ aaja c*a ?pr6i ^ *»»£ rnDB h^k 

8. ïipn. Impératif d'une racine géminée; on met aussi quelquefois 
un qames, comme ttlbb (Jér., l, 26). 

9. triarD est un qualificatif, et signifie « niant l'autorité de Dieu ». 
Ce qualificatif devrait avoir un dagesch, si ce n'était le het. Peut-être 
a-t-il la forme de n55 (Deut., xxxn, 12), qui n'a pas de dagesch. 

10. mFDa : o les paroles qui se présentent à l'esprit comme si elles 
étaient en face de toi », et non pas derrière toi. 

12. ù^DNfa. Ce mot devrait avoir les mêmes voyelles que ûlDEBrû, 
mais la gutturale lui a fait prendre cette forme; de même que ÛON73 
(Amos, ii, 4) a perdu la forme de dDVin (Deut., xi, 4). — T"ib3 est un 
nom formé avec le nun, comme ïr^-iro (Is., x, 23), et îiaoîj (II Ghr., 
"x, 15) ; ce mot signifie « dévier » et « se détourner de la vérité ». 

13. !"TJ>n3 est un nom qui signifie primitivement « bouillonner » ; ce 
nom a été étendu à la partie du mur qui penche et fait saillie de l'un 
des deux côtés, et devient la cause de l'effondrement du mur ; de 
là vient [le sens de pustule pour] mya^aa (Ex., ix, 10). La racine de 
ce mot est îi^a, où la première et la seconde radicales ont été re- 
doublées tandis que la troisième est tombée. Rab Hay explique !"!23D 
par une brèche ouverte; sens qui se retrouve dans m^aN (Péa, iv, 
5) ; mais la vraie explication est celle que j'ai mentionnée. 

14. Epttîtibi. Le sens primitif est « ôter l'écorce ». Le prophète com- 
pare l'action de puiser l'eau peu à peu dans un vase d'argile, à 
l'enlèvement de l'écorce ; c'est un infinitif de la forme légère. 

1 Voyez une explication plus développée dans I. Dj., Luma, p. 111, 1. 13. 

2 L'opinion de Ben Bilam est mieux expliquée dans VOus., s. v. n"a ; Rab Ilây, 
en traduisant ïlS'aS par îlDIiaafà, paraît y voir le même sens que dans "iya 
"PSiSSÈft, que le Targum traduit "j-p^nN ♦ ÏT^aitt, comme le croient la plupart des 
commentateurs, en s'appuyant sur le Yerusalemi {Péa, 18 b), signifierait c apparition 
du propriétaire ». Toutefois Kamhi, qui paraît reproduire l'explication de Rab Hay, 



192 m-:\r:<: dks ktuoks juives 

pÀs Snrs dph ffl nr&Kï mp^a vn nn: :rô «:n naw .pptpin nmi 
rr »ain *b ' m» ia« ami , naa ^«"«p» »b$>h maan »** naît? |« b*p npi 
pii^a *ajnD p im irmi »aya nnn nrui naîtra ya n^nao apr »^n« fliatr 
naw d^i finy/ia va azr flA iri:« wi n&6 nama kûjki » .td -|ip *6 
: p^ nan* n« »*• aura ■ omat? an tttom jnmaœ /ik '/îaen n^rio >$>« 
du: »c t^tw ia« ntnâK .poufl p î>j? diu did :>y o *6 n»«m *$ 
»w >'' p npjww do: >:y« p!?AAn flan p *6aprwo k^d pa» j« 
p mntaa apKjp jk ni» *6 i« «nj pp?i «td av6« »#» [« ^Kp 

b*pB ^H aiDia y«cm^W «^/ÎDK^K îa^ft DHJK 1K"]K KûJKl H"l«n5« 

«D3î? thtd^ ^» *ôk pa^ji *6i oaw w «^ oa^y ni' *6 "j^î ja onb 
»E»3 fkj 3t6k 'wai tj *3pa irtni 2 ona^D ""fta iK.-iâ/iD*6Ki î?b"i/iî>k p 
♦ tik mpj »jbo tik p£>« ' 7 j an^y ffMJa^Mi ai-tt ^k d;itti;k oa:K 
mi np pfc «nw *aa n:« »^jn p^>*6 Ad» bw>8 nn«i nna myj ':oo dw in* 

45 ïmt3 a ici le môme sens que nn2 ; c'est le calme et la douceur, 
et c'est un nom d'une racine à la deuxième radicale faible. On a dit 
que ïinvûi (Nombres, x, 36) a le môme sens. Abu Zakarya s'est 
trompé en donnant à SES (Jér.,xxx, 18) la même signification qu'à 
iiaitD, tandis qu'il a sans aucun doute le sens de « retourner ». Ce qui 
l'a induit en erreur, c'est qu'il a vu le plus grand nombre d'exemples 
de no avec le sens inlransilif, sans faire attention à VQE5 (Ezéch., 
xvr, 53), auj (Sophonie, n, 7) et rman (Ps„ cxxvi, 1). 

16. ... VifcNm. Abulwalid préfère considérer D"i53 comme un futur 
d'un verbe à racine géminée, c'est à dire 032, et lui donne la même 
dérivation que "«oa (Exode, xvu, 4 5). Il dit que le sens de « fuir » 
convient fort peu, puisqu'on ne peut pas punir par la fuite celui qui 
veut fuir. Mais le texte signifie qu'ils cherchaient à s'élever et à se 
rehausser en montant à cheval ; le prophète leur répond : « Cela ne 
vous tera pas utile et ne \ous servira de rien : vous ne parviendrez 
qu'a fuir, au lieu de l'élévation et do l'éclat que vous cherchiez. » 
C'est un sens qui convient ; cependant le sens de « fuir » est admis- 
sible, c'est-à-dire : « Vous n'avez préparé les chevaux que pour fuir 
et vous sauver. » 

17. ifiN t\bx, on sous-entend D*Û\ Le premier inN qualifie E|?N, 
bien qu'il soit superflu; mais les Hébreux ont pris l'habitude de le 
mettre, comme ils disent inN ïî"W (I Sam., i, 1) ; UTK seul exprime en 

comprend par n^SS « une Lrèche par où Ton entre et cherche». n"P2!3N U52Ï5 
Û-P2 signifierait alors : « que les pauvres viennent chercher trois l'ois par jour ». 
Comparez sur les différents sens de la racine ïl^D, Pinsker, Liqquté Qad/nouiot, 
p. 153. 

1 Nuit, p. 57 ; D., p. 95. Ben Bilam résume inexactement les ohservations d'Ihn 
Dj., Ous., s. v. S^TO. 

* Voy. 0/v«sc, p. 80. Ben Bilam reproduit plutôt le sens que les mots. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BÏLAM SUR ISAIE 193 

t^« \xb owin }a nn« œ*« m rèipa ^b'i byt>s pa«"»aj&« fh«p 
}3i 4 8 **rotr&« $»aa ^y ti« «hkîsd T73&«i jôe^k »bt noaaa 
jnai 20 î ficKi^K n«apai umb rbru p« ^Ji» bmi m» . oaaarA y '> n:n 
Î«ï »k * fria o«i 1 1* ♦ -[ma -ny ppa* «$jï çy6 d«dï nnr on^> dd^ >"> 
raaj? airr *6i nr^y par n^« jkd tp»y faii «ïpi aar6«a np na«a 
idbo^i / npisc^ rnian m bnn iïûa^« in «an "piai . xnnpi >a D3"i«tûa« 
*on «o^ «a^a «$n *\b mai kb ra ire aie* «ai ' ^na^« «an 711a {« ^ip> 
ô« »$>« mn«n n« rirri ntp« fpnr n&a jnai in ^« euim&bi pioo nya 
■parai 21 : î&Ak fh/toi t^« ffn«c'ii aaà$>« >by bv ini ^b^« 
«ira an$s?a h.t ana«i ny«^K ^î? a«a^« p«as« na m* ♦ nan napatpn 
;kx «*$>«a wavi tt ^«aern *ai ia*a«n »a î*bfiob* pnt^>« ^»« 
>i?a n^y ♦i^ pan Wa 24 ♦ *h D » i« fiaa* djiid «0 rrn >« *]$>«^« 
«na ni* rft*6 ddk nmi ♦mîaai nna mr ntp« «ira mp»i ^o^« non 
jvtni « pj£« ^nra in n$>« ma» ;a pntpa ma «oa nn ;a («rW p/w« 
naiann n« na pa»ww «\ti iny in« de> nî? «p nm 2 Vr »«n îaan^ 
mofi djî r œa"6« ^aaa nnw pw «rima *an« w$>ai 3 aipa^ aipaa 

même temps l'individu et le nombre, mais ils ont pris nnN comme 
corroboratif. 

18. ùs^nb : Infinitif complet, comme ûftnb (Is., xlvit, 44); le sens 
est (» être clément x . 

20 ... "jnii "în^i est pour ina D&o, « si la détresse et la disette de 
vivres vous atteignent, Dieu vous mettra à l'aise et ne vous refusera 
pas vos pluies en leur temps ». — "p-nia ici est la pluie, comme dans 
Joël, 11, 23. Le traducteur dit que ïmM est ici « celui qui dirige », 
mais l'explication que je viens de donner est seule possible, surtout 
à cause de ce qu'il dit après le verset dnaftai (v. 22), c'est-à-dire 
depuis insn jusqu'à la fin du paragraphe (v. 23-26), où il est parlé 
de la fertilité, de la vie aisée et de l'abondance des denrées. 

21. ... ^î&n. Il veut dire que les hommes s'accordent pour obéir 
à Dieu et que Tun guide l'autre vers le bon chemin. — "li^Nn a le 
même sens que i3Wn avec un yod au lieu d'un alef ; le sens est : 
« partout où vous êtes, à droite ou à gauche ». 

24. y^T2T\ b^bn : « du fourrage propre », d'après le sens qui est 
confirmé par ce qui suit, ÏT)T ""nDN, etc. — nm est uu instrument 
avec lequel ou vanne ; ce mot est dérivé de rm, comme nn3 est dérivé 
de mi\ qui est une racine à la seconde radicale faible. Rab Hay dit : 
« nmi a encore un autre nom nnr, c'est un instrument avec lequel 
on retourne le blé d'un endroit à Tautre. En araméen c'est NriNYlE ; 



1 Ce n'est pas le mot de Saadia, mais c'en est l'équivalent. 

8 Rabbénu Hay, dans son commentaire sur Séder Tehârôt [Kéliin, xv, 7). Ce pas- 
sage est mutilé dans l'édition Rosenberg, p. 11. 
8 Ceci se rapporte au Midrasch sur Gen., xxi, 4 ; cf. Yebamot, 64 a. 

T. XXII, n° 44. 13 



194 REVUE DF.S ÉTUDES JUIVES 

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étom» iny *hy iitwj ^tao Hid3 >tai Hmtwi irtm innn^K *|»jîi ni 
çragyn nn djï ^p nw py^K ^n^a ddk ^t^o . D^pi tr« nnvr» â3 



: rrnnn 



16 

l'npKp/nwi yiio «rûi i5i ^oin^a ^r»3 . b&w vmp hx w *6i 1 

en Babylonie on l'appelle errafsch. » Puis il explique ce mot par 0515, 
qui est une planche large qu'on fait entrer dans le blé pour le re- 
tourner. Pour le nm qui est mentionné ici dans le texte, il est sy- 
nonyme de 171112 ; ce sont deux noms dont l'un, nm, vient de nn, 
et l'autre, ïriîft, de ïtiï (Nombres, xvn, 2), qui a le sens de « diviser ». 

25. b'ttbs. C'est le nom des wadi et des rivières ; faldj, en arabe, 
désigne une rivière qui coule d'une source, comme en hébreu àbs, 
dans Ps., lxv, 10. — "»bai a le même sens que bnv (Jér., xvn, 8), et 
c'est une autre forme de'ce nom; le singulier est bn">, d'après le mo- 
dèle de nnp ; le pluriel est v bn\ comme "nap (Jér., xxvi, 23). 

28. ... fîDSfïb. Les anciens appellent le crible ftDS et ÏT"D3 ; on dé- 
rive de Ï1D3 un verbe et on dit Ï1S1353 nbio, « de la fleur de farine 
tamisée. » Peut-être r^D3rr veut-il dire « il vous remuera comme un 
crible ». C'est un infinitif d'une racine à la seconde radicale faible ; 
le verbe Spïi signifie « mouvoir ». Le verset fait allusion à la défaite 
du roi d'Assyrie, au temps d'Ezéchias. 

33. Mmntt est un « foyer » ; c'est un nom d'une racine à la seconde 
radicale faible, comme Trt (Ez., xxiv, 5). 

Chap. XXXI. 

1. 1*15 a le sens de a confier » ; nous avons déjà dit d'où ce sens 
dérive. 

1 Cf. Baba Meçia, 105 a. 

* Menahot, vj, 7. Dans ce cas, tlDUn viendrait d'une racine à la seconde radicale 
faible. 

* B. B. se rapporte probablement à Isaïe, xvn, 7; passage que YOus., c. 73(3, 1. 19, 
réunit au nôtre pour le sens de « se fier » ; mais cette partie du commentaire de 
B. B. manque dans notre manuscrit. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISAIE 195 

^«i nbipD r\nù$ >wa p j«a km-ii riô^i» jj? ?pn *6 »BHn w 
vn p*^K ♦ nyih \>y onnoa :nbi * t *]*naco« -p^ * 3i * ^ V n ® n 
nwxhn tt ♦ mna inb mon c^y jwto t mnsa D^nsj nstya naoi $>ywa 

*k pn^ îyr *6 in *6« jkib^k p pnt»s . ajn e>bj pnafc 6 ♦ ^y B nmf 
♦ o^n by nTim nnyï hstob nras nrjn ^ tan^K pnrètfi hjnJty* 

4. ïw* ab : « il ne faiblit pas » ; de là le nom de "^tf, pluriel 
û^y, à cause de la faiblesse des pauvres. 

5. L^b^rn b^'n : ce sont deux infinitifs, bien qu'ils aient un hireq; 
tandis qu'ils devraient avoir un patah. 

9. i^boT : « Il se sauvera dans ses forteresses, tant il craint et a 
peur. » 

Chap. XXXII. 

I. tritûb. Le lamed est explétif. 

3. fwwDn N'bi : « (Les yeux) ne s'abstiendront pas de voir » ; peut- 
être ce mot a-t-il le sens de « être stupéfait », comme ^niun (Is., 
xli, 10). 

4. ù'nïitti : « les sots » ; c'est un participe du nifal, comme ïniittS 
(Job., v, 13). — mns. C'est la parole élégante ; le mot est au pluriel. 

5. . . . ^b^bn : « L'avare ne sera pas nommé généreux » ; le type 
de iVo est ^b^Q. 

6. . . . p"nïib emprunte son sens à celui d' « être vide », comme 
p"nb (Is., lxv, 23) ; c'est-à-dire : « Il fait durer la faim et la privation 
de nourriture. » 

II. ...îiWl. Ce sont des infinitifs, et non des impératifs, car 
on a l'habitude de maintenir le nun dans le suffixe du pluriel 
féminin, comme dans ii^n (Jér., xlix, 3), ou de mettre le vav du 
pluriel comme mwfcWD lYiri ; mais il est impossible qu'on enlève et 
qu'on fasse tomber à la fois les deux marques du pluriel. A quel 
point s'est donc trompé celui qui a insisté pour en faire des impé- 

* C'est la traduction de Saadia. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pe^ H*ii tokïk «h:id »e A p i?*K «ai . *6s |KA8K^&it rua apo^c 
pmt i»OK3^« |*6 arro ^ ^d n^ naiv nb) r6ip >bv rr-na^a iiin^K 
■pm -isnynn iiny »jyo }o rua ^>«p T?3 *œa rnîn tdda *b «i d/i 
^ wwbm v\wDb& im nim^K npa pf£ta in *£« rrro^K poA« 
tih» yp&* irtn [P ïth5K «ai ■ noa^a ^d pwi*w awiftii j» pij?n 
tt »n^n to# pp nap nai« ^y 13 :'^na^ ^j? ik-nk^ki jkj^k 
mm) uhùr\ "nbx "wWw m *by ru^t \& '« t»b> pip n^n i»n 
iri fcfca id: Tatri to# ^kï pip^ iyr\n nais^ ^3?d n^yni ♦ te^k 
î« tt .nrfcu rmp »wo *na b ^y »a tnfc» iay nT^ot? ^Jia 
?dj? 1 * : htudw «0 w fvpbx onrra ja "itid^k nup roi arc "pt&^K 
;*6 yk^k ban Tyria ffjr^a jwfcK jk n*«i?a ♦ rrnya tj?3 rrn pui 

p? M ^n »na td^k jk tt nnai pop naia -j^î Wt p«a ^vs »wi 

ratifs, en mettant bout, à bout une série d'arguments sans valeur en 
faveur de son opinion ! Mais son opinion n'a aucune solidité parce 
que le faux ne résiste pas. Puis le même exégète cherche bien loin 
l'explication du mot ï~ny en soutenant qu'il a le même sens que 
19^9 (.1er., lt, 58) « renverser ». Il abandonne ainsi la suite naturelle 
de la phrase et le sens qui convenait après qu'il avait été question du 
déshabillement, savoir : « être découvert et nu ». Le sens est donc : 
g Soyez dépouillées de vos vêtements ; ceignez-vous de cilices. » Il 
n'a abandonné ce qui est évident que parce qu'il s'enfonce et per- 
sévère dans l'absurde. 

13. ... rima* by. c'est pour TTaW yip nb^n TÛJ8, c'est-à-dire: 
a Qu'on pleure sur ce pays qui est désert et qui ne produit que des 
épines. » — ïibyn a pour sujet h5a*7N et pour complément y^ et "PM ; 
"PTaia est coordonné sans la conjonction, comme m* 1 ttîEEJ (Hab., ni, 
11). — ...by "O. Le sens est que les épines envahiront tous les 
palais de plaisance, dans leurs villes fortes, lorsqu'on les aban- 
donnera. 

14. ... bzy. Le sens est: « les forteresses inaccessibles devien- 
dront comme des cavernes, parce que les ennemis, en les minant et 
en les faisant crouler, les démoliront et les abandonneront comme 
des cavernes. » 

19. ...*nan. Ce mot est un verbe au parfait, la preuve en est le 
yiz'p et le fins. Le sens est que la grêle, en tombant, évitera les 
champs ensemencés, pour atteindre les forêts, où elle ne fait pas 
de mal. 

1 L'opinion que Ben Bilam combat ici est probablement celle de l'auteur des 
Risaïl Errifaq à qui Ibn Djanah répond dans le Taswiya [Opus,, p. 376, 1. 4), et 
danB le Taswîr (voir Luma, p. 79, 1. 5). 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISAIE 497 

ib 

wpbtu tob -\rbiï .-p rwa* to^ yfoa win tiw "pma ' 
t>Kpi oo3» viuona /ïïmdïi main bfv *\rbm n^sœi rfo rAan rrty 
^ii h>3 k.tb n'^ai ' p^>« »e ?wW> »apa n^r *6 n:« t^k isk 
>by bpf\ anyoniK &rb& irmi ii5a p dkWw p^a ;*6 dk3;i*6k bivb 
ro*a d^ nos irtm dk^K3 m»^ pAa anwa apo «oni«n5« jKûb 
*d nw f«3 ru« n^îûpi p« p? na pri« fo »jt35ri » roui bpp^K rpi 
js »d:i inon na »"» rréo T-rao nàa ruw pAa tïo n:« PprA* «în 
nn *6k »jpo^« in «îtbi »«•&« hcti ^y nepo ip naïKpo^K [«3 
{va«nar^« j«3 «oi p]«3^« jy rre pno* d^ n:« "|oni3 *#k ^«7« "mo^a 
ckoji^ki ^«03^« n*oj?oi »*:ipt&K ?|in yaapD*! *"»jpo «^ *uu «rpp^ 
♦ onp3^ djjtiî m 2 ♦ onao rnnan hnz dd« im ctao p*6 no» *6i ruai 

DTO ►13 ppW MJ p»D3 4 îfiOlfcnû 8W1J7 J3 'tf U&T» ?TO ,l⣫ 

Ghap. XXXIII. 

4. ^nb:^. C'est un infinitif d'une forme régulière ïïhy* ïrbsîf. La 
forme primitive serait h |nbaï"D, comme mairt, -nia&Si (comparez 
I Sam., x, 0). Abuhvalid dit qu'il ne sait pas pourquoi il y a un 
dagesch dans le nun ; selon moi, la cause en est claire, c'est pour 
empêcher la confusion, parce que le nun et le lamed sont du même 
organe, et lorsqu'ils se trouvent réunis, il est difficile, pour la 
langue, de les prononcer ensemble. On a donc donné au nun un da- 
gesch pour que le lamed ressorte nettement. C'est là une chose que 
l'intelligence aperçoit clairement. Une personne en qui j'ai confiance 
m'a rapporté, au nom de Ibn Gigatilla, que, selon lui, le nun de 
"jmbjD était explétif, et que c'est pour mbD, infinitif de nbD (Lam., 
iv, M). 11 a oublié que le kaf de l'approximation serait tombé, d'après 
cette opinion, tandis que le sens exige cette préposition. On le voit 
bien par le premier infinitif ^ttnFD, qui n'a pas pu se passer du kaf, 
et il n'est pas dans l'habitude des Hébreux d'ajouter un nun qui n'a 
pas de sens et d'omettre la particule qui détermine le sens. Le mot 
signifie a finir a et « achever » ; de là vient ûb^XJ (Job., xv, 29) ; qui 
est un nom comme D""O70 (Nombres, xx, 4 9). 

2. WHï. Il devrait y avoir iwnï : Sois notre aide constam- 
ment. » 

4. lT2} pE5£3 : « On les foulera comme foulent les sauterelles » ; 
la forme primitive de l'infinitif est pplû», de là vient ppTO (Prov., 
xxviii, 4 5). 

* Opus., p. 156, 1. 5. 

* Ms. i5:ftobb. 



|ge REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ïpys thon* p 7 i ppw m n:ai pp^oa tti:»^k ^skï poiT i«ii^« 
D^ma «i^«pe flyaW& kodk mb rtw^k mai an^on ' ira idb ♦ nain 
. ^ap pjai> Tcnn 9 : firyz fipprAai pûantoi ombx *hy tdwi jrtm 
ru* b % p flffj . or ns ' '•' : tfrrafl te™ MQnttJtfSi pn^no tj ji6*b 
ks % pii:Ss ).i1 i \yÉ* fôp bi tw« : fftDfrafô tjfra tt wb dj?o 'jpaa 

fttôDlM .ttk 41 21 :,td âsai^ .td yo/ias ln«in^« pwiâ^K ^si 

*' 9kt*JR rt/» tt* py j« prW pm ea*^* m^pa ♦ :Ans rwrn 6 
«i*2 ftrtu *m "prr dt^k n^riei ferA* rè* pt^Kj p k3e^k $>pite }«i 
rrni p ffensr^a rwifi >jot pb$ lissai atye iiairi 1:3m ^jîd ps» jk 
frt $>'? w «n rta 'T?s6k ^pffan p r6j?«s dd» d^ no îm ptsn pi 

7. bbfejTiM. Ce mot a été traduit : « leurs envoyés », et les poètes en 
ont tiré des noms pour les anges; ils ont dit D"*b&nN. C'est une inter- 
prétation conjecturale et hypothétique ; le vrai sens est difficile à 
connaître. 

9. bttp, "îwiîi. Ce sont deux verbes intransitifs qui signifient 
« être fané et malade ». 

4 9. Ï9"0. On dit que ce mot a le même sens que Ï2"ib, c'est-à-dire 
« dont le langage est inintelligible ». 

20. )y^ est comme )yb en arabe, qui signifie « être transporté » et 
« voyager » ; les Arabes disent : « Plût à Dieu que la litière fût dans 
sa maison et plût à Dieu que la litière ne fût pas emportée ». Le sens 
primitif de ftyijà est « litière » ; le sens s'est étendu à la personne 
qui y monte. 

21. T^N ^2 : « Le grand vaisseau ». 

Chap. XXXIV. 

G. ïfjOln. Il y a métathèse de la vocalisation, car le schin devrait 
avoir le pat ah du dalet, et le scheva devrait être transporté du schin 
au dalet ; c'est comme ^prp (Gen., xliij, 29), qui devrait être comme 
ÏUIfTP (Ps., lxvii, 2), mais les voyelles ont été interverties et le dagesch 
du nun a disparu. Le sens de FWttîIft est « être gras », comme )V7 
(Is., xxx, 23) ; c'est un passif du hifil. Rab Haï dit ce qui suit : 
« Quant à hWïïl, les grammairiens en ont beaucoup parlé, les uns 

1 C'est Saedia, qui aurait traduit ainsi après Ous. y c. 657, n. 38 ; notre texte de 
S. porte Emio. 

1 Bien entendu ce patah remplace uu qamès % 



GLOSES D'ABOU ZAKAIUYA BEN MLAM SUR ISA1E 199 

(»b) mp ,td ppip^nA» a*6a im nps a^na rwrn aaai ira» ann b)p 
r n^« p niiiâK aipi *nyna owp^Ka flppmi }« «i^api dd^« p ruiJnS* 
>tp nia tw a^i rrn^« aa s p^a nb MTibn j?*n -ipi p^« wapDKi 
i« «ni ^B?tt me \ubto ma BpOfc p «a«i iritffc^Ki ^a/ia^ana ^a 
yr a^na mw rfrf ^k nn *6k jeh p nj«a rrity W» pàia^a* 
nn^« in ipi *6â^« fia 1h> # înn t fl»fe toi (| J : an pi nai «im 
n^n ^ jaoa^K «na jfp »n^« ™m^ ona >jaai .«Ji^a œô im 
i «a:n ruj6 n^srn n^nai ira iprir «a ^bk «in ♦ paai ^Ka : rtïP nua^ 
nr^nn : «na 'aaa «rs ^>k »w tkb i« îkitt ♦ a"« jik d»2é it^si * 4 
^k w «a j«rn in xzix l*jra aim ;«i^x bnbm b)A^ ' rrà nos ♦ rr W 
anan einn p yaini apan .rtëih ffirri nypai *s i^fcxbx >^? ffna^K 
jipjv ral&K j«^ râKm anpn a*6a^s >ai »pnm pnn in ^6k anan 
*6i nrr mp n^rïai pa^K ^j? ypai yai^K anm D*par6«i pànn^K 

Font dérivé du sens d' « être gras », en disant qu'une analyse régu- 
lière de ce mot est impossible ; les autres l'ont dérivé du sens 
d' « être foulé », et ils ont négligé le nun. » On vient de voir com- 
ment nous l'expliquons d'une façon régulière, sans aucune impossi- 
bilité et en l'éclaircissant même par la comparaison et à l'aide 
d'une citation. Quant à celui qui néglige le nun, il interprète tout à 
fait à la légère, puisque le contexte prouve qu'il s'agit du sens 
d' « être gras », comme on le voit par les mots : leur sol sera fumé de 
graisse, du verset suivant, qui a sans aucun doute le même sens. 

44. "lïnn ip. Cela veut dire : la solitude ; ip est le cordeau ou fil 
du maçon. lïia "^aN, c'est le niveau à plomb avec lequel le maçon 
égalise. 

4 3. ^Plfcfi veut dire « demeure, habitation » ; c'est la meilleure 
façon d'expliquer ce mot, il en est de même au ch. xxxv, 7. 

4 4. fcpiSfc. C'est un quadrupède ou un oiseau qui se retire vers le 
ï-p£ (désert), et qui a tiré de là son nom. — rpb">b. On a traduit ce 
mot par goul ; goul est un démon. C'est un sens recherché ; c'est 
plutôt un animal qui habite la plupart du temps le désert. 

4 5. !TW1 ÎTPpm : « Elle casse la coquille, et elle réunit » ; ainsi 
a^nun û"nfcn (Exode, vin, 40) est traduit par le Targum "pim^ fmAT. 
Dans cette phrase il y a transposition parce que l'oiseau assemble 
les œufs avant l'incubation et Téclosion. Le mot "n^n s'applique aux 
œufs, comme on le voit par Jér., xvn, 44. 

1 C'est Saadia. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rb 

ca »e vtskht® oa iwr nrnpn ;k ire ^p ♦ ?r» nana diew 1 
Tiitti »ut£m Tin *■* maa ikt non rfcipa -[^i nya nrt pfcn oip^S 
^ns me tt paw poip* ^iia pyu pj jkso rre on^K py j« «nn jo 
♦ nos ^«a aw ï« ^ :cp:a tt .«»* op: orn^K îwi 4 nano^t 
paie »turô anœn rrm 7 twaan ^y papa onnn hv ^a nasi rcp* 
any^K ïiib »e a*oD^xi » :»t» m^ok ain ^a» oi:nm ♦ nwftm tw^K 
p*pn6*0 c«a: ^na in ^>a ^a D'h «0 .to jndjk^ ^ârr jKao 'd ynb 
: anat^ rua ntfrm «a ^aoba ia«y rw&»e p*6« w 

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nTp n^n mwMW bf\n «nnriB nat n«:ya d^ ♦ dpbivi nraan 1 
nm«iK n$> nr\n ubi «na on* o^« nypa^ -ia*w ^p np narrii *u*6 rrwn 
n^/ipi anima 8>ïr5 rjn^a^i ^ ^p iny» d^o npmn jy p|Kin«^«a «n:a 

Ghap. XXXV. 

\. bWW 1 . On dit que ce mot est mis pour tn ie^, et que le 
pronom de &3 se rapporte au peuple qui est mentionné ensuite au 
verset 2 : « Ils verront. . . ». Mieux vaut cependant considérer le mêm 
comme remplaçant le nun, et le verbe serait comme *pft"ip"S "paira^. 
Le sens est : « Les gens du désert se réjouiront ». 

4. DpD, pour dp33. 

6. 3b"P : « Il sautera », comme Cant., vin, 2. 

7. mon. C'est un endroit qui manque d'eau et est desséché. Le 
Targum de ann (Gen., xxxi, 40) est anntfî. En arabe sirab désigne un 
mirage qui se produit dans un endroit où l'homme s'imagine qu'il y 
a de l'eau ; or il n'en est pas ainsi, mais c'est comme un nuage léger 
qui couvre la terre et celui qui passe sur le chemin le prend pour 
l'eau, et gare à lui s'il veut en boire. 

Chap. XXXVI. 

\. biDQrm ne signifie pas qu'il a conquis les villes, comme 
STOcmi (II Rois, xvi, 9), puisque nous trouvons dans II Chr., xxxn, 
1 : « Il résolut de battre en brèche (les forteresses). » Il songeait 
à les prendre, mais sa volonté ne fut pas réalisée, à cause des bruits 
qui couraient au sujet de Tirhaqa;\\ ne s'arrêta donc nulle part, 
s'en retourna confus et réprouvé, et ses deux fils le tuèrent dans le 
temple de son idole. C'est là le fruit de ce qu'il s'était enorgueilli et 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN B1LAM SUR ISAIE 201 

o«m rwt»j rtiriDa rD«iy«i ne^sn masii fna/i fffrn ntuv w ri*3 *b rmuM 
: yâia «a tj '2 .Ta pat» xim mu n'ip^ai binbi< jôi rh$r\ »nn ïtidô 
TW'n ^fta ':j?b^k «ii rntP3 mm n:3 ip ♦ DVfctp mi •]« »m»K s 
■jW *p rujà nn ^:x top* 1 iTdm ^« *m»« »#* ^sAk ma itoTi 
rAsiri p ^j?b ntofc "prô$ nb iw 3T&K >d iwn liim anKnw iôjn 
èWiraro rmi vmaa na vrprn tdti iew «in *6n 7 î*j/id^k5 n« 
rrny ^»«3^k kS-6k îm n^« û5d« kbe "|toî jk idkb^k ruâ >to> «in 
ktik ppjw *6 «03 . >to jnDitr n« itoan '31 i 9 : moen mp;i ipti] 

:*DWptofl pr6** mây «as rrtot na« 

Wa [13» }« rre niito* }K3i r»3iD pra bv^^b nwb *\b ma 22 
»nm 26 : njn n« n«p -HPK3 toîo jn$>o «i mb nnotpon ^a nop ^ria 
}«3i ' d'sm d»^ tsmib iims ony nâ* » nmsc3 ony D'au d^j rostwA 

vanté, et qu'il avait été fier du nombre de ses armées et de ses vic- 
toires perpétuelles, au point qu'il s'était cru un dieu, et qu'il pré- 
tendait tenir le pouvoir et la force dans sa main, comme cela se 
trouve écrit en plus d'un endroit. (Voir, entre autres, ch. x, 4 2-13.) 

5. TH53K. J'avais promis d'expliquer le sens de cette phrase, qui 
a ici une forme nouvelle, le verbe "rnttN étant à la première per- 
sonne. Il dit : « Je m'étais imaginé que peut-être tu réfléchirais, que 
tu te préparerais, et que tu prendrais une résolutiou au sujet de la 
guerre, et, puisque je trouve que tu ne l'as pas fait, en qui as-tu eu 
confiance pour te révolter coûtre moi? » 

7. , ..MIM tfbn. Cela d'après sa fausse supposition que c'est ce qui 
irrite Dieu, tandis qu'au contraire, cela lui était tout à fait agréable; 
j'en ai déjà donné l'explication. 

4 9. . . ."ib^ïi "on : « Je tire une conclusion nécessaire de ce que je 
ne connais aucun (dieu) que j'observe, qui ait prêté son assistance 
(à son peuple). » 

Chap. XXXVII. 

22. ÏTT3. C'est un verbe au passé féminin, qui devrait avoir l'ac- 
cent sur la pénultième, comme !"!ttp (II Sam., xiv, 7) ; mais il l'a sur 
la dernière syllabe comme !"!Np (Lév., xviu, 28). 

26. . . .mfcWStib Tim : « Il dévastera les villes fortifiées et elles 
deviendront des monceaux de ruines ». La forme complète de ù^sta 
serait tTSMi, parce que c'est un participe du nifal de ïiitt. 

1 Au lieu de la seconde personne qui se lit II Rois, xvm, 20. 
* Nous ne savons si nous avons saisi le sens de cette glose. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^:k man -f? <w ,-^ipi so t rfMi p ÎJitëiS fljitè 6*a3i }i5* ;s B^j pn 
;s ;h fôiii fh£« h2:k p85$£ &5^ »H .y*6k [ft yv d*$ ftjfcn 
aatà^K p ffrd yo *$& frtf n$M tWi rHtë inl rtëbH p *#5 itfi* 

#8 ^tf D^ Wi fetf pi nBKiiÉ3K jtf '•« fhïrtAlt pD^K »B p*tà*>K 

«a pria s*iTD roruc i,Tpîm ioj? *É Itftw^H fisp ^« n^i np iw 

tw n^« s ii $»«p mu ^"î pw »>«n m*h bip im jvm 
k»k . KnBîM fer©* rw me yp/i fttfèbbx rnn jk n^« -|YK nbvx 
jk *o**n ke^i . ma» >n» n*e w d^d rrrm «Si nn« na »a vus b\p 
■ai' d^ n^x ;a wa^y rua >ëij? row pTî&a *|W >d n^ d^ ïfjftrî* 

^2 wk y:n n^ip ^s i^i n^« nâia ipi wû ffem^ii ip wtofl 
ni jk py *w o^y» n^« |k va rua- Dàyai "]^i p w« 12 «aa ^îpj 
»o i»* bs\ ry nat d^i n5a nii ^y ni ç« ;ir xï i« nii >^y ia«?« 

30. niNii *|b iin. Il ne veut pas dire que le signe consiste dans 
la fertilité existante; mais le signe consiste en ce que le roi d'As- 
syrie s'en retournera sans avoir rien obtenu de ce qu'il avait espéré» 
et ceci est alors un miracle présent, qu'il a mis comme signe pour 
l'abondance qui se produira dans les années mentionnées, c'est-à- 
dire que son départ désespéré est une preuve pour vous de ce que je 
vous promets. 

Chap. XXXVIII. 

Arrivé au récit qui raconte la manière dont la vie d'Ezéchias a été 
prolongée, je relate ici ce que j'ai vu de mieux sur ce sujet, et c'est 
ce qu'a dit Rab Hay Gaon. En voici le texte : « Sache — que Dieu 
t'assiste! — que dans cette question se présentent beaucoup d'obs- 
curités qu'il est facile d'éclaircir. Le prophète, en disant : « Tu vas 
mourir et tu ne vivras plus », n'indique pas quand il mourra. Or, 
en voyant qu'Ézéchias n'est pas mort de cette maladie et qu'il en a 
guéri, nous reconnaissons que Dieu n'avait pas prédit qu'il mourrait 
de cette maladie, de toute façon ; car bien des annonces, des pro- 
messes et des menaces se présentent intentionnellement sous une 
forme conditionnelle ; comme Dieu l'a expliqué clairement dans le 
passage: « Tantôt, je parle... » (Jér., xvm, 7). Nous soutenons 
même quelque chose de plus fort et de plus important, à savoir que 
Dieu connaît un événement qui sera, si l'affaire se passe de telle 
manière ; ou qui ne sera pas, si l'affaire se passe d'une autre ma- 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA. BEN BILAM SUR ISAIE 203 

î&rwv fippm ^y^a «In Tram jlf j«d pp py jfa «a o^y in bh ty 

n»fc6« ^y feflô' nn^«n «1« «a 1*?i fa a«m^« % di 'ru6«na^K 
Ri&É ^ike> nm ira n^yp ^yn wjdvi bù w n^« ^kd 111 jk 1^11 
j« «jù^ npi ivjd' -ibéw «1t »"> Ifiuri n\àtf ma'?** ^s? ^kid^k amn 
xsbxy bv nb rbbx j« -jt» *6i it *6 inat? ;«i in n« î-non *6 ah&p 
D«pû^>K i^l ^d risri j« "in j« d^jj hjk *râ ^ip^« |5^ p2" «a nppm 
iïb nJi$& «in »^fi m /i« n^yp ^ya ïtjd» it |« ^kïp j«i ^i«tp 11' 

na^ï jir *6 «In (« nvhy yn r\p)bx -j^l >d nn«o« «3^« n^i m 
«o j« «nri np n^« ^*6« ^y fhS ïiot d^5 tn^ itï] ^td n:m 
fclrii hdd^ d^kj^k «na^ir vAk akûi^jo^k ;a m p:r 'po *p P : \,*^ 
iàn "bv 1%riëVh& Traita fei mba «oa h^d^k nii 's pr «s pi« 
en .là iin nb« nii^a »5jj ni ;« ia*6« j« cbw n^« j« ^in ^*6« 
ij?£k ny nxbx «In >^ ^ nyi^ -j^î dît d^» n^y ni» ub f«i nyi^tf 
d^w im api]? w }«i rii« jkd:*6k yxvx ' ;« fh5fc6« *és T3?£ri 

nière. Cela ne veut pas dire que Dieu doute d'une chose, mais il 
sait comment ce qui ne sera pas aurait pu arriver. Pour se repré- 
senter nettement cette idée, il faut un effort d'intelligence qui per- 
mette [de concevoir qu'une chose puisse être sue de cette façon 
sans qu'il y ait là impossibilité. On trouve dans l'Écriture des faits 
qui, si on les examine, rendront la chose facile à saisir. Ainsi David 
demanda à Dieu : « Les gens de Qeïlah me livreront-ils entre ses 
mains? Saùl descendra-t-il ? (I Sam., xxnr, 41) ». Et comme les 
questions sont disposées séparément, la réponse est : « L'Éternel dit: 
il desceudra (iHd.); l'Éternel dit : ils livreront (v. 12) ». Or, nous 
savons que les habitants n'ont pas livré David et que Saùl n'est pas 
descendu. Il n'y a pas de doute que Dieu savait réellement ce qui 
arriverait, mais la parole (de Dieu) signifiait qu'il savait que, si 
David restait dans cette place, Saùl descendrait, et que, si Saùl des- 
cendait, les gens de Qeïla le livreraient. De la sorte, rien ne s'op- 
pose à ce que Dieu ait su que, si Ézéchias ne priait ni ne versait 
de larmes, il le ferait mourir à ce moment, bien que Dieu sût qu'il 
n'en serait pas ainsi, mais qu'il prierait et qu'il lui ajouterait quinze 
ans, d'après le principe que nous avons énoncé : Ce qui ne sera pas, 
fait partie des choses connues de Dieu, dont il sait pour lui-même 
comment cela aurait pu être. C'est là le point le plus subtil de 
cette question quand on l'examine. Et toutes les promesses con- 
ditionnelles suivent ce principe, que Dieu sait que, si les condi- 
tions dont Dieu a fait dépendre une promesse, sont remplies, la pro- 
messe se réalise, et que, si elles ne sont pas remplies, cette promesse 

1 Ms. Eps ito. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

«ii d^i nrmÊpfl vytn mw w spoiri *"» akt 'jya trtm pa»D «a nppna 

*6 ipi nmarp/i "rpi ow"i rnjtrn d*o* rpow ip »"> n«T ^a »"> »kt W lyi 
rue yp: s i« ^j«^« *d i«r bn fibutbx »b mai >i^« ^i«^« «a«D ♦ i^i pa> 
n^« no^p sa mis rua ;« si sa mai *ft« bj«^« «in n^ya «^> «j«b 
pud ppJTD wifoi ;s*a d^kp na« nn «i>« ■ *tt£« pa aao ntAj> in d^ ^>«j?ri 
j« p fhMay^M *e ai2tN im pn*D «a uby b«p» ;« aiiaattafi frs«x»^n 
«m bip in kmk i?j«b« p wwk >ii?«ï . n^« na^s? «a j«a b«p» 
npi »bb npi in aij£« frà> *s bi«b« pbip* onjo pobarttAw * bmw »id p 
d^»i n/uw fiapia »n *n k.tb in t&« n«pi«^«i nnia b:« m jrwA* n«a 
icra n« bxp «a «a«i nJob« «in ni* «a a«na^« ^d jn: toroS »s 
iay^« ffr«B«i niiivî?» ya j>ap^« n«jj?» pa* j« 3?:na' «^>d «^a« -p* 
p]nn rpc nwo n:« n^« nby >ib« di^« in riai «a^ lav i« th ^«pi 
«il nbnp» nb )b nbr\p& nyno n^y ni?n pj? vp* ^«id^« ^a ne:« 
«il j« ai«i£«i «pa» i« ma* {«a .13» pbipn« npi^« «in »b d^«ô^« 

ne s'accomplit pas. C'est de la même façon que s'accomplissent les 
promesses et les menaces pour l'autre monde : si l'homme obéit, il 
est récompensé ; s'il désobéit, il est puni, mais Dieu sait exactement 
ce qui sera ; tel est le sens du verset : « La crainte de Dieu aug- 
mente les jours, et les années des méchants sont abrégées » (Prov., x, 
27). Cette promesse ne s'accomplit pas pour tous ceux qui craignent 
Dieu, mais la crainte de Dieu augmente parfois les jours, et les 
années des méchants sont parfois abrégées, et parfois cela n'arrive 
pas. Quant à Y ad j al (terme de la vie) que tu as mentionné dans la 
question de savoir si l'on y ajoute ou si l'on en retranche, nous ne 
savons pas de quel terme fixe tu as voulu parler. Si tu as voulu 
parler de ce que Dieu sait, ce n'est pas sa science qui fait que la 
chose soit, tu vois bien qu'il sait que le méchant abandonnera sa 
méchanceté. Le plus juste est donc de dire que Dieu sait ce qui sera, 
et c'est une expression plus correcte que de dire que Dieu ne le sait 
pas. Quant au sens qu'on attache communément au mot adjal, il 
ne se trouve pas chez nous, mais chez des non-Israélites. Les théolo- 
giens musulmans disent : « En arabe le mot adjal désigne un mo- 
ment fixe, et le moment où un être vivant meurt, s'appelle Yadjal de 
sa mort; et tout le temps pendant lequel il vit, c'est le temps de 
sa vie ». Mais dans notre langue à nous, l'Écriture ne présente 
aucune expression correspondante. Lorsque Dieu dit (Exode, x*xin, 
26) : « Je remplirai le nombre de tes jours », rien ne s'oppose à ce 
que cela signifie « mourir vieux, après une longue vie » ; et quand 
David dit : « Ou bien son jour viendra et il mourra (I Samuel» 
xxvi, 40) », il s'agit du jour où Dieu sait que (l'homme) mourra de 
sa mort naturelle. Mais la question se présente au sujet de celui 
qu'un ennemi attaque et tue. Dites-vous que, si ce meurtrier ne 
l'avait pas tué, cet homme serait néanmoins mort, ou aurait-il con- 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM SUR ISAIE 205 

."w« rcù *uk va nvhy nb$ in rtt« ^ jna na^jn «^ ^k 

A n:« rtta nh? »a pa» ;k ni»i n^np* nb )b npi^a jrtn »b ma» }*o 

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«ami .Itd' nia ^d tdd p^a nsao «ai piaia^K ppa >o yp» «aan n:« 
anriB nrco ^d paan» ut pjiia»B d.t^ ainm k:3 nnn n'irai yaniK 
nsmii «ai »a?a^*t «in m» rrè» *fta ^*6k «nai npi onp-nns rmtot 
»jian n« a»*2»n onrc »a n^*t ^ip ;a d^e^k npi ^s ftatii swia^K »b 
Dip n«a np [«3 aixi^K n^i ^c» d^ i^ n;« *hy $t ^joe»» >J3 ^?a 
;a ppi «aA» }tt ^î? bin D»»nn pm D»nan pa nam fisp n^iai piâit 
«ma^« »t6i«n jk ^3? n^i ^ns map^K jnow Danna n:«i ffiroti fini 
tijpi Ka^â ^inpa^K T^ai n5« nia ktik Kipr j« riM «ai^a p» a^ 1^ 
»s> Dnîu irîit ^«d^« ^kd» npi iipi^K n^n »a pma» ttutta mat «i»K 
,t^î? ai» p]»ai d^kê n^-np» d^ 1^ n^« ^ca nia^ [«a nat binpa^K 

tinué à vivre? La réponse est que cela, nous ne le savons pas, 
mais Dieu le sait. Mais nous regardons comme possible qu'il serait 
mort dans ce moment, quand même il n'aurait pas été tué, et il 
est aussi possible que Dieu sache que, s'il n'avait pas été tué, il 
aurait continué de vivre jusqu'à une époque ultérieure, d'après le 
principe énoncé précédemment. On demande, en outre : Est-ce que 
souvent un grand nombre de personnes ne sont pas tuées dans un 
même moment? Croirons-nous qu'il était possible que tous ces gens-là 
fussent morts dans ce moment? Nous répondons : Oui, cela est pos- 
sible ; ne vois-tu pas souvent que dans certains endroits la peste 
éclate, et il meurt beaucoup de monde en peu de temps; ou bien que, 
beaucoup de personnes étant réunies sous une bâtisse qui s'effondre 
sur elles, elles succombent, ou bien qu'elles montent sur un vaisseau, 
la tempête souffle et les noie? Voilà donc le principe auquel on peut 
ramener ce problème. Ce que nous trouvons dans l'Écriture et par- 
ticulièrement au moment (du séjour des Israélites) à Schittim, où- 
Dieu dit au sujet de Pinhas : « Il a détourné ma colère des enfants 
d'Israël » (Nombres, xxv, 11), prouve que, si Pinhas n'avait pas fait 
ce qu'il fallait, d'autres encore seraient morts. De même le verset : 
« Il se tint entre les morts et les vivants » (ià., xvm, 9) prouve que la 
peste s'est déclarée d'un côté et a été arrêtée par l'effet de l'encens. 
Cela prouve donc que ceux qui sont morts, sans l'arrivée de la 
peste, auraient pu vivre un autre espace de temps, de même que 
ceux qui succombent à une mort violente; ou bien aussi ils auraient 
pu mourir à la même époque. On demandera peut-être : Si vous 
admettez que l'homme qui est tué serait mort par la main de Dieu, 
si le meurtrier ne l'avait pas tué, pourquoi celui-ci doit-il être con- 
damné à mort? Nous répondrons : Si même le meurtrier n'avait 



2CG BEVUE DBS ÉTUDES JUIVES 

Wput sa r«p\s t£aô*»K ^i 1 ? p» a^ A rus n*fl£iti tap^H tsn 
b*e ip pr }8 ;a »ô* d^>b tn]^» njbiip» d^ A rus ^j?i wnpgfeKJi 
nsr:i *tàa si,>a n^r pu c:n nafe spnnoa ;irc phw js nb d^> sa 
♦riww «m triera .rm»T ^a rpprfc anso 9 îfrfeûfeji nii >b rrs;i 
fana >b l fPB m ♦••d» ^la /,() tnî ^na rrnsn ^iia ^s nswa 
nairs ••«»> w >mpB :7m ptf *p« fia djji »anav -d *s nay 
nrrs . v n ma vnep 1 - : K»8 i:aa ipB3 s^ ruai nay rrpa m^Di 
Wto >vh* t rutaycn cs^ fa fftraa rf b tow^a }« ^pï sa msp ^ria 
î'-'-r>n >»jr pa^s sin [a »>âï?sa' n^ro renaai ns p^spa j^is^s bip 
tiratrti *6i nW mncn >6 ffts^s ;s tt ♦»|»o4«fii nM» ny cra n^ipi 
ifited^ic wi frottas did *d ncsi iki s^a pd: *p£BîtK p nus didd H 
»rp î^n twi d*di vt) ^pB s^ isï^s ja ^nas to ''yigfeii nuy >m 
*hy ♦ uaiy *5p RpîPï? >"> n^s ^s ntw rems ^s îstw uyaa ♦dïïïA 
Maam 4 sn:a Am jeno ,ïWs rfîw una^â ^sp rusa n^na 'riusn 

pas trouvé l'occasion de rencontrer sa victime, et bien qu'il fût 
mort quand même il ne l'eût pas tué, le meurtrier n'en a pas moins 
fait ce qu'il ne devait pas et il n'en mérite pas moins de subir sa 
condamnation. Ce que nous venons d'exposer est tout ce qu'on 
peut dire sur cette question. 

9. arûto : « Texte ». — Tm. Le sens est « guérir »; comme ïthn 
(II Rois, i, 2). 

40. "Wa. On a traduit ce mot : « dans la fraîcheur de ma vie », 
c'est-à-dire dans ma jeunesse. On y a comparé ^p^in (Ézéchiel, xix, 
4 0). — \~iTpD : « Je suis privé et dépouillé du reste de mes jours », 
comme *lp£î (Nomb., xxxi, 49). 

\»Z. VrtBp : « J'ai plié ». n*7Dp (Éz., vu, 25) a un sens semblable; 
on a dit que le dalet était ici pour un lamed. Le sens est alors 
« plier », comme bsp?û daus le langage des docteurs (Sabbat, xv, 3). 
— "»W gp* inbntt : a II m'achève et me fait périr par cette maladie ». — 
Le mot . . .û"Ptt signifie que la maladie ne lui laisse de repos ni jour 
ni nuit ». 

14. TMUJ 0153. Les deux mots sont coordonnés sans vav ; on a tra- 
duit 0~\d, par essanûnûa « l'hirondelle », et Tijtf par kurki « la grue ». 
On a mis un yod au lieu du xav dans D^D (Jér., vin, 7). — ibl a le sens 
de ffitiDa, c'est-à-dire : mon regard s'est élevé vers la hauteur. — ïiptf)?. 
Le féminin vient de Inbnfa (sous-entendu), comme s'il disait : « Cette 
maladie m'a affligé, améliore mon état en m'en délivrant ». — ^yiy 
a peut-être le sens de « garantir », c'est-à-dire garantis-moi la gué- 
rison de cette maladie. 

1 C'est la traduction de Saadia. 
* Cf. lbn Dj., Ous., s. v. bbl. 

3 Les deux traductions sont de Saadia. 

4 Voir Oms., s. v. nn? (c 54G, 1. 12). 



f.LOSES D'AOU ZAKARIYA BEN RILAM SUR ISAIÉ 207 

îw/hdk ffaa rmai li' po «a fntr ja dij^k ■fort» najya s /iw 
ftw ^kpj-ibé* hj« ^y ^*t^«i irn n^ai nn «ao »nw ^« lyna ni 
Him^k nKjya ♦wim 'ja^nm 16 •*p^^ naia ^ria rua p?^« 
t^py^K rrna ;ur *D^n kto2 ^"r }^ié6k d*6:d »bi pa^ ra 
j^n^ p >ddi Ain a muya j« ^p sbî nnwn *b>dj rwn nn«i l7 

45. îfHlS. Ce mot désigne la disparition du sommeil par suite 
d'une douleur violente. ÏTIIK est un hitpael, ayant pour complément 
direct imaiD, comme tu vois. La racine est ttTï. Ce qui prouve que 
c'est un hitpael, c'est le dagesch dans la seconde radicale, comme 
\rbyb tto*TN (is., xiv, u '). 

46. "Wbnm signifie : « Débarrasser de la maladie » ; dans la 
langue des docteurs on trouve ûibrt (Rosch-Haschana, 28 a), dans le 
sens de sain d'esprit. 

47. ...npttn tinai. On a dit que cela signifie : « Tu as empêché 
mon âme de périr ». 

J. Derenbourg. 
(i4 suivre.) 

1 Voir Opus., p. 125 et suiv. 

2 Le ms. ajoute le mot "paTt qui n'offre pas de sens. 



ES TAL1 




m 




Benjamin Mussafia cite, à l'article bp^N, un passage du Targum 
et deux passages du Midrasch contenant ce mot, qu'il fait dériver 
du grec eùpuxXeïç, « ventriloque », ou du latin « oraculum ». Mais, 
comme je l'ai déjà démontré (Aruch cornpletwn, i, 302), cette 
signification ne convient pas dans les deux passages du Midrasch 
(Cant. rabb., i, 2 et 11). Dans le Targum Scheni, i, 3, ■pbipnN, ou 
plus exactement "pbpna (oraculum), doit aussi être pris dans le 
sens d' « expression obscure », « énigme ». Après l'explication des 
deux énigmes proposées par la reine de Saba au roi Salomon, 
viennent ces mots: ...î-ims ms "pnb-o uma Vntt "pbpna iritt 
&rp"i»i aa-i. « Que signifie cette phrase obscure, l'énigme (oracu- 
lum) qui précède les autres, » c'est-à-dire qui dépasse en difficulté 
les deux premières énigmes ? L'énigme proprement dite com- 
mence par mit. . . Cette explication est tout à fait naturelle et je 
suis étonné que M. Jastrow (A Dictionary, I, 125) ait mal com- 
pris le passage. Par contre, les deux passages du Midrasch sont 
très obscurs. Dans Y Aruch completum, L c, article "pabip^N, je 
me suis efforcé d,e les expliquer. M. Jastrow (Hebraica. A Mon- 
thly supplément to the Jewish Messenger, 1879, n° 11) ne cite 
mon explication qu'en partie, tandis que dans son Dictionary y 
I, 17, 73, il la passe complètement sous silence, sans proposer, 
d'ailleurs, une meilleure interprétation, car la correction propo- 
sée par lui tiïMn p abN apm i&ô, comme il lit dans Cant. 
rabb., I, 2 n'est pas plus satisfaisante que l'autre correction (sur 
i, 11) oirmi-i bu: vnn» "p obpaiN iftbft. Toutefois, il a raison 
en disant que ces passages sont corrompus. Examinons donc de 
plus près le premier de ces passages : 



MELANGES TALMUDIQUES ET MIDRASCHÏQUES 209 

■obnptt ib nttiai bnHvnto inao iriN bs br ttiib ïtîi îtttt? maSrt 

rra^jn p CpNbnpnNb N"a) •ptfbnp-iNb i^d b^ npioia nain i^a "jt-n in 

.'■oi rmnn nttb-i 

Evidemment les mots ftna^tt p "pNbnpnab sont corrompus. Je 
propose de diviser les mots ainsi njaiift "pai abn p^ Nb c'est- 
à-dire « il n'a pas expliqué et rendu compréhensible la compa- 
raison ». C'est un copiste qui a écrit en marge cette remarque 
que l'agadiste n'a pas établi d'une façon précise comment le 
« mot » nm, pris ici dans le sens du ^oyo? philonien, a pu impri- 
mer un baiser, au sens propre ou au sens métaphorique, sur la 
bouche de chaque Israélite qui s'était déclaré prêt à accepter la 
Tora. Cette note a ensifite passé dans le texte. En effet, le Yalkut, 
Cant., I. c, n'a pas cette phrase additionnelle. Quant au second 
passage (sur I, n), il nous est facile de rendre le sens clair; pour 
cela, il nous suffit d'ajouter un t à ^ttbuî. Le Midrasch fait déri- 
ver nrrr "nin (Cant., i, 11) de l'araméen &nw (an ira) « rangée », 
(en hébreu aussi on trouve le même sens dans nin = ivû) se 
référant aux écoles et aux écoliers disposés en rangées. Cf. Jér., 
Bik., m, 65 c : m-nra ib *pw\y OîDStD 'pi nra sa ; Jér. Ber., iv, 
7 d : tnss mmc rrmia ^TO* Tï-na trttsn ^Tttbn ïba. Lisons 
maintenant le passage d'après cette hypothèse : ïtism nîiT mn 
ïY'apn bœ irwn [psbipDtf] CpNbipba) ftTrtabiD rmnïi it ^b-: par l'ex- 
pression « chaînes d'or » on entend la Tora, qu'étudient les écoles 
(scholse, ayoïcà) dans le sens de Dieu. Déjà le nu:iï it a fait la 
remarque qu'il faut lire "pabpDN. Je considère cette explication 
des deux passages du Midrasch comme plus exacte que celle 
que j'ai donnée, il y a quelques années (dans VAruch com- 
pletunï). L'explication de notre passage par M. 0. H. Schorr 
{Hechaluz, XII, p. 42) n'a aucune valeur. 



II 



LA LETHARGIE DANS LE MIDRASCH. 

A la fin du chapitre Schemot, le Yalkut, 176, lit : '■nb bv rài® 
"n^zm mnab me, et la glose marginale porte rD&ô» ^"ba. S'ap- 
puyant sur ce passage, M. Perles ÇBeitrâge, p. 68) a expliqué le 
mot par le grec XeiToupyCa, qui désignait originellement tout travail 
manuel, plus tard tout acte du rite des sacrifices, etc. Me réfé- 

T. XXII, N° 44. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rant à cette explication, j'ai confirmé à la \m du IV e volume de 
YAruch completum l'hypothèse que j'avais émise, iv, 74, que le 
mot devait être placé sous la rubrique b, cette lettre étant du ra- 
dical. C'est aussi pour cette raison que j'ai placé le mot dans v, 38, 
sous la rubrique b. Malgré cela, l'expression ïrantab "nse, qui se 
trouve aussi dans Tanchuma, éd. Buber, Vaera, § 3, p. 20, me 
parait contraire aux règles de la langue ; il faudrait plutôt "nas 
ïronaVfc (libre de tout travail manuel). Mon beau-père, M. A. S. 
Bettelheim, dont la fin a été si tragique (il mourut sur le navire 
Mi'oichen, le 21 août 1890, et son corps fut jeté à la mer), 
a appelé mon attention sur la dérivation de ïrantâb du grec 
^r.OapYte, « somnolence, torpeur ». Le sens est donc celui-ci : la 
tribu de Lévi n'avait rien à faire en Egypte, était en quelque 
sorte en léthargie, en inactivité, c'est pourquoi Pharaon lui dit : 
c'est parce que vous êtes oisifs, que vous dites : nous voulons 
partir et sacrifier à notre Dieu. D'après cela il y avait originel- 
lement dans le texte d-n^tn îwiob rpn "nb bttî rj^o a la tribu 
de Lévi était en léthargie, était oisive, inactive en Egypte ». Le 
mot étranger, d'ailleurs peu expliqué, est commenté par une glose 
marginale rpb, c'est-à-dire « sans emploi ». De là le mot "nas 
passa dans le texte. Dans Tanhuma, Vaera, § 6, rftWE mn ■nas 
Tid (v. aussi Lekach Tob, Exode, v, 4, et Raschi), le mot 
étranger est également omis et remplacé par l'équivalent ara- 
méen. 



III 



CORRECTION D'UNE ERREUR DE COPISTE PLUSIEURS FOIS 

SÉCULAIRE. 

Dans Megilla, 9 a, parmi les corrections faites par les Sep- 
tante, on cite aussi le fait que 1*1*5 et ^sin dans Exode, xxiv, 5 
et 11, ont été traduits par iûibkt. Ce mot a causé beaucoup de 
difficultés aux philologues (cf. Kohut, Uéber die persiche Bïbel- 
ubersetzung des Tawus, p. 286, et Aruch completum, III, 283), 
d'autant plus que les Septante traduisent veavtoxoi et que, parmi les 
changements cités dans Jér. Meg., I, 71 d, cette divergence 
n'est pas mentionnée (cf. aussi Frankel, Vorstudien, p. 27 et s.). 
Déjà dans YAruch completum, l. c, j'ai fait observer qu'il doit 



MÉLANGES TALMUDIQUES ET MIDRASCHIQUES 211 

y avoir ici une faute de copiste provenant d'une version plus 
ancienne. Sifri sur Vezot Hàberacha, § 35(5 ; Jér. Taanit, IV, 
68 a; Mass. Sofrim, VI, 4 ; Aboi de R. Nathan, cli. xlvi, éd. 
Schechter, p. 65, parlent, en efîét, de trois manuscrits trouvés 
dans l'ïrw (dans le ms. liébr. 222, de Munich, on lit, dans la rela- 
tion des Abot deR. Nathan, uni y ^"O, v. Perles, Sprach und Al- 
tertlfiiimsliunde, p. 5) : 1° (û^rM "»3i#fc] \wn nso ; 2° iBiaarç ^ido 
(■^ittNî iraïa&w d^jrj^î) ; 3° ion *isd. D'après cela les anciens 
exemplaires delà Bible auraient porté ">"3 ^aiatfT) ^D"ia3>î au lieu du 
texte bamai 15s ■vw. Evidemment ce n'est pas le texte, mais une 
glose marginale qui portait cette variante pour atténuer le sens 
dédaigneux de "n^a et pour indiquer qu'il ne s'agissait pas de 
petits garçons, mais d'adolescents, de jeunes hommes. Il me 
semble donc qu'un copiste avait mis en marge le mot ^naiss, par 
lequel il désignait les vswTccrot, les jeunes hommes ; c'est ainsi que 
dans Zébah., 115 & (suivant la version de Raschi et Raschi sur 
Ex., xxiv, 5), "nj^ est expliqué par rrmsn. De même, dans le 
Targ. Onkelos et le Targ. Jerusch. I, "ni:: a, ainsi que Saadia 
Tûa et Tâwus •païnDba , « les premiers-nés ». Dans Nomb. rabba, 
ch. iv, nous trouvons nvnMattJ "mm 1*1*3 li-ra. Les Septante, 
qui ont veavfoxoi, entendaient par là de jeunes gens, de jeunes 
hommes ; du reste, c'est ainsi qu'ils traduisent ^rim (Deut., xxxn, 
25 ; II Chron., xi, 1) ; tn^nran (Juges, xiv, 10). 

En Palestine, où on était certainement familiarisé avec la tra- 
duction des Septante, et où on ne voyait dans la traduction de 
•n^a et •tywn aucun changement de texte, on n'a pu compter 
cette note parmi les modifications opérées par les traducteurs 
grecs, mais en Babylonie, où on avait seulement connaissance 
de l'ancienne tradition du laiMNî ■")£>&, on prêta au Septante un 
changement de texte, non seulement pour ii^i, mais aussi pour 
ibiatK. Cette vieille faute de copiste a déjà été relevée par Gémach 
Gaon, car dans son explication, d'ailleurs exacte, rapportée dans 
le tr^m ND5 d'Azulaï (cf. Aruch completum, l. c), il est dit 
comme suit : 

t^bi tp^n >ib ■'avjNï îbra Ti-tfa *p^ n»£ m 'is imuat ban 

.ùi^nm aba tznspT 

Chose curieuse, R. Nathan b. Yehiel n'a pas mentionné notre mot. 
Si on peut donc considérer comme prouvé que le copiste palesti- 
nien a mis en marge le mot iBiaatt, le changement intentionnel de 
ce mot grec par des auteurs perso-bàby Ioniens en lûiaaw s'ex- 
plique par les considérations suivantes : 1° le mot a l'assonance de 
fcrjiî, pluriel ibit petit, jeune, mot qui est souvent remplacé par le 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mot iDIBt (cf. Yalk., Gen., § 3 ; Raschi sur B. Meçia, 21 6); 2° il 
rappelle aussi le persan âzata, noble, bien né, et c'est pourquoi 
b. Megilla, 9 a, le donne comme traduction de iV^M, et l'attribue 
aux Septante. Mais, en vérité, d'après la version de Lévita (dans 
le Meiourgemaii) et de Mussafia, art. ^aioarç, il se trouve dans 
le Targ. Jerusch. pour ib^K et aussi, selon Lévita et nos édi- 
tions, dans le Targ, des Cant., vi, 5, en opposition avec ne* 
fcun»% et signifie « noble de naissance, estimé », comme le mot 
persan cité. Mais ^ûiaNT (non -«arj^î), dans le sens de «jeunes 
gens, jeunes hommes », doit être rayé des lexiques et remplacé 
par ^i^N3 =vsc6TaToi. — M. Perles (Miscellanea, l. cit.) arrive à 
des conclusions tout autres. 

New-York, octobre 1890. 

Alexandre Kohut. 



UN 



Nous n'avons pas l'intention de donner la biographie de Don- 
nolo. C'est un soin dont notre ami M. D. Gastelli, professeur à 
l'École des Hautes-Études de Florence, s'est acquitté, et bien 
acquitté, dans sa savante préface à son édition du commentaire de 
Donnolo sur le Livre de la création (ïmsfci 'o *). Nous consignerons 
ici seulement quelques notes sur notre auteur à l'occasion de l'édi- 
tion d'un petit traité inconnu de lui que nous avons trouvé der- 
nièrement dans un manuscrit. 

Donnolo nous apprend lui-même l'année de sa naissance, car 
il nous raconte qu'il fut fait prisonnier à l'âge de douze ans, lors 
de la prise par les Sarrasins de la ville d'Oria 2 . Cet événement 
ayant eu lieu en 925, il en résulte que Donnolo naquit en 913. 
La date de l'année de sa mort est fournie par une épitaphe de 
la Crimée (où on lit le nom de Sabbetai Danielo) ; ce serait le 
jeudi 9 marheschwân 4720 de la création, ce qui fait le 28 oc- 
tobre 959 de l'ère vulgaire. M. Steinschneider dit 3 , avec raison, 
que, abstraction faite de la forme étrange de Danielo pour Don- 
nolo, que nous avons mentionnée, le jour de la date donnée 
est impossible, car le 28 octobre 959 était un mardi, et non un 
jeudi ni même un lundi, comme M. Firkowitz le supposait plus 
tard. On sait maintenant que les fameuses épitaphes de la Crimée 
sont, pour la plupart, falsifiées. M. Graetz, de son côté, croit que 
Donnolo mourut vers 970 4 ,sans donner ses raisons. Cette date est 
impossible, comme on le voit déjà par le passage qui se trouve au 
commencement des fragments de médecine de notre auteur, publiés 
par M. Steinschneider en 1868 5 . 

1 II commento di Sabbatai Donnolo sul libro délia Creazione, Florence, 1880, 
p. 5, pass. 

2 M. J. Derenbourg écrit, par inadvertance, Averso [Mélanges Renier, Biblio- 
thèque de l'école des Hautes-Etudes, fasc. 73, p. 436, et Johannis de Capua direc- 
torium vite humante, ibidem, fasc. 72, p. xi, note 3). 

3 Arch. fur pathologische Anatomie, rédigé par M. Virchow, XXXVIII, p. 72 
(tirage à part, p. 8). 

4 Geschichte der Juden(Z* éd.), 1871, t. V, p. 316. 
8 Archiv, texte hébreu, p. i. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le compilateur dit au commencement qu'il donne les résultats 
acquis par Donnolo après que celui-ci eut étudié et pratiqué la 
médecine pendant quarante ans : n»5M riû'W TT naabE 'piDStti 
Ecn naia nro 'a ïwiD*itt ptt-tf to-mbi mpnb n^iDin. Si Ton 
en croyait M. Graetz, Donnolo aurait commencé ses études de 
médecine à l'âge de quatorze ou quinze ans, ce qui n'est guère 
probable. D'ailleurs, on verra 1 que Donnolo écrivit la pièce que 
nous publions en 4742 de la création, ce qui fait 982 de l'ère 
vulgaire, c'est-à-dire à l'âge de 69 ans. 

Arrivons maintenant à la description du ms. dont nous avons 
tiré notre pièce. Il provient de l'Egypte, et récriture carrée sur 
vélin nous semble être, au plus tard, de la fin du xi e ou du com- 
mencement du xn e siècle. Le format est le petit in-4°, et le numéro 
actuel est ms. hébr. e. 26. Notre fragment commence par les der- 
niers mots de la préface 2 . La première page est très oblitérée. 
Nous avons, cependant, pu relever les variantes suivantes : 

P. 3,1. 13, le ms. lit b"T pilîïfcîi bo sn N^lN Wi ; 1. 13, ÏT"n, 
Tïi au lieu de Tin et bôniN, comme les mss. de Parme et de Turin; 
1. 14, trwi LPTftbm -mrr wïtdîqi birpmttfin a^ron ; 1. 17, rvHDi; 
1. 4 8, b"T \m3N, où la place pour lftnba est entièrement oblitérée. — 
P. 4, 1. 3, TT* au lieu de W; 1. 10, 'T^a au lieu de banoi *pa, pa- 
reillement 1. 4 2, où le ms. continue par les mots suivants : rraam 
r-ïban D^iBoa s-nmwi ï-fàann î-intd fr<bi èto si^hn mbîttrr 
■*abi *5« wao rtT b^i. bfcntt^aœ ; 1. 13, mitbVi ; 1. 16, aann bfcnttiffi 
Q" 1 "^™ '•ssan "nso £3 "*a; notre ms. a les leçons des notes 3 et 4. 

— P. 5, l. 1, b"nan rosn; l. 3, bnatt aan inx ^a vieetifl p "nnao 
crwa * ittUft; 1. 10, 41, .... "pn in^nn rmott rûTda rn^n r« 
•narj anm rnbT» bon fcpaaiaft bia-; l. 44, 12, traaian mzjttni 
ixin diiintt bnai mraa nmn r-rbn^n t^in n?3i^n bto ^wbi 
•para mmi nrin» fcabw r-iaiatt î-nm *vbk rmïb \^anri 
Nim rrnïb bana^n baion f*nn an?» a ypiuïn bïtti ins^ ^a 
y^- r-.D^a ystnaa mm *mtk î^irr tainr» bran . miîb ^ttta 
-no "tfwbi , rrnTb *W9 t*nm tzsn^n TOatt ; 1. 4 3, bî»i nsaa 
ïi9Wft ai^bl . . . Nmna ; 1. 14, biNiab ; 1. 15, yina n'est pas dans 
notre ms ; 1. 16, bao au lieu de ibstt ; 1. 4 8, ym .TDlttan nsa 
b* ^a;N ©us , lin ba 5?a . ;»nïï5ts ^m^y 'yna . "ppin *3*i»b '•" i-ina 
■^■«n "piasiûMa ■« tran ynm .an bbra NSnfta n;m»«. — P. 6, 1. 5, un 
point après bï53 ; 1. 6, DID btt ; 1. 8, à la fin après û^l miN Dm. 
Suit dans le ms. (fol. 3#) la table pour les jours, les mois et les pla- 
nètes. Le fol. 3 b continue par le traité que nous allons publier ; le 

1 Ci-dessus, p. 215. 

4 Ed. Castelli, p. 3, 1. 3 du texte hébreu. 

3 C'est peut-être Bagdad, nom moderne de Babylone, quoiqu'il faudrait régulière- 
ment r»"2w"l ; en tout cas, ce passage ne prouve pas que Donnolo soit alié à Baby- 
lone, comme Al. Graetz le veut (Gesch. derJuden, t. V, p. 316J. 



UN CHAPITRE INÉDIT DE SABBETAl DONNOLO 215 

poème qui précède est composé de versets du livre des Proverbes 
donnant l'acrostiche suivant : îifaan Irtnp dimaN na inatB, 

.mbiwi ïtw: i— (7û^n }m2h ûiaa 

, rrra rwb wcpim aa naitt dm wê 

, ïJMBT) ba ^n^a bai *;ab baa 'n ba ntaa 

, rwa a*W7p r;m ">"■* na-p i-tïïdfi nbn'n 

.mm; "naa ^sbi rraan ndift i"i n&rp 

. V n 1ÏTT1N , ">E' n fr^iîTi iwi ^ra-n baa 

. fis^a rijp ^•«rp baai rwa nap ï-iiïan nifflan 

.i-ntDDnn d^nttirodi rpdd s-raiapan dà 

. biaan ab yvin dfin ^*st "i£"> r<b "fnabb 

.^vnttat^b "npiai ^pniab &rnn m^sn 

. n:n "nttaô "pTai *pb naittb rurah 

. rra nssn s-inan -pb? n53ian rro'ïïfa 

. qaa^ nnai î-r^a niapi ynn» avj r.73 !-naan mp 

.^prmrnab im ^paaiib a^n i^tr^l 

. nrj in ai-irai Epaw ait: i^iatt aia ^nab 

."pn ssnn ^a i-nx5 rpn b^ -idiEa pmh 

.'■pbmbb^aana^m^bydniap TpT:^ ba n»Ni ion 

. tt:n ^a nia ai arj N£tt^ nai b? b^aiatt 
♦ r\y^h mian ^pïa d^dn "nai arçjïji ^pta Ett 

ïamp rma in nwa 

'.hnw dbi^73 m?a ^add lias .'ywfta pan ^ d^nbNa *p7:a "pa 
^pia^tt bd 1*1 ^iv ♦ *pab d"\N ïinà mabsi !-riai>n i-rntf bra 15 
Tttbtoi ï-i"dprr bia inim^i nma païïi 3>1TO . ï-rdidia" 1 ^p^ram 
-ina pissa 'Nia 172a ib rrmnbn îbbi-ibi inaïab ta^nnriNn r-nTiT 
•jn-man "rwa^ "pmabtt *naa . "iw T^m-naai ytostù naia-> wb th 
s*<b-i .imab73 nn nadi rnmaa dn^n ^ab y>TiHb ;ïibb . n^ia'r 
libia fcpniafcHtt tzrr r^nNbia tminn i^bb d^pnddn nbs ntr 172^ 
D^pm d^aii d^bsia dïro rninnin S]N Nb^ didïi ^iïîsn Ttno b2> iaba 
tz^anNi mN73 3>aian ta:^dbN t-ira-ia naid Sia ï-tth m^a s-itoarn;: 
i72di b"S mm'dbid rrnia^ nna ïiaiart 2^^n tdabir n^nab déniai 
ndnabn ibbrtbi inaïab dbi^ ïm7r Sa 'id"« mm Sd ■pa^n p" 
11231^ ma "maa "paî*b?a ^""< idia .ainaa n^iarr la^b^a ib ntrinbi 
: dd^ 'toni n:"^N ^n-iia^ i^.pn "«"■« ^ïid nn»i d"a 'ia-« ib^ inan 
inbiwh ia;h d^pîb ta^b^nN dih m^b i3n^ nbm'n ïidna naiâ 
^^ia d^n^n d^iaaia din73 ^as bai bb'p ^ d^bttian d-ONb7b 
dbi3> i^n dbn^ m^?a n'bpnbia maa d^ndoî^n i^b^ia r-rtn ^pnrt 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

.y»pntt to» w *ia*»i 'a* Tins ta^da» fcFîaiDîi mi maana 172a 
taiba û">nDD7D w»3i an nw nai©*»* ifinaow d*wb3»ïi d^ttœn ^ai 
ma72 d^ab a*?2 V 3 'woitb **naaiû la^barçj mm anpnn in maia* 
tawbjïi b*w>a n\a« m»as ban mcn ibKbîa ?<ba* man fcaiba 
mrn yipnii mnrra tanam rça aai rY'apnrq inaoi imna a*ndo?a 
^aana dwatoi a'\N runa a^pna D^banaTai aima a» arrma> d^aïaïaïi 
mata a-ma^a mbtm a^aaia nsaana a^a?ai vm î-naa>7a a^aom ^ 
d^naaTart ©np da» bÈO©"< abwi m72ia* ba ba> nnm .-initia» b^mTai 
i©ms© 'nab 'ainaî 'uf *72an ©imdd mibïTai ta^aaia nTaan mjabb 
aanarai aamaan aon ^a am©an dnmaïai . !n©!a mina aman piaa 
en a *72 i*m aa^a» mn^a lara '»«© t-raaïi trwzr niïiîKai ,'ia.i 
na y»ttfio d^aia aima anp^ dïîa abiab aaaa: iDD72a aoaaiTan tiba* 
nsab taabia>a ruai» caibab mïïi ii"apr: "jna ?<bi . rnia'a a*b ©•*« 
aa> ^a 'naai . visa^ Tib^t-in ^b mnar it aa> 'a© 'cb aba wbwi 
tarwn SaTa nbiaa aa>b ib nwb ^ -ma ^ai ya* ■»"■$ ïthm ©np 
-vaao nb^G aa>b nb nwb ar^rs "p^an: ^'m . troifitti n as ^a>a> n©« 
twy i©« b^ian ba ba> )vb$ înnbi 'nai i^nsa ba i72©bi ^b nai 
,mn i©»a y» v '^ ^np ûy ym-bi i-naenbi taiabi nb^rtnb 
'©■»b a&* "a imN na>lb na*i abiao HTaia aibab rf'apïi "jna Nb aai 
"»7an 'ai .nab» ma» y» a'enr «in ^ ^a ma>n-b n*wiïi mna* a"a 
mae* nstrt ïtnnn baa ta^p^naî: ta^DU572i ta^pn ib ^^n bim ">ia 
,'w 'th n'Haï! ma^i nx taniîaïai 'nai .cai^rr da^ab in" 13 ^^ 
d^pnaar: ïibN72 ,'iai pann iai "la^n in^"i «mn mnbis ^ n« 'an 
dvpai nnmn "jvom pa^n^bn ^i n^ ïiNmb 'tm ^a^rna t2" |ta i7ab isn 
mn72n .Tmstta D^pbn mmna manb ipiaa»^ ^"^ nar\^ mn^j-o rmatîb 
n« nmb a-73ann73i mmmm n?2^^ ^ims na^a^ nmnn ii^n pa^ 
aa^bciïm d*wiaïTi ta^bman Vtt5a»7ai inbimi nnmaai imai n^'^rr 
rresa^ n^N y^i^ai a^Taïaa ^7a "n^s a"a i^a^Taa maan nu)N 1^ ^a 
'nan •■pDana t^ma ï-T7a ta^^b T-iTa^ 'na^ .mmmaaai *pwns 
'nai ,iN?a r\y*iv ">^D3i miaa^Ta a\Nbaa ^n^baa mania ra b^ ^ns 
ta^ari3a<nrit5 nTab ïinN nvTa . amaaan bab a^i-n ^"" | ^a>?a a^bma 
i-ia"pr;bo wyn nN ^^72 na? awm anpim a^m vît d^p^aan 
inbiT ]^i mm n'iN r<ino la nimnbi inmaai ima ^aïib m-a 
îmyi ynNïi n^ai" 1 d^'Nin t^tirs a^a^n Nna i"s -i7a« ï-kd ^a 'naa 
m:a< 'lai ^on y in dip?aa mna^i nnoa ^b 'nai Ziai maaia Kirj 
ta-^pmn mibipa 'tD^b mmnn n« ïmb ^a^a nna ^nii^a in"3pn 
iNibTai tabia>î-î ba^5 tanb \iiai inoa î^ibi ^ibaa Sim bipai 
. ia-«arîi bipn n« ia>7au: abia>a^a ni7aiNM bai min }ma ara iaa>-ina 
rtnmo miaana ^Ta^aa la am d!« "^a ^éwî ^lan ynx aipTaa aôi 
maiba ^nïDpa i!nn apa^^ antb mmaN t»ibi ^tcm imai inn ynxn 
taana ^b mimnb niam pn nai r<iïi© imai imna ■'aiiapan b« 
nna<i n7aa<a ma?aa*ai mam mbim m^nai na>^ma aa* ^a bN ^nuj 
^aya "^ n72N ma a"a . ->nbiî nna< ya<i Sn ^aa< ^a "ba> ima^n p 



UN CHAPITRE INEDIT DE SABBETAI DONNOLO 217 

t-mpi tnpi ^ntts 1731 'iai 'inô* i3î*i 7,11255*1 13&* 'iranx i"i ibfi*iai 'itji 
1731 ,173b mai riîNiDn iirjfi* mimai abi3> d3> 173112573 ib Siai3*ii 
:j"a> nriN îiampa int* 3*ai3 11*7*11 vint 3173125 m&*i3b Snpi 13173a 
•nff i*7»3*i drpbtf *<3fi* *>nip diroia nna-j 1317311 yifi* î-hdi m qfi* 
ib vnapffl 'n)' 1 î^iîi tabis* d3* . dbi3* d3* 17312573 ib naia*^ H*7iaii 
ï-tnidi iiroiî* tp« i73b mai *i3*aian 11255*1 ïniinifio .inbiïin issb 
innsiû 1733» b&niaia *7in3*b ï-istron iiaai r-iiima*ïi *7iaïib ïibiaii 
i^D^îa "psrïbi vmn nmn i733*ra hbvpb onibi npnb miai tanb 
innn nfi* irûna *p S3>i2) in iu)&* Sai t33bi3**i fi*ia3 *yfi* n73fi*a 
i-raifi* tasnba nbiai &*nn &*bi2) *mpi733»i mrainm *ni73ina nmna 
toa* id miDfcnTo «n m ^fi* abi3*ï*7 r^nm 1111)3*73 yatib abia*3 iniabi 
towïnïi ï-it b3»i 'a* i3fi* 13 tam^rai tin £331*7*1173*1 vtj bfiniûi 
i*73*ba73 "pan i"i i33fi* tsib ini73&*i fi*i33ïi iwai is b3* tainpTim 
dfi*3 n*73> ûn&n it tzaa "pan wToraîii in3*i2)iï-n inian i33fi* . yuaitt 
aaa pa*i ddnnb ddb innn nio in3*73U)ï'7i iniaïi .133a* 'fi* i3a*i i"i 
11253 isrisa* Sai3 "ps ii73fi*n t23fi*i 'a* i3fi*i ^y tons* ï-it *-a3*i 1*7 
15a *p*7 "^ 'pin** Nim *pi2)a*i s^inia tara*- S3* wnb tam 
r>*biD ia*7i tat-nssa ïii2)3*3*d 13*7 b3* 31*713*73 *7i3*ïib d^Driïi fcan»n 
innn taab inn3 Snrt b3* ,ia *7i3**ib t^biai 533315* £aî-p3Ba *-7ii)3*3 
13&* 13 1313m I3i53a*m uim 111253*73 miaan na* nmmn i733 , *j73 naïamo 
m^ifi^b irmn ^nib instsn Nbo insnanai imaa ban i-ioi^rn mrroiïn 
'ïïrr i£ap3 taiiart ba a"a .n©^7a mttfim h^tid 13131 Nbo db^n 
ip"ii£ii ûït^ii^ I3\3?i73iûi msnofi^m Snfi^T liai dna 173 di?3fi<b nao^i 
nia» btt nia&ï rr-nnrr nsti . nisT 1151 dna ^73 .n73fi< 1^73^1 ^5311511 
n«T 11^1 bk ni253>73 nittïfin drr i3i^^73iai maiiûN'm .bfi^n^i 13a i3db 
ipn^ii innnbfi* "r^nb dn^^ isni ^ 131^17311)1 maittsm miriïi ^n 
DOwNai m^3 y^a d^iari bao dibiai dsifi* fi^bfi* n73^ 11735*11 Ï3>?3iï5ii 
1*733*1 i //-1 dfi*3 ii3> tsn fi* ihi73fi* bfi*ii2Di aaabi . ib iai25na lïiim 
fi*irr ^fi* ia i3iam ib i3i73fi*m i3>ln p73b pi3r 13 a*iïi inina icî* 
iipnb 13H3M d\Ni"> 133 ii72fi*n dfio . r-rr^ a*b -<ir!fi*i ba i£^ e*b ^zh 
iinsn bfi* a r/ a ifi*iin bfi*i musn bfi* iiiU3»73 niia«ii i /r i ^iia iaiiibi 
.^3>ba73 nibfi* la^n 113» dnfi*i iniam ^^n^MTûïi Tfi*73 fi*bn inin bfi*i 
imam l t iny73ian innn dab ^nnî-QK 7^73 fi*bn ,in3>li ba mat V^i 
■;ifi* ia 11*73* iiïim niii3fi*i73 d"<nfi*ia ^ifi* 111253*73 iiaiim nmo I3ianii5 
dbi3*n ni* infi*ia fi*bia . imnaaai 111233*7335 n.iï53*i ii23fi* n*73*ba73 mbfi* 
d?3ii iiô*b 125731a \nrù v 'i i73fi* na a"a '11131 biaa dfi* ia ia lias* bai 
.173123 m&*ai!: i"i iiba i?3ïiii din 3>3ii nbib iifi*b diaaiai rm nipirs 
mirî73 inaïai 55*11131 3*it da i"i difi*5 issbro ïibfi*tt dipinn 112:17^1 dfi* 
Srifi* int*i3 ^ai^b innm iniia '11251 1173123112) 1*733 ta^73i- ^a 133b 11a 
yifi*i *3ai73ia mpn nbibi d?3ii iniia tô dfi* i"i 1735* r;a a"a i?:bi3* 

bfi* dibl25l73 13>1T73 nip73 Di*73fi* i b 7a3* Wl 3p3>i 3*1T d3 .1*172123 fitb 

iani fi*b dfi* . dM73nn dni3iï) n» 311255* 1*3 ap3*ii pni25i dïiiafi* j*it 
ofi*73fi*i dbi3**i 11733*1 «b ipiia ii73ii3i î*bi nbibi d731i ini1D3 1733* 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pw& £>ma« y-it b* btt)i?a virn nnp» iia* titi apy* aht na 
dbi* nw ba Ynia 'ntjiB'n vmna narr *a <:n :nv bat* , apjm 
r;*- w*5a iDTOa û^ra- nb« bam . d'Tittrm ûrmfc n« a^iBK ^«i 
'-zb 'dî ù'Simpn bantoi visn ynoo ,, »3Wi 'nu naania ">sb na^Di 
î-nD*5a ttî^Db ira ûmms ta^anrj TWia taTitanaa "Ofcma mwna 
ÈTttrn fcbxn a^D» ^pa 'a ^pssbft tisn w iwba s-is-m r-^wia 
■n»« b* *> «an Dbi3>a «bi -t- abi^a «b *pob btoa">: abo a^an 
■n»x pinb vm 'ta aman i:b aa^pi -irob "j-naîi S^ 8*tbi ï^b 
ub-;'2 ibanai nm bbiya i-nat • ■'banan n^ ^ "p&b *ab fTwn ^d 
■pan ^d na*r , »'*i nb^n ."pnbttn toi ->ai nnen vtott ^"^ . Nan 
^■ntD^n n ab baa . "-ppn ^n-sb a*ta»i nna arj . -un ab-i^b v:np ao 
:»n»x ^aba .^n ba b*s Titûiïa ■pn'H* ^m » i pm3HMî *Mttn b« 
fppn mnb ^ ttna '■p-ia .-jb «ans ab prh ^m»» 

La pièce qui suit dans le ms. sans titre quelconque, indiquée 
seulement comme un chapitre séparé par trois lignes en blanc, est 
identique à celle qui se trouve dans l'édition de M. Castelli, p. 6 ; 
elle commence dans notre ms. par les mots '^ ma. La pièce est 
incomplète, elle Unit avec les mots fm n&rni BWB. Edition, 
p. 10, 1. 13. 

On voit par notre fragment que le commentaire sur la Genèse, 
i, 26, et le commentaire sur le livre de la Création forment en- 
semble, comme M. Castelli * l'a bien vu, l'ouvrage intitulé ^i^an. 
Il est probable que dans notre ms. les premiers sept mots de 
l'édition de M. Castelli (p. 1) ne se trouvaient pas, et qu'on a cité 
la préface et la table des planètes comme un mbïîaîi *wo. Reste 
à savoir si en Italie et en Tunisie on avait l'habitude, à l'époque 
de Donnolo, de faire précéder les commentaires sur le livre de la 
Création d'une explication d'un verset du premier chapitre de la 
Genèse qui se rapporte à la création. Si c'était en effet le cas, on 
serait tenté de considérer l'explication de la Genèse, i, 20, par 
Isaac Israéli comme l'introduction à son commentaire sur le livre 
de la Création. M. Steinschneider aurait donc raison de lui attri- 
buer le commentaire sur le livre Yecira, revendiqué pour Don- 
nash ben Tamim 2 . 

A.D. Neubauer. 

1 11 Commento, p. 7, pass. 

2 Voir Journal asiatique, 1 re série, t. XX, p. 203. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOÏÏAR 



(suite et fin l ) 



III 



Après avoir montré que le Zohar invoque les autorités du 
Peschat pour l'interprétation de l'Écriture Sainte, nous expose- 
rons les éléments exégétiques qui sont le résultat d'une méthode 
d'interprétation rationnelle ou, du moins, qui veulent passer pour 
tels. Ils méritent, et en raison de l'ouvrage et à cause de l'intelli- 
gence saine, droite et parfois ingénieuse du texte biblique qu'ils 
montrent, et en raison de l'intérêt historique qui s'attache à ces 
restes de l'exégèse biblique judéo-espagnole du xiir 3 siècle, d'être 
dégagés, mis en lumière pour faire juger aussi sous ce côté nou- 
veau l'œuvre dont ils forment une partie constitutive. Ces élé- 
ments, que nous citerons selon l'ordre des livres bibliques, ont na- 
turellement une valeur très inégale ; toutefois, nous n'avons pas 
cru devoir laisser de côté des remarques de moindre importance. 

Avec le verset 3 du chap. i de la Genèse commence le récit pro- 
prement dit de la création, précédé aux v. 1 et 2 du récit général. 
Après le récit spécial, recommence le récit général (n, 4 2 ). — Gen., u, 
4 6 : « Leurs yeux s'ouvrirent » pour reconnaître le mal, ce qui leur 
permit de reconnaître qu'ils étaient nus (I, 36 b). — n, 23. Les pa- 
roles dont Adam salua Eve sont des termes d'affection, elles devaient 
signifier que lui et elle seraient unis indissolublement. « Elle doit 
être appelée femme », c'est-à-dire elle est la vraie femme à laquelle 
aucun être ne ressemble (I, 49#). — ûntfi, Gen., ix, 7, comprend des 
hommes et des femmes (I, 71 a). — Les quatre promesses de béné- 
dictions dans xir, 2, correspondent à l'ordre donné sous quatre 

1 Voir plus haut, p. 33. 

2 I, 16 b. C'est là un emploi intentionnel d'une des treize règles de K. Ismaël (v. 
plus haut, p. 36) : bb^l U'ISI bblD '"lïTfab. Voir aussi I, 247 i, sur Gen., xlix, 
25 (^pnS'n c'est le bb3 ; ce qui suit, le Lns) ; II, 136 fl, sur Ps., six, 3 : Nnttn 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

formes au v. 1 d'abandonner son lieu natal (1, 78 a). — "pfitt, xu, 4, 
devrait être "pnb, car cela se rapporte au premier voyage d'Abraham, 
xi, 31 ; et c'est pour cela qu'il est dit "inN£:n et non irûba *. — Sur 
xiii, 4 0. Gomme le jardin divin n'avait pas besoin d'être arrosé par 
la main des hommes, ainsi le Nil en Egypte rend toute irrigation 
inutile; c'est ainsi qu'il faut comprendre Zach., xiv, 18 (I, 409a). 
— Il est dit : « Sara, ta femme aura un fils », xvin, 4 0, et non « tu 
auras un fils », afin qu'Abraham ne s'imagine pas que ce sera un 
second fils d'Agar (I, 403a). — frnïn, xvin, 40, se rapporte à Abraham 
(ib.). — Dans la supplique d'Abraham, xvin, 20, se révèle son hu- 
milité, car il n'invoque pas son propre mérite pour sauver son 
parent Loth du malheur qui le menace (I, 4 05&, 114 a). — xix, 29, 
}rn indique que Loth essaya d'habiter les autres villes, mais obtint 
seulement du roi de Sodome, par égard pour Abraham, le droit de 
séjour (I, 4 08 a). — xxn, 4 8. e Abraham dit », et non « son père dit », 
parce qu'à ce moment Abraham n'agissait pas en père vis-à-vis 
d'Isaac (I, 4 20 a). — xxm, 4. Sara est la seule femme dont l'âge est 
indiqué dans la Bible (I, 4 24 b, 4 24 b). — xxm, 4. Par prudence 
Abraham demanda seulement à acheter un terrain de sépulture, 
pour obtenir plus facilement la caverne de Machpéla qu'il avait en 
vue (I, \Tl a-b). — xxvn, 27. L'odeur que reconnut Isaac provenait 
des substances odoriférantes dans lesquelles on avait conservé les 
vêtements précieux, comme c'était l'usage. L'odeur du « Champ 
béni de Dieu », à laquelle il compara l'odeur des vêtements, était 
bien connue d'Isaac, habitué à séjourner dans les champs (xxrv, 
63) ; c'est le même champ qui est mentionné, xxm, 47, et qui est 
ainsi nommé à cause du mont Moria, qui tire lui-même son nom 
de l'odeur des myrrhes (II, 39 b). — xxvn, 30. Esaù revint « de 
sa chasse » (au lieu de « de la chasse »), c'est-à-dire dont la bé- 
nédiction divine était loin (I, 4 44 a). — L'allocution d'Esaû à son 
père est rude et dure pnN dp% xxvii, 34), tandis que Jacob lui dit 
humblement : a Mon père » (v. 4 8), et l'invite délicatement à 
manger (v. 4 9). Esaù parle comme s'il ne s'adressait pas directement 
à son père, à la troisième personne (I, 4 44 a). — xxviii. Jacob aban- 
donna, suivant la parole de Gen., n, 24, père et mère pour se marier 
(I, 4 48 £). — xxviii, 30. Jacob fit un vœu conditionnel, parce qu'il 
doutait si le songe qui contenait une promesse du Seigneur était un 
véritable songe. La vérité de ce songe devait se manifester par la 
réalisation de sa prière (I, 4 50 #). —Jacob accepta un servage si long, 
xxix, 4 8, pour qu'on ne crût pas qu'il désirait seulement la beauté 
de Rachel (I, 4 53 b). — xxx, 4 6. Léa fit sa demande tout bas et pas en 
présence de sa sœur (I, 157 a). — xxxn, 4. A quoi devait servir le 

1 I, 79 a : niH imbltt f-lNE ÎW»i «1ÎTÎTI !ÏYÛ "pHE Wbî* n"N 
NrP72*7p3. Une remarque inclus hardie que cette opposition formelle contre le texte 
massorélique est celle qui est relative à xiii, 7 (89 a), qu'il faut lire 3*1 et nou D" 1 ""), 
ce à quoi se rattache une interprétation midraschique. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 221 

message adressé à Esaii? Jacob voulait se réconcilier avec lui avant 
la mort de son père (I. 166 a). — xxxn, 15. Jacob veut la confirma- 
tion de la bénédiction qu'il avait obtenue par ruse de son père. Elle 
lui est accordée par le fait que son nom de Jacob, qui rappelait cette 
ruse, xxvn, 36, lai est enlevé, et qu'un autre lui est donné (III, 45 a). 

— Quand le soleil se leva et quand l'obscurité fut dissipée, Jacob 
s'aperçut qu'il boitait, xxxn, 32 : cela signifie qu'Israël ne se rendra 
compte des douleurs et du mal que lui aura causés l'exil que quand 
l'exil sera fini et qu'il fera jour (I, 170 b). — xxxv, 5. « La terreur 
de Dieu » consistait en ceci qu'ils se rassemblèrent, s'armèrent et 
déposèrent soudain les armes par peur et renoncèrent à la poursuite 
(I, 473 a). — xxxv, 18. Pourquoi ïrnfc 15, après Tvûzî nttSta ? Parce 
qu'il y a un état où l'âme qui a paru envolée revient; cf. I Sam., 
xxx, 12 : « son âme revint en lui » ; Gen., xlii, 28, « leur cœur fut. 
en défaillance » ; Cantique, v, 6, « mon âme était hors de moi quand 
il me parlait » ; I Rois, xvir, 17, « il ne resta plus d'âme en lui » (I, 
175 a). — Un parallèle entre le sort et la conduite de Tamar, Gen., 
xxxviii, et de Ruth (I, 4 88 b). — xl, 8. C'est à cause de ses propres 
songes que Joseph devint odieux à ses frères ; c'est à cause des 
songes des autres qu'il devint ministre et qu'il fut élevé au-dessus 
du rang de ses frères (I, 4 91 b x ). — xliv, 3. On mentionne le fait 
qu'ils purent aussi emmener leurs ânes, à cause de la crainte qu'ils 
avaient manifestée, xliii, 4 8 (I, 203 a). — xlvii, 29. « A son fils Jo- 
seph ». Joseph était son véritable fils, lui ressemblant tout à fait et 
c'est lui qui le nourrit lui et ses enfants (I, 222 a). — l, 4 0. Les 
Égyptiens firent un deuil en l'honneur de Jacob, en faveur duquel 
leur pays avait été béni (I, 249 a). 

Exode, 11, 23. nnafin doit être expliqué par le passif : « ils furent 
plaints, il y eut une plainte à leur sujet adressée à Dieu » (II, 19 b). 

— 111, 4. Moïse faisait paître les troupeaux d'un autre et non les 
siens, parce qu'un bon pasteur se révèle surtout comme pasteur de 
troupeaux étrangers (II, 22 a). — lb. La montagne de Dieu, le lieu de 
la future révélation attira Moïse, comme l'aimant le fer 2 , — vu, 4 9. 
Comment Aaron put-il arriver près de toutes les eaux d'Egypte et 
étendre sur elles sa main ? Comme le Nil fournissait de l'eau à 
toutes les rivières, il suffisait d'étendre la main sur le Nil (II, 28 b). 

— Le rôtissage de l'agneau pascal (xn, 2) doit être considéré comme 
le châtiment des divinités égyptiennes, xn, 12; Nomb., xxm, 4, con- 
formément à la prescription du Deut., vu, 5, de détruire les idoles 
par le feu. Or les Égyptiens adoraient l'agneau comme une divinité. 
Le fait qu'on ne pouvait en briser les os (xn, 48) signifiait qu'on 
devait les jeter dans la rue pour narguer les Égyptiens (II, 4 8, et plus 
longuement III, 251 a). La circonstance que Dieu mit à mort les 



1 Cf. la même remarque chez Steinthal, Zur Bibel und Heligionsphilosophie, p. 8. 

8 n, 21 a : *p 11b* aw-n» Narra mb ^n is abns «bapxn &ona TOii 
■nb* abi !-jt ta? m ifinaiss to im îtb». 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

premiers-nés des animaux vie l'Egypte, xi, 5 ; xn, 12, s'explique par 
ce fait que les Égyptiens adoraient les animaux (II, 251 a). — xn, 11. 
t Votre bâton à la main », mais aucune arme (III, 251 a). — 3*1 rnr (xn, 
38) ne désigne pas des Égyptiens, mais des gens d'autres nationalités 
(à cause de xiv, 13, ce verset disant qu'Israël ne verrait plus d'Égyp- 
tiens 1 ). — xin, 17. Ù^n est, une allusion aux éléments étrangers fai- 
sant partie du peuple, comme dans Exode, xxxn, 1 et 35 (II, k'Sb). — 
xvin, 3. « Ses enfauts » (à elle), parce qu'en l'absence de son mari, elle 
s'en était occupée (II, 69 b). — xvin, 21. Pourquoi !"iTnn au lieu de 
insn? Parce que, pour le x choix des juges et des cliefs du peuple, leur 
physionomie devait décider, car par elle se manifestait leur capacité 
intellectuelle 2 : « Ta regarderas » (II, 78 a). — xix, 25. « Il leur dit » 
qu'ils devaient se préparer à la révélation de Dieu, car sans prépa- 
ration ils n'auraient pu la supporter, de même qu'une joie soudaiDe 
ou un chagrin subit nous enlèvent l'usage des sens, tandis qu'on 
peut les supporter si on est averti (II, 84 b). — Dans le Décalogue les 
commandements de la première moitié correspondent à ceux de la 
deuxième, par exemple, le premier et le sixième (II, 90 a, le paral- 
lèle est fait tout au long). — xxiu, 13. ^fciDn, « vous serez pré- 
servés » par l'observation des commandements divins; WOW Nb, 
« et vous ne serez pas obligés d'invoquer dans d'autres pays le 
nom d'autres divinités », selon la prophétie de Deut., xxvni, 36 
(II, 123 b). 

Nombres, xi, 28. fi^bs, « empêche-les, détourne-les»; cf. tfb^i, 
Exode, xxxvi, *6 ; Gen., vin, 2, dans le sens de y*î2 (IV, 155 3 ). — xni, 
2. La vigne s'appelle ÏTVfttt, et, après avoir été coupée, ùto, d'où LDittn 
avec l'article déterminatif (III, 160 # 4 ). — xm, 27. TffiD'n, et nonWi, 
indique que chacun des espions avait à raconter quelque chose de 
spécial (III, 161 a). — xv*i, 1. A np"n il faut ajouter comme com- 
plément Ï12? (III, 176 a). — xxi, 5. Ce qui est raconté ici des mur- 
mures du peuple contre Moïse fait, à vrai dire, partie du récit de 
l'eau de contestation, xx, 1-13 5 . — xxn, 8. Les députés madianites 
(v. 7) s'étaient séparés des députés moabites et ne participèrent pas 
davantage au projet dirigé contre Israël. C'est pourquoi, plus loin, il 
n'est question que de leur seconde tentative (III, 200). — xxv, 12. Par 
"fat* Dieu commande le discours par lequel Moïse devait annoncer 
à Pinhas la prêtrise éternelle, manifestant ainsi ses propres dis- 
positions à y renoncer ; si c'était Dieu qui dît iasîi, le *ifa& serait 
incompréhensible (III, 220 a). 

1 II, 4R b. — V. aussi sur Exode, xxxn, 1, II, 191 a. 
* Cf. lit, 123 a, sur dï"PDÛ n*OÏ"ï, fcaïe, m, 9. 

3 Targoum, Raschi et Ibn Parhon rattachent le verbe ici à fcîbi, prison. 

4 Tout le passage se trouve en hébreu dans le commentaire de Bahia b. Ascher, 
sur le verset (tiJTT^a iITWn). 

5 m, 183 a : no:-! nvnto ^ •pra d* p^bnsN anriN *in*w ni Nn©iô 

•p-tf!. Voir III, 148 a, où le principe ÏTITTÛ "imNEl Û"lp173 "p8 est cité à pro- 
pos de Nomb., vu, 1 . 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOIIAB. 223 

Paraphrase de Deut., ni, 26 : « Dieu dit à Moïse : Assez de lu- 
mière du soleil a lui pour toi. Ne demande pas qu'elle continue à 
luire, car le temps de la lune est arrivé, et la lumière de la lune ne 
peut briller avant que le soleil ne soit couché. Donne plutôt ordre à 
Josué, fortifie-le et encourage-le. Toi qui es le soleil, fournis de la 
lumière à la lune ! (III, 260 b ') — Malgré la sévère parole d'avertis- 
sement que Moïse adressa à Israël, son discours respire un grand 
amour pour ce peuple (voy. Deut., vu, 6 ; xiv, 1 ; iv, 4 ; xxvi, 10 ; 
vu, 8, III, 286*). 

I Samuel, n, 2. « Il n'y a pas de saint excepté Dieu », soit parmi 
ceux qui sont dans le ciel, soit sur terre (Deut., iv, 14, et Lév., xix, 
2), car la sainteté de Dieu est autre que leur sainteté ; il n'a pas 
besoin de leur sainteté, mais eux ne sont pas saints sans lui. Tel est 
le sens de ^nba "pN "«a (III, 44 a 2 ). — n, 22. Le péché commis par les 
fils d'Éli n'est que la conséquence de la faute rapportée précédem- 
ment (v. 13) : dans leur égoïsme, ils ne songeaient qu'à toucher leur 
part des sacrifices, ils empêchaient les femmes qui apportaient des 
sacrifices de venir à temps au sanctuaire, les arrêtaient à l'entrée 
de la tente d'assignation 3 . S'ils avaient commis dans le lieu saint le 
crime indiqué dans le texte selon le sens littéral, tout Israël se serait 
soulevé contre eux et les eût massacrés (I, 176a). — xxi, 14. bblîirm, 
au lieu de Mim»*^, est une allusion à tpbrnrin de Ps., lxxiii, 3 
(I, 166 0). 

1 Rois, n, 26. Anathot ne signifie pas « qui est d'Anathot 4 », 
puisque Ebiathar était originaire de Nob, qui n'est nullement iden- 
tique à Anathot. Anathot doit plutôt être expliqué d'après m^nn 
du même verset, c'est une épithète indiquant qu'il avait pris part à 
la misère et à l'infortune de David (I, 63 b), — II Rois, iv, 8. Le mari 
de la femme nommée ici n'était que rarement à la maison ; c'est 
pourquoi la femme seule est nommée ; elle est appelée « grande » à 
cause de son hospitalité (II, 44 a). 

On ne trouve aucun autre verset dont la moitié soit aussi ressem- 
blante à l'autre que le verset 5 du chap. xi d'Isaïe 5 . — Pour Jérémie, 
ii, 3, le Z. renvoie à Lév., xxn, 16 (II, 121 b). — Osée, n, 1. La compa- 
raison d'Israël avec le sable de la mer a un double sens : comme les 
vagues irritées se calment sur le sable (de la côîe) et reculent ensuite, 
ainsi les peuples reculeront devant Israël allié à Dieu ; comme on ne 
peut compter le sable, ainsi Israël ne peut être ni compté ni mesuré 
(II, 225 5). — Malachie, i, 8. A cette époque les Israélites établirent 
comme prêtres près de l'autel et du sanctuaire des hommes atteints 
dé défauts corporels et disaient à ce sujet 2*1 "pN, « il n'y a pas de 

i Cf. III, 181 b. 

2 De même, sous une forme purement philosophique, Lévi b. Gerson, in loco. 

3 L'explication repose sur la version adoptée aussi dans le Talmud 'JI231I3' 1 , voir 

Sabbat, 55 b. 

4 Ainsi Raschi et Kimchi. 

5 m, 198 b : aima "wd anp irom ab nn iï-pn abs anp \Nrt. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mal », car qu'importe à Dieu que ce soit celui-ci ou celui-là? Là- 
dessus Dieu leur dit : quaud vous apportez un présent au gouver- 
neur, le lui faites-vous présenter par un envoyé ayant un défaut 
corporel (III, 91 a) ? 

Psaumes, xxxvi, 7. d*TK signifie l'homme dans sa perfection ; à 
côté de lui est nommé l'animal, comme le plus infime d'entre les 
êtres vivants. C'est la coutume de l'Écriture Sainte de placer ce qui 
est le plus bas à côté de ce qui est le plus élevé ', par exemple I Rois, 
iv, 13, « depuis le cèdre jusqu'à l'hysope » (III, 48 a). — li, 6. Chaque 
artisan parle de son métier. David, qui était auparavant bouffon du 
roi (I Sam., xiv, 23), ne peut s'empêcher, dans son affliction, de dire 
au roi de l'univers devant qui il se trouvait quelque chose d'amu- 
sant * : « Maître de l'Univers, j'avais dit (Ps., xxvi, 2) : Éprouve-moi 
et tente-moi. Tu disais que je ne résisterais pas à la tentation. J'ai 
donc péché pour que tu eusses raison d'avoir parlé ainsi » (II, 107 a). — 
lxxxiv, 6. Celui qui a la véritable foi en Dieu a, pour ainsi dire, des 
« routes dans le cœur », car son cœur ignore toute pensée étrangère 
et ressemble à une route qui conduit directement au but (I, 142 a). 
— cxxvi,2. « Ceux qui se lèvent de bon matin », ce sont les céli- 
bataires qui, de bon matin, se rendent à leur travail journalier. « Ils 
mangent le pain de la douleur », car celui qui a des enfants mange 
son pain avec plaisir et allégresse, et celui qui n'en a pas mange son 
pain avec des sentiments de douleur (I, 187 a). 

Job, ii, 5. "pirr, « il t'abandonne, se retire de toi » *|b p-imS"* (II, 
33#). — xxxviii, 13. « Pour que les pécheurs soient secoués d'elle », 
comme quand quelqu'un saisit un manteau pour en secouer la boue 
(II, Ma). 

Cantique, iv, 15. « Source du jardin ». Il y a des sources dans des 
endroits déserts, entourées de sécheresse, qui, pour cette raison, n'of- 
frent pas de plaisir à ceux qui en boivent. Mais celui qui s'approche 
d'une source dans le jardin, celui-là jouit de tout : que de roses, que 
de plantes odoriférantes se trouvent tout autour et combien une 
pareille source est plus belle que toute autre (III, 201 à) ! 

Kohélet, i, 3. Ce verset s'applique aux hommes dont les efforts ont 
des buts blâmables ; bftj> a ici une signification fâcheuse, comme, par 
exemple, dans Ps., vu, 17; x, 14 ; Nombr., xxm, 21 (II, 112 a 3 ,>. — 
il, 13. « La sagesse a un avantage sur la sottise », car s'il n'y avait 
pas de sottise, on ne connaîtrait pas la sagesse ; « comme l'avantage 
de la lumière sur l'obscurité », car s'il n'y avait pas d'obscurité, on 
ne connaîtrait pas la valeur de la lumière (III, 47 d). 

Ces explications, au fond, s'appuient sur la connaissance de la 
grammaire, mais de véritables remarques grammaticales dans 

1 nnbstt ^17221 inb573 riaoy u^pDi t^in «np^i mrma. 
a a"**n mn aobEi «ma in b^btt mmattisa b^b» T3 meto bs 
« ♦ ♦ mmrmab an aobfc ijop mm ïtd t^n^ata mm 

3 Voir III, 182 a. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 225 

l'exégèse biblique du Zohar, il n'y en a pas pour ainsi dire. Les 
voyelles, les points-voyelles et les accents occupent une place im- 
portante dans les explications mystiques sur le premier verset de 
la Genèse : surtout les trois points-voyelles qui consistent en un 
point unique l . — Le verset de Daniel, xn, 3, auquel est emprunté 
le nom du Zohar, est interprété comme se rapportant aux accents, 
qui dirigent les autres éléments du discours, les lettres et les 
points-voyelles 2 , comme les rois qui conduisent leur armée. 
Suivant l'indication des accents, le discours avance ou s'arrête 3 . 
Dans son interprétation de l'Écriture, le Zohar tient assez souvent 
compte des accents 4 . La constitution physiologique et la formation 
de la langue sont aussi traitées dans le Zohar selon le mode mys- 
tique 5 . En fait de terminologie grammaticale, je ne trouve à re- 
marquer que la traduction araméenne de l'expression qui désigne 
le pluriel 6 . Au sujet de Gen., xlix, 20, détermination du genre 
du mot ûnb (I, 246 a). — À la particularité de la langue hébraïque 
qui, pour les grands nombres, met le substantif après l'adjectif 
numéral au singulier, et pour les petits nombres au. pluriel (voir 
Gen., xxm, 1), le Zohar rattache cette leçon que « Dieu élève les 
faibles et abaisse les grands (III, 168 b 7 ). » 

L'exégèse du Zohar repose souvent sur des particularités syn- 
taxiques du texte. Beaucoup des interprétations dont nous avons 

« i, 15 b : p-rn p-irj dbn T*np2 rbm «n [Cf. 17 «: nbrïi s^Wi 

ÏD* , Tlp2). La mystique du Ségôl, II, 138 a. 

* A cette occasion, il emploie la célèbre image que les consonnes ressemblent au 
corps, les voyelles à l'esprit ("^ip* NflTll lYlDH fc*D*l*»)- Ibn Ezra avait employé la 
même image pour les rapports du discours et des pensées. Voir Abr. Ibn Esra als 
Grammatiker , p. 31 . 

3 I, loi. Les accents sont appelés 1M533*T ^12212 ; le ton qu'ils indiquent $5*132. 
Déjà Ibn Ezra emploie 'rn^2 à la place de D3*w3i v °ir son Comra. sur Exode, n, 3 : 
NBI-I 'H nbnn2 "p^ri nTtl ma V2- Les mots du verset de Daniel sont ex- 
pliqué?, en conséquence, ainsi : yvp^Tl = l'extension du ton, Rnit3V)£)nfi* 

N2*i*i2*T. 

4 I, 167 5, sur Gen., xxvn, 19 [voir plus haut, p. 43, note 2] ; III, 191 b, sur 
Exode, xin, 21 ; III. 201 a, sur Ps., xcvin, 1 ; III, 203 a, sur Gen., xxxni, 5; 
1, 120 a [cf. III, 181 5), au sujet du pesik, dans Gen., xxn, 12 et ailleurs. Sur les 
noms et les formes des signes d'accentuation, voir IL 158 a, II, 205 b voir Luzzatto, 
ïlbnpr; 'H bv mm, p. Hl], I, 24 a (Luzzatto, ib., 120). 

5 Voir III, 173 a, 228o. La mystique des lettres labiales et gutturales, II, 123 a. 

6 111, 84 5 : \N*rm (i) «Wrt , FfcTOCn 'b = Ttr yVûh , tPm 'b. Le terme 
de l'exégèse halacbique et agadique rnmb se trouve souvent dans le Zohar en ara- 
méen sous la forme de ïi^CJÔ, par exemple : I, 128 5, 170 è, 183 5, 186 5. Dans 
tous ces exemples, il s'agit de la particule p^. I, 244 a, exceptionnellement PN 
mmb, de même II, 90 a. Cf. aussi II, 32 5 : îl^CiÔ D*J, et II, 37 5, D*j 

mmb. 

7 Autre interprétation cabbalistique, I, 123 a. 

T. XXII, N° 44. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

parlé ont pour fondement soit l'observation de particularités, 
soit celle des difficultés syntaxiques des passages bibliques. Qu'il 
nous soit permis de citer encore ici quelques spécimens de ce 
genre d'interprétation. Au sujet du mot wn répété deux fois 
dans Gen., xn, 14 et suiv. (I, 82 a). — A propos du sujet de na^i, 
Exode, xv, 26, qui n'est pas indiqué ; cf. n^N, Exode, xxiv, 1, et qui 
est déterminé par le verset précédent (II, 60 & 1 ), — Gen., xlix, 
22, Stt*E est attribut de f3> interprété dans le sens mystique. — 
Le complément de rvnzî*, Ps., lu, 11, c'est ûbn3>b (III, 21a). — 
Deut., iv, 39. La proposition qui commence par Xi aurait dû venir 
immédiatement après d*pfi rwn (II, 26 a). — Cô qui est curieux, 
c'est la croyance à des vocatifs en plusieurs passages de la Bible : 
Is., xxvi, 9, »tdbô, ^rm, c'est une invocation à Dieu, âme et souffle 
de toute chose 2 . ï-îb^b main, Ps., cxix, 62, nom mystique de la 
Divinité, est aussi une apostrophe à Dieu (I, 92 6). inb, Ps., 
cxli, 4, indique une invocation au cœur. Le verset contient un 
avertissement donné à soi-même de ne pas s'écarter du droit 
chemin 3 . 

Pour le chapitre de la lexicologie, nous parlerons d'abord de la 
manière dont le Zohar traite différents synonymes 4 , ensuite de 
certaines explications extraordinaires 5 . L'étymologie de certains 
mots par l'araméen et les étymologies données pour certains noms 
sont intéressantes. Le Zohar compte aussi comme araméen le mot 

1 De même, le sujet de l ")Sp'*l (Dieu) n'est pas indiqué, comme dans Exode, xxiv, 
1 ; Lév., i, \, Nnp^T (II, 157 a). 

2 M, 67 a. Partant de là qu'il aurait dû y avoir "jniN "•1Ï5SD3 , h pnO >1 TTH ' 

Tim 'MDsa "nEN barwn atoi wdmi arm ï-i"n"p. 

3 III, 47 a. Interprétation qui repose sur la difficulté de croire que le discours 
s'adresse à Dieu et que c'est à lui qu'on attribuerait ainsi l'entraînement du cœur 
humain au mal. 

4 II, 19 &, sur Ex., ii, 23 [îl*UD ,YVpXt).l III, 161a, sur Nomb., xm, 27 
("p:- ^fc8 # nSO); III, 48, sur Lév., xm, 2 ( Ri* ,©13» f *r\M , OTN ) ; II, 
215 a, plus brièvement III, 88 a, "pi et mN ; I, 57 a, S»m et y*\ ; II, 45 b % Ùiyiu 
dans le sens factitif « qui en amènent d'autres à mal faire ». 

5 III, 81 b, n)j£, Is., lvi, 2, t attendre » ; cf. Gen., xxxvn, 11 ; I, 174 6, IttJWfc 
Is., lvii, 20, t expulser, chasser » (cf. David Kimchi, in l.) ; I, 69 b, ûnntlïri, Ps., 
lxxxix, 10, rendu par ^ann (= Û^aiïîn) ; II, 137 a, rnîT 1 , Psaum., xix, 3 = ;-prp; 
cf. T^n = J-pn ! m* 150 a, "imLTrn, Exode, xxx, 7, « remplir d'huile », cf. 
D^IE , Cant., i, 2, et Jérém., xliv, 17, où tî^mEû ÎT^ÏIjI. répondant à ce qui pré- 
cède ûnb aJSflÛDl, signifie le superilu de la boisson; I, 187 a, rQltî, Ps., cxxvn, 2, 
se rattache à piafl), Gen., n, 3, (cf. le Dictionnaire d'Aboulwalid, 701, 27 —702, 6); 
III, 269 a, milTl, Deut., vi, 7, a le sens de « conduire » iOÏ-ttNb 123 11 "^n 
irn ï~^'2H; I, 18 a ")Tp"\ Gen., i, 9, de *ip, t qu'elles coulent en droite ligne » ou 
• suivant la mesure » (cf. Beresch. rabba, ch. v, au début) ; I, 247 b, EpE3'\ Gen., xux, 
27, de £pu t nourriture » (Benjamin nourrit l'autel, le « loup »); II, 140a, '■pntUN. 
Ps., lxiii, 2, de t irp23, aurore. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 227 

SWtis, Gen., xvi, 1, au lieu de ttànri *. d*nnNn -p^ Nomb., xxi, 1, 
■vient de l'araméen mnèfr, « endroit » : Israël ressembla, après la 
mort d'Aaron, à un homme qui marche sans appui et qui est obligé 
de s'appuyer à chaque endroit (III, 283 b). — ftTwm, Nomb., xxn, 
5, vient du mot araméen qui signifie « table ». C'est le nom de 
l'endroit habité par Bileam, à cause de la table servie tous les jours 
pour attirer tous les mauvais génies, dont il est aussi question 
dans Isaïe, lxv, 11 (III, 192 a). — nnoa, Gen., iv, 14, se rattache 
à l'araméen nno, « démolir une construction » (I, 36 2?). — "nato, 
Ps., xix, 2, se rattache à -pas « tirer » (II, 136 &). — En fait à'éty- 
mologies de noms, citons : Dans dma», le n a la même valeur 
que n : Abraham a été le père de la miséricorde îxmuttrrn 8*3$, 
comme nul autre ne l'a été ; il prie pour les Sodomites, tandis que 
Noé ne prononce pas un mot de supplication lorsqu'on lui an- 
nonce la destruction du genre humain (1, 106 a). — Amram a été 
ainsi appelé parce que la tribu des prêtres, qui s'élevait au-dessus 
de toutes les autres, est issue de lui (d^an bd h$ m d*, II, 19 a). 
— Les serviteurs du sanctuaire terrestre s'appellent d*nb, parce 
que, par leur chant, ils se joignent (ïnba) au chant des anges, des 
serviteurs du sanctuaire céleste, et l'âme de celui qui les entend 
va se joindre au sanctuaire supérieur ; ou bien aussi parce que la 
descendance de Lévi, par Moïse, Aaron et Miriam, s'unit à la 
gloire divine et parce que les Lévites s'unissent à l'Eternel pour 
accomplir son service 2 . — iap, Juges, iv, 11. Ce nom a été donné 
à Héber parce que, comme un oiseau, il se fit un nid dans le désert 
et s'y retira (III, 121 b fine). — Elihu est appelé ■♦naïi, Job, xxxn, 
2, non parce qu'il était de basse extraction mnsttîE m, Job, xxxi, 
34, car, en réalité, il était d'une noble famille (ni nnsEftio) ; mais 
parce qu'il se faisait petit en présence de plus grands (rm?^ b# 
fTO'tt, II, 166 a). — Dans le nom du prophète Isaïe (rpjnai), il y a 
une allusion au salut annoncé par lui, tandis que le nom de Jéré- 
mie (rrw\ peut-être de d^T ?) signifie la destruction du sanc- 
tuaire, « l'enlèvement » de la lumière d'en haut de son séjour ter- 
restre 3 ». — Le développement sur le nom d'Aschera, que leZohar 

1 i, 88* : -Qipt-i yn»b am oi:nn an. Cf. dimn tnp ■wn, au sujet de j&- 

rémie, x, 11 (I, 9 b) ; II, 129*. 

s IL 19 a : ù-nbaia b^ tmb n&n bœ diTtsn "isnpa rrab irnîr 'n Ta a 

nb^b n^D3 pniai mba awwam inao ïibyzh tzp-arm 

d"i»i •priai ï-ws^a r^stert &a> *nb jht mba bdnu; Ta« ûinan'-i 
nmrab '- ba d"nban dm i-nns isnî bdm. 

3 11, 179 b : «mpbnoN ïtmt d*na ïifiTM &wm **t»rç *m «n b:n 

ïl^by KTlWïï* La première partie du nom est expliquée par NmpbnOiS, ce qui se 
comprend le mieux par EPI!"! t d^T. H n'y a pas à songer ici à l'explication donnée 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rattache à Deut., xvi, 21, est remarquable. ïtvûn serait le fé- 
minin d'T^tf un des noms de Baal, qui signifie le soleil. Les deux 
noms sont cités l'un à côté de l'autre dans II Rois, xxm, 4; les 
adorateurs du soleil sont appelés les serviteurs de Baal, les adora- 
teurs de la lune, serviteurs de l'Aschera 1 . — L'explication de ava 
par :mN repose sur une interversion de lettres prouvée par Job, 
x, 24-. Cette interprétation du nom de Job est donnée en même 
temps que d'autres explications de noms dont le Zohar trouve le 
principe dans l'expression îd"Wd ïtt, Gen., xxvn, 36, et xliii, 
10 ; dans ces passages cités, l'expression signifie : ceci — savoir 
le mot qui désigne la fraude de Jacob et que les fils de Jacob 
emploient pour indiquer les conséquences de leur retard — 
deux fois, c'est-à-dire sous deux formes. Une fois "«msa, mon 
droit d'aînesse, la seconde fois, c'était to-d, ma bénédiction. 
De même, le mot nasi, employé par les fils de Jacob, prend 
aussi la forme "1:0:2, « nous avons honte » (devant cet homme, 
Joseph 3 ). 

Pour finir, nous citerons encore quelques remarques exégétiques 
de naliwe générale tirées du Zohar. 

Tous les prophètes se sont servis de ce préambule : « ainsi parle 
l'Éternel » ; tous, excepté Moïse. Cela s'explique par la supériorité 
du degré de prophétie auquel avait atteint Moïse, III, 198 a 4 . — 
Là où une prophétie contre d'autres nations a pour préambule 
le mot KiDE, ce mot a un bon sens, tandis que pour Israël le 

au commencement de Kohelct rabba (où l'on t'ait dériver le mot d'spy]uia) : ïlfab 

1 1, 49 a : iir»tti b?nb ^nm* Iv^n koto Tibs ■pra bs nna b^n 
ïTTCîn moNbn b?nb ^*i bsn ï-nraN nai? "p-ip^N r^nrrob ■pnbsT 

TC3N nb^n D11I5 by "Hpntf. C'est ainsi que M. Goldziher, Der Mythos bei den 
Hebrœem, p. 142, met « Aschera », la lune, en regard d'Ascher (= Baal), le dieu du 
soleil — naturellement sans s'appuyer sur ce texte du Zohar et en se tondant sur 
d'autres raisons. A cette occasion, nous remarquerons que létymologie donnée par 
M. Goldziher pour J-JT se trouve aussi dans le Midrasch Conen ; voir Beth Ha— 

midrasch, de Jellinek, II, 26 : mitt VIT ÙUJ b^ Tf\\ 

2 Voir le Handtoœrterbach de Gesenius, 10 e édit., p. 33 : « On a ramené le nom 
à la racine 3"^ « traité en ennemi • ; 2"PN signitierait alors « hostile », et non 
« persécuté ». 

3 I, 145a ; cf. II, 111 a en haut, où Ù^TD^D ï"îî est ainsi paraphrasé : IZJipNI ^H 

t:-: B**m ïTinN iDsrtnN irron w: i^tti "p-inb pDS"ï "in 'p-inb. 

D'après le même principe, D^rPN est changé en Û^fiOn, H, HOè. 

4 Sur la différence entre le pouvoir prophétique de Moïse et celui des autres 
prophètes, voir III, 2G8 b (il y là aussi cette comparaison : EppS ïrbnp^b "lïlbD 
iNwj 153 ^jDS ; cf. I, 49 b t au sujet d'Eve, la femme parfaite : ftSJl "pUÎ3 *pttb3 
i\ZZ ~"ZZ1 NDip^ ; v. Baba Batra, 58 a). Voir III, 110 a, une classification des pro- 
phètes suivant leur genre d'inspiration (Raya Mehemna) ; voir aussi II, 130^ fine; 
I, 149 a. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DANS LE ZOHAR 229 

> 

même mot a un sens fâcheux * ». Là où la suscription d'un 
psaume porte simplement wb, sans autre désignation, comme par 
exemple au psaume xxxvn, c'est l'Esprit saint qui parle (I, 239 a). 

— Là où il n'est pas indiqué d'auteur du psaume, par exemple 
cxxiii, c'est aussi l'Esprit saint qui parle, III, 265 b. — *n»ï£ 
Tnb désigne un psaume composé par David sur lui-même ; "-nib 
ivzvn un psaume qu'il a composé sur Israël tout entier (II, 50 a). — 
L'indication des faits historiques de la vie de David qui se trouve 
dans beaucoup de psaumes doit prouver, à la gloire de David, que 
même dans la détresse et la persécution, il ne s'abstint pas de 
composer des chants de louange en l'honneur de Dieu (II, 140 a). 

— C'est dans le chant des chœurs célestes que David, comme 
Salomon, puisèrent l'inspiration et le talent pour composer leurs 
œuvres de poésie et de sagesse (II, 18&). — Salomon a composé 
trois ouvrages correspondant aux trois genres de sagesse (Prov., 
ni, 20 ; Exode, xxxi, 3). La î-pa^n (la sagesse la plus haute) trouve 
son expression dans le Cantique ; la ï-imnn (intelligence, jugement) 
dans Kohélet ; rw (connaissance des faits isolés) dans les Pro- 
verbes (III, 64 a 2 ). Les Proverbes où, suivant la manière de 
Prov., xxv, 25, les deux membres de la comparaison sont placés 
simplement côte à côte, sont caractérisés de la manière suivante : 
la première et la seconde moitié du verset apparaissent comme 
deux choses différentes 3 , mais en les considérant de plus près, on 
y retrouve l'unité. Ainsi les deux moitiés du verset cité forment 
une unité par le fait que, dans chacune, la satisfaction de l'âme 
doit être exprimée 4 . 

Si les matériaux exégétiques relevés par cette étude ne peuvent 
prétendre être tout à fait complets et si plus d'une parcelle de véri- 
table pescfiat nous a échappé, nous croyons cependant avoir montré 
suffisamment que le Zohar mérite l'attention en tant que source 
d'interprétations simples et comme témoignage de l'emploi de ce 
genre d'interprétation durant le siècle qui a suivi en Espagne 
l'époque des grands exégètes. Cette constatation pourra servir 
comme contribution à une analyse complète du Zohar. 

Budapest. W. BACHER. 

1 I, 197 a. Cette règle est déduite de la signification du mot NlïJfà « fardeau ». Le 
bien-être des nations étrangères est, en quelque sorte, un fardeau dont Dieu se dé- 
charge, en décrétant contre elles le châtiment, tandis que le châtiment menaçant 
Israël est considéré par Dieu comme une sorte de fardeau dont il se charge. 

2 Cf. III, 158», fine ; II, 145 a. Sur le Cantique, voir surtout II, 143 a-b. 

3 !TWn FFEPb ~l^b"l ï"PD">0 ÏTW^ "iNb £Op INÏI. C'est avec cette formule 
que débute quelquefois l'explication d'un verset de l'Ecriture; voir III, 131 b, sur 
Prov., i, 20 ; I, 150 b, sur Ps„ lxv, 11 ; III, 121 a, sur Ps., xxxn, 2. Cf. H. 86 b, sur 
Gen., xvi, 12 : ï-plDi^a "nnnN &Ô fcnp"! ÏWW- 

4 am-n an^a i«fi *p armi «m^ iam n£û. 



LE JUIF DE LA LÉGENDE 



(suite 1 ) 



IV. Le Juif châtié. 

On se rappelle que Pierre de l'Ancre [Revue, t. XIX, p. 241) 
raconte qu « au lieu où était le prétoire de Pilate, on entend des 
bruits et des mouvements si violents, comme de personnes qui 
battent, tourmentent et flagellent quelqu'un, que le P. Bouclier, 
y étant entré, confesse en être sorti tout étourdi et hors de soi : 
La tradition de la Terre-Sainte, ajoute de l'Ancre, étant que c'é- 
taient des Juifs qui étaient châtiés et punis par justice divine en 
ce même lieu où ils avaient flagellé le Sauveur du monde. » 

On jugera de la manière dont de l'Ancre sait solliciter les textes 
en comparant ses paroles avec le texte auquel il a emprunté ces 
lignes. 

L'ouvrage du R. P. Boucher, frère mineur, est ainsi intitulé : 
Le Bouquet sacré des roses du calvaire, des lys de Bethléem, 
et des hyacinthes d'Olives, recueillies Van 1611 et 1612 dans 
un voyage à la Terre-Sainte 2 . La première édition est de Caen, 

i Voir t. XX, p. 249. 

2 Tout un chapitre, p. 644 et suiv., est consacré aux « absurdités contenues dans 
le Talmud • . « Pour une petite fleur qu'il esclost, dit-il, il produit mille espines » 
(p. 648). P. 649, il raconte : * Estant en Hierusalem, il m'arriva de me moquer de 
cela en présence d'un rabbin qui me venait visiter assez souvent pour m'apprendre 
quelque chose, lui disant : « Eh bien, maistre Samuel (car il s'appelait ainsi), quand 
nous aurons fricassé tout ce pauvre Léviathan, que mangerons-nous après? Cet 
homme prit cette gausserie à si grand désacœur, qu'il ne me put dire autre chose, 
sinon que Padre adunque uburlate ? Et quoi, Père, vous vous moquez donc ? Disant 
cela, il sort de ma chambre et depuis n'a jamais voulu me venir voir, quelque prière 
que je lui en aie pu l'aire. » En passant en Egypte, il a parlé à un Hakam, Mossé, 
qui voulait être enterré à Jérusalem. Il a posé une question qu'il avait adressée 
l'hiver précédent à Rabbi Léon de Modène au sujet de l'agneau pascal (p. 65i-652). 
— Le chapitre suivant, p. 656 et suiv., traite des Caraïtes, qui résident principa- 
lement a Saiet. 



LE JUIF DE LA LEGENDE 231 

1618 (in-8°) ; d'autres éditions parurent à Paris, 1623 (in-8°) ; à 
Rouen, 1698, 1*735 (in-12) ; à Lyon, sans date (in-12). Celle que 
j'ai sous les yeux est datée de Paris, 1620. Le permis d'imprimer 
est ainsi conçu : « Faict en nostre couvent des Cordeliers de Paris, 
ce huictiesme de Février 1620 ». 

Or je n'en puis trouver de raison assurée [pourquoi le prétoire de 
Pilate ne sert plus ni de chapelle ni de mosquée], si je ne la cherche 
dans les abîmes des secrets jugements de Dieu, auxquels je m'ar- 
rête, sans toutefois entreprendre de les vouloir témérairement éplu- 
cher. Seulement je dirai ce qu'écrit le Px. Père Bonifacio Stephani, 
homme très docte et très pieux, qui a gouverné longtemps les lieux 
saints en qualité de gardien, dans son livre de Peremni cultu terra 
sanctœ (liv. II). C'est à savoir qu'après avoir cherché l'espace de sept 
ans les moyens d'entrer en ce lieu sacré, finalement y entra par la 
porte dorée, c'est-à-dire par le moyen de l'or et argent qu'il donna 
aux officiers pour avoir ce bonheur. Entré qu'il fut là-dedans il en- 
tendit un bruit (sans voir personne) et des mouvements violents 
comme de personnes qui battent, tourmentent et flagellent quel- 
qu'un. Ce bon Père, épouvanté d'un tel bruit, demanda à une vieille 
femme qui demeurait en une petite chambre contiguë à ce lieu quel 
bruit était là. Elle lui répondit qu'elle n'en savait rien au vrai, mais 
qu'elle avait ouï dire dès le commencement qu'elle vint demeurer 
en ce lieu, il y avait soixante-dix ans, que c'étaient les Juifs qui 
étaient châtiés et punis par justice divine en ce lieu où ils avaient 
flagellé un de leurs plus grands prophètes. Or, quant à moi, je n'ai 
pas ouï ce bruit-là, quoique j'aie été dans ce lieu environ d'une 
heure, mais je confesse franchement et dis en vérité que quand j'y 
entrai, je sentis en moi-même une grande émotion de sang dans mes 
veines, avec un tremblement de corps, une frayeur de tous mes sens 
et un soudain étonnement d'esprit dont j'ignorais la cause, car je ne 
savais pas pour lors ce que je viens de dire ci-dessus; mais je l'ap- 
pris à mon retour, de la bouche du R. P. gardien à qui je racontai 
l'émotion que j'avais sentie dans ce lieu i . 

Peu de temps après paraissait le Récit véritable et miracu- 
leux, de ce qui a esté veu en Hierusalem, par un religieux de 
l'ordre S. François et autres personnes de qualité. A Paris, 
M. DC. XXIII (in-8° de 8 p.). On y lit ceci : 

« Je, frère Dominique Auberton, religieux de l'ordre sainct 
François,. . . certifie estre vray ce que je dis icy, sur la foy chres- 
tienne et ma part de paradis, suivant ce que j'ay dict et presché 
publiquement, comme chose véritable et l'ayant veu oculairement 

1 P. 231. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en la saincte cité de Hierusalem, Tan de grâce mil cinq cens sept, 
et le jour de Notre-Dame d'aoust, à une heure après midy, estant 
devant la maison de Pilate, au lieu appelé Golgotha. » 

Devant une affirmation aussi solennelle, tout scepticisme se- 
rait déplacé, et le récit d'un témoin oculaire revêtu de cette qua- 
lité, « bachelier en faculté de théologie », ne saurait être mis en 
suspicion. 

Ecoutons donc la déposition de frère Dominique Auberton. Sur 
l'indication d'un chrétien apostat, il entre dans la maison de 
Pilate, à l'endroit où Jésus fut attaché et battu, puis, après avoir 
descendu quarante-trois marches, il entre dans une grande grotte 
au bout de laquelle se trouve un homme nommé Malchus, qui 
frappa Jésus-Christ de sa main. Cet homme « aagé, comme il 
semble, de trente-cinq à quarante ans. . . , est dans la terre jus- 
ques au nombril, ne parle qu'aux chrestiens seulement. . . Il nous 
demanda quand le jour du jugement seroit, nous luy dismes que 
Dieu seul le sçavoit. Ledit Malchus bat et frappe incessamment sa 
poitrine et ne regarde point ceux qui parlent à luy... Et moy, 
frère Dominique Auberton, certifie cecy estre vray, sur ma foy, 
sur ma loy et ma part de paradis '. » 

Le vent était donc alors à ces légendes pieuses. Combien d'inven- 
tions, racontées avec la même gravité, ont été prises au sérieux 
par les historiens, et surtout les historiens des Juifs ! 



V. Le Juif sorcier. 

Nous avons déjà dit que le moyen âge chrétien a vu dans le Juif 
un sorcier ; mais il est bon de remarquer que la nature des actes 
de sorcellerie qu'on lui prêtait a varié suivant les temps. Vers la 
fin du x e siècle et au xi e siècle, le Juif est surtout un envoûteur. 
L'imagination, moins féconde qu'on ne croit, ne s'est pas mise en 
frais pour inventer un nouveau procédé de magie qu'auraient in- 
troduit les Juifs en Europe, elle s'est contentée de leur attribuer 
des pratiques déjà connues à l'antiquité classique. On sait que 
Théocrite déjà (Idylle, II, v, 28), Virgile (Eglogues, VIII, 73), 
Horace (Satires, V, 8, v. 30) relatent la croyance aux envoûte- 
ments, moyen commode qui permet d'attenter à la vie des gens en 
martyrisant les images qui les représentent. Avec sa croyance en 

1 Revue critique, t. XVII, p. 224 et suiv. 



LE JUIF DE LA LEGENDE 233 

l'efficacité de ce procédé, le moyen âge s'est sans peine persuadé 
que les Juifs devaient l'employer contre leurs ennemis et, en par- 
ticulier, contre celui qu'ils détestaient le plus, le Christ, incarné 
dans l'hostie. 

M. Berliner a publié en 1877 (Ozar Tdb, p. 049, supplément 
hébreu au Magazin fur die Wissenscha/t des Judenthums) un 
document hébreu qui relate une des plus anciennes accusations de 
ce genre. 

Un apostat, du nom de Sehoq *, fils d'Esther, de Blois, pour se 
venger de ses anciens coreligionnaires, s'avisa, un jour, à Limoges, 
du stratagème suivant. 11 fit confectionner une figure de cire, 
qu'il cacha subrepticement dans l'armoire de la synagogue; puis, 
il alla déclarer au seigneur de la province que les Juifs avaient 
fait représenter son image en cire et, aux trois fêtes de l'année, 
la perçaient pour le faire périr. « Ainsi ont agi leurs ancêtres 
à l'égard de ton Dieu, et n'en ont-ils déjà pas fait autant à l'i- 
mage de ton Seigneur 2 ? » En outre, pour plus de sûreté proba- 
blement, les Juifs auraient fabriqué des lettres contre lui et le 
maudiraient chaque jour au moyen de ce sortilège 3 . Le seigneur 
n'avait d'ailleurs qu'à se rendre à la synagogue pour s'assurer 
du fait. 

Le samedi, seigneur et apostat surprennent les Juifs dans leur 
maison de prière, découvrent dans l'armoire une image de cire, 
les mains sur le dos, des clous aux cuisses, les pieds troués. Les 
Juifs se récrient, protestent de leur innocence et accusent le re- 
négat de cette infâme machination. « Inutile de nier, réplique ce 
dernier, montrez-nous les écrits qui vous servent à maudire le 
seigneur. » Nouvelles dénégations des Juifs. Alors l'apostat pro- 
posa de vider l'affaire par un duel qu'un Juif soutiendrait contre 
lui. A quoi les Israélites répondirent que leur loi le leur défendait, 
et ils offrirent beaucoup d'argent au seigneur pour ne point trans- 
gresser la prescription de leur religion. Le comte refusa cette 
proposition et les convoqua à une nouvelle conférence. Puis il fit 
rechercher les prétendues lettres, mais ce fut en vain. L'artisan 
qui avait modelé l'image en cire disait à qui voulait l'entendre que 
c'était l'apostat qui la lui avait commandée. 



1 Ce nom est probablement l'altération de Isaac, défiguré à dessein. Il était peut- 
être fils d'un chrétien, puisque le nom seul de sa mère est accolé au sien ? 

2 On voit que l'accusation n'était pas nouvelle. 

3 L'ordonnance de saint Louis sur la réformation des mœurs, 1254, porte : que les 
Juifs cessent de usures, blasphèmes, sors et caraz. Voir Littré, au mot caractère, 
et Du Gange, s. v. Caraula. Voir aussi la Réponse de Haï Gaon aux Juifs de 
Kairouan. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Q uant au peuple, irrité du crime des Juifs, il demanda la pu- 
nition de leur déicide. Un prêtre, se joignant à ce mouvement, 
vint même proposer au seigneur d'expulser les Juifs de son ter- 
ritoire. 

Ici s'arrête ce récit, mais il semble bien que le péril fut conjuré, 
puisque le préambule; de cette pièce est une action de grâces au 
Tout-Puissant, qui avait délivré les Israélites. 

Ce récit est-il authentique? Rien n'autorise à le révoquer en 
doute. Nombre de détails s'accordent avec les mœurs du temps : 
l'offre du duel, l'accusation d'avoir fabriqué des lettres. 

L'écrit qui nous relate ces faits est-il contemporain de l'é- 
vénement? C'est bien possible. En tout cas, si cette histoire 
est authentique, elle doit s'être produite à cette époque, et non 
plus tard, car en 1010, à en croire les chroniqueurs, Alduin, 
évoque de Limoges, força les Juifs de choisir entre le baptême 
et l'exil l . 

J'ai cru intéressant de reproduire ce récit, car il éclaire, à ce 
qui semble, les accusations portées au xi e siècle contre les Juifs 
et confirme une loi qu'il est possible de formuler ainsi : les calom- 
nies et inventions dont souffrirent les Israélites au moyen âge se 
présentent par groupes et sont contagieuses. 

Au xi e siècle, avant les Croisades, la haine du Juif n'avait pas 
encore jeté de profondes racines dans les populations occidentales. 
En somme, le nombre des persécutions qu'enregistre l'histoire 
avant cette époque fameuse est très restreint, et le peuple jusque-là 
reste étranger à toutes ces préventions qui, par la suite, allèrent 
en grossissant et en s'envenimant. Or n'est-il pas étonnant et digne 
de remarque que, dans ce siècle, les seules accusations portées 
contre les Juifs appartiennent à la même famille : les Juifs pra- 
tiquent l'envoûtement? Envoûtement à Trêves en 1066 2 , envoûte- 
ment à Ghieti (Italie), en 1061 3 . On sait bien que les chroniques 
qui nous rapportent ces deux faits 4 n'offrent aucun caractère 
d'historicité ; mais ils reflètent sans aucun doute les sentiments 
qui s'étaient manifestés alors. 

1 Chronique d'Adhémar de Chabanais (1030) dans Bouquet, Recueil des Historiens 
de France , X, 152. 

2 Gesta Trevir., continuatio prima, ch. vin, daDS Pertz, Monumenta Gerwianiœ, 
Scriptores , Vlil, 182. Cette continuation va jusqu'en 1132. Tritheim , Annales 
Ilersaug., année 1059, sait que les Juifs de Trêves firent venir pour cela le rabbin 
Moïse de Mayence ; erat cnim maleficus incantator et necromanticus omnium suo 
tempore maximus. 

3 Ughelli, Italia Sacra, Rome, 1659, t. VI, col. 852. 

4 ilirsch, Jahrb. Heinrichs II, 111, 131 ; Brcslau, Jahrb. Konrads II, II, 504, pour 
la continuation de l'histoire de Trêves. 



LE JUIF DE LA LÉGENDE 235 

Cette accusation allait avoir un succès extraordinaire ayant 
trouvé sa forme définitive. Jusque-là le Juif veut envoûter aussi 
bien les êtres humains que la personne divine de Jésus-Christ. A 
partir de cette époque, sa haine ne connaît plus qu'un seul en- 
nemi exécrable : le Dieu des chrétiens. Deux superstitions se sont 
rencontrées et confondues : la croyance en l'envoûtement et la 
croyance en l'apparition miraculeuse du sang, signe à la fois de 
la réprobation divine et de la présence de la divinité dans l'objet 
sacré profané. Réunies, elles se fortifient et acquièrent une vita- 
lité qui ne s'est pas encore éteinte. 

Israël Lévi. 

(A suivre.) 



LE KITAB AL-MOUHADARA WA-L-MODDHAKARA 



DE MOÏSE B. EZRA ET SES SOURCES 



( SUITE ET FIN ! ) 



II 



RAPPORTS DE MOÏSE BEN EZRA AVEC LA LITTERATURE JUIVE. 

« 

Les études de grammaire et de lexicographie hébraïques et 
l'exégèse biblique avaient fait de grands progrès bien avant Moïse 
b. Ezra. Aussi la critique des productions poétiques de la Bible à 
laquelle l'ouvrage de M. b. E. est consacré est-elle surtout inté- 
ressante comme spécimen d'un genre nouveau dans ia littéra- 
ture de l'exégèse juive. Néanmoins nous citerons ses remarques 
grammaticales, lexicographiques et exégétiques, puis nous mon- 
trerons ses rapports avec les écrits de la loi orale et les auteurs 
juifs qui lui sont antérieurs 2 . 

Les observations grammaticales ont trait à l'emploi des formes 
verbales dans les poèmes. Toute racine qui, dans la Bible, se pré- 
sente sous la forme du Niphal, du Hithpaël ou sous une forme 
passive ne doit être employée que sous cette forme 3 . 

1 Voyez tome XXI, p. 98, et tome XXIf, p. 62. 

8 Nous citerons aussi les auteurs juifs qui ont écrit en arahe, tout en négligeant le 
contenu de i° 29 a à 43 a, dont il a déjà été donné beaucoup d'extraits. 

3 109 a : bfcccsNbN -pa î"T3E BpatF tsb bi^Nba p frîbiTN r-imi VlttS 
Ntt *b9 abN ï-isnatn êôd s-ibsws tD 1 tab Nb^D in baynDNbNi 
b?àan !ib*KB CD" 1 tab n?û font *b9 "in t^b&wnDN in t^bN^s^N ï-bvmi 
■»b* «nnsnatri *n*a îrnbysba bisNbK p yHsmba yy nn ^h TWMflbM 
TùiïïbNn binon ton Bpnwtnba t^noi bapnoTabeti ■qtfiwbK n s "pros» 
lii 'tn "jb 1 ! f* niXMbK ttbabl &|2wn no^bc -nmttbN "pa ^br Kron 
■TOKBbtf ya&niKa ^Brrr b^ôba "jnd rra^ao rranp baysaba i» ta^pN 
«bi ■rçrn Nb ana« "m^bis nm fc"rox îw bawDNba "jab oaw o^bi 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 237 

Les substantifs qui ne sont employés qu'au pluriel ne peuvent 
être employés au singulier. C'est donc une erreur de certains 
grands poètes d'avoir employé ûi-nrjo au singulier 1 . Les mots 
qui ne sont employés qu'à l'état composé, comme rjp iïyu 2 , 
tw maa 3 , "irps* naa \ ne peuvent être employés séparément 5 . 

L'Écriture Sainte a des exemples d'incorrections par analogie ; 
même phénomène en arabe. De même les anciens ont assimilé 
rmiai mb*o, alors que le premier mot devait s'écrire mbtott 6 . 

Des poètes ont mis à tort au pluriel des noms d'étoiles, or ces 
noms ne peuvent en désigner qu'une seule 7 . 

Ils ont aussi employé le mot *»a avec des noms de pierres et de 
substances, ce qui n'est pas admissible. Faute plus grave, ils ont 
formé avec ces mots des verbes et les ont conjugués. 

Il faut être très prudent dans l'emploi des particules, souvent 
on les confond à tort l'une avec l'autre, comme, par exemple, 

i-rrbNm ïrsmpn nâi*i irrow \n b-^pbao mroba ib* yp* rwatb yn^ 

*"(btf yV2U2 "I3>*01Ï5 Î1N} Ï1ÉW in*J. Cf. Bâcher, Abraham b. Bsra als Grammati- 
ker, p. 105,128. 

1 110 a: Vntt ir» j^ïïdk ab:* im &m3ffl t^-nsrcbN naaa y-idn *7pD 
^jba tawbïï. 

4 Ez., xvi, 47. 

3 Lév., xiv, 9. 

4 Zach., 11, 12. 

5 jèid., xkîw Dp «bats^ Nb"i vyn insnari 1*0 rjp tz"\p nnsN npn 
*nsN npT Nt-imai 02 ion *]i£rta map rran^bN ^d r>îtt3 y«an«bN 1*0 ^ 
no&o mDbnroi ionisa ibaps i^y naai T»hiaa "ibapD tw mai fcaip 
wnM -ibfrsps 1512 sr-nmOT*] ■witt nb^pD 133b iizmroi imabn» bapD 
rjp mn&n nïid^ ba»*^ nbn. 

6 /&«*., t**bnn *ii83"iïai "pN:n*o bh» rwbba ^d imïnba air a êû *rpi 
N73m hû liai ab?3 "imm "imtt ï-ibin»*i i^bara «Tarn «b*an*o r>^n&o 
tanbipo an^bN *Taa? ran^b^ aâm ribip'm hd^do limas 1*0 iniro 
bNp npi r>*!-ni;n npn ma ^b3> Niwa:*bb aœan K*»«*wb«*i t^i^w^bN 

mb*0*0 y"13* m*7E1 mb*0 nnNûûbN JTjbobN. Voir Revue, XXI, p. 109 ; Bâcher, 
Die hebrâisch-neuhebrâische uni hebrâisch-aramâische Sprachvergleichung des Abûl- 
waltd, p. 7. 

7 no*: ïiïo"<3*i nrn \d*ou3 b'n*o nanrjaba 3*ro^ anyrabia aaonON ^ipi 
*]b*70n "inNi 7 b^oo ma" ot:Y tamb^oon tmMrj ^aoio ib* Noarp «m* 1 ***! 
n« taïTrwha Nsrr-m ann rpoi 3'bmn aiçb ira n&wnabf* ia mb^a 
i^iabN 1^0 f«i ti«â nia nabba ^ 'bÊamn nboi tarpsos mmns 
*>**oONbK ï-nn tps 1*0 *7*J3*s tûnaDbN sababa "p* r>s*a&o ïr-nnk a?sti?a 
S|i*TitribN ï-**7in yrjnpa» ïnçtô*»» rnbo mttrmatt «inç bw^s^bN B|inr*n 
tab i*7b^ &iai3D*o tasr i?2Sn *j"o mj*ji*jb ttfej b«pi '*"iDu;"n tarro 1*0 
na'ni Nb ûonn niïti rtinmà ods *7N"În im t<*7ns nD73 *iin^. ici M. b. E. 

reproduit aussi Pavis d'Aboulwalid, v. Bâcher, Abraham b. Esra als Gtramma- 
tiker, p. 181. 



23£ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tnpïi avec »bi^ l, iViq avec ta an 2 et ^bib 3 , rr avec ion 4 . Ce der- 
nier mot, quand il ne se rapporte qu'à un mot indéterminé, peut 
être omis, mais non dans le cas contraire 3 . 

Pour marquer l'interrogation, on emploie souvent deux parti- 
cules, quoiqu'une seule suffise G . 

L'accord entre les genres, le nombre et la détermination doit 
toujours être observé 7 . 

Le plus grand nombre des synonymes hébreux sont semblables 
quant au sens. Cependant le poète n'en doit pas moins prendre 
garde de ne les placer qu'au bon endroit 8 . Ces synonymes sont, 
par exemple, pipy et bn, qui se rencontrent fréquemment côte à 
côte dans l'Écriture ; ou ^taa et rnarva, Lév., xxv, 37. On ne peut 
déduire de ce passage que TOa ne s'applique qu'au prêt à intérêt 
de l'argent, et rnmfi au prêt en nature, au contraire, les deux 
termes peuvent être employés dans les sens opposés. C'est pour- 
quoi, au point de vue légal, il n'y a pas de différence essentielle 
entre bw et pE3"ia>, yvî et mann, comme le prouve la parole des 
sages dans Baba Meçia, 61 a. 

L'emploi incorrect que des poètes ont fait de certains verbes 
fournit à M. b. E. l'occasion de quelques remarques lexicolo- 
giques 9 . nb^, quand il est joint à iris, doit être employé au Qal. 
Cependant un poète l'a employé au Piel I0 . — *im, construit avec 
un a, signifie « réprimander » ; le poète qui a employé ce mot 
sans le construire avec a a donc commis une erreur. 

1 Exode, x, 7. 

2 Osée, vm, 7. 

3 Nomb., xxn, 33. 

« Jos., x, 29 ; 1 Chron., xxvi, 28. 

5 112 3. 

6 Ibid.; cf. Bacher-Derenbourg, Kitâb-al-loumâ, p. 355, 1. 20 et s. Dans M. b. E., 
au lieu de "Jttfàb^, il faut sans doute lire : "jtfblftN?. 

7 109 b : pfH -JN 133^ ï-TN^tt ^£> m^ttbb 3>aNn &-)3*SÏ>M IN "OTI 

îïnaabtti 'na^abai ïDnfcbaa \n 3>*ribNa a^iban fc n»ttbaia -nsttbN 

■psNpba Nnn yj msrashto nba?a "ipi ADsunobNa ftnaw^i ïïDaabHa 
ab^bp. 

8 basbaba ï|«bnbKi ^a&wfcba pKsnNa aana? nKBifinnttb» &oaao 
^mœba yyi i23> ivrtwi ►■«jDWnjNaû "jnd bm psn* ina ft'vrqs 

bnbN ipa, ïip^N iB o^n pan* ma biw ib^rn t-ïbnpa 

ipbn !-;7ûbi ^nbip im aa-np Npns aba asawoton fttabfin p'^bai 
"ji'i n$ pu;rn Nb w> •pib *5éa snagb arû!-;. 

9 ii3«:^noi ana^D sr-is-n^ms ->pim typp| nnn rpaana^bN naariban 
Nnaïï gag p tpsnb i-npnajûba bin aan ^n nyarabb b^ inaapn fcftb? 
fëfcb âaab tarp ban rta^n bai tartina bap ûisbaba* •j-nta }» ao;a 

Srttbba rn- ■* £uhb waarvwofc* tpao in nbn tïbsb cp^s ft^DÇ "^ 

10 baraD }tm na* nba a*D-»sb au fn&x 3>?3 T natt aama ara nba axa 
^pn iKta na73 hw taab ('n a"a ira) ^tn na nbiai ft"û 'ta 'n baoOT) 






LE K1TAB AL-MOUIIADAHA DE MOÏSE B. EZRA 230 

n»n, avec hy ou btf, signifie « s'étonner de quelque chose » ou 
« admirer quelque chose » ; mais ce mot, lui aussi, a été employé 
dans ce sens sans être construit avec hy ou ba. — Moïse b. Ezra 
fait les mêmes remarques sur les racines Ta nia, zyn et rwi '• 

Les synonymes des mots « parler », « langue », « discours » 
sont traités par notre auteur avec plus d'ampleur. Ce sont : nnn 
(Néh., vin, 4), npb, N-jntt, mia, pis, ya 2 . 

Dans ses remarques sur le nom des prophètes £02:3, il dit que 
BirâM est le pluriel d'une forme masculine d'miaa 3 . 

Moïse b. Ezra compare, à l'occasion, des groupes de mots hé- 
breux et arabes. Ainsi il dit quelque part qu'en hébreu, non seu- 
lement l'emploi des synonymes est permis, mais concourt à la 
beauté du style. C'est aussi pourquoi l'Ecriture offre nombre de 
synonymes exprimant la même pensée, et c'est pourquoi des 
poètes postérieurs aux écrivains sacrés se sont permis des répéti- 
tions. Cependant, il est plus convenable de se servir en poésie de 
l'expression la plus concise. On doit donc considérer comme une 
erreur ce que dit un poète dans ce vers : mazagtu M-l-mâ, le 
dernier mot étant superflu : mzg suffit pour désigner le mélange 
du vin 4 . Les expressions hébraïques comme "pia n'ont pas besoin 
d'être complétées par a^, de même aaïa. 

Moïse b. Ezra divise les synonymes en moidarâdifât : tels 
sont, par exemple, les noms du lion, Job, iv, 10, dont l'étymo- 
logie est inconnue. C'est aussi le cas pour les noms des sauterelles, 
Joël, 1, 4 5 . Les autres genres de synonymes sont ceux qui ont 
été formés conventionnellement (nfipûfinnïa) d'après l'étymologie 

ttdnwtta yy^ as b^p ab^p'n ï-irma artfiDb» 1» T'ns rrs ùm 
■rewnp fcn*îi ib laisia )~k to» ta TâfaN nifc ^a niiân "jpiari. 

1 Ibid. 

2 y^ 'a oviy ) ow d"nrr- id^^ ■jÊsb^basi nppb» fa "pa* npi 
tpsba* aiaba 533 irn fi 'a »^aj x\&*&* "is^an ba* m&iiï (waw 
nbmai çp3 stD$aa#ba , i cpao ^fcsb» "p "i^ *W Cjnas rib-ib bipm 
ipi i&tt&b$ ibibbN rpanrbNa Qaabpi |'fi 'n Ta"-ia ) *ra naa^ *îïi 
('a ïTiarap} mniam ma^rs ^asnajrb&fc Au sujet de l'expression "ppss 

Tatlb (Is., xxvi, 16), ou in n ia ^IDia* 1 (l J s., en, 1), M. b. E. observe : an?b&0 

'■jaaa û&nîqbiî b:nbb bipin. 

3 13 a. Les noms de divinités peuvent s'expliquer en partie étymologiquement. 

rt-itDN ^b y-un ^b ha'm 
4 88» : t*n?ia "i^ (-n^anba 13*73) rtNB îfcipabtf -iriabN *s aansban 

nbip tanb\Np ib* ai* "ipa ilritt w an*ba 
[aîibbN N3S nbnoNi a^n * nâîtt 'tn maba ib Piôéanp] 
m NbN "pan ab 'tn aïïbN irn }* âNîEba na'ia issnoi Inb nsas. 

s 89 #. Voir aussi Bacber, «4^*. ô. ^sm, p. 161. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(napnïi») ou d'après le caractère remarquable. Tels sont les 
noms du soleil et de la lune. ï)73ï) et onn, ou onnn, sont des syno- 
nymes de convention, le nom de Iran est donné au soleil à cause 
de sa chaleur. Les Arabes appellent le soleil ssh, «mi, ïïbsw, ou 
nnobx rtb«W ; cette dernière dénomination répond à l'hébreu 
-irrars nb^N. Les noms de la lune sont niiD, dans le Targoum 
fcnno, en arabe mftKD. On l'appelle n^nb à cause de sa couleur 
blanche, de même que les montagnes du Liban tirent leur nom 
de la neige qui les couvre *. A une époque où certaines théories 
arbitraires ou naïves sur l'origine du langage troublaient le 
regard des philologues, il était naturel que l'on renonçât à l'ex- 
plication de beaucoup de mots, malgré les importants résultats 
obtenus par la philologie comparée, et que l'on considérât comme 
étant explicables étymologiquement certains mots plus faciles à 
interpréter. 

Les noms du vin sont à ranger dans les mêmes catégories. 
Parmi les mûtawatiât, on peut mettre rnb, Is., i, 22, ttnnTi. Le 
nom d**D2 est emprunté à une des qualités du vin. Le nom -flan, 
Is., xxvii, 2, ne peut être expliqué au point de vue étymolo- 
gique, d'après certains savants ; et cependant on le peut. Il est 
emprunté à la couleur rouge du vin. En arabe, le vin porte plus 
de cent noms, dont la plus grande partie est empruntée à ses 
effets, à sa quantité ou à ses autres qualités. 

Dans ses remarques exégétiques 2 que nous n'avons pas encore 
exposées 3 , Moïse b. Ezra trahit des tendances à l'exégèse philo- 
sophique ; il est vrai que ces tendances ne se réalisent chez lui 
que dans une très faible mesure. Le Targoum est cité par Moïse b. 
Ezra en deux endroits ; une fois, c'est le Targoum babylonien sur 
le Pentateuque 4 ; l'autre fois, c'est le Targoum sur les Prophètes 5 . 

1 89 b : o^n nasn&nn73 nfcpban DttiabN nïïon }** n^n ùip )b *vpi 
nasb&c pnd£ ktotsi rwû&nnîa Nrrai napnra Nni72 bn ^b^D ^tsêôn 
V3"i onntt bipn cnm ïBtïiû ira nfiresfinnîobMB dONba diîb Nïinttîb 
t-âra o^bN «Bon m?bN ia:n wim&nnb ïian ïïnbawbN rn^s^bN 
■ww* *jfrO nncn nb^N a«w nnoia nb«M 'pb'ip'n ribambai smii ndt 
mispn n'ïîti Dosba frnm ruraonb» ni;DbN anbû npi FrNbttbtt rnm 
tz-nnnbix ^di nno ww ^lapba r^»os *s fifipaKinttb» "jtti Epia 
xrrûib 'prnbN p ^sbfitt riDir îrjab n^jo *iiïi»o nn:>bfcn s-^-irpo 
ib'nbNn ï-r&ttFnKb ^wnb ■jssnbbN banâ ttb N£d toosbN tziîb. 

La comparaison de ""inO avec l'arabe "Hï-îNO est empruntée par M. b. E. à Aboul- 
walid, voir Bâcher, l. cit., p. 169. 

s M. b. E. désigne le Pentateuque par l'expression SNrûbN UN, 15 5. 

3 7 b % 24 b, 53 5, 59 b, 69 a-5, 77 a-b, 78 i, 80 4, 82 *, 108 a, 120 a-J. 

« 90 5, Nomb., vi, 3. 

* 113 a, Isaïe, lvii, 10. 



LE K1TAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 241 

Moïse b. Ezra s'appuie volontiers sur les paroles de la loi 
orale, mais nulle part il n'indique ses sources. Ses citations sont 
empruntées à la Mischna, au Talmud babylonien et à Bereschit 
rabbâ *. 

Parmi les Geonim, c'est Saadia qu'il cite le plus fréquemment. 
Il se sert aussi bien de son commentaire sur le Pentateuque 2 , 
que du commentaire sur Séfer Yeçira 3 et de son grand ouvrage 
philosophique 4 . Une de ses citations est empruntée au Kitâb tah- 
sîl al-sharâV al-samHyya 5 . En un autre endroit 6 , il en cite cette 
opinion « que Dieu pourrait détruire le monde en un instant », et, 
ailleurs, que « pour les lois révélées (samiyya) la conclusion par 
analogie (kiyas) n'est pas de mise 7 ». L'explication de Moïse b. 
Ezra sur Exode, xxxiv, 6, qui fait du premier tétragramme un 
nom, et du second un attribut, provient aussi de Saadia, comme 
nous le savons par Abraham b. Ezra s . 

Du Gaon R. Samuel b. Hofni notre auteur rapporte qu'il a 
trouvé dans la valeur numérique des mots y-iaa droiDiai, Deut., 
iv, 25, le nombre des années de la durée de l'État juif 9 . D'autres 

1 Les citations débutent par différentes formules : b^p , iîWb'WIS bttp , SObltfbN, 

nnN'jbwN tpob&n, îi^ nbasba Sjbdb&o, £]bo^N hTana ï», ■pb-iaba 

bip" 1 . Les passages cités sont : 52 a, Abot, n, 7 ; 76 a, Abot, n, 15 ; 81 b, Abot, in, 
10; 138 b, Misebna, Aboda tara, m, 7 ; 22 b, Megilla, 9b; 28 a, Soukka, 42 a ; 68 a y 
Berachot, 57 £ ; 69 a, ibid.,$o a ; 1 37 ô, l'expression ^fcort "pttjb vient de Houllin, 
90 £; 75 a, Megilla, 6 b ; 120 a, Megilla, 16 a ; 143 b, Kiddouschin, 40 «, et Bera- 
chot, 6a; 112 b, Gen. rabba, ch. i. Ben-Sîrâ est cité aussi 53 £. 

2 ib; brtpn ™&nd "na ïthjû w nos arôrfi. 

3 14 a. Voir les remarques de Saadia, loc. citando, p. 17. 81 b : "pN3 bNI^D 'l 

nso mia -na «m arrjn'-n ïnNbipïï ivyhs rtini nsïïbd n^rba phy 

">3>N!]pN dttblQ ïl*"!^^. Voir Commentaire sur Séfer Yesira, publ. et trad. par 
M. Lambert, p. 21 du texte arabe. 

« 103 a. 

5 21 a. 

« 138 a : tD*ÛbN B^tt fN "^ "I3>ttj *7p I^^b^bNT SÏSDNb&bN 3^J3Ja 

t^bn tDinbN npnbi ab Nttd abnb« npnb-» sb ^bsba ^wn tP-Db» 
îb "jn Nba ^b'^ ^by •psttto Ndnba yn nrm "pau rrn^o 'm lattpsba 
■wn rno^b rtjasnbN pb in )ïï :nps ^d nsaïinb ^bawm ^isan s^ia 

^biCn IrîNID^ Tin "ib 1 !. Cf. aussi les remarques de Maïmonide, More, II, cbap. 
xxviii et xxix, et les opinions des Mabométans dans Al-Gazâli, Tahâfut al-falâ- 
sifa, p. 21 et s.; Ibn Rushd, Tahâfut al-Tahâfut, p. 36 et s. 

7 108 b : v^&nabN la ta^on^p i-iima n^v ^ ( b&Wd 'n ) bap 
pasttba ^d rmdabai ï-pbpjba •panoba bnfc da*dba* arrn ^d !nn*SDb8 
"jba* y-^n ^by ari'^n Da*pi ab Tib». 

8 123 b •. riNsas m bism aoon ^aVnbao don bia ba< j-orri dim ba* "7 1 

[1. ÏÏWfc). Voir Ibn Ezra, in loco : Dtf -)DD?:n "Tidin d^dît "O 153N ^flWÏTI 

fil» aonid maiss-n m» i^n p. 

9 123 a : mb? wa fa* ù^3in nbat nons: -»d iin^ bsoM 'n lahi 
y-iNn dn3ttîi3"i ^y ftbTibN rii» ^bwN a^-)pnbN3 -Ma û^bob» bksx 

^biî. D'autres passages : 23 * et 102 a. 

T. XXII, N° 44. 16 



■2Y2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

savants ont aussi attaché de l'importance à la valeur numérique 
des lettres. 

Le dictionnaire de R. Haï est cité dans un passage intéressant f. 

Moïse b. Ezra rappelle l'assertion talmudique d'après laquelle 
Rabshàkè était peut-être un juif baptisé. Le mot ïijaafiUMa, dit-il, 
d'après la déclaration de R. Haï et des extraits du Kltâb al-ayn 
de Chalil b. A.hmed al-Farâhîdî, s'emploie uniquement pour dé- 
signer celui qui embrasse la religion des Ma'moûdiyya.Par ta'am- 
moud, les fidèles de cette religion entendent l'immersion dans 
l'eau, ainsi que l'a fait, suivant eux, Jean, fils de Zacharie, à 
l'égard du fondateur de leur religion. Or cette religion n'existait 
pas encore à l'époque de Rabshâkê. 

Par Mouchtasarat al K ayn*-, il faut entendre ici les ouvrages 
des Andalous Abou Bekr al-Zoubeydi et Ibn Sida 3 , dont les tra- 
vaux lexicologiques étaient des extraits du Kitâb al-ayn de 
Chalil. Al-Chalil, et les auteurs d'abrégés de son ouvrage, ainsi 
que Sibawayhi 4 , sont les grammairiens et lexicologues arabes que 
les écrivains juifs citent nommément, quoiqu'ils ne fussent pas 
les seuls à avoir eu de l'influence sur le développement de l'érudi- 
tion hébraïque 5 . 

i 26 a : tu nti "lE-natt "jèo ï-rpiam "jn hwïb» brsN y^n t=yn 
p*bs rn^nbjûbfco ^»n 'n *iod t^tt ^bs? ribDbba ï-nn yra "jnd :pno 
tirm SKnstN W 'ynsrbixi STWinJjabK Ti *iprM2 ^n ittsniDtt t^nbsan 
*s tahanâtsta B-mraî p ^ït? b?s zvn non aroba ^ oNMNbN amiaba 
p* ûb ï-rp^an ûtoaa np-n tpnrau bx» "in Nim ùaaarç 'àpf. pnaba 

fabN^bN ""D nn : 172bN N"in. Dans le Talmud babylonien, Sanhed., 60 a, il est dit : 
ÏTTT 112M2 ÎJfitaffll îlplïîan n"N1. A la place de -)ftV2, M. b. E. aura lu sans 
doute 1J2y m \'QT2, ce qui était probablement la véritable versiou, cf. Baer, rVTl^ "VlO 
b&miî" 1 , p. 93 et s. 

* Sur la composition du Kitâb al-ayn, voir lbn Khaldoûn, Mouhaddima, p. 481. 
Al-Chalil avait presque la même classification des lettres que le Sefer Yeçira, comme 
le prouvent les paroles dlbn Khaldoûn : aâ:P7abjS C]l"in "6^ ï"7dNiaiN ami 

rpnm ssnaB intfbfcba a^n me ^ttnisw tp&wnmbtf aTnnbaa 
Êisre&a tan o&nsabN tan "pnb» E|nn ^ iwa r<» taa'n pb'ribâ 

"pN n5*n?7b« t]"nnbN ">m inbK ïïb^bN t]inn b^àl. Ce livre est cité par 
Ibn Ezra, voir Bâcher, A. b. E. als Qrammatiker , p. 55; voir aussi Steinschneider 
dans Jûdische Zeitschrift fur Wiss. und Leben, IV, p. 157. 

8 Sur ces ouvrages, voici ce que dit Ibn Khaldoûn, ibid. : i^pnïbtf *1da 13N fcMI 

yiz î-natnbND rj^aanba îrçtftbN ^d obia^b^n i^-ittba QNianb ainai 

8|V« fcân i-ibaa b»rrabN na?^ rpm awnotfbài "6? n^sartaba 

iriNJïï p ->b^ rïbn ->d rra&n bas 1» mo ps "p-obnaNbN v a fr^s 

*jb« ^na^bN ^bn 1?? tZaaan^bN ai$r6. Sur Abou Bekr al-Zoubeydi, voir 
Wùstenreld, Z>ee G-eschichtschreiber der Araber und ihre Werke, p. 49, n° 147. Sur 
Ibn Sida, lbn Ghallikân, 460. 

4 Voir Bâcher, Die hebraïsche-arabische Sprachvergleichung des Abulwalid, p. 18. 

5 C'est aussi prouvé par l'exemple de Saadia et de Haï, dont les travaux lexico- 



LE KITAB AL-MOUÏÏADARA DE MOÏSE B. EZRA 243 

Des observations sur des déductions fausses obtenues au moyen 
de l'analogie amènent Moïse b. Ezra à citer le nom d'Anan 1 , le 
fondateur du Caraïsme. 

Du reste, les Caraïtes, en général, sont considérés par certains 
écrivains juifs comme les Ashâb al-ray loal-kyds' 2 . Parmi les 
écrivains caraïtes, Moïse b. Ezra cite encore Yeschou'a b. Ye- 
houda 3 . Moïse b. Ezra émet certaines théories qui, selon toute 
probabilité, sont empruntées aux Caraïtes 4 ; l'une d'elles a été ré- 
futée par Ishâk b. Souleymân al-Isrâ'îlî, dans sa dissertation sur 
Gen.,i,20, que mentionne aussi Abraham b. Ezra dans son intro- 
duction au commentaire du Pentateuque 5 . 

Il semble s'être beaucoup servi des ouvrages d'Aboulwalid. Ses 
citations sont toutes empruntées au Kilâb al-louma* 6 . 

Souvent notre auteur cite des passages d'exégètes, de gram- 

logiques devaient surtout servir à des buts poétiques, de même que le Sahâh d'Al- 
Gauharî; voir Bâcher, Lebenund Werke des Abulwalid, p. 88. Saadia connaissait les 
récits des Arabes sur l'origine de l'érudition linguistique des Arabes ; voir Harkavy, 
Mittheihingen ans Petersburger Handschriften, I, p. 7 : b^NftDN "'SU 'pT-p N73dn 

ïtmz "<:n3>bN tDtfebN "priseï f^b î-ittip ^an fcamwnb yja in 

^bft ""lb*t. Voir les récits en question dans les passages cités par Georges Béer, 
Al-Grazzâlis Makâsid al-falâsifat, p. 13 ; Aghânî, XI, p. 106. 

1 108 ^ : ï-nmba nbbi ra^n oaopbN ■»& Ntt^ip D&»bN "ûhi *ip in ùb^Ni 
yfintt )n -ùh Dîia&fô ï-rn^^oi jw ^pD Mm . s^N^bN ^a r-rrvnpbN 
Ti npi rtb72^nDN "pbN fa ibNp bn DN^pbN vu paoan jfttmnba 
iiE^bNin \n T'ro ^s bN*73>& '1 brnb*. 

a Voir Al-Chazari, III, § 53. 

3 128 J : J03ÏTfla \V ^JINbbN WpttbN ànsbN 13N ^pttîbN. Peut-être 
au-dessus du nom un copiste caraïte a-t-il écrit l'eulogie fîbbN n""V 

4 90 a : N3:> inbNibN. 

5 p^ s^b i^NbN t^hn in iTJHttba ïïpn'jbNi >w â-iNibba NttNi 
^bsbN us*» d"n=>bN d^bN î^nïi aarrri ftaâfâbN i-rnrt "^Nbm rs?« 

N^na nati *s kïwi Nïmaoi mb7aa p^ û" 1 ^ ^ i-ibnpb crnftbN 
jwiOT ta^NpbN yaba tDïibip apd^D î-nann y-ian d^mn to^ra 
t<b ripaûba s-nm troioîab s^ba wrt Ton rsbi wtwi dbirb 
l^bo p pnoN cpob^bNn û^ia-iaba ^3>n u^n^T ïs^tt ^d >*bN *psn 
îinbNptt *■% ainâ dariNi ri^N-ift p'mNn ^bn f* 3>âNn *ip ib^finoabN 

^NSÏ"! 1)3 Ottnb^S d^ri ^*TC51 ^D nsblttbN. Ishak Isràî'li est encore cité 79 « : 
DNOp^DNbN "«S fn»rû "-pâ ifi "^NIDNbN *JN^bo 13 pHDN. Dans tous 
les cas, ces citations comptent, conjointement avec celles d'Abr. b. Ezra et l'opinion 
de Maïmonide, Kobeç, n, 28 d, parmi les plus anciennes traces de l'emploi de ses 
ouvrages. Voir sa biographie dans Ibn Abi Ouseybi'à, II, p. 36. 

6 14 b, Kîtâb al-louma, éd. Bacher-Derenbourg, p. 19 et s. ; 23 a, Lowma, p. 3 et 
s.; 28 b % Louma, p. 8 et s. ; 74 a, Louma, p. 305; 133 a, Louma, p. 350, 1. 15; 134 6, 
Lowma, p. 294. Sur la citation de 86 b, voir ma dissertation, Zur Greschichte der 
Anssprache des Hebraïschen dans Zeitschrift fur alttest. Wissemck., 1886, p. 240. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mairiens ou de traducteurs, sans désigner les auteurs d'une façon 
plus précise l . 

Nous parlerons pour finir de ses citations de poètes juifs. C'est 
Ibn Gabirol 2 qui est le plus souvent cité par lui ; plus rarement 
Samuel Hanagid 3 e^t Ibn Sahal \ et, par ci par là, Ibn Halfoun 5 , 
Ibn Hassan 6 et Ibn Hasdaï 7 . 

Les lectures de Moïse b. Ezra étaient très étendues ; les nom- 
breuses citations que nous trouvons dans son ouvrage, pourtant si 
court, en fournissent la preuve. Aussi son œuvre est-elle et res- 
tera-t-elle un précieux monument de l'activité intellectuelle des 
Juifs espagnols. 

III 

DES RAPPORTS DE MOÏSE BEN EZRA AVEC LA LITTÉRATURE ARABE. 

Nous avons déjà montré que notre auteur, suivant le mode des 
livres d'Adab mahométans, reproduit très souvent tout au long ses 
sources, de telle façon que des parties entières de son ouvrage se 
composent de citations rattachées les unes aux autres. Il a utilisé 
les genres les plus divers de la littérature arabe. D'abord le Coran. 
Les passages de ce livre cités par notre auteur ont déjà été signalés 
par M. Steinschneider s . De la tradition mahométane une seule 
citation, amenée d'une façon qui révèle qu'il ne l'a pas em- 
pruntée à la source originelle 9 . Il mentionne encore la sentence 
d'un juriste mahométan 10 . 

1 ^V^btf, 11 *. 25 a, 89 a, 91 a-b; -pDDnbô* bntf "p>3 , 89 b ; \n 

VtfnwDbK, 89 «; ■pmwabN ysi, 107 a; ^-pizjbtf yva. 112», 122a, 149a; 

fcOnba Nttbr yyi, 146 a, 96 b, le mot ûrC7Û est expliqué par -pDIN ÛDD; 

TosnbN brr». 149 a-, -nonsba ^w -ïrûN ,ùNbaba îfen»» yyi, 107 a. 

» 92 a, 123 b, 125 a, 130 a, 135 b, 137 a, 139 a, 144 a, 145 è, 155 a. 
3 125 a, 129 a, 144 b, 155 b. Dans ce dernier passage il est dit : 

ïibba 'm tpv 'nb Rnbiawa *<d wibs bap 
imnta û-p nn nvn a-n ait tus mnnaN ia»ttn 

« 142 J, 155 è. 
5 92 a. 
« 139 a. 

7 155 i. M. b. E. cite encore des passages d"autres poètes, sans désigner nomi- 
nativement les poèter. 

» Polem. Lit., p. 314, note 22. 

9 *ia n*3 n?j babi narabas b^TorwNbis aripaba yyn bapi. Cette sen- 
tence se trouve dans Al-Bouchârî, Kitâb al-îmân, n° 41. Voir Goldziner, Muhamme- 
danische Studien, II, p. 178. 

" ■» rariMata nrp r-rcab -nn -nribN -^d kïïsk NnpsbN yvi bap 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 245 

Mais il fait un usage considérable des œuvres des philosophes 
et médecins grecs. Il cite, en partie sans doute d'après les écri- 
vains mahométans, Pythagore ', Socrate 2 , Platon 3 , Aristote 4 , 
Diogène 5 , Porphyre 6 ; en outre, Hermès 7 , Ptolémée s , Glaucon 9 , 
Hippocrate 10 , et surtout Galien u . Des philosophes mahomé- 



"l&wbtt. Le passage se trouve aussi dans Mafatîh, III, 645. Sur ^Jf, voir Gold- 
ziher, Die Zahîriten, p. 10, 14. 

1 50», 96 ». 

2 37 b, 48 », 52 », 85 », 97 b, 98 b, 116 ». En trois endroits il y a les mots "i£> 

3 34 b, 37 b, 38 », 52 », 75 b, 79 », 99 », 103 », 147 », 151 », 156 ». Pour ces cita- 
tions, point d'indication plus précise de la source. Au Timée sont empruntées les 
citations de 72 4, 105 5, 151 5. Au livre sur les Lois (ï"pbp3>btf tPfaNiab&t) : 
102 a, 152 b. La sentence de 55 a: ïTOrm db ïinb^db db^biX ûb^H *p2 

rtbJN "je bnba ti&nsMeo ii33> zpzîi* nwttb ntib^n "psi m»Od, se 

trouve dans Ibn Abî Ouseybi'a, I, 52, ligne 13 ; mais au lieu de iTîTNI^b, il y 
a tlfimjib, et, au lieu de rtb^N )12, ÎTOD^ N72 ^btt nbrîN "J3>. La citation de 
84 b : 'ibN d^b N72d ^mfa "p2, se trouve dans Ibn Abî Ous., ibid., ligne 15. — 

83 b : biybn aba dp-» db nDNb db&obN îdntt b^ba 1"iipNbdN bap. Dans 

le Kitâb af-farâ'id wal-kalâid de Kâbûs b. Washmagîr (ms. de la Biblioth. imp. de 
Vienne), 2 », il est dit : IIÀbNm 6Ttï3NbN DÔCn b^bfcO ■pBNbdK btfp 
NïlbNIT. Les mots 'pdobtO ^l&wbN "Idinn fiO qui sont attribués à Platon, 
147 », sont cités par Al-Shahrastânî (Haarbr., II, p. 115) au nom de Socrate. 

« Citations d'Aristote : 16 a, ^ddttbtt ^>N Mb^ND") y*2d; 17 4, iq dNnd 
""IttpbN b^b*! ; 65 », DIDn^bNI DNnbN- D'autres citations : 9 4, 48 a, 54 4, 63 a, 
67 4, 70 4, 73 », 76 », 80 4, 103 », 139 4. Sous la simple dénomination tpdb^dbtt, 
citations de sentences et d'opinions : 37 », 47 », 49 b, 51 b, 73 4, 82», 92 », 93 4, 
96 », 97 a, 98 4, 101 », 102 », 103 », 105 », 107 », 143 5. 76», citation de la 
8° partie de la Logique du philosophe, c'est-à-dire d'Aristote. Les mots de 96 » at- 
tribués au philosophe : "jnb [i. ïrr^ân] ïTT^n dbidfco bïï^ba n:Hû dbun Nb 
nb)23> rrrrà p "pbad^ n»5ni NSdaba k'iïi )k ans dd ^d iibad^ ab ond>n 

sont cités au nom de Platon par Ibn Abî Ouseybi'a, I, p. 51, ligne 14. C'est aussi le 
cas des mots de 107 » : db^bfrO btfttbN ïlNTlbN ">D db"JN blp^ tpdVdbND 

snttàb&o "ïbttn Nttb ïÏEfcwbNi db3>bb ^bâten rteâbbas nb^irbN b»*b&n 

ïlb^DD N7^b. Ibn Abi Ous., I, 53, offre des variantes, 
s 52 », 82 », 97 ». 
« 118». 

? 84 4, 146 5, ■pbi&ÔN 'pdisb^dba. 

8 50 b, 151 ». 

9 152 ». 

" 16 b : '{N^bdbNI rminNbN dNnd ; 37 », 45 b : DîTsnaabN. L'expression 
îl^lîd in^NlDUlbN"! TSfcp T23>bN se trouve aussi dans Al-Shahrastânî, Haarbr., II, 
p. 148. A la citation de 95 b, cf. Haarbr., ibid. 

n 16 4, 18», 22», 24», nKT'lnbK bkdN et bby^ )'û ft'nbNhbN iibapTaba* 
yN-l3>NbN"l î 64 4, 78 4, 79 », 99 4, 152 », 81 b, b&?*6m bbs> tp*n ^s d^nd 

rirjNdb^. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tans, il cite: Al-Kindi », Al-Fàrâbî 2 et les lhwân al-safâ 3 . 

En outre, il insère dans son ouvrage beaucoup de textes dont 
il omet le nom d'auteur 4 . 

Il ne nomme pas d'ascètes et de mystiques mahométans 5 ; peut- 
être ne connaissait-il leurs opinions que de seconde main. 

Les ouvrages des écrivains mahométans qui traitaient de sujets 
analogues au sien et qui étaient les plus estimés durent exercer 
une influence considérable sur Moïse b. Ezra. Lui-même G nomme 
comme un de ces ouvrages le Nalid al-shir* d'Ibn Koudâma 7 , 
le Al-badi d'Abdallah b. al-Mou c tazz 7 , le Hilyat al-muhâdara 
cTAl-Hâtimî s , le Kitâb al-oumda d'Ibn Rashîk al-Kairouwâni 9 , 
et le Kitâb al-shVr wa-l-shou'arâ d'Ibn Kouteyba i0 . Nous savons, 
par une remarque d'Ibn Khaldoun, que les œuvres de Koudâma 
et d'Ibn Rashik furent considérées pendant longtemps dans 
FAfrique du Nord et en Andalousie comme des modèles dans le 
domaine de la rhétorique (ilm al-badi "). 

En un autre endroit déjà cité par nous 12 , Moïse b. Ezra nomme 
Ibn al-Mukaffa\ Abd al-Hamîd, Al-Asm'aî et Al-Gâhiz les grands 
prosateurs arabes. Ici aussi, il a su choisir les meilleurs. Ibn 

I 53 a. 

» 46 a, 58 b, iibkNDba rtbttba ; 63 J, ûwbfit N£HN. 

3 16 a : tmibN uhy *>bx bbnttba ribaon ; 55 a, ma: triy-iba rïbND-i 
ï-ibbN ib&. 

4 rkoabsbN, 103 a; riDDNbDbN yyn, 135 a; N^b^bNI tibDN5S3bN TWk 
137 b; û53>bN bnN, 108 a; N^b^bM yWl, 147 b ; Nttb^bN TID, 75 * ; yyn 
N73DnbN, 73 4, 101a, 103 b ; N»b3>bN )12, 10 b; S^b^bS lUH, 85 b ; -jriN 
Ntib^bN, 96 4, 131 4; Nbp^bN y>3, 84 5; b^NSÈÔN "p>X 99a; y^n 
RVïDbK, 45 a, 98 4 ; Nb^sbtf nriN, 8 4, 50 a. 

5 Nnbsbà y*^3, si 4, 1034 ; ■pnbàsbN y^n, 50 a, 60 4; ijsHïbà yra, 

51 6, 53 A, 60 b, 95 4, 102 a, 104 4 ; l'fi«-JîbN Nbisbtf, 46 4. 

6 6 4, pNboNbô* \i2 i^nbN n^b^N iNttîbN ah- bi£D n'n^N ^d uns ipi 
ïrafcrrp p« 3NP3 bh73 riftiïfcanâ dsbabNi nîhiba ^d ûKbsb&a pria ûrn 
b«nbtfi ^nsnbb rman^ba rnbm Tn?»bN "j'rîtfb ynnb&o npsbN ->d 
fta^np p«b t^n^ttîbNi n^iabfio p^tïn 'p&ô ni»^b«n r»b Sûn^SSi 

7 Sur Koudâma b. Gafar, voir Fihrist, I, 130 ; Mehren, p. 6. 

8 Sur Ibn Al-Moutazz, voir Fihrist, I, p. 116 ; Aghânî, IX, p. 142 ; Ibn Ghallikân, 
n° 348; Fawât al-Wafajât, I, 241; Mehren, p. 5, 24 ; Ibn Challikân, u° 660. 

9 Ibn Challikân, n° 164 ; Mehren, l. c, p. 6. 

10 Voir Nôîdeke, Beitrâge z. Kenntniss der alten Poésie der Araber, p. 1. 

II Moukaddima, p. 485 : DïlbN'nttfin ïlfcanpl ""m "p "ID^ t**;TS 2PDT 

rrp'nsN bnwx yn ynaba ^s qba v^ 72 " 1 NrrD rrssi T»a nNNbttN 

DbiîNbNi ii^pncN brtN ie T*b nin "hïtoh ttitt^ba a^roi pnizn pN 

ïlNn-72 "b^. Voir, ibid., p. 504, uu poème attribué a Ibn Kashik. 
,a Voir Revue, XXII, p. 66. 



LE KITAB AL-MOUUADARA DE MOÏSE B. EZRA 247 

Khaldoun cite encore le Kitâb-al-beyân wa-l-tobyîn d'Al-Gahiz 
comme un ouvrage de premier ordre dans le domaine de l'ilm al- 
adcib. 

Al-Gâhiz est encore cité par Moïse b. Ezra en deux autres 
endroits 1 . Le grand Shou'ûbite, le Bouzourdjmihr de l'Islam, 
Sahal b. Hâroun b. Ràhaweyhi 2 était connu aussi de Fauteur. 
Parmi les poètes arabes, il ne nomme que Aboul-Alâ al-Ma'arrî 3 
et Al-Nouseyb 4 . Les citations des poèmes arabes sont nom- 
breuses; nous en avons déjà relevé la plupart 3 . Il a surtout mis 

1 80 a. Le passage se trouve aussi dans Al-Housrî, III, 164, avec une meilleure 
version. M. b. E., 92 b : 5Np "TpD ^©b» ^S rïp'lObN bïlN fiâtl f^TOÊO 

S-raDnb» ">d dipn t^n^NUJ db^N fsb *p:abdn»bN d^T im ynsûbN 
ssnjiob» yn sroa r>« p" 1 IN ^ N snnbE bnp in a-na ^wn in a^tt 
(sic) fpi ab p^i^bM in babbN fcjbab r^ha in d3>a n&ra "in nbnnaa ip , 
b^aa -îiab ma bnp-n mnfn ï-îjNd fc ibitfnttb& i» ïia pnN d ta ipn?ût?N 
^ba yrni db*i biaba. 

â Voir à son sujet Goldziher, Hfichammedanische Studien, I, p. 161. Le passage 
dans M. b. E., 106 a, est ainsi conçu : ^flNn B^ÇiEbbN 2"np 'wbN î^hn ^k^ï 

in t^aab làb'ai "jn nb bap tstrinan p "pin p bna Çttbprrçjb» 
t<Ti arma r<a^ab fcom t^b^toS tfEï-nriN i^ai i^ân'nN in fi'n^nn 
btt&o £Jtenj3*i irnînbN Tan sb^bp t<n»p ^ibabN "j&on rp-iia non 
Siï6'abtf V 2 "^"i "i&^ptt ^d ^[ÊTîto'Kbp laan aaaba birrçpî SpTibàj 
*±pn EsHnaïch £itoî"p* iraâba ^nirib aso^bis "jtd nnco ■jn ^sn 
ba rnnbN "n -^hy rr*rïbN ^aabbn û^oàbat Vasba* ^by d^y-rba b^bpbb 
aicmbb t**!aaa natt aâ*h nxirbi nnnNi: ftfittttfeo ^d ffiÉ aàinSS d'pb$a 
mhq ^b* iTD^rr s-^tns ûîtn îtîR'd )y~\ npnN nb HiSp fcnEÊBâ jSb na 
■nabN "j^b Broiv *s TOi dïiii^l ^a ttûkbb pn tffa&h Taorîfr db 
lÉrnsotbK Traces aJ3>a rjnnt» *na ^ BKbsbïri an:N rfcftèjd n^'à "je 
Tjnps na ûnaâsn -re» *[bn i» v^Ndba ^mt f&ia "pasàûbs rrôbftn 
Cdnnb^N3>?a ^d ïôcpaba £^nr»T ibsn tfnib» û'wna "j^bn^j o&«bNi 
bno d^bd ^pn3N drîdnNS i?a ri-pNDbN ">d n^n^Nb^n. 

3 Voir Steinschneider, Polewi. und apolog. Literatur, p. 103. Sur son ouvrage 
Al fousoul wal-ghâi/ât, mentionné par M. b. E., voir Groldziher, Muhammed. Studien, 
II, 403. L'auleur du vers cité par M. b. E., 44 a, est Abou-1-Alâ al-Ma'arrî, v. 
Mehren, l. c, p. 157. 

4 105 b : frWbJ Ï^Ti^N u lldN 1f33^ im ^^NUjbN 3^3£3 T^N "Ipl 

•jao "jn bNpc "jb'-ï ^ nb b-^pD rt^b'iS ixon^bNi ffnisH^S ^ ^"icnd 
dNbdb^ idm y-^N rtwhs mcN ^nd "jni nnb J-iTa^bd "j^d ^^3^ 
bi^NbN a^Nna yn t<b bips'bN i^na 173. Agk&nî 1, p. 137, a^ab^ ^n« 
estais ^^ b^Np nb bNp's !-iNddT ï-r^^yNi nb^ariD ^s^à p nbb« "Ta^ 
1">b nbbxi bRpa t<s^Na^bN nhn 'noNbN larbN t^nn n^^^N iD^i» 
^an^b nn^u: fô^i ^axb rtN5'n "jn "noN "JôO. 

5 51 Z», M. b. E. cite le vers suivant : 

yàpri b^bpb^ ^bN nnn t^'iwNn * ï^nna^ n'iN na^ri ddib^i 

Dans Al-lkd, 1, 387, lbn Abdi Rabbihi l'attribue à Abou Dhoueyb. —105 a, "HU^N"! 

ma^btt b^p r^73 n^ttsb» nusn * t^îbN^n t-Tûnu5N n^^ab^ -pb. Dans ai- 

Housri, I, 343, et Aghâni, 1, 134, 1. 1 , ces vers sont attribués à Farazdak. 'j 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à profit la littérature gnomique des Arabes 1 , laquelle fait, d'ail- 
leurs, partie de la littérature de VAàab. 

On voit, par notre exposé, quelles sont les branches de la lit- 
térature arabe qui avaient de l'intérêt pour notre auteur. Ce qui 
l'intéressait le moins, c'étaient les sciences mahométanes pro- 
prement dites, comnïe celles delà tradition du Kalâm, mais les 
traductions des philosophes et des médecins grecs paraissent 
l'avoir vivement préoccupé. Grâce à lui, nous voyons que les 
grands poètes et prosateurs du monde mahométan n'ont pas été 
sans influence sur les poètes juifs. Nous aurions pu présumer a 
priori que ceux-ci ne se sont pas bornés à leur emprunter l'em- 
ploi du mètre, mais, comme le livre de Moïse b. Ezra nous l'ap- 
prend si bien, les poètes juifs ont formé leur goût, leur jugement 

1 Ailleurs, nous "trouvons les citations suivantes : 48 «, *l7a ""pb *"!.3>ti) D' , !2 3"l 
'TSn Z"P2, AI-Housrî, I, 128, au lieu de "jnrn'-pri . Celte faute ne s'explique que 
par la supposition que l'auteur avait devant lui un manuscrit en caractères arabes. 
52 a: yaS^lzb» bttiPlbN pîttï*8 yopribipn m^ban. Al-Meydânî, 'Magma 
'al-amthûl, 1, 125, cite ce proverbe. — 57 a : fc*b "Jtt3 M'ibut p n^NPbN Vip"l 

ïib Mi ; Ai-ikd, i, 373 : nb san t**b paa nanba p aranba finbapi. 
74 a : 3N.ÏND t^n brto p dabrabb y^psabN yyn b^o maba* ïiannb» biao 
ïmttyi ynzk ûatoba* oan baîpi 3>capN t^bn lî-flûN pïïbao roa* 
navôNba Tnan irbm riwiba* nnaaûi rirrnb'N ; Ai-Housri, i, 207 : "jaon 
r-CTUOJn n'fn^ïbN Nnn»Ji *aabK ma^ba* oan bipi "tint isn 
Dabsba* Tvvrn- 83 a : ^riN biapi ynpbat pn y-nnba* ba*n ùmna* ba*p 
ybpi rw«o ^ m» aoan-n oawba* iywx DNaba* "ra^ n:n dï-pm» 
"man r^a b.np p ^baw inaî; Ai-ikd, m, 146 : T^b "lan p t-ie* ba*p*i 
ïvr yniba bam ba*p *p:na \n ^a^aa* ttoia en-» ">d mpbn y-na*ba* p 
rr>a*p <6j> n^tûba 3>an»i ipi ynpba*. /**<*. : iywx t^aa* pinsba ba*pi 
bip 1» *pî-îN "«TO Dn±ba* 3>bpi 'pnbK w tw ipn DNabaV *ny oaoba* 

^^23 I"PS. Le proverbe y"HpbN "JT7 V^àbN ba*P, se trouve aussi chez Al-Meydânî, 
Magma al-amthâl, I, 169. M. b. E., 85 b, ^bp3> )12 ifîïïSp binbfct 1Ï3- ^ e P rov erbe 
est aussi cité chez Al-Meydâni, l. c, I, 390. 97 a : bp3> Hinnbtt ^pn b^p"* ; Al- 

ikd, i, 191 : j-ibs:* nmnba* ^nn naabba* p nfc* batp. — 97 a : b"->o ^ipi 
^jd^ ninba nan« c^ia* ^hy bnp^ i^b» naûa*B p^j^ba yn toï"rk*a 
Ai-ikd, I, 227, ^y "-.mba* nma* ï^îin T»b^ bnpN p ÏNi^bN *rb. 
97 * : rpaa*b?ba* ^b ti* r<bn n^ba* ^s p^^i^n D">b 17a Drri^T ; Ai-ikd, i, 237 : 

FP3Nb*bN "'D 11J t^b") "iDbN ^B p^Ti: !"ib D^b. De toutes ces variantes il 
ressort que M. b. E. avait devant les yeux un texte défectueux. 147 a : Qïl^^n biSp 

KibriK tu iiy Nïribian c-^bi ûnaiabbriB t^nbnN irosnb« ^a^n Nb 

KÏTlîflbbnB. Cette sentence se retrouve dans nrplDn "IfalS*, 23 b, avec de 
légères variantes. Moïse Botarel, dans la préface de son commentaire sur le Sef'er 
Yeçira, dit : «nOMn b^ Û^5T^Ï1 ""TaBH b^ p D^ n»N D^BIOlb^Bn «3N"n 
mD?2nn p nb ^1N"1 ia*NU: "«?3b rSTa^nn. Les citations de M. b. E. em- 
pruntées à la littérature gnomique des Arabes montrent l'importance que les livres 
à'Adab^ comme celui de l'Espagnol ibn Abdi Rabbihi, ou celui d'Al-Housrî, devaient 
avoir pour les poètes juifs. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 249 

à l'école des meilleurs maîtres de l'Islam. Leurs poèmes ne sont 
pas des imitations serviles, et, tout en reconnaissant les perfec- 
tions de la poésie arabe, ils ont su conserver l'originalité de 
l'hébreu et de l'esprit juif dans la poésie synagogale. A plusieurs 
reprises, Moïse b. Ezra rappelle que le poète hébreu ne doit pas 
oublier que l'esprit de la langue hébraïque diffère de celui de la 
langue arabe. Jehuda Halévi alla plus loin encore, il regretta 
d'avoir employé pour ses poésies le mètre arabe. 

Ainsi le livre de Moïse b. Ezra n'est pas seulement une source 
précieuse pour l'histoire juive, une apparition intéressante dans 
l'histoire de l'exégèse biblique, mais encore une production 
importante de la vie intellectuelle juive dans l'Espagne mahomé- 
tane, un témoignage des tendances littéraires de nos grands 
poètes du moyen âge, une preuve de leur dépendance vis-à-vis 
de la littérature mahométane en môme temps que de leur ori- 
ginalité propre. 

Csurgo (Hongrie), avril 1889. 

Martin Schreiner. 



DEUX VERSIONS 1 PEU CONNUES DU PENTATEDQUE 



FAITES A CONSTANTINOPLE AU SEIZIÈME SIÈCLE 



La Bibliothèque nationale de Paris possède, sous la cote A 244, 
invent. 470, un exemplaire d'une édition polyglotte très rare du 
Pentateuque. Cette édition a été publiée à Constantinople en 1547, 
chez l'imprimeur Eliézer Bekhar Gerson Sonsino; elle comprend, 
outre le texte hébreu, le Targoum d'Onkelos, le commentaire de 
Raschi, et deux versions, Tune grecque et Vautre espagnole, toutes 
deux imprimées en caractères hébreux '. 

M. Gaster, rabbin de la communauté portugaise de Londres, 
m'a appris qu'un exemplaire de cette édition du Pentateuque se 
trouve à la bibliothèque du Séminaire israélite de Breslau, et 
de citations qu'on trouve chez différents auteurs, il semble ré- 
sulter qu'il existe deux autres exemplaires, l'un à Amsterdam, 
l'autre à Parme, dans la Biblioteca Derossiana. 

Richard Simon (Histoire critique, vol. 1, liv. n), parlant de ce 
Pentateuque, dit que la version grecque qu'il contient a été faite 
par les Caraïtes et imprimée à leur usage, et la version espagnole 
pour l'usage des Rabbanites. Mais J. G. Wolf, dans sa Bibliotheca 
Hebraea, remarque, avec raison, qu'il est impossible qu'on ait 
imprimé une édition destinée à la fois aux Rabbanites et aux Ca- 
raïtes, que les Caraïtes auraient certainement refusé de se servir 
d'une édition contenant le commentaire de Raschi, qui est rempli 
de récits et d'interprétations conformes à la tradition rabbanite ; 
et que les Rabbanites, à leur tour, auraient eu quelque scrupule 
à se servir d'un exemplaire renfermant la version caraïte. 

1 Je remercie M. Moïse Schwab, de la Bibliothèque nationale, du précieux concours 
qu'il a bien voulu me prêter dans mes recherches à la Bibliothèque. 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 251 

L'erreur de Richard Simon vient probablement de ce qu'on 
croyait que les Juifs grecs de Constantinople étaient tous caraïtes, 
mais il suffit de lire l'Itinéraire de Benjamin de Tudèle pour voir 
que, dès le milieu du xn e siècle, les Rabbanites étaient en majorité à 
Constantinople. Benjamin les y trouve au nombre de 2,000, contre 
500 Caraïtes seulement. Les uns et les autres parlaient naturelle- 
ment grec, et ils devaient être venus dans la capitale à la même 
époque, les lois exceptionnellement oppressives sous lesquelles 
vivaient les Israélites à Constantinople depuis le triomphe du 
christianisme ne devaient guère encourager leurs coreligionnaires 
des autres pays à venir s'y établir en masse. 

Ce sont sûrement les descendants des Rabbanites du xir 3 siècle 
qui, en 1547, ont fait imprimer pour leur usage la version grecque 
de ce Pentateuque polyglotte, sans que les Caraïtes y aient pris part 
d'aucune façon. Je ne saurais dire si on lisait publiquement le texte 
grec dans les synagogues. Moïse, fils d'Elie Phobian ou Pobian, a 
publié un peu plus tard, en 1576, à Constantinople également, la 
traduction grecque du livre de Job, dans le but explicitement 
indiqué de faciliter par là l'enseignement de la langue hébraïque ; 
on pourrait croire que notre version aussi a été faite pour le 
même objet, mais j'ai vu un livre de prières manuscrit prove- 
nant de La Canée, actuellement à la Bibliothèque de l'Uni- 
versité de Bologne (n° 3574 A), qui contient, dans la partie con- 
sacrée à l'office de l'après-midi du Kippour, le livre de Jonas 
texte original et version grecque verset par verset ', et je suis 
convaincu que cette version était lue publiquement pendant l'of- 
fice, comme on lit encore aujourd'hui à Corfou, à la place du 
Targoum, une traduction italienne de la ha f tara du 9 Ab, une 
traduction italienne de Ruth, des Pirké Abot et de diverses par- 
ties de la Bible qui entrent dans la liturgie. On pourrait supposer 
que les deux versions de notre polyglotte ont servi pour un usage 
semblable à Constantinople, sans admettre toutefois que ces tra- 
ductions aient supplanté le Targoum Onkeios, puisque ce Targoum 
se trouve imprimé dans notre édition *. 

Quoi qu'il en soit, il est certain que nos deux versions répon- 
daient à un besoin scolaire, et j'ai appris des habitants du pays 
que, jusqu'à nos jours, les maîtres d'hébreu en Épire, traduisent 

1 Un autre manuscrit conservé à la bibliothèque Bodléienne, n° 1144, contient 
aussi cette version, mais jusqu'ici, je n'ai pu en faire la collation. Les trois premiers 
versets, donnés par M. Neubauer dans ses fac-similés, concordent presque entière- 
ment avec le manuscrit que j'ai étudié. 

2 Probablement il y avait des réunions spéciales dans la Synagogue le jour de 
Sabbat pour la lecture de la version grecque ou espagnole de la Paracha, et cela dans 
le but de répandre la connaissance de la Bible parmi les gens moins cultivés. 



2d2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le Pentateuque exactement avec les mots de notre version grecque, 
quoiqu'elle contienne des expressions qui sont hors d'usage et 
étrangères au pays. Ce fait bien curieux montre de quelle autorité 
notre version grecque a joui dans le pays à travers les âges. 

On ne sait rien sur les auteurs de nos deux versions; le fron- 
tispice ne donne aucune indication là-dessus, et le livre n'a pas 
de préface ou la préface manque dans notre exemplaire. 1.1 est 
évident que ce n'est pas une œuvre collective, l'homogénéité de 
la traduction, que j'ai constatée dans la partie du livre que j'ai 
étudiée, prouve que les traductions ont chacune un seul auteur. 
Notre traducteur grec serait-il ce Phobian ou Pobian dont j'ai 
mentionné ci-dessus la version grecque de Job et qui semble avoir 
aussi traduit les Proverbes de Salomon? Il n'y a qu'un intervalle 
de trente ans entre les deux publications, et il se peut qu'après 
s'être essayé, sous le masque de l'anonyme, à l'œuvre relativement 
aisée de la traduction du Pentateuque, il se soit décidé, à un âge 
plus avancé et avec des connaissances plus solides, à traduire Job, 
le livre le plus difficile de la Bible l . 

L'auteur de la version espagnole n'est pas le même que celui 
de la version grecque. Il suffit de lire une page de l'édition pour 
s'en assurer. Les deux auteurs n'appartiennent pas même à la 
même école. Le premier a étudié les commentateurs de l'Occident, 
et surtout Raschi, dont il suit et reproduit souvent les interpré- 
tations ; il ne s'attache pas étroitement au texte, recherche beau- 
coup l'élégance, les images, le sens figuré, à moins que, par 
négligence, il ne rende les expressions anthropomorphiques dans 
leur sens le plus matériel. Par ces caractères il se distingue très 
visiblement du traducteur grec, qui, ne connaissant, selon toute 
vraisemblance, d'autre interprétation du Pentateuque que le Tar- 
goum d'Onkelos, se borne à donner tout simplement, et avec une 
exactitude singulière, la traduction littérale et mot à mot du texte, 
sans même se soucier du sens de l'ensemble. Il s'efforce toujours 
de trouver le sens étymologique des mots, et s'il n'y réussit pas 
toujours, ses efforts ne témoignent pas moins de beaucoup d'ingé- 
niosité. 

L'auteur de cette traduction grecque n'appartient à aucune 
école de l'Occident ; son ignorance absolue de tous les écrits 

1 Un examen ultérieur du livre m'a fait remarquer que, à la dernière page, après 
les chiifres total et partiel des versets dont se composent le Pentateuque et chacun 
de ses livres, il y a le nom b"ï 'iTi'D pn^" 1 ")'3 t]D"P sous la colonne destinée à 
la version espagnole; et le nom (S3i*7X ou) l2"H:£ TT3^bN l"lH *p TH^PaN 
£3"^bD "'TjD'CJX. Sout-ce les noms des traducteurs? Un auteur les donne pour les 
éditeurs de l'ouvruge, mais je ne sais pas sur quoi il appuie son assertion. 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 253 

rabbiniques dans cette partie de l'Europe du ix° au xv e siècle est 
évidente, sa traduction est tout à fait indépendante des travaux 
de nos pays et, grâce à ce défaut, elle a l'avantage de nous 
montrer exactement où en étaient les écoles juives, à cette époque, 
en Orient, dans l'étude de la Bible. Elle servirait admirablement 
à montrer quel a été le travail obscur accompli par les populations 
juives de l'Orient sur le terrain de l'exégèse biblique, et fournirait 
ainsi, pour l'histoire de cette exégèse, un chapitre intéressant et 
complètement inédit. 

Je ne m'arrête guère à la version espagnole de notre Penta- 
teuque, puisqu'elle repose sur les études exégétiques de l'Occident 
avant l'expulsion de 1492, et qu'elle n'a, par conséquent, rien de 
bien nouveau à nous apprendre. Cette version est due sans doute 
aux Juifs d'Espagne qui se sont réfugiés en Turquie après l'expul- 
sion de 1492. La version grecque, au contraire, a été faite, ainsi 
que je l'ai déjà dit, par et pour les descendants des Rabbanites que 
Benjamin de Tudèle avait trouvés dans la ville. Il ne faut pas, à 
cause de la littéralité excessive de cette traduction, croire qu'elle 
soit d'origine caraïte. En Grèce on a toujours aimé cette ma- 
nière d'expliquer l'hébreu. Le manuscrit de La Canée, dont nous 
avons déjà parlé 1 , traduit les mots nbm "i" 1 ^ de Jonas par xàaxpo 
P e ï à ^, c'est-à-dire qu'avec un substantif neutre xdarpo (le latin 
castrum), il met l'adjectif féminin ^Y^ 7 ». Cela vient de son entête- 
ment à rendre, ici comme ailleurs dans des exemples pareils, 
l'adjectif nb-i^, qui est féminin, par un féminin grec. Plus tard 
on se corrigera de ce défaut, le traducteur de notre Pentateuque 
ne se prêtera plus à des incorrections de ce genre. 



II 



Il est temps de faire quelques citations des deux textes, afin de 
mettre le lecteur en mesure de mieux apprécier la valeur de cha- 
cune de nos deux traductions. J'y ajouterai ensuite des remarques 
linguistiques, qui intéresseront ceux qui étudient l'histoire de 
l'idiome grec-romaïque. Notre version est un document inappré- 
ciable de l'état dans lequel était cet idiome avant que l'invasion 
de la langue turque l'eût altéré et défiguré. 

Les chapitres de la traduction grecque que j'ai attentivement 
examinés, pour dresser cet article, sont le chap. xxxn du Deuté- 
ronome, qui est un des plus difficiles, et les chap. x et xi de la 

1 Personne ne supposera que ce recueil de prières ait été fait pour des Caraïtes. 



2.v, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Genèse, où j'espérais trouver quelques tentatives d'identification 
des noms généalogiques avec ceux des nations anciennes ou con- 
temporaines. Mais ici la prudence des deux traducteurs est sans 
pareille ; ils ne hasardent aucune hypothèse, et j'ai été fort surpris 
de voir qu'ils n'ont pas même traduit le nom nttT-nn (x, 3), qui 
se trouve aussi dans le frontispice du livre dans l'acception ordi- 
naire de Turquie, où il est dit que ce livre est publié pour les 
îmowri "pan dœwri bawn rmm vu) 1 . Cet usage conven- 
tionnel, mais dénué de toute base scientifique, de ces noms bibli- 
ques, est ancien et fréquent chez les Israélites de tous les pays. 
Pour me borner à la Grèce, je dirai que les Juifs qui habitaient la 
patrie de Pindare confondaient tout naïvement l'endroit de leur 
demeure avec la ville où Abimélech, fils de Gédéon, trouva la 
mort (Juges, ix, 50). La planche xxiv e des fac-similés de M. Neu- 
bauer est tirée d'un manuscrit achevé l'an 5027 à yn^n rmp, c'est- 
à-dire à Thèbes. Par suite d'une confusion de ce genre, est née 
chez les Juifs d'Arte, en Épire, la tradition chimérique que Josué, 
pour se rendre à Jéricho, dut passer par leur ville; on y montre 
les forteresses qu'il lui a fallu forcer, et celui qui tâcherait de leur 
démontrer le contraire risquerait fort d'être traité par eux d'hé- 
rétique. Mais ces traditions, ces acceptions géographiques plus ou 
moins capricieuses étaient loin d'être admises par tous les Juifs : 
nos deux traducteurs, pour sortir d'embarras, s'abstiennent des 
identifications même les plus sûres. 

Notre traducteur espagnol prend ensemble les deux mots marri 
rpa> (Gén., x, 11) pour un nom propre, Y a Rehôbot Hir; le grec 
traduit xai 'Pe^wô xàoxpo (dérivé du latin castrum, mais adopté 
dans le sens de ville), en prenant le mot m* pour un nom commun. 
Onkelos traduit de la même façon atmp "oim. Le traducteur grec 
suit aussi Onkelos dans la version de û^pn Trt ( v. 30), ma 
MTOTn, qu'il rend par ôpoç vf^ dvaxo^ç. L'espagnol dit monte de 
Kedem. 

Ces deux exemples, et d'autres que je citerai dans la suite, 
peuvent nous autoriser à croire que le traducteur grec avait sous 
les yeux le Targoum, et en profitait pour son travail, ne connais- 
sant pas d'autres commentaires. Nous verrons cependant qu'il se 
montre quelquefois indépendant du Targoum et suit son opinion 
personnelle. 

Il y a aussi divergence de vues entre nos deux traductions pour 
les mots d"*TO5 tin ; l'auteur espagnol, suivant l'interprétation 
spécieuse, mais peu sérieuse de Menahem Ben-Serouq citée par 

1 La traduction grecque correspondant à ce verset manque, mais c'est une. omis- 
sion involontaire. 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 255 

Raschi, rend ce mot par Valie (vallée; de Casdim. Le grec dit Oup 
Kacrôijx, où il suffit de sous-entendre l'article xwv pour avoir la vraie 
interprétation. Ici encore sa traduction est conforme au Targoum, 

Au chap. xi, verset 2, l'auteur espagnol traduit le mot tnptt de 
allante [avanie), comme Onkelos ppieipa. La version grecque 
dicô àvaToX-r) = de l'Orient est probablement la seule juste. 

On a ici justement un exemple des cas où la traduction grecque 
s'écarte d'Onkelos. Gela arrive presque toujours lorsqu'il s'agit 
d'expressions anthropomorpliiques, qu'elle rend mot pour mot 
d'après le sens étymologique. Nous en avons un exemple dans le 
verset 5 du même chapitre, où mm Tm est rendu par xod èxaxëpyjv 1 
ô Kûpioç = et le Seigneur descendit, malgré le Targoum, qui, sui- 
vant son habitude constante, a ■•banao. L'espagnol, qui cependant 
ne suit pas une méthode toujours la même, lorsqu'il s'agit d'an- 
thropomorphisme, dit, comme l'araméen, y aparissiosse 2 . 

L'auteur grec suit Onkelos dans la version de 133 br> "qn 
la*, x, 21, qu'il rend par naxépaç cfta xà irai8i& toO "ESsp 3 , prenant le 
dernier mot pour un nom propre. L'espagnol dit, au contraire : et 
padre de todos los varones de parte del'rio, en sous-entendant 
peut-être l'Euphrate, suivant ce qu'exige le contexte. 

Au chap. xi, 28, rnn ^d by "pîi rwi est bien rendu en es- 
pagnol Y murio Aran en vidas de Ter ah. Onkelos dit, en tradui- 
sant littéralement, idn hy "prj rwi. De même le grec xai èuéôavsv ô 

5 Apotv hz\ Tupo'awica xaO Tspa^. 

Ce icpo'ffcùica (visages), mis au pluriel, pour répondre exactement 
à l'hébreu "od, au lieu de irpdouiro (visage), est un des nombreux 
exemples où l'on constate la littéralité serviie de la version grec- 
que. On voit également, dans l'exposition de l'âge des personnages 
bibliques, la répétition tout à fait inutile du mot /poVia (ans), pour 
la seule raison qu'en hébreu le nom mo est dit deux ou trois fois 
dans la même énumération. Dans les mêmes passages, la phrase 
Î15HJ ïtNtt \2 est traduite uïbs Ixax6 xpovw, fils de cent ans. Le traduc- 
teur espagnol ne tombe jamais dans ces excès. Ici, par exemple, 
il dit très bien Sem de edad de cien aîios. 

Par contre, nna ïid^i (xi, 1) est rendu par yXoaaa jx£a. Cette fois, 
le traducteur s'est gardé de dire que toute la terre avait une seule 
lèvre, et il a très bien fait. 



1 Sur le v de èxaxéêyiv à la troisième personne, voyez la troisième partie de cet 
article. 

2 D'après les dictionnaires, il n'y a en espagnol de cette racine que le nom apa- 
ricion. On trouve seulement, en castillan le verbe aparccer. 

3 L'anomalie syntaxique est expliquée dans le chapitre qui suit. 



256 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Laissant de côté cette, partie moins importante du travaille 
citerai quelques-unes des interprétations nouvelles que le traduc- 
teur grec donne de certains mots ou passages des chapitres que je 
lis. C'est le côté de l'ouvrage qui peut le mieux intéresser les 
études d'exégèse biblique. 

^bbirra (Deut, xxxvn, 18) est traduit ai èxoiXunrdveœ, qui a souffert 
pour toi les douleurs de V enfantement. Évidemment notre au- 
teur a songé au mot bTi (Psaume xlviii, 7, mbra Vn). 

Je n'ai pas encore réussi à trouver pour quel motif notre auteur 
a rendu bn3"n (Deut. xxxii, 15), par è^ittoas, dont le to> de la pénul- 
tième syllabe tient, dans tous les cas, le lieu d'un 8w originaire *. 
Si ce verbe vient de Xtôoç, pierre, sa signification sera celle du 
verbe lapider. Mais alors quelle serait, pour notre traducteur, l'o- 
rigine du mot hébreu? Lira-t-on è^ecoae avec \\, au lieu de l'i, on 
aura un mot nouveau en grec moderne, qui pourrait être dérivé 
de M^ oubli, et voudrait dire il a oublié? Je ne vois pas comment 
le verbe hébraïque peut avoir cette signification, et seul le pa- 
rallélisme synonymique peut justifier cette interprétation de la 
phrase. 

û^T^ia et D^nn du second verset, même chapitre, sont tra- 
duits )uavdppoxo pluie fine, et ^ovôpdppoxo pluie grosse. Notre auteur 
a vu dans le premier mot l'antithèse de D^m, dérivé, selon lui, 
de m, grand, gros. Ici il se montre indépendant d'Onkelos, qui 
traduit anma Tm, et qui est suivi par Raschi. L'espagnol dit de 
même tepestas (= tempestas, tempête), et telle est l'opinion de 
beaucoup de commentateurs, quoique l'interprétation de l'auteur 
grec, pour laquelle on trouve une espèce de confirmation dans 
une étymologie citée par Ibn-Ezra, me semble mieux convenir 
au contexte. 

Le mot -«DN2 dans la phrase ïimp m *o (xxxii, 22) est traduit etç 
t6v Oujxd iiou = dans ma colère ; il serait, de la sorte, un complé- 
ment circonstantiel, ce qui pourrait être juste. Le traducteur 
espagnol dit en mi naris. 

Le grec se trompe évidemment, lorsqu'il traduit û^an n»n 
(xxvn, 33) par eujxôç, la rage des serpents. La version espagnole 
pisonia (= poison) de cidevros est bien meilleure. 

L'auteur grec traduit û-pn û^^n efc -rij 86va[xi trô Viuipaç, dans la 
force du jour, à midi, probablement lorsque l'intensité des 
rayons du soleil est très grande. Cf. le ùi^rr Dire de la Genèse, 

1 Un autre exemple de l'adoucissement de la consonne rude 6 se trouve au chap. i, 
v. 28 de la Genèse, où il y a xaTUTcoTaCete, à la place de xa6v7TOTâi;£Te. Les groupes 
<rra X T P a > au ^ eu ^e ff ^ a et X^P a » s'expliquent d'une manière toute différente. 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 257 

xvin, 1. Le texte espagnol donne en mismidad de el dia, selon 
la traduction donnée aujourd'hui par tout le monde. 



III 



Je voudrais maintenant dire quelques mots de l'utilité de cette 
traduction pour l'histoire du grec vulgaire, avant qu'il ait atteint 
la forme sous laquelle il est parlé aujourd'hui par le bas peuple en 
Orient. Les 500 pages environ de notre ouvrage nous offrent un 
matériel abondant et précieux pour cet objet, c'est une mine très 
riche et qui mérite d'être explorée. 

Je dirai tout de suite que l'idiome dans lequel est écrite la tra- 
duction grecque est toujours pur, et il ne se ressent d'autre in- 
fluence que de celle du latin, qui date d'une époque très éloignée, 
c'est-à-dire de la fondation de la nouvelle Rome par le premier 
empereur chrétien. A l'époque où notre édition a paru, quatre- 
vingt-quatorze ans s'étaient déjà écoulés depuis que Mahomet II 
s'était emparé de Constantinople, cependant dans toute la partie 
du livre que j'ai lue, je n'ai pas trouvé un seul mot turc, et j'incline 
à croire qu'il en est de même dans tout le reste de la traduction. 
On pourrait supposer, sans doute, que la traduction a été faite 
quelque temps avant d'être imprimée, et qu'elle est antérieure à la 
conquête mahométane. Si cela était vrai, elle deviendrait encore 
plus précieuse, étant plus ancienne. Si l'on considère, d'autre 
part, la haine implacable que la population asservie nourrissait 
pour les envahisseurs, l'isolement complet qui régnait entre les 
Grecs et les Turcs en Orient, pendant les premiers temps de l'oc- 
cupation, on peut s'expliquer que la langue grecque soit restée 
longtemps sans mélange de mots turcs et comprendre comment 
notre traduction, même contemporaine de la date d'impression, ne 
correspond aucunement à la langue des dominateurs. 

D'ailleurs, le temps qui s'est écoulé depuis la conquête jusqu'à 
l'impression de notre Pentateuque n'est pas suffisant pour expli- 
quer les infiltrations linguistiques, et je puis en apporter une 
preuve éclatante. Dans ma patrie, à Corfou, que les Anglais ont 
occupée pendant cinquante ans environ et sans y exciter les 
sentiments hostiles qui ont accueilli les Turcs dans l'empire 
byzantin, tout ce qu'ils ont laissé de leur langue se borne à peu 
près à la locution ail right et à quelques mots qui se rapportent 
au jeu de criket, dont ils donnaient souvent des spectacles sur 
les places publiques. L'exemple de l'Italie, où pas un mot alle- 

T. XXII, n° 44. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mand n'a été Légué par les Autrichiens pendant une domination 
très longue, ne fait que confirmer ce que je dis. 

J'admets, par conséquent, que le travail du traducteur n'a pas 
de beaucoup précédé celui de l'imprimeur 1 . 

Wolf, dans sa Bïbliotheca Hebrœa, a, le premier, transcrit et 
publié en caractères grecs quelques versets de la Genèse (les six 
premiers versets), mais il était bien embarrassé pour l'explication 
de certains mots et de certaines formes. Il dit, par exemple, que 
le v final de oùpavôv dans le premier verset a été omis à cause de 
l'usage qu'ont les Israélites de remplacer le noun par le point dit 
daguech, et que, par une raison analogue, on a supprimé le ç du 
nom axo'Toç. Wolf fait d'autres remarques semblables, qui témoi- 
gnent seulement qu'il ne savait pas le grec moderne. Il attribue 
ces fautes imaginaires à l'habitude qu'auraient les Juifs de trans- 
former et de corrompre les langues étrangères qu'ils apprennent 
à parler. Bien au contraire, il n'y a pas un seul mot dans notre 
ouvrage qui s'écarte de l'usage commun de l'époque, et si certains 
mots qu'il emploie ne se retrouvent pas dans d'autres documents, 
leur forme et l'exactitude du reste sont une très grande garantie 
de leur authenticité. 

En revanche, je ne garantis pas que les lois de la syntaxe 
grecque aient toujours été respectées par notre traducteur. De 
prime abord, il semble certain qu'une partie au moins des irrégu- 
larités qu'on y relève sont voulues, par excès de fidélité au texte, 
comme nous l'avons montré plus haut chez le traducteur plus 
ancien de Jonas, qui est probablement du xm e siècle. Mais pour 
notre traducteur on ne pourrait soutenir toujours avec assurance 
la même chose. Dans plusieurs cas il y a lieu de supposer que les 
lois de la syntaxe avaient déjà subi une altération profonde chez 
la population entière de Gonstantinople, et que notre auteur a 
tout simplement suivi l'usage général du pays. Ne pouvant décider 
la question, je me borne à relever que ces infractions de la syn- 
taxe ne sont ni très choquantes ni d'une évidence absolue. 

M. Emile Legrand a fait, avec un succès indubitable, la trans- 
cription des cinq premiers versets de la Genèse ; grâce à sa con- 
naissance profonde du romaïque, il a évité les fautes dans les- 
quelles est tombé Wolf, et il nous a donné un texte très exact 
(dans sa Bibliographie hellénique, vol. II, page 159j. Il a aussi 

1 La physionomie classique de, beaucoup de mots ne s'oppose pas à mon opinion. 
On sait qu'un littérateur italien de l'aurore de la Renaissance, ayant visité Constanti- 
nople, écrivait à un de ses amis, avec un peu d'exagération suggérée par l'enthou- 
siasme, que dans cette ville les dames de l'aristocratie parlaient toujours la langue de 
Platon et de Sophocle. 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 259 

exprimé le vœu que ce monument si précieux au point de 
vue de la linguistique formât le sujet d'une étude approfondie. 
M. Legrand n'a pas pu entreprendre lai-môme cette étude à cause 
des caractères hébreux dans lesquels l'ouvrage est imprimé, 
nous le regrettons vivement : mieux que tout autre, M. Legrand 
pourrait mener à bonne fin ce travail pour lequel il a une com- 
pétence toute particulière. Heureusement, M. Legrand, grâce à 
ses leçons et à ses intéressantes publications, a formé beaucoup 
d'élèves. L'auteur de cette étude, ayant lu ses ouvrages et s'étant 
occupé, en amateur et par devoir de nationalité, des études ro- 
maïques, s'efforcerait de son mieux de rendre service à la science 
linguistique, en étudiant cette traduction, s'il était sûr de pouvoir 
ensuite publier les résultats de ses recherches. 

En attendant que ce vœu soit rempli, je fais ici quelques re- 
marques générales sur la nature de la langue que nous a perpé- 
tuée ce monument, et j'ajoute en même temps quelques exemples 
des mots rares ou tout à fait nouveaux que j'y trouve. 

On voit tout de suite que, à l'époque où fut écrite notre traduc- 
tion, la flexion des noms tendait à se simplifier de plus en plus. 
On n'y trouve plus qu'une seule déclinaison à peu près, celle de 
l'article. Aussi le nom axdjia, par exemple, qui, à l'époque clas- 
sique, appartenait à la troisième déclinaison, forme son génitif 
comme s'il était de la deuxième: oxo\iAto'j, au lieu de ordjiaToç; t6 
ôvojjia toG évoG, au lieu de év&ç. Par un procédé semblable, -pvioi se 
substitue à yoveïç, et se forme sur le modèle de l'article (oî) ; yépov 
est au lieu de yépovta, tout à fait comme l'accusatif de l'article. 

Certains noms demeurent invariables, comme jxè àv^p, au lieu de 
p£ dvôpa. Cette particularité n'est pas due à l'influence de la syn- 
taxe hébraïque, car je me rappelle avoir autrefois remarqué la 
même anomalie dans un écrit d'origine non israélite. 

Très caractéristique est la formation du temps futur par la 
particule v& et l'aoriste du subjonctif, au lieu de 8fc, qui est une 
contraction de 6k (8Aw, eéXetç, e&ei) et vd. Il y en a de nombreux 
exemples, ainsi : vk 8rç, v& xpfcrç, qui correspondent aux futurs hé- 
braïques Marn, i^t. 

La troisième personne de l'aoriste passif prend, à la fin, un v, 
qui originairement peut avoir été une simple nasalité. Dans le 
texte que je lis, je trouve ô Kûptoç è[xavuo6Tiv. Nombre d'exemples sem- 
blables se lisent dans le manuscrit de Bologne cité ci-dessus, qui, 
du reste, ne servent qu'à confirmer les exemples conservés dans 
les écrits d'origine différente. C'est peut-être dans le but d'évi- 
ter les méprises que pourrait causer l'identité phonétique entre 



2G0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la première et la troisième personne, qu'on aura ensuite adopté 
les désinences 8r,xa, e^xeç, e^xe, pour l'aoriste passif. 

Comme exemples de noms d'origine latine, on peut citer aaïétatç 
(saglttae) flèches ; xeX\<*pia (cellae) chambres ; véfan ' (du verbe 
tendo) tentes. 

Parmi les mots rares et aujourd'hui hors d'usage, je citerai 
tyéyos, défaut; l'adverbe devenu substantif t& oùfieTfoote, les riens, 
les choses vaines (les idoles wbafn) ; axércoç, abri ; le verbe 
expias, dans l'acception de : il commença, correspondant parfaite- 
ment au français mettre la main à une œuvre ; èmuvidt, employé 
pour expliquer le nom irmç, chant, et qui dans cet endroit peut 
avoir remplacé icapcUveatç, exhortation. En effet, le petit poème qui 
constitue le chap. xxxn du Deutéronome est du genre exhortatif. 
Un mot très singulier est le verbe vct ickoO$ (futur périphrastique, 
voyez ci-dessus,) dans le sens de : il sera dit, nEN\ Gen., x, 9. Évi- 
demment notre traducteur a employé ce verbe comme passif de 
l'aoriste eiicov. Aujourd'hui, au contraire, on diticuo8$, dans le sens 
du classique icoS^, qu'il soit bu. Le passif vulgaire de eticov au 
subjonctif est ei™^, et je doute beaucoup que, dans notre texte, 
cette forme provienne d'une erreur typographique. Il sera utile 
cependant de donner le mot dans sa transcription hébraïque : 

• — • 

Il y a deux mots dont je n'ai pas encore réussi à trouver l'ori- 
gine. Quant à leur signification, le texte hébreu la donne à peu 
près. Il s'agit de la conjonction àicaxa nuen, qui traduit tiï, encore, 
aussi; et du verbe èSiasxouTeuvouoav yrwatttprçi'Wi qui correspond à 

T ■ "• S S V 

•non, Us s* abritaient . 

Pour le premier, il faut noter qu'à une époque assez récente à 
Janina, on l'employait toujours, dans les écoles, pour la traduction 
de DS, mais que personne ne savait ce qu'il voulait précisément 
dire. Le second pourrait faire penser à une corruption du verbe 
latin abscondere, mais je n'avance cette hypothèse qu'avec une 
grande hésitation. 

Une caractéristique de cet idiome grec est la rareté du son mo- 
derne t<t (z très âpre). Je ne l'ai trouvé qu'une seule fois dans la 
partie du livre que j'ai lue. C'est dans le mot lxXc&T«4>ev, $ rua, qui 
est une corruption phonétique de èx^ôsa^s, verbe qui désigne l'ac- 
tion de la poule qui couve. Ailleurs, on trouve ëxasav, ils s'assi- 
rent, au lieu du plus commun sxaxaav, et &m, ainsi, au lieu de frc«. 

1 Je rappelle ici que, dans la transcription, j'ai suivi complètement la prononcia- 
tion et l'orthographe modernes du grec, parce que les idées orthoépiques, qui régnent 
aujourd'hui sur le grec classique, ne peuvent s'appliquer en aucune façon au grec 
de notre version. 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 261 

La forme plus simple g« pourrait nous mettre sur la trace de 
l'origine de cet adverbe. Il sera dérivé probablement de l'adjectif 
fooç, égal, droit, juste. e"« voudrait dire : c'est juste. 

Je dirai encore quelques mots sur certaines anomalies syn- 
taxiques vraies ou apparentes. 

Je ne m'arrêterai pas à parler de l'emploi du génitif toO 6soû, au 
lieu de x& 8e#, ou de la locution jast' sùtôv, au lieu de \izx aûToO. Ces 
irrégularités sont devenues très fréquentes, particulièrement dans 
l'idiome d'aujourd'hui. Je noterai, en passant, à ce propos qu'il 
n'y a pas trace du datif dans tout ce que je lis du Pentateuque, 
tandis que dans Jonas les exemples en sont assez nombreux. Il faut 
tenir compte de l'intervalle probable de trois siècles qui sépare ces 
deux traductions, pour s'expliquer cette différence. 

Ces anomalies sont-elles imputables au désir qu'avait le tra- 
ducteur d'imiter la construction de l'hébreu ou aux transforma- 
tions qu'avait subies la langue grecque à cette époque ? Quoi qu'il 
en soit, en attendant qu'un nombre plus grand et même plus varié 
d'exemples me mette en mesure de répondre avec assurance à 
cette question, je cite les expressions très remarquables : eiç [lérpo? 

(= dpt8u,&v, HD^) irortSik ! , au lieu de iratStwv ; -rcaxipaç 6\a xh. irouô'ià toû 
Ë'^ep, au lieu de c^uv xwv icai8iu>v ; pè icâ^oç vecppiàt atTapioû, au lieu de vs<p- 

ptwv 2 ; yeviàc yepÉc7ji.aTa, au lieu de ^epiaixâttov. Il se peut que le manque 
de déclinaison en hébreu ait trompé notre traducteur, et ait en- 
traîné l'invariabilité des noms grecs, quoiqu'il soit évident que, 
dans la combinaison nn? m bs T3N, les mots *n2 -on bs sont au 
génitif, en raison de l'état de connexion du nom ">^n. Si l'on re- 
marque, en outre, que, dans tous les exemples cités, les noms qui 
devraient être au génitif sont au pluriel, on supposera volontiers 
que le génitif pluriel des noms était tombé en désuétude au milieu 
du xvi e siècle. Aujourd'hui, il y a assez peu d'exemples du génitif 
pluriel dans l'idiome parlé 3 . 

L'étrangeté de ce phénomène syntaxique pourrait, d'ailleurs, 
trouver une autre explication dans la substitution de l'accusatif 
au génitif, ce qui est arrivé aux pronoms personnels, quand ils 
suivent les substantifs pour en désigner les possesseurs (icarrip 
tou;, au lieu de icatYîp twv). Mais avant de se prononcer, il sera 

1 A vrai dire, rien ne m'autorise à préférer l'accentuation rcociStà à l'autre 7rat8ià. 
Je suis simplement l'accentuation vulgaire actuelle. 

2 Ici nous sommes en présence d'une traduction trop littérale, sur laquelle il n'y a 
pas besoin que je m'étende. 

3 La disparition du génitif est soutenable seulement pour ce qui regarde le pluriel, 
car le génitif singulier prend toujours la désinence ou. L'exemple xpoc-îi toù auy/.e- 
pacru,à xou (Deut., xxxn, 38) n'a aucune importance, parce qu'ici la désinence tou 
est tombée à cause de l'autre syllabe du même son, qui suit immédiatement. 



HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nécessaire de trouver des cas pareils de noms masculins ou 
féminins, car les nôtres sont tous neutres, et l'on sait que ces 
derniers n'ont qu'une forme pour le nominatif et l'accusatif. Par 
conséquent, il est difficile de savoir si, dans la combinaison iraxépaç 
ôXa t* «jcarôik toO "Eêep, le second nom est un nominatif ou un accu- 
satif employé au lieu du génitif. En d'autres termes, je ne saurais 
dire si ce mot présente une nouveauté morphologique ou une 
nouveauté syntaxique. 

Une dernière remarque sur l'invariabilité du pronom relatif 
S?. L'exemple que j'en ai trouvé est : sEç èla. t& Xcfyia, oç èycb p,ap- 
Tupw. Le masculin singulier se rapporte à un substantif neutre 
pluriel. Cette irrégularité, dont j'ai trouvé nombre d'exemples 
dans la version du Jonas, est due, selon toute apparence, à l'inva- 
riabilité de l'hébreu tcn. Mais c'est aussi un fait que, dans les 
langues néo-latines, à la même époque, le pronom avait déjà perdu 
la flexion, et l'on pourrait supposer que ce phénomène s'est aussi 
produit dans la langue de la Grèce. Aujourd'hui le romaïque dit 
toujours invariablement icob, qui n'est qu'une réduction de à ôtohoç, 
Tfj ôTtofo, etc. 

J'ai essayé de démontrer l'importance de cette version grecque, 
au double point de vue de l'exégèse biblique et de la linguistique 
grecque ; elle peut aider à combler une lacune dans l'histoire des 
études bibliques. 

Pour la linguistique grecque notre version a une valeur incom- 
parable ; elle a été faite, ainsi que le dit M. Em. Legrand, par un 
homme qui était fort versé dans la connaissance de l'idiome des 
Grecs de son époque, et mérite sans doute une étude approfondie, 
qui ne manquerait pas d'être féconde. 

Qu'une société savante se résolve à faire exploiter ce trésor, et 
je serai très heureux de lui offrir mon concours *. 

Paris, le 27 mars 1890. 

Lazare Belléli. 

1 Parmi les autres hébraïsants, qui se sont occupés de ces versions du Pentateuque, 
il faut citer Le Long et Andrée Gottlieb Masch, dont le premier, étant antérieur à 
"Wolf et à Richard Simon, leur a fourni les notices que nous avons résumées sous 
leur nom dans le corps de l'article. Le second n'aura eu probablement entre les 
mains aucun exemplaire de ce Pentateuque, et il en parle d'après ce qu'il a lu dans 
la Bibliotheca Hebraea de Wolf. Il résulte seulement du livre de Masch [Bibliotheca 
Sacra, Pars II, vol. II, sect. II) que la version de notre Pentateuque est la deuxième 
par ordre de chronologie qui ait paru en grec vulgaire d'une partie de la Bible. La 
première est la version du livre des Psaumes faite par 'AyaTuou, moine de l'île de 
Crète, sur le texte des Septante, et imprimée à Venise en 1543. 

Je dois consacrer une mention particulière au Chev. Moustoxydi, grand érudit cor- 



DEUX VERSIONS PEU CONNUES DU PENTATEUQUE 263 

fiote, décédé il y a une trentaine d'années, qui se fit faire la transcription du chap. 
vin du Deutéronome, d'après un cahier isolé de cet ouvrage, qu'on lui avait envoyé de 
Salonique. Il y ajouta une notice historique, d'une seule page, sur l'origine des ver- 
sions et surtout sur la forme de la version grecque, et releva une grande partie de ses 
anomalies, qu'il explique, d'une façon générale, en les attribuant à l'ignorance du grec 
de la part du traducteur juif. Pour éclaircir les endroits trop obscurs, il place en re- 
gard de la nouvelle version les passages correspondants de la traduction des Sep- 
tante; mais on comprend très facilement que ce n'est pas la meilleure manière de décou- 
vrir l'origine des irrégularités et d'en donner les raisons. Il faut toujours recourir 
au texte original, si l'on -veut éviter les erreurs. Le Chev. Moustoxydi a pris 
le relatif invariable ô; pour l'adverbe cbç et a toujours substitué ce dernier au 
pronom; il a séparé riyrjv et en a fait deux mots, yj yyjv, joignant l'article nominatif 
à un nom à l'accusatif, tandis qu'il ne s'agit que du simple accusatif yyjv avec la 
prosthèse, au commencement, d'un y) sans valeur ; il a adopté la transcription yovsïç, 
7rotfj!.viov, xo OoTôpivov, en remontant aux formes classiques, au lieu des formes vul- 
gaires et constantes dans notre ouvrage yovtoi, 7UoÎ[juvio, xo ûatepivo. Malgré cela, le 
texte donné par Moustoxydi est bien plus exact que celui de Wolf dont nous avons 
parlé dans notre article, et c'est vraiment admirable pour un savant qui ne possé- 
dait pas la connaissance de l'hébreu. 

Je suis redevable de cette dernière notice à l'obligeance de M. Marc Théotoky, 
inspecteur des archives du Sénat Jonien à Corfou, qui a bien voulu me prêter son 
concours, en mettant à ma disposition les manuscrits de l'éminent érudit. 



DOCUMENTS INEDITS 



SUR 



LES JUIFS DE MONTPELLIER 



AU MOYEN AGE 



Document n° I. 

Nous avons parlé, dans un autre article l , des sentiments bien- 
veillants que Jayme I er , roi d'Aragon, nourrissait à l'égard des 
Juifs de Montpellier. Le document que nous publions aux Pièces 
justificatives nous fournit une nouvelle preuve de ces bonnes 
dispositions. Jayme I er , en effet, ne prescrivit pas seulement à son 
intendant, au baile et aux Consuls d'interdire toute espèce de 
mauvais traitements contre les Juifs, mais confirma encore, par 
une charte du 18 octobre 1252, à Astruc, de Garcassonne, Abra- 
ham, fils de Bonet, et à toute la communauté juive de Montpellier 
« et toti universitati ludeorumin Montepessulano habitantium » 
tous les privilèges qu'ils tenaient de lui et de ses prédécesseurs, 
« et specialiter, ajouta-t-il, privilegium qnod vobis concessimus 
saper tributo quod nobis tenemini annuatim 2 ». 

Nous n'avons trouvé aux archives municipales aucun document 
permettant de préciser en quoi consistait ce tribut annuel. Il est à 
présumer que le privilège dont il est ici question se rapporte à la 
taille particulière à laquelle les seigneurs de Montpellier avaient, 
de tout temps, soumis les Juifs de leurs domaines 3 . 

1 Revue des Études juives , t. XIX, p. 259. 

* Pièces justificatives, n° i. 

3 Voir sur la taille des Juifs, D'Aigrefeuille, Hist. de Montp., 2 e édition, t. I, 
p. 50 et 88, et t. II, p. 545. Cf. Germain, Histoire de la commune de Montpellier, 1. 1, 
p. LX. 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 265 

Documents n os II-XVI. 

En dehors des noms juifs que nous avons déjà fait connaître l , 
le registre des notaires de la ville de Montpellier de l'année 
1293-94 nous en a conservé plusieurs autres, figurant pour la 
plupart dans des reconnaissances d'emprunts, achat de soie, con- 
trat de commandite, location de maison, quittances, acte d'asso- 
ciation, cession de créances, compromis, procuration, etc. Voici 
ces noms 2 : 

Durant, de Lunel ; Jusse, son fils ; Grescas, de Pignan ; Astruc 
d'En Mascip et son fils Grescon ; Jacob, d'Aubenas ; Abram, de 
Béziers ; Bonnizas ou Bonisach, fils de Salve, de Nîmes ; Vital, fils 
d'Abram, de Béziers ; Barbas, fils de Salve, d'Aix ; Vital, du 
Vigan ; Jusse, fils d'Astruc d'En Mascip ; Bonnizas, fils de Mossé 
d'En Isaac ; Tauros, de Beaucaire ; Astruc, fils de Bonisach, de 
Lunel; Astruc, fils de Baron, de Lunel; Astruc, fils de Frédol, de 
Montpellier; Jusse, fils de Salve, d'Aix; Ferrier, deCapestang; 
Bonisach, fils de Vital, de Montpellier ; Jusse, de Bollène, et 
Astrugue, sa femme ; Astruc, fils de Salve, de Tarascon; Momet, 
de Narbonne ; Jacob, de Lunel; David, teinturier; Barbas, teintu- 
rier, fils de Mascip, d'Aix; Abram, corroyeur, de Saint-Gilles; 
Nathan, teinturier; N., fils d'Abram, de l'Escalette (commune de 
Péguairolles, au-dessus de Lodève) ; Regina, sa femme ; Isaac, fils 
de Vivas, de Lattes, et Flors, sa femme; Samuel, de Melgueil; 
Isaac, de Lodève ; Grescas, d'Aimargues ; Durant, de Manosque ; 
Isaac Guershom ; Grescon, fils de David, d'Agde ; Mossé et Bonafos 
Vital, de Perpignan ; Salomon, père de Jacob, de Nosséran ; Mossé, 
de Béziers ; Vivas et Jacob, de Nosséran ; Samuel d'En Asser, de 
Perpignan , Mossé Samuel, son fils ; Bonet, fils de Davin, d'Avi- 
gnon ; Bonmancip, de Narbonne; Bonafos, de Melgueil et Bonne- 
dame, sa femme ; Boninzas, de Marseille ; Grescon Cohen ; Abram, 
de Beaucaire ; Astrugue, fille de Salamias, de Lunel ; Blanche 
Bonmancip, de Narbonne ; Mossé de Pignan ou de Montagnac ; 
Jusse, de Lodève ; Salve, de Tarascon ; Ferrier et Jusse, d'Ami- 
lhac ; Fava, fille de Jusse ; Davin, frère de Ferrier ; Bonanasc, de 
Béziers ; Bondia, fils de Vital, d'Aubenas ; Bonanasc, de Lodève ; 
Aazon, de Largentière ; Stella, fille de Salomon, d'Aubenas ; Salo- 
mon, fils de Ferrier, d'Amilhac ; Salomon, de Beaucaire, et sa 
fille, Bonne Heure ; Salamias, de Lunel ; Astrugue, femme de 

F 

1 Revue des Etudes juives, t., XIX, p. 266. 
* Pièces justificatives, n° n et suiv. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bondia, de Beaucaire ; Bonet, de Bouran (?) ; Druda, sa fille; Sa- 
lamias, fils de Salomon Natlian et son fils Astruc. 

Plusieurs des documents que nous venons de citer nous ont paru 
assez intéressants pour en donner ici une courte analyse : 

En 1293, Ermengarde de Conques, femme de dom Hugo Ricard, 
bourgeois de Montpellier, aliène pour deux ans et moyennant le 
prix de dix livres et dix sous melgoriens à Jusse, fils de Durand, 
de Lunel, les revenus de deux corroieries, qu'elle possède au fau- 
bourg de Villefranche l . 

Le 10 mars 1294, Astrugue et son mari, Bonmancip, deNarbonne, 
louent à Jacques Domigol, mercier, pour la durée de six années et 
pour le prix de 40 livres de melgoriens, une maison située dans la 
rue Française «prope carreriam voccatam rnam Francigenarn». 
Jacques Domigol sous- loue, le 23 mars de la même année, cette 
maison à Bertrand, de Toulouse, mercier 2 . 

Vivas et Jacob, de Nosséran, s'engagent, par un acte d'asso- 
ciation dressé le 4 février 1294, à subir en commun, pendant six 
ans, tous les frais résultant des poursuites judiciaires qui pour- 
raient être dirigées contre l'un deux par les juridictions séculières 
et ecclésiastiques de Montpellier et d'autres lieux 3 . 

Le 12 février 1294, Samuel d'En Asser, de Perpignan, reconnaît 
devoir cent livres de melgoriens à Bonet, fils de Davin, d'Avignon. 
Samuel s'engage à payer cette somme à Bonet et à y ajouter cent 
autres livres, représentant sa part contributive à leur association, 
valable pour deux années. Parmi les témoins de ce contrat figure 
le Juif T. Grescas d'En Mascip 4 . 

Un autre acte d'association intervient, le 14 janvier 1294, entre 
Ferrier, fils de Salomon, d'Amilhac, et Jusse, d'Amilhac, son beau- 
père, pour la somme de 90 livres de melgoriens, formant la dot de 
Fava, fille de Jusse. Le même jour Jusse cède à Ferrier un certain 
nombre de créances à valoir sur le paiement de la dot de sa fille 5 . 

Bondia, fils de Vital, d'Aubenas, vend, en 1293, avec le consen- 
tement de son curateur, Aazon, fils de Salve, de Largentière, à 
Bonanasc, de Largentière, les créances que lui et sa cousine 
Stella, fille de Salomon, d'Aubenas, ont sur Bertrand de Chazeaux 
et autres débiteurs mentionnés dans le contrat. Dans ce même 
document Bonanasc et Aazon reconnaissent devoir à Bondia 



1 Pièces justificatives, n° m. 

2 Pièces justificatives, n° x. 

3 Pièces justificatives, n° vm. 

4 Pièces justilicatives, n° ix. 

5 Pièces justificatives, n° xi. 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 2G7 

26 livres de melgoriens pour le paiement desquelles Salomon, fils 
de Ferrier, d'Amilhac, se déclare garant *. 

La même année, un compromis est passé entre Salomon, de 
Beaucaire, Juif d'Arles, et Salamias, de Lunel, Juif de Montpellier, 
au sujet du mariage de Salamias avec Bonne Heure, fille de Salo- 
mon. Les deux arbitres sont : Durant, de Lunel, et Astrugue, 
femme de Bondia, de Beaucaire. Ils décident tous deux que Bonne 
Heure recevra en dot 80 livres de melgoriens et que son mariage 
sera célébré, au mois d'août 1293, à Montpellier ou à Arles, au 
choix de Salamias. Deux Juifs, T. Isaac Guershorn et Irahel, de 
Béziers, figurent parmi les témoins de l'acte a . 

La même année encore, Bonnet, de Bouran(?), charge, par une 
procuration qu'il lui a donnée en son nom et au nom de Druda, sa 
fille, Bonafos, de Melgueil, de régler les affaires qu'il a engagées 
avec Salamias, fils de Salomon Nathan et son fils Astruc. La même 
procuration doit servir à Bonafos pour arranger les affaires de 
Bonet et de Salamias, pour lesquelles tous deux ont eu recours 
à l'arbitrage de Momet, de Narbonne, et de Tauros, de Beaucaire 3 . 

Le registre des notaires nous a, en outre, conservé le nom d'un 
juif, Mossé, de Béziers, qui, en 1293, fut condamné par contumace, 
sur les réquisitions de Pons Brunenc, procureur de Jean Tauros 
et excommunié par les églises de Montpellier, sur l'ordre du prieur 
de Launas, juge délégué par le Saint-Siège 4 . S'agirait-il d'un juif 
converti? C'est probable. 

Documents n os XVII-XVIIL 

En vertu de la cession de Montpelliéret, faite, en 1293, par 
l'évêque de Maguelone, Bérenger de Frédol, à Philippe le Bel, le 
roi de France était devenu suzerain direct de la seigneurie de 
Montpellier et avait un droit supérieur sur les Juifs qui habitaient 
le domaine du roi de Majorque. En 1306, malgré la résistance de 
Jayme II, les Juifs de Montpellier durent donc, eux aussi, prendre 
le chemin de l'exil et abandonner tous leurs biens, qui furent ven- 
dus à l'encan 5 . 

Leur absence fut de courte durée. Le roi Sanche leur permit, en 
1319, de revenir à Montpellier et d'y faire, comme nous l'avons 



1 Pièces justificatives, n° xn. 
8 Pièces justificatives, n° xm. 

3 Pièces justificatives, n° xiv. 

4 Pièces justificatives, n° xvi. 

5 Saige, Les Juifs du Languedoc, pp. 102, 309-324. 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dit 1 , l'acquisition d'un cimetière. C'est également à ce prince qu'ils 
doivent d'avoir pu échapper, en 1320, à la fureur des Pastoureaux. 
Sur l'ordre de Sanche, Jean de Rouergue, un des chefs des Pas- 
toureaux, venu à Montpellier avec l'intention de persécuter les 
Juifs, fut pris et pendu. Les autres se dispersèrent. Cette haute 
protection n'abandonna jamais les Juifs de Montpellier. Pendant 
tout le règne du roi Sanche ils vécurent paisibles et heureux. Les 
habitants de Montpellier ne manifestèrent aucune animosité contre 
eux et les chanoines de Maguelone eux-mêmes les comprirent dans 
la faveur qu'ils accordaient aux pauvres qui débarquaient dans 
leur île *. 

En l'année 1348, Jayme III, fils de Sanche, vendit Montpellier 
au roi de France, Philippe de Valois, pour le prix de 120,000 écus 
d'or. A partir de cette époque, la situation des Juifs changea com- 
plètement. Jaloux des libertés et des immunités dont jouissaient 
les Juifs, les Consuls de Montpellier provoquèrent, en 1363, une 
ordonnance du roi Jean qui les obligea à porter dorénavant sur 
leurs vêtements une marque distinctive 3 . En 1368, les mêmes 
Consuls leur défendirent de boire ou de puiser de l'eau à un 
autre puits que celui qui leur était assigné 4 . 

Lorsque le roi Charles V monta sur le trône, tous les Juifs du 
royaume de France s'engagèrent à verser dans le trésor royal, 
comme don de joyeux avènement, quatre mille francs d'or. Ceux 
du Languedoc n'ayant pas payé leur quote-part, le comte d'Etam- 
pes, gardien de leurs privilèges, ordonna à Salomon, de Moncur- 
chau (?) de rassembler tous les Juifs de cette contrée et de les 
contraindre, suivant l'assiette fixée par lui, « par prise, vendite 
et explectation de leurs biens », à s'acquitter de la dette qu'ils 
avaient contractée 5 . 

Le Conservateur des privilèges avait le droit de connaître seul 
de toutes les actions tant civiles que criminelles intentées contre 
les Juifs. Mais ces privilèges n'étaient pas toujours respectés. Ainsi, 

1 Revue des Etudes juives, t. XIX, p. 265. 

* « De pane canonicorum débet dare Prepositus omnibus venientibus et commo- 
rantibus infra insulam, cujuscumque status et conditionis existant, etiam Judeis et 
Sarracenis. » Arch. dép., Cartul. de Maguelone. Reg., E., fol. 3. Cf. Germain, ouvr. 
cité, t. II, p. 246. 

3 Arch. mun., Arm. 9, Cass. xx, n° 16. 

* « Premieramens que los juzieus ni las juzieuas habitans en Montpellier non auzon 
pozar ni beure ayga en negun pos de Montpellier, ni en tôt lostal daquel, sinon en I. 
solet pos, lo cal nos lur assignaren, afin que los crestians non beuon lars sobras pudy- 
tas ni autres escandals, o autres non se y puescon estalvar. » — Petit Thalamus, 
p. 166-167. 

5 Pièces justificatives, n° xvn. 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 269 

en 1365, Charles V, par une ordonnance datée de Villeneuve-lès- 
Avignon, fut obligé de faire défense au baile établi à Montpellier 
de connaître dorénavant des causes des Juifs, desquels le comte 
d'Etampes était seul juge ». 

Documents n os XIX-XX. 

Pour garantir leur cité des ravages des Grandes Compagnies, 
les Consuls de Montpellier firent entourer, en 1362, les faubourgs 
d'une palissade. La même année, dans un but de défense et de sé- 
curité plus parfaites, ils se virent réduits à abattre une partie des 
faubourgs et à agrandir les murailles et les fossés. Les Juifs, 
ainsi qu'il résulte d'un certificat d'Etienne de Clapiers, baile de 
Montpellier, contribuèrent pendant deux années, en 1362 et en 
1363, aux charges de la ville pour la somme annuelle de cent flo- 
rins d'or 2 . 

Le seigneur de Montpellier était, à cette époque, Charles, roi de 
Navarre. Les Consuls, pour mettre la ville à l'abri des incursions 
des Grandes Compagnies, résolurent de l'entourer d'une nouvelle 
muraille. Les Juifs prétendirent, en vertu d'engagements anté- 
rieurs contractés avec les officiers du roi, être dispensés de toute 
participation à cette dépense. Leur exemple ayant été suivi par un 
certain nombre de chrétiens, les Consuls s'adressèrent au roi et 
firent valoir à ses yeux le grave danger que ce refus pourrait en- 
traîner pour la sécurité de la ville. Charles de Navarre écouta 
leurs plaintes et, par une ordonnance datée de Saint-Jean-Pied-de- 
Port (18 février 1374), ordonna à ses officiers de contraindre les 
Juifs et les Juives à contribuer selon leurs moyens « raciondbili- 
ter et secundum facultales », tout comme les chrétiens, à la 
construction de la nouvelle enceinte. Le roi de Navarre enjoignit, 
en outre, à ses officiers de ne pas permettre aux chrétiens de sai- 
sir cette occasion ou toute autre pour molester les Juifs qui habi- 
taient sa seigneurie 3 . 

Document n° XXL 

Au mois de janvier 1374, le roi de Navarre ordonna à son lieu- 
tenant royal, Pierre Amance, de le renseigner sur les juridictions 
dont relevaient les Juifs de Montpellier. Celui-ci manda à son 

1 Pièces justificatives, n° xvin. 
1 Pièces justificatives, n° xix. 
3 Pièces justificatives, n° xx. 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

palais des témoins qui firent, en sa présence, les dépositions 
suivantes : 

1° Le baile et les autres officiers ordinaires de la ville de 
Montpellier ont l'habitude de connaître des causes civiles et crimi- 
nelles des Juifs et des Juives ; 

2° Avec le consentement du gouverneur royal, les Consuls se 
sont récemment permis d'enlever les portes des maisons juives 
pour la levée du fouage et des taxes ordinaires et autres exigées 
des Juifs en vue de la fortification et de la clôture de la ville ! ; 

3° Les représentants de la communauté juive déclarent ne pas 
pouvoir traiter avec les consuls, défense leur en ayant été faite 
par le gouverneur royal ; 

4° Les Juifs veillent, jour et nuit, à la garde des portes de la 
ville, suivant l'ordre qui leur est donné par les septains 2 . 

Notre document contient un 5 e paragraphe relatif à l'institution 
des sergents chargés de visiter les hôtels et d'adresser aux Consuls 
un rapport sur les étrangers qui y sont descendus 3 . 

Sous le règne de Charles VI, les Juifs de Montpellier obtinrent 
l'autorisation de construire une nouvelle synagogue remarquable, 
suivant l'expression de l'acte qui nous fait connaître ce fait 4 , par 
l'ornementation du Tabernacle et par le nombre considérable des 
lampes. L'évêque de Maguelone, s'appuyant sur un usage ancien 
d'après lequel aucune école ni aucune synagogue ne pouvait s'ou- 
vrir sans son consentement préalable, essaya de revendiquer pour 
son église la propriété de la synagogue ; il finit cependant par 
accepter une transaction aux termes de laquelle il permit à la 
communauté juive, représentée par Hélie de Loan et Samuel Caïl, 
de se livrer librement à l'exercice de son culte dans la synagogue. 
Pour prix de sa condescendance, l'évêque exigea des Juifs le res- 
pect de sa personne et le paiement d'une somme de 400 livres 
tournois (13 mai 1387). 

Il ne fut pas donné aux Juifs de Montpellier de jouir longtemps 

1 En 1350, le roi Jean avait autorisé les Consuls à enlever les portes des maisons 
de ceux qui refuseraient de payer les tailles, et Charles V accorda, en 1365, à ces 
mêmes Consuls, le droit d'entretenir deux sergents investis de la mission expresse de 
saisir les propriétés mobilières et immobilières de quiconque ne s'exécuterait pas de 
bonne grâce pour sa quote-part de l'impôt général. Germain, ouvr. cité, t. II, p. 235. 

2 Comme dans plusieurs villes du midi de la France, les habitants de Montpellier 
étaient, selon leur profession, répartis en sept catégories appelées échelles (escalas). 
Ce classement, établi en raison des sept jours de la semaine, avait pour premier objet 
la garde des portes de la ville. Un statut spécial assignait à chaque catégorie un jour 
particulier pour ce service. — Petit Thalamus, statuts de Montpellier. 

3 Pièces justificatives, n° xxi. 

* Ce document a été publié par Bédarride, Les Juifs en France, en Italie et en 
Espagne, Notes, p. 539-542. 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AfiK 271 

de leur synagogue. Ils durent bientôt l'abandonner, en vertu de 
Tédit royal du 11 septembre 1394, qui les bannit à perpétuité du 
royaume de France. Ils se retirèrent, pour la plupart, en Provence 
et dans le Comtat-Venaissin, et ce n'est que trois siècles plus tard 
que nous verrons quelques-uns de leurs descendants demander 
l'hospitalité à une cité à la splendeur de laquelle leurs ancêtres 
avaient tant contribué. 

Nîmes, le 3 juin 1891. 

Salomon Kahn. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



I. 

Confirmation des privilèges des Juifs de Montpellier 

PAR LE ROI JAYMK I er D'ARAGON. 

18 octobre 1252. 

Noverint universi quod nos Jacobus, Dei gratia rex Aragonum, 
Majoricarum et Valeutie, cornes Barchinone et Urgelli et dominus 
Montispessulani, per nos et nostros laudamus, concedimus et con- 
firmamus vobis, Astruch de Garcassona et Abraham, filio quondam 
Boneti Judei, et toti universitati Judeorum in Montepessulano habi- 
tantium, presentium et futurorum, omnia instrumenta et privilégia, 
a nobis et a nostris antecessoribus vobis concessa et confirmata, 
super vestris franchitatibus et consuetudinibus et quibuslibet aliis 
causis, et specialiter privilegium quod vobis concessimus super tri- 
buto quod nobis dare tenemini annuatim, volentes et concedentes 
vobis quod predicta privilégia omnia et singula perpetuam et plena- 
riam habeant firmitatem, mandantes tenenti locum nostrum in Mon- 
tepessulano et bajulo curie et consulibus ejusdem loci et universis 
aliis officialibus et subditis nostris, presentibus etfuturis, quod pre- 
dicta privilégia vobis et vestris successoribus inviolabiliter observent 
et observari faciant et contra ea vel eorum aliqua non veniant nec 
aliquem venire permitlant. Datum Barchinone, xv kalendas Novem- 

O 

bris, anno Domini M.CG.L. secundo. 

Signum f Jacobi, Dei gratia régis Aragonum, Majoricarum et Va- 
lentie, comitis Barchinone et Urgelli et domini Montispessulani. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Testes sunt : 

G. de Montecat. 
R. Bereng. Dager. 
G. de Angelaria. 
B. de Cintillis. 
Bertrandus de Ahones. 

Signum Petri Andrée qui, mandato domini régis, hoc scripsit, loco, 
die et anno prefixis. 

Analyse, du xm e siècle, en marge : Carta cal rei Jac confermet las fran- 
quesas als Juseus de Monpelier que lor avia dadas. — (Arch. mun. de 
Montpellier, Grand Thalamus, fol. 44 v°, pièce n° 91.) 



IL 

Registbe des délibérations du Conseil de Ville de 4293. 
(Archives municipales de Montpellier.) 

Crescas de Piniano (fol. 21 r°, 6 kl. nov.). 

Astruc deu (ou den) Mascip (fol. 22 v°, 5 kl. nov.). 

Crescon, filius Astruc deu (ou den) Mascip (ibid., 5 kl. nov.). 

Jacob de Albenascio (fol. 24 r°, 5 kl. nov.). 

Abram de Biterris (fol. 24 r°, 5 kl. nov.). 

Bonnizas, nlius Salves de Nemauso (fol. 26 r°, non. nov.). 

Vitalis, nlius Abram de Biterris (fol. 26 v°, non. nov.). ' 

Barbas, films Salves de Aquis (fol. 27 r°, 8 id. nov.). 

Vitalis de Vigina (fol. 27 v°, 8 id. nov.). 

Crescon et Jusse, filii Astruc den Mascip (fol. 28 r°, 5 id. nov.). 

Bonnizas, filius quondam Mosse den Ysac (fol. 28 r°, 4 id. nov.). 

Tauros de Bellicadro (fol. 28 v°, prid. id. nov.). 

Astruc, filius quondam Bonysac de Lunello (fol. 29 r°, id. nov.). 

Astruc, filius Baroni (?) de Lunello (fol. 34 v°, 16 kl. dec). 

Astruc, filius Fredoli (?) de Montepessulano (fol. 36 r ., 14 kl. dec). 

Jusse, filius Salves de Aquis (fol. 36 v°, 12 kl. dec). 

Ferrerius de Capitestagno (fol. 37 r°, 8 kl. dec). 

Bonysac, filius Vitalis de Montepessulano (fol. 38 r°, kl. dec). 

Astrugus, filius Salves de Tarascone (fol. 38 r°, kl. dec). 

Monetus (?) de Narbona (fol. 38 v°, prid. non. dec). 

Jacob de Lunello (fol. 38 v°, prid. non. dec). 

Lavinus, tincturerius (fol. 45 r°, 7 id. dec). 

Barbas, tincturerius, filius quondam Mascipi de Aquis (fol. 47 r°, 

6 id. dec). 
Abram de Sancto Egidio, corraterius (fol. 47 v°, 3 id. dec). 
Nathan, tincturerius (fol. 48 r°, 18 kl. jan.). 
N. (nom mq.), filius quondam Abram de Scola (ibid.). 
Regina, uxor Abr. de Scola (ibid.). 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 273 

Et juramus, scilicet ego, dictus Nathan, ad sanctam legem Moysi, 

et ego, dicta Regina, per fîdem raeam (ibid.). 
Ysac, filius quondam Vivas de Latis, et Flors, ejus uxor (fol. 49 r°, 

16 kl. jan.). 
Samuel de Melgorio (ibid.). 
Ysac de Lodova (fol. 49 v°, 15 kl. jan.). 
Crescas de Armazanicis (fol. 49 v°, 15 kl. jan.). 
Duranlus de Mannasca (fol. 50 v°, 11 kl. jan.). 
Ysac Guershom (fol. 52 r°, 4 id. jan.). 
Grescon, filius Davini de Agalha (fol. 52 r°, 4 et 3 id. jan.). 
Mosse Vitalis de Perpiniano (fol. 57 r°, kl. febr.). 
Bonafos Vitalis de Perpiniano (ibid.). 
Salamon de Naserena, quondam pater Jaco de Naserena (fol. 57 r°, 

11 kl. febr., li 12). 
Mosse de Biterris (fol. 62 r°, 6 kl. febr.). 
Vivas et Jaco de Naserena (fol. 64 v°, prid. non. feb.). 
Samiel den Asser, habitator Perpiniani (fol. 76 v°, prid. id. febr.). 
Mosse Samiel (ibid.). 

Bonetus, filius quondam Davini de Avinione (ibid.). 
Bonmascip de Narbona (fol. 78 r°, 14 kl. mart.). 
Bonafos de Melgorio (fol. 78 v°, 14 kl. mart.). 
Bonadomina, ejus uxor (ibid.). 
Boninzas de Mass. [ilia ?] (fol. 80 r°, 6 kl. mart.). 
Crescon Cohen (ibid.). 

Abram de Bellicadro (fol. 85 v°, 3 non. mart.). 
Astruga, filia Salvinias (?) de Lunello et Blanche, uxor Bonmascip 

de Narbona (fol. 87 v°, 6 id. mart.). 
Mosse de Piniano, alias de Montanhaco (fol. 93 r°, 16 kl. apr.). 
Jusse de Lodova (fol. 94 r°, 15 kl. apr.). 
Salves de Tarascone (fol. 94 v°, 11 kl. apr.). 



III. 
1293. 

Item, xi kls. Novembr. 

Ego, Ermenjardis de Conclus, uxor domini Hugonis Ricardi, bur- 
gensis Montispessuleni, per me et meos, bona fide et bono animo, 
vendo et titulo perfecte venditionis derelinquo tibi, Jusse, Judeo, 
filio Duranti de Lunello, Judei, et tuis, hinc ad festum sancti Mica- 
helis et a dicto festo in duos annos proxime continuos et completos, 
totum usaticum. lxx. sol. Mlgr. quoi tnihi Pontius de Lunello, 
blanquerius, singulis annis in festo sancti Micahelis prestare et dare 
débet pro duobus operatoriis blanquerie que sunt in suburbiis Mon- 
tispessulani, in tenemento de Villafrancha, que dictus Pontius mi- 
liter seu quasi tenet et possidet sub meo directo dominio, laudimio 
T. XXII, n° u. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et consilio et censu seu usatico annuo predicto lxx sol. Mlgr. Precio 
(sic) autem hujus vendicionis scio, assero, confiteor et cogaosco me 
a te habuisse et numerando récépissé decem libr. et x sol. Melgr., 
in quibus ren. etc, promitens tibi recipienti quod totum predictum 
usaticum per totum dietum tempus singulis annis in dicto festo 
sancti Micahelis te et tuos faciam habere et percipere pacifiée et 
quiète et ab omni inpediente et contradicente persona in judicio et 
extra te et tuos jure deffendam etc, cedens tibi jura et actiones mini 
occasione dicti usatici per dietum tempus compétentes... Verum si 
predictum usaticum a predicto Pontio et suis singulis annis in festo 
sancti Micahelis non haberes seu reciperes, ego promito tibi stipu- 
lant et recipienti singulis annis per totum dietum tempus dare et 
solvere lxx sol. Mlgr. ad tuam et tuorum comonitionem et omnimo- 
dam voluntatem, quod nisi facerem, omne dampnum etc, credendo 
etc, pro quibus obligo tibi et tuis me et omnia bona mea etc, asse- 
rens me nichil dixisse etc, ren. etc, et jur. etc. Pro quibus universis 
et singulis per dietam dominam Ermenjardam promissis tenendis et 
complendis neenon et pro dictis lxx sol. singulis annis per totum 
dietum tempus dandis et solvendis tibi, dicto Jusse, et tuis ad tuam 
comonitionem et omnimodam voluntatem, si eos a dicto Pontio de 
Lunello non haberes in dicto festo sancti Micahelis, ego, Raymundus 
Germani, piperarius, constituo me tibi, dicto Jusse, recipienti, sub 
mei et bonorum meorum efficaci obligatione debitorem et reum in 
solidum principalem, ren. etc, et promito per fidem mearn etc. 

T. Guillelmus Andrée..., dominus Guillelmus Sabbaterii, prior 
ecclesie Béate Marie de Villa Franca, et ego, etc. 

o 

Post hoc, anno quo supra, scilicet. x. kls. Novembr., Durantus de 
Lunello, Judeus, pater et legitimus administrator dicti Jusse, pré- 
sente, petente, volente et consentiente dicto Jusse de predicta vendi- 
cione et omnibus et singulis suprascriptis, certioravit dietum Pon- 
tium de Lunello, inhibens ei ne amodo dicta usatica per predictum 
tempus solvat dicte domine Ermenjardi, et dictus Pontius dixit quod 
propter predicta non cessaret quin dicta usatica solveret dicte do- 
mine Ermenjardi, quibus dictus Durantus pater et dictus Jusse 
fiiius non concesserunt, ymo expresse contradixerunt. 

T. Guillelmus Bruni, Aldebertus Ricols, blanquerii, et ego, etc. 

(Ib., fol. 18 vo-19 r<>.) 

IV. 

Quittance d'acompte sur emprunt fait par Grescas de Pignan. 

27 octobre 1293. 

It. sexto kls. Novembr. 

Ego, Marquesius Boclandi, campsor, confiteor tibi, Grescas de Pi- 
niano, Judeo, quod tu solvisti mini sex libras et xm sol. et mi d. 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 275 

Mlgr., quas mihi debuisses solvisse in proxime prcterito festo 
Sancti Micahelis de illis xxi libris Mlgr., in quibus tu mihi es obli- 
gatus cum instrumente» scripto per B. Joliani, notarium Montispes- 
sulani, de quibus sex libris teneo me a te pro paccato etc. in quibus 
etc., de quibus sex libris facio tibi absolutionem etc. et pactum de 
non agendo etc. salvo in residuo jure meo etc. T. Bernardus de Vila- 
reto, vecturarius, Stephanus Spatôr. (?) et ego etc. 

(Registre des notaires de la Ville de 1293, fol. 21 r°.) 

V. 

Achat de soie par Jusse de Bollène. — 27 octobre 1293. 

It. sexto kls. Novembris. 

Ego, Jusse de Bolena, Judeus, et ego, Astruga, ejus uxor, etc, 
confitemur et quisque in solidum nos debere tibi, Marie Orlhaque, 
uxori quondam B. de Orlhaco, mercerii, ini or libr. et xix sol. et 
sex d. Mlgr., pro cerico tantum valenti, quod a te ex causa emptio- 
nis habuimus, in quibus ren. etc, quas et quos promitimus et quis- 
que in solidum tibi recipienti dare et solvere ad tuam omnimodam 
voluntatem, pro quibus obligamus specialiter et pignori tradimus 
tibi et tuis quandam clamidem nostram de scorleto cum pannis (?) de 
anssa (?) mera etc. ren. etc. et promitimus per fides nostras etc. 

T. Guillelmus Pastoris, B. Laurencii, corraterii, et ego, etc. 

(Registre des notaires de la Ville de Montpellier de 1293, fol. 21 r°.) 

VI. 

Emprunt a Astrug Den Masgip. -— 28 octobre 1293. 

It. quinto kls. Novembr. 

Ego, Johannes de Figareto, parrochie de Agusanicis, et ego, Guil- 
lelma, ejus uxor, etc., confitemur et quisque in solidum nos debere 
tibi, Astruc Den Mascip, Judeo, xlii sol. et n d. Mlgr. et tria quar- 
talia frumenti, ex causa mutui, in quibus ren. etc., quos et que pro- 
mitimus et quisque in solidum, sub nostri et bonorum nostrum 
obligatione, dare et solvere tibi recipienti per hos terminos, scilicet 
dictum bladum in festo Sancti Pétri de Augusto et dictos denarios in 
sequenti festo Sancti Micahelis, alias dabimus tibi pro lucro etc. ren. 
etc. et jur. etc. actaque sunt etc. 

T. Johannes Palla, Pontius Palla, fratres, ordearii, et ego etc. 

(Registre des notaires de la Ville de 1293, fol. 22 v°.) 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VIL 

1. 

Quittance donnée par Isaac, fils de feu Vivas de Lattes, et 
Flors, sa femme, a Samuel de Melgueil, son beau-père, pour 
la restitution d'un dépôt de 36 livres melg., placées a inté- 
rêts par isaac chez samuel, le 4 novembre 4289. 

Montpellier, 17 décembre 1293. 

It. xvi kls. Jan. 

Ego, Ysac, Judeus, filius quondam Vivas de Latis, et ego, Flors, 
ejus uxor, etc., ambo simul et quisque nostrum coufitemur et reco- 
gnoscimus tibi, Samieli de Melgorio, Judeo, patri mei dicte Flors, 
quod tu nobis plenarie et intègre satisfecisti in illis triginta et sex 
libris Mlgr., quas a nobis habebas et tenebas in comanda et in qui- 
bus tu mihi, dicto Ysac, eras obligatus, ex causa comande, prout 
continetur in instrumento dicte obligations, scripto per Johanoem 
Grimaudi, notarium Montispessulani, sub anno Domini millesimo 
ducentesimo et octogesimo nono et ini° idus Novembris, necnon sa- 
tisfecisti nobis plenarie in omnibus et singulis lucris, que fecisti 
cum dicta comanda per tantum tempus per quod dictam comandam 
tenuisti, de quibus lucris tu nobis rationem plenariam reddisti, que 
lucra tu debebas nobis dare et restituere, prout in dicto instrumento 
dicte obligationis ple'nius continetur, quod instrumentum et omnia 
et singula in eo contenta cassamus, delemus, irritamus penitus et 
anullamus et viribus et efficacia totaliter destituimus et carere in 
perpetuum volumus tocius roboris firmitate. De quibus omnibus et 
singulis tenemus nos a te quam plurimum pro paccatis etc. in qui- 
bus ren. etc. et de predictis universis et singulis te et tuos in perpe- 
tuum absolvimus et quitamus etc. et quicquid juris et actionis nobis 
seu alteri nostrum pro predictis vel eorum occasione competeret vel 
competere posset, tibi et tuis damus, cedimus et mandamus, solvi- 
mus, guerpimus et omnino remitimus nunc et in perpetuum, fa- 
cientes de predictis universis et singulis tibi, stipulanti et recipienti, 
plenam et generalem absolutionem etc. et pactum validum et sol- 
lempne de non petendo amodo a te seu tuis aliquid de predictis et 
de non ulterius agendo contra te seu tuos, occasione aliqua premis- 
sorum, prout melius etc. promitentes tibi recipienti quod contra 
predicta nunquam veniemus etc. et nichil diximus etc. ren. etc. et 
jurantes ad sanctam legem etc. 

T. Johannes de Brugueria, posanderius, Augerius Tamhane (?), 
clertor, et ego etc. 

(Registre des notaires de la Ville de 1293, fol. 49 r°.) 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 277 

2. 

o o 

Anno M. GG. nonagesimo tercio. 

o 

XVI. kls. Januarii. Ego, Samiel de Melgorio, Judeus, confiteor et 
cognosco tibi, Ysac, filio quondam Vivas de Latis quod ego, tam- 
quam utilis negotiorum gestor et de peccuDia tua, quam a te in co- 
mandam haLebam, contraxi nomina infrascripta : primo lvi sol., in 
quibus StephaDa Fabressa et B. ejus filius de Melgorio sunt mihi 
obligati, cum instrumento facto per B. Catalani, notarium Melgorien- 
sem. Item, Jacobus Boneti et ejus uxor, de Melgorio, in xvi sol. 
cum instrumento facto per B. de Gravezon, notarium Melgorieasem. 
Item, R. Visiani et ejus uxor, xxxn sol., cum carta Johannis Tauros, 
notarii. Item, B. Fabri, de Melgorio, xxvi sol., cum carta B. Catalani. 
Item, B. Sacriste, Jo. (?) Bonan, de Melgorio, xxvn sol., cum carta 
Jo. Tauros notarii. Item, P. Bidocii et Maria, ejus uxor, de Melgorio, 
xxvn sol., cum carta B. Gravezon. Item, Joh. Costa et ejus uxor, 
xxvin sol., cum carta B. Gravezon. Item, Bertrandus Guiraudi de 
Provincia, babitator Melgorii, et ejus uxor Stephania, xxvn sol., 

cum carta Jo. Tauros Item, R. Ynardi et Guiraudus Ruta, 

xx sol., cum carta B. de Trilia. Item, in xi sol. de illis xxn sol. in 
quibus mihi et Abram, generi meo, sunt obligati B. Matarani et 

Guillelma et Beatrix, sorores ejus, cum carta G 1 Garini Item, 

predicti Ysac et Flors, ejus uxor, absolverunt dictum Samielem de 

ta 

dictis XXXVI libr. et de omnibus lucris. 
T. Johannes de Brugueria, Augerius de Amiliano et ego etc. 

(Archives municipales de Montpellier, registre des notaires de la Ville 

de 1293, pièces annexes.) 

* 

VIII. 

Acte d'association entre Vivas et Jaco de Nosséran. 
Montpellier, 4 fe'vrier 1294 (n. st.). 

Item, pridie nonas Februarii. 

Nos Vivas et Jaco de Naserena, Judei, fratres, habitatores Montis- 
pessulani, ad invicem pascicimur pacta et conventiones ad invicem 
facimus et contrahimus, in modum videlicet infrascriptum. Promi- 
timus siquidem et convenimus vicissim alter alteri, hinc inde inter- 
veniente stipulatione mutua et sollempni, quod si hinc ad proxime 
instaûs festum Sancti Micahelis et a dicto festo in quiuque annos 
aliqua curia ecclesiastica vel secularis seu aliquis judex secularis 
vel ecclesiasticus ordinarius vel extraordinarius, delegatus vel sub- 
delegatus, seu alius quicumque in Montepessulano vel extra, ubi- 
cumque procederet contra nos seu alterum nostrum ad inquisitio- 
nem aliquam ex officio vel ad accusationem vel denunciationem 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

alicujus, et ob id oporteret nos seu alterum nostrum componere, 
transigere, pascisci vel condempnari sive mulctari vel aliquid dari 
vel prestari, quod ratum illud nec non et omnes expensas, quas 
fieri quoque mihi contingeret in pro sequendo predicta, solvantur 
et solvi debeant de bonis et peccunia nobis adinvicem commu- 
nibus. Et hec tenere, servare, complere et in nullo contra venire 
adinvicem promitimus sollempniter stipulatione communi (?) inter- 
posita sub nostri et bonorum nostrorum efticaci obligatione inter- 
veniente hinc iode sollempni, nostre fidei plevimento. 
T. Johannes Tibaudi, Johannes Bonpar et ego etc. 

(Registre des notaires de la Ville de Montpellier de 1293, fol. 64 v°.) 

IX. 

Contrat de commandite entre Samuel Den Asser, Juif de Per- 
pignan, et Bonet, Juif, fils de Davin d'Avignon, pour la 
valeur de 200 livres melg., fournies par samuel den asser, 
dont 100 livres melg. sont dues par samuel den asser a 
Bonet. — Montpellier, 12 février 1294 (n. st.). 

IL, pridie idus Februarii. 

Ego, Samiel den Asser Judeus, habitator Perpiniani, scio, assero 
et in veritate confiteor et cognosco me debere tibi, Boneto, Judeo, 
filio quondam Davini de Avinione, Judei, et tuis centum libr. Mlgr., 
ex causa mutui, in quibus scienter et expresse renuncio excepcioni 
non numerate peccunie et non habite seu recepte, quas quidem 
G. libr. promito, sub mei et bonorum meorum efficaci obligacione, 
dare et solvere tibi stipulanti et recipienti et tuis in pace et absque 
contradictione apud Perpinianum in proxime instanti festo omnium 
sanctorum, in modum videlicet infrascriptum inter me et te ex 
pacto précise et expresse condictum, videlicet quod, adveniente 
termino dicte solutionis, ego ex pacto inter me et te sollempniter 
condicto et inhito, debeo ponere dictas G. libr., quas tibi debeo, in 
quadam archa* communi, in qua eciam arche ego debeo de meo 
proprio ponere alias centum libras Mlgr., cujus archa ego tenere et 
habere debeo unam clavem et Mosse Samiel, films meus, nomine 
tuo, aliam clavem. Cum quibus ducentis libr. ego, predictus Sa- 
miel den Asser: et ego, predictus Bonetus, renunciantes ut ex tune 
adinvicem, simul contrahimus societatem inter nos duraturam a 
dicto festo proxime instanti omnium sanctorum in duos annos tune 
proxime continuos et sequentes ; cum quibus. GG. libris ego, dictus 
Samiel den Asser debeo per totum dictum tempus duorum annorum^ 
per quod dicta societas est duratura, negotiari bene et fideliter ad 
commune mei et tui proficuum, periculum eciam et resegne (?), ita 
videlicet quod omni lucro et questu quod ego, durante dicta socie- 
tate, cum dictis. GG. libris quoeumque modo fecero et adquisiero, tu 



LES JUIFS DE MONTPELLIER AU MOYEN AGE 279 

debes habere medietatem et-ego aliam, in dampnum vero, si quod 
in predictis, quod Deus advertat, adesse contigerit, tu succèdes in 
medietate et ego in alia. Qua quidem societate Imita, tu, dictus Bo- 
netus, ex pacto inler me [et] te inhito, habebis et habere debes elec- 
tionem recipiendi, pro parte te contingente sortis, lucri et questus, 
quod factum fuerit, dicta societate durante, cum dictis. GG. libris, 
medietatem omnium et singulorum nominum sive creditorum, que 
ex predictis tune contracta fuerint, dicta societate durante, videlicet 
illam medietatem dictorum nominum sive creditorum, quam tu, 
dictus Bonetus, magis volueris et elegeris. Si vero ego et tu, pro- 
cessu temporis, convenerimus predictam societatem ultra dictum 
tempus inter nos duraturam, quandocumque ex tune dictam socie- 
tatem finiri contigerit, et ego et tu, ex pacto inter nos adinvicem 
inhito, debemus amicabiiiter et concorditer omnia et singula no- I 
mina sive crédita ex predictis tune contracta inter nos equis parti- 
bus dividere, ita quod tu habebis dictorum nominum sive credi- 
torum medietatem et ego aliam, promitens et conveniens ego, dictus 
Samiel, quod in dicta societate bene et tideliter me habebo et cum 
dictis. CG. libris utiliori modo quo potero negociabor bonum, verax 
et légale computum et rationem plenariam, omni lucro et questu, 
quod cum predictis fecero et adquisiero, nichil inde tibi subtraham, 
celabo seu alias occultabo, tibi et tuis reddam, predicto Boneto 
stipulante sollempniter et recipiente, et partem te contingentem de 
dicta sorte, lucro et questu quod cum predictis, durante dicta so- 
cietate, quoeumque modo fecero et adquisiero, ipsa finita, tibi et 
tuis in pace et absque contradictione, omni excepeione, dilacione, 
compensacione, deductione et retentione penitus cessantibus.et ex- 
clusis, plene et intègre reddam et restituam, reddere et restituere 
tibi recipienti promito, ad tuam vel tuorum commonitionem et 
omnimodam voluntatem, cum plena et intégra restitucione damp- 
norum etc. credendo etc. Pro quibus universis et singulis etc. 
obligo tibi, dicto Boneto, et tuis me et omnia bona mea etc. et jur. 
ad sanctam legem Moysi etc. Pro quibus universis et singulis ego, 
Mosse Asser, Judeus, frater dicti Samielis, constituo me pro dicto 
Samiele, fratre meo, tibi, dicto Boneto, fidejussorem, debitorem et 
reum in solidum principalem, sub obligatione bonorum meorum etc. 
ren. etc. et promito per fidem etc. 

T. Grescas den Mascip, Judeus, Stephanus de la Gesta, fusterius, 
Augerius de Amiliano, clertor, et ego, etc. — Ex hac nota sumpsi 
duo instrumenta per alphabetum divisa. 

(Arch. municip. de Montpellier, registre des notaires de la Ville 

de 1293, fol. 76 v°.) 

(A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



UNE INSCRIPTION SABEENNE 



Dans le numéro 43 de cette Revue, M. Halévy m'honore 
d'une réplique relativement à l'inscription judéo-sabéenne que 
j'ai publiée dans le journal Das Ansland, numéro 2 du 12 jan- 
vier 1891. 

L'inscription en question est ainsi conçue : 

1 b&ni2"n ^730**1 i^m ûc "pnm -p 



Dans la première ligne, il est bien possible de lire 'psonS, au 
lieu de ï^on, parce que, effectivement, il semble manquer une 
lettre entre le H et le d. De même, on peut admettre à la fin de la 
première partie de la deuxième ligne la lecture &mrn, au lieu de 
nirrr, parce que la pierre est cassée en cet endroit. Le n de dnïiuài 
ne me paraît être qu'une dittographie provenant d'une faute de 
copie, donc retombant à ma charge, ce qui est bien explicable si 
l'on sait que j'ai dû faire démolir la partie supérieure d'une mai- 
son pour pouvoir parvenir près de l'inscription, que je devais 
copier en me trouvant dans une position bien incommode. Mais, 
en admettant toutes les corrections de M. Halévy, il m'est impos- 
sible de souscrire à la traduction que donne M. Halévy de cette 
inscription ; car on pourrait tout au plus proposer la traduction 
suivante : 

« Loué soit et béni le nom du miséricordieux qui est dans le ciel 
et (le nom) de Israël et de leur dieu, le seigneur de Juda (des 
Juifs), qui (un verbe au passé) leur serviteur Schàhir et » 



NOTES ET MELANGES 281 

Mais je crois que nous ne nous trouvons pas en face du com- 
mencement de l'inscription. Probablement les deux lignes étaient 
précédées d'une autre qui contenait les noms des auteurs de l'in- 
scription, de sorte qu'il faut traduire : 

N. N., N. N. et N. . . ont. . . Béni et loué soit le nom du miséri- 
cordieux qui est dans le ciel (ou : du ciel) et (le nom) de Israël et 

(de) leur dieu le seigneur de Juda (des Juifs?) qui a leur 

esclave Schâhir et 

A mon avis, rien dp plus clair que cela. Où trouver dans cette 
inscription le paganisme ? Quel dieu mystérieux serait ce Rbjhd 
supposé par M. Halévy ? Aucune des milliers d'inscriptions sa- 
béennes ne fait mention d'un nom pareil. De même il nous faut 
tenir compte de ce que le nom de dieu *pttm ne se trouve en 
Arabie que dans les inscriptions datées, et jamais avant le troi- 
sième siècle après Jésus-Christ. Serait-ce à cette époque, que le 
paganisme aurait été introduit en Arabie ? Impossible, car c'est 
justement l'époque de l'apparition du monothéisme dans les pa- 
rages de la mer Rouge. 

E. Glaser. 



RÉPLIQUE DE M. HALÉVY. 

Je vois avec plaisir que M. Glaser admet maintenant ma tra- 
duction du mot 'pEon'ï par « qui est dans le ciel », au lieu de celle 
de « Seigneur du ciel » qu'il avait donnée dans YAusland ; il 
reconnaît également la vraisemblance de la lecture NYirri que j'ai 
conjecturée d'après le contexte. Je l'en remercie bien sincèrement. 
J'espère même qu'il finira par se rallier à ma traduction du reste 
de l'inscription lorsqu'il voudra bien examiner les raisons sui- 
vantes qui m'empêchent d'accepter celle qu'il propose actuelle- 
ment : 

1° Si j'ai bien compris, les auteurs de l'ex-voto auraient voulu 
louer premièrement le nom du Miséricordieux qui est dans le 
ciel ; secondement le nom d'Israël ; troisièmement le nom de leur 
dieu, le Seigneur des Juifs. On avouera que c'est une rédaction 
bien bizarre et absolument hors d'usage dans le style lapidaire. 

2° L'expression « louer le nom d'Israël » est impossible ; on 
loue le nom de Dieu, parce que le mot « nom (ûtd ,DO) » signifie 
aussi « personne, essence », ce qui n'est pas le cas quand il s'agit 
d'un peuple ; dans ce cas on dit banra^ "pa, sans faire intervenir 
le mot mzj. 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

3° Il est inimaginable que les auteurs de l'inscription, s'ils 
étaient des Juifs ou des convertis au judaïsme, aient appelé Dieu 
« le Seigneur des Juifs », ils auraient dit tout simplement « notre 
Seigneur ». 

4° Dès le moment que le « Miséricordieux l qui est dans le ciel » 
est différent du « Seigneur des Juifs », le premier ne pourrait être 
qu'un dieu païen, mais un paganisme qui fait sien le dieu unique 
par excellence n'a jamais existé. 

5° Au point de vue de la grammaire, le mot ûd ne saurait se 
rapporter ni à banuj'n ni à ittïTibai ; il faudrait lan^bani bamiJ'H'i. 

G Le suffixe pluriel de "îEïinbfiO ne peut pas se rapporter à 
b*mD\ qui est un singulier. 

Gela suffira probablement pour convaincre M. Glaser, ou du 
moins les autres sémitisants, que le seul sens possible de l'ins- 
cription est celui que j'en ai proposé avant même d'avoir vu 
l'original, savoir : 

Soit loué et béni le nom du Miséricordieux qui est dans le ciel. 
Et quant à Yasurêl et à (. . . et à. . . , ils ont remercié les dieux 
X, Y et Z) et leur dieu Bbyhd (nom probablement mal copié) qui 
o>it secouru leur serviteur Shahir (?) ainsi que. . . 

Le caractère païen de cette inscription est on ne peut plus 
évident. 

Un dernier mot, la formule *p2m *ps constitue sans aucun 
doute le commencement de l'inscription. La traduction : « N. N., 
N. N. et N. N. ont béni et loué, etc. » me paraît impossible : 
outre la considération que ces verbes devraient être au pluriel, 
isnam "D-n, la forme du réfléchi-passif "p^n ne saurait avoir 
un sens transitif 2 . 

J. Halévy. 



1 Parce que l'épithète •pfàtn ne fe trouve que dans les inscriptions postérieures 
au troisième siècle après l'ère vulgaire, M. G. demande si c'est à cette époque tar- 
dive que le paganisme aurait été introduit en Arabie? La réponse n'est pas diffi- 
cile : le paganisme n'a pas été introduit en Arabie, il y a toujours existé. Du reste, 
l'épithète en question, sous la l'orme riminû, figure déjà dans les anciens textes 
assyro-babyloniens comme titre de plusieurs dieux, et tout particulièrement de 
Marduk. 

2 J'ignore toujours pourquoi M. G. n'a pas transcrit les mots de la troisième ligne 
qui, d'après le texte paru dans YAusland, commence par Ï"I)3NT « et sa mère >. 
Mieux que tout raisonnement, ces mots auraient contribué à l'éclaircissement du 
sens de l'inscription. 



NOTES ET MÉLANGES 283 



LE PSAUME XXII ET LA PASSION DE JÉSUS 



On sait que dans le récit de la Passion de Jésus aucun Psaume 
ne joue un si grand rôle que le Psaume xxn. Non seulement 
l'Évangile de Mathieu, xxvn, 46 (Marc, xv, 34), a les célèbres 
paroles : « Éli Éli lama sabaktani », qui sont la traduction ara- 
méenne des paroles de Ps., xxn, 2, mais d'autres passages de ce 
même Psaume ont été utilisés tant bien que mal pour illustrer les 
souffrances de Jésus. Ainsi, dans Mathieu, xxvn, 35 (passage qui 
est peut-être une interpolation venue de Jean, xix, 23-4), où le 
partage des vêtements de Jésus est confirmé par "le verset 19 de 
notre Psaume. Le verset 39 du chap. xxvn de Mathieu et les 
passages parallèles font sans doute allusion au hochement de tête 
dont il est parlé dans Ps, xxn, 7-8. Mathieu, xxvn, 43, parait 
se rapporter à Ps., xxn, 9. Je ne veux pas parler des passages 
cités uniquement comme passages parallèles en vertu de l'hypo- 
thèse une fois admise que le Psaume se rapporte aux souffrances 
de Jésus, par exemple le verset 14 qui doit être « accompli » 
dans Math., xxvn, 22; je ne veux pas parler non plus de la 
citation de l'Epître aux Hébreux, n, 11, qui est tout à fait 
isolée. Ce rôle du Psaume dans le récit de la Passion serait 
facile à comprendre, si celui-ci pouvait facilement se ranger 
parmi les psaumes « messianiques ». Mais un coup d'œil jeté 
dans les commentaires chrétiens montre qu'il n'en est abso- 
lument rien. Même Hengstenberg, dont l'orthodoxie n'est pas 
contestée, ne peut se résoudre à rapporter le Psaume directe- 
ment à Jésus et se voit forcé de prendre comme terme moyen 
« le Juste ». 

Gomment se fait-il donc que ce Psaume ait joué dans cette 
occasion un rôle si important? Le Midrasch Tehillim, xxn, et 
Tusage que la Synagogue fait actuellement de ce Psaume fournis- 
sent peut-être un éclaircissement à ce sujet. Dans le Midrasch, ce 
Psaume est interprété comme se rapportant à Esther, par exemple, 
dès le verset 1 : nnoN it nffiBfi ni>\N ; ensuite le verset 2 est ap- 
pliqué, d'une façon très précise, aux trois jours de jeûne d'Esther : 
mtt&o bm bips ïrpyz ^bia ùv ïp "o^ ù"m ^ba ïtwmi i ira an a y* 
ïamï? rrob (v. aussi b. Megilla, 15 b : irïïb^rr mnb wwtn ito 
lamar* rnûb ib« ^ba ïmtts ïiVQttt twm npbnw), et cette interpré- 
tation continue ainsi. Même les derniers versets du Psaume, où 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

éclate l'allégresse et qui, dans le cas où le Psaume devrait être 
rapporté au récit de la Passion, seraient difficiles ou impossibles à 
utiliser, sont interprétés aussi comme se rapportant à la délivrance 
de la détresse mentionnée dans la première moitié du Ps. Par 
exemple, dans le verset 27 : nno&fi wnfc iiî lawn ^^y ibsNi. 
Yalkut sur Esth., en différents passages, et sur Tehillim, chap. 
xxii, explique ce Psaume ainsi, tantôt très ingénieusement et 
tantôt d'une manière forcée ; mais ces points de détail n'auraient 
ici aucun intérêt pour l'ensemble de notre démonstration. Il est 
facile de comprendre que ce Psaume, grâce à l'interprétation géné- 
ralement admise, ait été utilisé comme « Psaume du jour », selon 
quelques rites, pour le « Jeûne d'Esther », selon d'autres, pour la 
fête de Pourim. Il semble que le premier emploi soit plus conforme 
à la coutume originale, le Psaume vu étant généralement choisi 
comme « Psaume de jour » pour Pourim. Or quand a-t-on célébré, 
à l'origine, le jeûne d'Esther? ou, ce qui revient au même, quel 
était le jour où elle se rendit chez le roi et où elle récita le Psaume 
xxn , selon l'interprétation rapportée ci - dessus ? Le « Jeûne 
d'Esther » du 13 Adar est, on le sait, d'origine récente et nommé 
pour la première fois dans brrp-n 's, mnbwD. Le 13 Adar, selon 
Megillat Taanit, est, au contraire, un jour de fête, le jour de la 
fête de Nicanor. Suivant les Midraschim, Esther a jeûné les 13, 
14 et 15 Nissan (ou, selon quelques-uns, les 14, 15 et 16 Nissan) 
cf. Esther Rabba, chap. vin, § 7, de l'édition de Buber des Mi- 
draschim d'Esther, 36 a, &; Megilla, 15 a et 16 a avec Raschi. 
L'opinion que les trois jours de jeûne n'ont pas besoin d'être ob- 
servés pendant trois jours consécutifs est certainement de date 
plus récente. Il est donc vraisemblable qu'à l'origine, on jeûnait 
à une de ces trois dates, et, comme il n'était pas possible de 
jeûner le 15 Nissan, à cause de la fête de Pâque, il est probable 
qu'on jeûnait le 14 Nissan. 

Si ces prémisses sont adoptées, la conclusion est facile à de- 
viner : la raison pour laquelle le Psaume xxn tient tant de place 
dans le récit de la Passion, c'est que ce Psaume était le « Psaume 
du jour », et, comme tel, présent à l'esprit de tous, pour le jour 
où Jésus fut supplicié, c'est-à-dire le 14 Nissan. On pourrait ob- 
jecter à mon hypothèse que, selon Megillat Taanit, on ne devait 
pas jeûner en Nissan, mais on ne sait de quelle époque date cette 
disposition. Dans tous les cas, Masséchet Soferim, xxi, 1-4, ensei- 
gne que, malgré la défense du jeûne également mentionnée en cet 
endroit, des gens pieux avaient institué des jeûnes en Nissan. On 
y mentionne aussi qu'après Pourim on observait les trois jours du 
jeûne d'Esther. On les a sans doute institués après qu'on eut cessé 



NOTES ET MELANGES 285 

déjeuner en Nissan. Cf. aussi chap. xvn, 4, avec les remarques 
de M. Joël Millier dans son édition de Mas. Soferim. Une ré- 
flexion s'impose encore : s'il est exact que pendant un certain 
temps on ait observé le jeûne d'Esther le 14 Nissan, on peut 
admettre que le jeûne des premiers-nés et celui des « Çenouïm » 
(Soferim, xxi, 31), qui, comme on sait, ne sont que faiblement 
fondés dans la tradition, soient un souvenir du jeûne d'Esther 
célébré le 14 Nissan. 

Je ne présente ces considérations qu'avec la plus grande ré- 
serve, proposant ces hypothèses pour ce qu'elles valent. 

D. Simonsen. 



LE SAMBATION 



Ce que les formes rudimentaires sont à l'histoire des orga- 
nismes, les parties les plus obscures, et en apparence superflues, 
des légendes le sont à l'explication de celles-ci. De même que 
celles-là révèlent des états inférieurs et des formes antérieures 
des organismes, celles-ci nous permettent de constater les formes 
originales et les transformations des légendes. 

Un de ces détails en apparence inutiles et, par suite, étranges 
de la légende du Sambation trahit peut-être le secret de sa for- 
mation. Comme toutes les anciennes sources rabbiniques, depuis 
Bereschit rabba, puis les différentes versions du récit d'Eldad ha- 
Dani, jusqu'au Midrasch rabbati de Mosé ha-Darschan *, le disent 
d'un commun accord, le Sambation n'est pas un fleuve d'eau, 
mais un fleuve charriant du sable et des pierres. Ce n'est pas le 
bruit de ses vagues, mais la poussée et le roulement de ces ma- 
tières sur son lit pierreux qui remplissent la contrée du bruit 
semblable au tonnerre que rapporte Eldad. Ce trait si particulier 
et mis en évidence avec tant de netteté est, d'ailleurs, complè- 
tement insignifiant et indifférent quant au but principal de la 
légende, ainsi qu'on le croit ordinairement. Le miracle qui fait ici 

1 Epsteio, Eldad ha-Dani, p. 5 : tPMK ?■) 3125^1 W rUDID bD bb"l} "îttDiTI 

w nrara te^-p binm ff^awii ^bnn nnaim D*na ns->a ^bn b"im 
mm rnarci varan tnw nwnrt, 13,28. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

intervenir la nature elle-même comme témoin du sabbat juif et de 
la loi du repos n'acquiert aucune force ou signification nouvelle 
si, au lieu de vagues, le fleuve charrie du sable ou des pierres. Or 
la légende n'invente pas sans nécessité un pareil trait qui l'alour- 
dit et l'obscurcit. Il faut donc qu'il fasse partie de son noyau 
primitif et non de ses développements ultérieurs. Cette circons- 
tance justifiera donc l'hypothèse que le fleuve de la légende char- 
riait primitivement du sable, et non de l'eau. 

Mais ce fait exclut en même temps l'hypothèse souvent émise 
qu'il faut chercher l'origine de la légende dans un de ces fleuves à 
cours intermittent l . Si on avait voulu expliquer la disparition et 
la réapparition de l'eau de tel ou tel fleuve par des raisons reli- 
gieuses et non au physique, on n'aurait pas parlé de sable et de 
pierres. Il en résulte que ce trait n'est pas accidentel, mais un 
trait original, qui ne peut être éliminé ou négligé. Qu'on attribue 
l'existence de cette particularité à l'imagination ou à l'observation, 
qui aurait été frappée de ce que, dans une excavation en forme de lit 
de fleuve, creusé par un torrent ou par quelque glacier en marche, 
du sable et un éboulis de pierres fussent entraînés dans un mou- 
vement continu, ne s'arrêtant que de temps en temps ; dans tous 
les cas, ce sont le sable mouvant et les vagues de pierres qui ont 
formé le noyau de la légende et qui ont aussi servi à dénommer 
le fleuve. Nous ne doutons donc pas que le nom original de ce 
fleuve, devenu plus tard si célèbre chez les Juifs, a été en Pa- 
lestine bnn niis « le fleuve de sable ». La dénomination de ce 
fleuve en arabe confirme notre hypothèse, car le nom arabe i^an 
b^ba nous permet encore de trouver clairement la dénomination 
hébraïque originale 2 . 

Pour une oreille exercée à entendre l'hébreu et l'araméen, ce 
nom avait un autre sens qui excitait directement la faculté 
créatrice de légendes chez le peuple. Ce n'était pas le fleuve de 
sable qu'on entendait par ce nom, mais ce qui, à cause de la si- 
gnification religieuse du terme bnn, était naturel, le fleuve de la 
semaine, le fleuve des jours ouvrables. De cette idée à la for- 
mation de la légende du fleuve qui observe et sanctifie le sabbat, 
puisqu'il n'est en activité que les jours ouvrables, il n'y avait 
qu'un pas. 

L'époque où eut lieu cette transformation ou ce malentendu qui 
devait produire une légende, doit être celle des hellénisants, la 

1 Cf. Grùnbaum dans Zeitschrift der deutschen morgenlândischen Gesellschaft, 
XXIII 11869), 628. 

2 Bâcher, Die Agada der Tmnaitcn, I, 298, note 1. 



NOTES ET MÉLANGES 287 

transformation du nom de ce fleuve en Sambation, forme grecque, 
portant le caractère de l'hellénisme. Le « fleuve des jours 
ouvrables » est devenu le fleuve du sabbat, soit Sabbation, d'où 
Sambation, modification qui s'observe dans certains mots sémi- 
tiques qui passent dans les langues gréco- latines, où le b est 
précédé souvent de Vm 1 , Au lieu de faire ressortir le travail du 
fleuve pendant les jours ouvrables, cette nouvelle dénomination 
devait marquer son repos pendant le sabbat, et ainsi on évitait 
l'ambiguïté qui existait antérieurement par suite de l'homonymie 
du mot signifiant, à la fois, sable et jours ouvrables. Mais la nou- 
velle dénomination, elle aussi, manquait de précision, en ce 
qu'elle ne dit pas que le fleuve coule seulement le samedi et se 
repose les autres jours. C'est ainsi seulement que nous nous ex- 
pliquons la singularité remarquée dans Josèphe, qui prétend que 
le Sambation coule précisément le jour du sabbat 2 . 

La science a déjà retrouvé dans ces interprétations plus ou 
moins arbitraires l'origine de légendes très répandues. On n'a 
qu'à songer, par exemple, aux explications qu'on a données de la 
légende bien connue du Mâusethurm des environs de Bingen, ou, 
pour citer une légende ecclésiastique, celle des onze mille vierges 
de Cologne 3 , pour trouver vraisemblable l'origine des fables sur le 
Sambation, dans la transformation, si facile et si naturelle, du 
« fleuve de sable » en « fleuve des jours ouvrables ». 

• 

David Kaufmann. 



UNE NOUYELLE SOURCE DE ÏÏIWI AL-BALCHI 



La littérature hérétique a partout ce destin que les noms de 
ses auteurs parviennent à la postérité comme des noms vides, 
semblables à des fantômes, leurs ouvrages ayant été si complè- 

1 Grùnbaum, l. cit., 627, note 3, renvoie très justement à Xafjnràç = Tsb ; à 
xu{jtuavov = fpn; à Ambubaya = N313N, à Sambuca et c-afxëuxY) = £020, aux 
noms propres tels que 'îspofJiëaXoç = b3>3Vr ; 'A[x^axou[/. = p"Dpï"I- La lettre m 
dans samedi, en allemand Samstag, qui dérive de Sambaztag, et dans le terme 
hongrois Szombat a la même origine. . 

* Cf. Schudt, Jildische Merckwûrdigkeiten, II, 262, et Simon Cohen Modon, dans 

T? bv ynp, iv, 69 et s. 

3 L.-C. Mûller dans Zeitschrift f. den deutschen TJnterricht, V, 168, 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tement détruits que souvent il n'en est pas resté trace. Parmi les 
pertes les plus regrettables que la littérature juive compte sous ce 
rapport sont les livres de Hiwi al-Balchi, que condamnaient avec 
une égale âpreté les Rabbanites et les Caraïtes. Car il ne peut être 
douteux qu'il ait composé de nombreux ouvrages, si on en juge 
par la profonde émotion qu'il a provoquée. Il paraît avoir com- 
battu l'Ecriture Sainte d'une façon négative et positive, d'abord 
en attaquant par toute sorte d'objections, comme dans ses deux 
cents questions, le récit des cinq livres de Moïse et en cherchant à 
le ridiculiser, ensuite en essayant de mettre entre les mains du 
public une Bible telle qu'il l'entendait et telle qu'il la souhaitait, 
débarrassée de ce qui prêtait à pareilles objections, de toutes in- 
dications et déclarations sujettes à controverse. C'est du moins 
ainsi que nous comprenons l'assertion d'Abraham Ibn Daud, qui 
nous paraît si étrange aujourd'hui que nous avons perdu toutes 
les sources concernant l'apparition et les visées de ce personnage. 
D'après Abraham Ibn Daud, il aurait inventé une Bible selon son 
cœur, qui eut un tel succès que le Gaon Saadia en trouva des 
fragments et des exemplaires complets entre les mains d'institu- 
teurs chargés d'instruire les enfants. La réfutation victorieuse et 
la défaite complète de ce dangereux hérétique étaient encore, plu- 
sieurs siècles après la mort de Saadia, considérées comme un des 
principaux mérites du plus méritant d'entre les Gaonim, si bien 
que Abraham Ibn Daud, si mesuré dans ses paroles et visant 
toujours si juste, considère cette victoire de Saadia comme la 
plus digne d'être citée entre toutes celles qu'il a remportées 
sur ses nombreux adversaires. Les violentes imprécations d'Ibn 
Ezra, quand il se laisse emporter par son zèle contre Hiwi, prou- 
vent l'émotion vive et persistante que l'apparition de cet homme 
à l'esprit destructeur avait provoquée, même dans le judaïsme 
espagnol. 

Notre ignorance au sujet des sources auxquelles a puisé Hiwi 
est encore plus profonde qu'au sujet de ses ouvrages et de son 
action. Salomon b. Ierûcham nous a bien donné, dans son com- 
mentaire sur Kohélet, une notice précieuse sur les ouvrages héré- 
tiques dans la lecture desquels on pouvait puiser des doctrines 
du genre de celles de Hiwi (Pinsker, Lihutè Kadmoniot, 21 
et s.) ; mais les noms qu'il cite ne nous disent rien non plus, ces 
livres étant perdus ou du moins n'ayant pas été publiés jusqu'à 
présent. 

Aussi toute espérance qui semble s'offrir d'étendre nos connais- 
sances au sujet des influences qui paraissent avoir agi sur Hiwi 
acquiert-elle du prix. Or, je considère comme tels les éclaircis- 



NOTES ET MELANGES 289 

sements fournis par M. Darmesteter sur la littérature polémique 
pehlevie contre le judaïsme (Revue, XVIII, p. 5 et s.). Il nous 
semble y avoir là indubitablement un des facteurs qui ont dû 
influer sur l'attitude hardie, et jusqu'alors sans exemple, prise 
par Hiwi. 

Si nous jetons un coup d'œil sur la douzaine d'objections qui, 
suivant le témoignage des sources, appartiennent bien à Hiwi 1 , 
car nous ne tenons aucun compte des propositions qui lui sont 
simplement attribuées, nous éprouvons ce sentiment irrésistible 
que nous sommes en présence, non d'un rationaliste, d'un critique 
philosophe qui en veut à tous les miracles, mais d'un railleur 
sans vergogne, d'un destructeur frivole que rien n'arrête. Ce ton 
à l'égard du livre de la Révélation est inconnu parmi les exégètes 
juifs, et ce serait montrer peu de science du véritable esprit de 
cette production que d'en chercher l'origine dans les sources 
juives et, à plus forte raison, les sources classiques. Reprocher au 
Pentateuque, sur un ton insultant et provoquant, le Dieu qui se 
nourrit de sacrifices et de pains de proposition et qui a besoin de 
lumières, jamais un Juif avant Hiwi n'a pu y songer. L'origine 
doit plutôt en être cherchée dans une littérature comme la litté- 
rature pehlevie au sujet de laquelle M. Darmesteter nous a donné 
des preuves si caractéristiques que, par endroits, nous croyons 
entendre parler Hiwi, tel que nous nous le représentons d'après 
ses déclarations. La critique presque moderne de Shikand gûmâ- 
nîk viyâr, de la deuxième moitié du ix e siècle, qui rappelle les 
politesses de M. Paul de Lagarde à l'adresse de la Genèse, nous 
montre pour la première fois quelles sortes de livres Hiwi a dû 
rapporter des « villes et marchés », comme s'exprime Salomon 
ben Ierûcham. C'est là qu'il a puisé cet esprit de haine et de 
destruction avec lequel il songea à mettre en pièces les cinq 
livres de Moïse. Par ce rapprochement, son nom s'explique 
aussi d'une manière imprévue. Il était sans doute de Balch, par 
conséquent Persan, et, en raison même de son origine, fami- 
liarisé avec la critique agressive, les annales religieuses de son 
peuple faisant partie du domaine de la littérature polémique des 
Persans. 

David Kaufmann. 



1 Israëlsohû, Revue, XVII, p. 310 et s. 

T. XXII, n° 44. 19 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



LE PEINTRE VÉNITIEN MOSE ML CASTELLAZO 

Les mémoires de David Reubeni, qui attendent encore leur 
publication, ont fait connaître un peintre juif de Venise, du nom 
de Mosé Kastilin, qui lui rendit différents services et lui offrit 
l'hospitalité dans sa maison, située dans le ghetto, lorsqu'au com- 
mencement de l'an 1524, ce remarquable visionnaire vint d'Arabie 
dans la cité des lagunes *. Nous n'avions pas encore d'autre 
document propre à contrôler le fait de son bref séjour à Venise, 
de sorte que l'existence de ce singulier peintre juif n'était 
admise que sur la foi de notre Reubeni. Le titre hébreu accolé à 
son nom laissait, du reste, dans le doute l'art auquel il s'était 
consacré, le terme pouvant aussi bien s'appliquer à un peintre 
qu'à un statuaire. Qu'un Israélite fût alors sculpteur ou peintre, 
c'était ce que ne laisse guère supposer la situation des Juifs 
d'alors. On connaissait, il est vrai, un statuaire juif en Espagne, 
qui, en souvenir du séjour de saint François d'Assise à Guete, en 
1214, en aurait fait un portrait, d'ailleurs peu ressemblant 2 ; mais 
jusqu'à présent on ne savait rien d'un peintre juif en Italie qui 
aurait fait de la peinture sa profession. 

Et pourtant l'affirmation de David Reubeni est exacte. Son 
hôte du ghetto de Venise était effectivement un peintre et même 
un célèbre peintre de portraits. La considération dont il jouissait, 
même en dehors du quartier juif, lui faisait espérer avec confiance 
que les administrateurs de la communauté répondraient favora- 
blement à son appel s'il les invitait chez lui en l'honneur de son 
hôte. David a dû transmettre exactement le nom de son bienfai- 
teur, et ce n'est sans doute que par une erreur de copiste que 
Castellaz, c'est-à-dire dal Gastellazzo, a été écrit dans ses mé- 
moires « Gastilin 3 ». Cette erreur s'explique d'autant mieux qu'elle 
substituait à un nom inconnu un nom connu, celui de Juda Ha- 
lévy, et donnait la Castille comme patrie du peintre. 

1 Graetz, IX, p. xliii. Au lieu de N"PD3, comme le porte la copie de Steiu- 
schneider, Ù^n TTH^lN, p. 375, la copie du séminaire de Breslau, faite sur l'ori- 
ginal qui a disparu, porte, en effet, comme Graetz l'a supposé, "iTPSS- 

2 Rapporté par Fra Salvatore Vitale, Del monte Serafico délia Verna, Venise, 1628, 
p. 44, d'après H. Thode, Franz von Assisi, p. 91, note 3. 

3 La permutation de V et "p est fréquente dans les manuscrits. Vb^ultJp a été 
changé en ^b^ÙUJp. M. Birnbaum, trompé par l'orthographe de Castellaro, n'a pas 
pu trouver l'identification grar.hique, quoiqu'il eût reconnu de qui il est question 
(Allgemeine Zeitung des Judenthums, 1891, p. 96.) 



NOTES ET MÉLANGES 291 

Une pièce qui se trouve dans les archives de Venise, la dé- 
libération du conseil des Dix, qui nous a conservé le nom exact 
de notre peintre, nous permet de voir en Mose dal Castellazzo une 
figure intéressante pour l'histoire morale des Juifs en Italie. 

A la date du 27 juillet 1521, lorsqu'il obtint le privilège qu'il 
avait sollicité du Conseil, Mose dal Castellazzo était déjà un 
homme âgé qui pouvait invoquer à l'appui de sa demande la répu- 
tation dont il jouissait à Venise et dans toute l'Italie. Il avait 
exercé l'art de la peinture de portraits dans la pensée bien artis- 
tique de conserver pour la postérité la figure des hommes de 
renom et d'importance. Ce n'était pas une profession qu'il exer- 
çait, et le gain n'était nullement sa principale préoccupation. Il 
tenait plutôt à satisfaire ses clients et son goût. Aussi son art ne 
lui avait pas donné grande fortune et, à un âge avancé, chargé 
d'une nombreuse famille, il devait songer à préserver du moins 
les siens de la misère. Ce fut dans cette disposition d'esprit qu'il 
se décida à illustrer les cinq livres de Moïse, depuis l'histoire de 
la création jusqu'au récit de la mort de Moïse. Ses fils, auxquels 
il avait fait apprendre l'art de la sculpture sur bois \ devaient se 
charger de tirer à de nombreux exemplaires ses images artis- 
tiques, qu'il avait l'intention d'accompagner de courtes notices 
rédigées en plusieurs langues, vraisemblablement, entre autres, 
en hébreu - et italien. Un Mécène s'était offert pour accepter la 
dédicace de ce Pentateuque illustré : c'était Messer Domenedio. 
Pour assurer à son travail un succès productif, il demanda au 
Conseil le privilège d'imprimer et de vendre librement ces images 
avec la protection des autorités contre toute reproduction, pour 
une durée de dix années pleines. 

Le privilège demandé lui ayant été accordé à la date du 27 juil- 
let 1521, et Mose vivant encore en 1524, d'après Reubeni, l'im- 
pression de ces images ou, pour parler plus exactement, leur re- 
production xylographique, doit avoir eu lieu, quoiqu'on ne soit 
pas encore parvenu à en démontrer l'existence. 

Le peintre Mose dal Castellazzo se rattache ainsi à une tradition 
artistique qui ne s'est jamais éteinte parmi les Juifs d'Italie, aussi 
bien que des autres contrées. Il est vrai que les illustrations des 
manuscrits ayant été exécutées par les copistes eux-mêmes, nous 
ignorons les noms de ces peintres juifs ; mais on connaît cepen- 
dant de ces enlumineurs de manuscrits de la Bible qui ont signé 
de leur nom leurs miniatures. C'est ainsi qu'à côté du copiste 

1 Ce n'est pas Mose qui fut xylographe, comme il est dit par erreur, loço cit., 
p. 84 et 96, mais ce furent ses fils qu'il fit instruire dans cet art. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mose b. Jacob Ibn Sabara, le manuscrit de la Bible n° 2322 de la 
Bibl. Bodléienne désigne Joseph b. Ilayim comme l'auteur des 
enluminures de ce livre; Eliézerb. Elia, de Padoue, s'attribue les 
enluminures du manuscrit du Pentateuque n° 2438, ibidem, bien 
que, d'après la description de M. Neubauer, les vignettes manquent 
à ce manuscrit. Pour voir à quelle hauteur s'est élevé Part de 
l'enluminure dans les manuscrits hébreux de la Bible, il suffit de 
jeter un coup d'œil sur la précieuse Bible manuscrite, ornée de 
grandes et belles images, que j'ai eu l'occasion d'admirer à Padoue 
en ÎSIT, dans la maison de son possesseur M. Sacerdoti- Cohen. 

L'art des illustrateurs juifs ne s'est pas borné à la Bible. Sans 
parler de la Hagada de Pâque, où la fantaisie artistique et le goût 
des Juifs pour le dessin se donnèrent toujours carrière, les ma- 
nuscrits du Machsor fournirent une riche matière à l'art juif. A 
côté des enchevêtrements des arabesques et de l'ornementation des 
initiales, bientôt des images, plus ou moins grandes, furent tolé- 
rées et recherchées ; parfois il y en eut de si hardiment humoris- 
tiques que l'audace et même la légèreté du dessin cadrent mal 
avec la sainteté du contenu. Des figures grimaçantes, portant des 
têtes d'animaux, des personnages apparaissant avec les contor- 
sions et les attitudes les plus étranges ne sont pas rares, comme 
ces excentricités de l'art gothique auxquelles s'abandonne l'exu- 
bérance des artistes pour représenter le châtiment rigoureux des 
vices ecclésiastiques ou mondains. 

Du reste, l'illustration des ouvrages s'étendit aussi peu à peu à 
la littérature purement savante. Il y a des manuscrits du Mischné 
Tora de Maïmonide qui sont ornés de nombreuses vignettes et de 
grandes images placées en tête des 14 livres et qui en expriment 
symboliquement le contenu. Un manuscrit de la collection de 
sermons d'Anatoli, le Malmad, qui est en ma possession, porte 
sur deux de ses pages, comme ornement marginal, des images 
d'animaux d'une finesse de sentiment et d'une sûreté d'exécution 
qui excitent encore aujourd'hui l'admiration. 

A la vérité, on ne peut décider toujours si ce n'étaient pas des 
artistes chrétiens qu'on appelait pour illustrer les manuscrits 
hébreux, après que les copistes avaient terminé leur tâche et 
laissé de la place pour les dessins. C'est un fait qui s'est produit 
fréquemment- Un témoignage documentaire de l'existence de 
peintres juifs, comme celui que nous possédons maintenant rela- 
tivement à Mose dal Castellazzo, est d'autant plus précieux et 
plus fécond en renseignements; ce document est tout à fait propre 
à nous faire croire à la vraisemblance de l'origine juive de l'en- 
luminure et de l'illustration des manuscrits hébreux. 



NOTES ET MÉLANGES 293 

Serenissimo Principe Suoque Excellentissimo Consilio. 

Serenissimo Principe travendo Jo Moyse hebreo dal Castellazo 
affiticatomi gia molti anni in questa vostra inclyta Cita in retrazer 
Zentilhomeni et homeni famosi azio che de qulli per ogni tempo se 
haby memoria et simelmente per molti loci de Italia come è manifesto, 
et perche mai mi ho curato de far danari, ma sempre desideroso de 
contentar ciascuno mi ho contentato di quello che ha piacesto a 
loro, dove che al présente ritrovandomi cargo de fameglia et venuto 
in vechiosa ho cercato cura el mio inzegno de trovar cosa per la 
quai mi insieme cum la fameglia mia possiamo viver senza danno 
de nisuno la quai è questa, che in laude de messer Domenedio io 
ho fatto intaiar a mie fiole de sua mane tuti li cinque libri de Moyse 
in figura comenzando da principio del mondo de capitolo in capitolo 
dichiariti in pui linque la signification et il tempo de una aetade a 
l'altra, et cusi faremo piacendo a Dio tuto il resto del testamento 
vechio ad intelligentia de tuti, cosa che sara documento et a tuti 
molto fmttuosa. Et azio che queste mie fatiche non vadano a maie 
supplico, et dimando di gratia io Moyse soprascritto che li piaqui 
concéder a mi, et a mei fioli che possi far stampar et stampar ditte 
figure per anni. X. In questa piclyta Cita de Venetia e terre et loci 
del suo Dominio et quelle vender et far vender. Et che nisana altra 
persoaa de che sorte se sia ne i ditti lochi non posta stampar ne 
vender. De tat sue figure ne simplice, ne in alum libro nel sopra- 
ditto tempo sotto quella pena parera a la Vostra Serenita come per 
sua. Sollita Elementia ad altri inventori de coso degne per suo bon 
et naturai instituto è sta sempre concesso alla gratia elementia e 
bonta de le quai Io minimo supplicante mi ricommando. 

Die 27 July 4 521. 

Li infrascritti darissimi Signor Capi del Illustrissimo Gonsiglio di 
X Intesa la richiesta del soprascritto Moyse hebreo, hano concesso, 
et per ténor de la présente, concedono ad epso moyse et fioli, che 
possano far stampar le sopra scritte figure : et quelle vender ad suo 
beneplacito in questa cita et Dominio ne la quai non possi altri che 
loro, per anni X proximi vender, ne farle stampar, senza suo cons- 
centimento sotto pena di perderle: et pagar ducati uno per cadauna 
carta la mita del quai sia del accusador : et l'allra mita de quel offi- 
cio fara la executione. 

Ser Aloysius Maripetro ] 

Ser Dominicus Gontareno i Capiti Gonsily X. 

Ser Marcus Orio ) 

(Venezia Archivio di Stato ; — Capi del Consiglio dei Dîeci ; — 
Notatorio, n° 5, carte 121 1°). 

David Kaufmann. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



UNE INSCRIPTION HÉBRAÏQUE 

Une inscription tumulaire hébraïque, d'apparence fort ancienne, 
vient d être découverte dans le Maroc, à Volubilis, par M. de La 
Martinière, chargé d'une mission archéologique dans ce pays par 
le Ministre de l'Instruction publique de France. 

Ce texte se compose de trois lignes et est ainsi conçu : 

m i-mm l W m | Nm^tt 

« Maschrona (ou Massarona), fille de R. Juda. » 

Le dernier mot, formé des lettres t et n, constitue probablement 
une formule votive abrégée. 

Le nom de Maschrona est nouveau dans l'onomastique juive, 
et peut-être d'origine berbère ou numide. 

M. Philippe Berger, auxiliaire de l'Institut pour la rédaction du 
Corpus inscriptionum semiticarurn, a le premier reçu l'estam- 
page de cette inscription juive, en même temps que celui d'une 
inscription phénicienne trouvée dans la même contrée, à Lyxus. 
Il en a donné communication verbale à la Société asiatique dans 
la séance du 13 mars dernier, et, d'après la forme des carac- 
tères qui sont un peu grêles et assez analogues à ceux de l'inscrip- 
tion de la deuxième synagogue de Kefr-Bereim, publiée par 
M. Renan ', M. Berger croit devoir fixer le 11 e siècle comme date 
du monument marocain. 

Nous ne sommes pas aussi affirmatif que M. Berger et nous 
croyons qu'avant longtemps la paléographie hébraïque ne sera 
pas une science assez sûre d'elle-même pour autoriser de telles 
conjectures. 

Moïse Schwab. 

1 Mission de Phénicie, texte t pp. 765-772, et planche lxx, n° 1. 



NOTES ET MELANUES 295 



Dans ses Additions à Vliistoire des Juifs, de Graetz (Revue 
des Études juives, VII, p. 198), M. Harkavy appelle l'attention sur 
ce mot énigmatique de m-ftBOK, P ar lequel, à en croire l'auteur 
de VOr Zarua, commençait le Stddur.de Saadia. Il signale éga- 
lement ce mot dans une note de son édition des Teschabot Jia- 
geonim (p. 399) et il manifeste le désir de le voir expliqué. Je ne 
crois pas me tromper en voyant dans ce mot l'abréviation des 

termes suivants : ^tth tp'p ^'l p TOTà wjô *î»$. Le dernier mot 
"»5Tin est probablement le commencement d'une eulogie, telle que 
•tivûè n^si "^n ou )iy ps n^D3 min. Ces mots d'introduction ont 
sans doute été ajoutés par le traducteur hébreu du Siddur. Car on 
peut admettre avec certitude que le Siddur de Saadia, écrit en 
arabe, a été traduit plus tard en hébreu. Autrement on ne s'ex- 
pliquerait pas comment des auteurs qui ne savaient pas du tout 
l'arabe aient pu citer cet ouvrage. (Cf. Zunz, Die Ritus, p. 19, 
note a; Weiss, Zur Gescfiichte der jùdischen Tradition, IV, 
p. 154.) • 

ISRA.ELSOHN. 



BIBLIOGRAPHIE 



Die mantlaïsche Religion, ihre Entmckelung und geschichtliche Bedeutung, 
erforscht, dargestellt und bcleuchtet von Dr. A.-J.-H. Wilhelm Brandt, Pi'arrer 
der niederl. Reform. Kirche. Leipzig, J.-C. Hinrichs'sche Buchhandlung, 1889. 

(suite et fin *) 

La notion gnostique que l'âme est emprisonnée dans le corps et se 
réfugie auprès du rédempteur afin d'échapper à la puissance ennemie 
de Dieu, est une interprétation philosophante et allégorisante du 
mythe babylonien de la descente d'Ishtar aux enfers et sa délivrance 
par Uddus/m-namir ; les Mandéens ont transporté ce mythe dans un 
domaine différent : la descente de Hibil-Ziwâ a pour but d'établir 
pour l'homme une demeure, la terre, dans la région des eaux noires. 
La conception mandéenne doit être considérée comme plus ancienne 
que celle du gnosticisme chrétien. Les plus anciens systèmes de 
celui-ci indiquent, du reste, le pays des Mandéens, comme leur lieu 
de naissance. Les Ophiens tiraient leur origine d'un nommé Eu- 
phratès ; le rameau pératique appelait l'un de leurs deux chefs d'é- 
cole a Euphratès le Pératique ». Gela conduit immédiatement à 
Forât-Ma/isân près de Baçra ; c'est là qu'il faut chercher le berceau 
ou, du moins, l'un des principaux sièges de la spéculation chal- 
déenne. L'épithète « gnostique » vient aussi des sectes ophiennes; 
c'est l'équivalent de Mandâyâ. La conscience philosophique n'a ce- 
pendant pas tardé à s'obscurcir dans l'esprit des Mandéens. Très peu 
de fragments de leur littérature contiennent les anciennes spécula- 
tions chaldéennes; les auteurs polythéistes du Genzâ les ont toutes 
confondues parce qu'ils ne les comprenaient plus ; ils n'ont pu qu'y 
ajouter des conceptions fantaisistes, qui ont causé les bizarreries de 
certains détails et la confusion qui domine l'ensemble. 

Il a été déjà dit plus haut que les livres des gnostiques chrétiens 
en revenant dans le pays de l'Euphrate y ont trouvé créance, et 
qu'alors la doctrine du Roi de la lumière a fait le beau commence- 
ment du mandaïsme plus récent, qui est une renaissance du mono- 
théisme. La clef de voûte du mandaïsme consiste dans la séparation 
anthropologique de l'âme d'avec le corps, non dans l'antithèse du 
bien et du mal, comme l'établit le manichéisme, mais en considérant 

1 Voyez plus haut, page 139. 



BIBLIOGRAPHIE 297 

le corps, à la manière des Esséniens, comme un fatras inutile et 
encombrant. Les gnostiques ont aussi corrigé leurs vues mytholo- 
giques dans ce sens. C'est principalement une conception grecque, 
dont la présence ici s'explique par l'iDfluence de l'esprit hellénique 
depuis Alexandre, qui a changé les hommes civilisés de la Babylonie 
méridionale en philosophes. Le Judaïsme en Egypte est aussi devenu 
philosophique. Les figures du mêmrâ (Tlahwé (le verbe de Iahwé), 
l'image de 1' « Adam primordial », du « trône de la majesté » son^ 
importantes pour la spéculation chaldéenne, comme parallèles aux 
idées des Mandéens. 

Le Mandaïsme a adopté le principe parsi de l'identité du contraste 
entre le bien et le mal avec celle du contraste entre la lumière et les 
ténèbres ; tout ce qui est bon est brillant et tout ce qui est mauvais 
est noir et poussiéreux. La théorie du Roi de la lumière énonce 
pour la première fois ce dogme des créations adverses dans le 
monde foncièrement bon; par là, la base du développement du 
mandaïsme s'est transportée de la religion babylonienne vers celle 
des Parsis. Alors apparaissent aussi les Dêws et les Patkar. L'em- 
ploi, pour Manda d'Haye, des appellations Iavar et Sam, personnage 
qui doit venir dans les derniers jours pour tuer Ajdahaka, est un 
emprunt ancien, ainsi que le chiffre 365 pour le nombre des jours de 
l'année et aussi l'habitude de personnifier les objets et les pratiques 
du culte. Un faisceau particulier de croyances est formé par les lé- 
gendes sur le sort de l'âme après la mort, qui appartiennent au par- 
sisme. Les vêtements lumineux des justes, le nom parwanJia de 
Fange de la mort, l'idée que les bonnes œuvres forment les provi- 
sions de l'âme au-delà de la tombe, le pesage des œuvres par un 
ange se rencontrent aussi dans le parsisme. Un glossateur récent 
identifie formellement Abitur, l'auge peseur, avec les génies parsis 
Rashnu et Rast. La croyance à l'existence d'un arbre de la vie s'ac- 
corde avec celle des auteurs de l'Avesta. D'après la Genèse, l'homme 
devient tout à. fait semblable à Élohim en mangeant des deux arbres 
paradisiaques ; chez les Mandéens, cet effet est attribué à l'eau de 
la vie dont l'arbre est pénétré. Gela peut remonter aux Ghaldéens. 
La représentation de l'arbre de la vie comme une vigne n'est pas 
perse et se ramène peut-être au symbole chrétien (saint Jean, xv) 
apporté aux Mandéens par l'intermédiaire de la gnose chrétienne. 

La plupart des éléments juifs ont été mentionnés plus haut. Un 
certain nombre de dénominations leur en sont parvenues par l'en- 
tremise du gnosticisme chrétien, mais sans beaucoup influencer 
l'imagination mandéenne. Le « grand jour de la résurrection » est 
resté sans le moindre effet. Les mots empruntés Shiul « Shéol », 
Urayta « loi », prishaya « distingué », Tibil « terre », mroma « hau- 
teur » et quelques autres ne se trouvent que dans le livre intitulé 
« Renversement de toute la divinité de la maison », emprunté au 
gnosticisme chrétien, et dans les traités du Roi de la lumière. Sur 
nMhâ « prophète », il a été discuté précédemment. Le mot malaka 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« ange » a trouvé accès facile par son analogie avec malkâ « roi » ; 
l'ange Gabriel est encore nommé en bon mandéen Shlihâ. Les noms 
composés avec el et yo sont assez rares et ceux qui les portent chan- 
gent de nature. La dénomination des gardiens du Jourdain ou de 
l'eau de baptême "^ftb"^ et "WTd vient d'une méprise commise dans 
un texte juif traitant de sacrifices de reconnaissance (d^ïobuî) et de 
sacrifices volontaires (mniDK Plus anciens sont les noms des génies 

■JÊHiNna et iNnsnao. 

La conception philosophique de la religion détermine les pratiques 
du culte et en fait des cérémonies significatives et symboliques. Le 
Genzâ laisse encore voir quelques traits de la sagesse cultuelle. Le 
Jourdain terrestre est l'image du Jourdain céleste : par le baptême, 
le croyant participe aux sources de bénédiction du monde lumi- 
neux; le margnci (bâton) que porte le prêtre rappelle le margnâ, 
d'eau vivante porté par Manda d'Haye pour soumettre les rebelles. 
Le commandement de se vêtir d'habits blancs, qui était aussi l'usage 
des Esséniens, a pour but de former une communauté sainte et sa- 
cerdotale. L'emploi de la couronne vient de la mythologie babylo- 
nienne; le kushla (Natûi^) se ramène à la « prise de la main de Bel » 
qui était un privilège royal ; le port d'anneaux religieux est com- 
mun aux Sémites ; l'emploi des incantations et du Qanînâ ou coupe 
pleine d'eau vive parait aussi dû à l'imagination des anciens Baby- 
loniens. Certains rites baptismaux des Mandéens se retrouvent chez 
les gnostiques, mais ils sont loin de s'accorder entre eux. 

Les mœurs religieuses sont, sous certains rapports, d'origine perse, 
notamment : l'importance attribuée à la véracité, la fidélité par une 
poignée de main, la ceinture sacrée, l'immolation cérémonielle des 
bêtes, le renchérissement sur l'idée de la pureté, l'impureté de l'eau 
bouillie, la déclaration que le cadavre d'un non Mandéen ne conta- 
mine pas plus que celui d'un animal. Le rejet des sacrifices a son 
appui dans la religion de l'état perse, le penchant vers le monothéisme 
a son matériel dans l'idée parsie. La combinaison des prophètes ou 
des sorciers avec les Daïvâs (ou Dêws) se trouve dans le Zardusht- 
nâmeh. Non seulement les divisions de la classe sacerdotale, mais 
aussi celles de la communauté mandéenne et ses rapports avec 
elle, laissent facilement reconnaître le modèle parsi. La seconde 
forme du mambuhâ (eau versée d'un flacon) remonte peut-être au 
Haoma, le jus sacré des Iraniens; le pehla rappelle les daruns, les 
petits pains de la communion parsie. Les pères de l'Église avaient 
déjà reconnu dans l'offrande de pain et d'eau employée dans l'ini- 
tiation mithriaque la célébration de la communion chrétienne. 
D'autre part, il est vrai que l'explication du mot NnïTB ne se trouve 
pas en mandéen, ce qui semble indiquer que l'usage est venu d'une 
autre province de la région araméenne. Toutefois, l'idée d'une nour- 
riture céleste qui apporte la rémission des péchés est venue du 
paganisme au christianisme, et non inversement du christianisme 
au paganisme. La célébration du dimanche par les Mandéens, bien 



BIBLIOGRAPHIE 299 

que documentée très tard, peut aussi être due au culte de Mithra. 

Le chapitre se termine par quelques remarques relatives à l'idée 
de la sagesse cultuelle comprise dans l'expression tf^n&o NID « faire 
fleurir le Jourdain ». 

Les écrits de saint Jean enseignent la nécessité d'une naissance 
par l'eau et le sang qui diffère de la naissance physique. Justin 
Martyr emploie le mot « renaître (àvayewriOvîvai) » comme synonyme 
de recevoir le baptême (paimaOrivai). Partout où les Évangiles et les 
écrits johannéiques parlent de l'eau en rapport avec la religion, ils 
supposent évidemment {unterJtennbar) un parti (chrétien?) qui at- 
tendait tout le salut de la part de l'eau et croyait ne pas avoir besoin 
du saDg du Christ. L'Évangéliste lui oppose l'exemple de Jean-Bap- 
tiste, cette petite lumière destinée à s'éteindre devant la grande, dont 
le baptême n'était qu'un moyen de se préparer au baptême du Saint- 
Esprit. Ce parti paraît donc avoir écarté la notion du Saint-Esprit 
et enseigné la renaissance religieuse par l'eau du baptême seule. 
L'idée de la puissance fertilisante et régénératrice de l'eau se rat- 
tache à une figure mythologique. Le védique Apdm-napat et le perse 
Apâm-napaô est la personnification de l'idée qui se retrouve dans le 
DoîeiSwv «puTdfcXjMoç des Grecs et même dans le nom du Neptunus. Partout 
la puissance génératrice de l'eau est reconnue; quoi d'étonnant que 
les Mandéens l'aient appliquée à l'origine céleste de l'eau fluviale et de 
l'âme humaine : avant le baptême, l'enfant qui vient au monde n'est 
pas encore né pour la « maison de la Vie », il doit d'abord pousser 
du Jourdain à l'instar d'une plante, et chaque baptême dans la suite 
de la vie rétablit ce rapport après avoir été temporairement troublé 
par les péchés et les souillures. L'expression « nouvelle naissance » 
manque, cependant elle n'y serait pas déplacée. 

Si l'on demande d'où cette idée a pu venir aux Mandéens, vu la 
circonstance qu'elle ne s'est jamais appliquée au « feu vivant » et 
que l'immanence du feu dans l'eau vivante n'est nulle part ensei- 
gnée, on se décidera à penser plutôt à une origine parsie qu'à une 
origine babylonienne. De ce côté conduit aussi la sentence que 
Manda d'Haye appelle à la vie ses Utras des eaux du grand Jourdain 
blanc, ainsi que la légende postérieure, que Dieu a fait sortir du 
Jourdain les enfants de Yahyâ. De même, selon la doctrine parsie, 
les trois prophètes ou sauveurs qui doivent apparaître après un 
intervalle de mille ans entre chacun, seront conçus par une vierge 
pure se baignant dans le lac Kansu et fécondée par le germe de Zo- 
roastre qui y est conservé jusqu'à la fin (p. 467-206). 

Le livre se termine par un grand nombre d'appendices dont faute 
d'espace, nous regrettons de ne pouvoir donner qu'une brève énu- 
raération. A, le Genza et sa composition (p. 207-209) ; B, formules 
d'introduction et de clôture (p. 209-210); G, sur l'usage du mot Alâhâ, 
soit comme dénomination des dieux étrangers, soit du vrai dieu 
dans le sens mandéen (p. 241-213); D, le 8 e traité du Genzâ droit, 
qui donne la description des descentes de Hibil-Ziwâ aux enfers 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(p. 213-215) ; E, Hibil-Ziwâ en relation avec Manda d'Haye et d'autres 
génies (p. 216) ; F, la communauté de Suq-es-Shioukh et le rappor- 
teur de Siouffi (p. 217) ; G, le traité de la sortie de Johânâ (p. 218- 
220); H, la cérémonie du baptême (p. 221-225); J, formule de baptême 
(p. 225-226) ; K, narrations bibliques-évangéliques (Biblischer Erzah- 
lungsstoff) dans le Genzâ. Du Pentateuque sont tirés deux épisodes, 
celui du déluge n'a que peu de variantes : l'arche dont la dimension 
est de 300 X 50 x 30 coudées est construite en 300 ans; elle s'arrête 
sur les montagnes de Qardun; Nu (Noé) bénit la colombe et maudit le 
corbeau; le monde est repeuplé par la race de Shum (Sem), fils de 
Nu, et de son épouse Nuraytâ. L'épisode égyptien a quelques traits 
curieux : Abrahim et ses descendants sont en Egypte opprimés par 
les Égyptiens et le roi Parva ou Paruhâ ; Iorbâ, Ruhâ et Alâhâ font 
traverser la mer aux Juifs et les conduisent par le désert à Jéru- 
salem ; Parva les suit avec toute son armée composée de 70 myriades 
et de 770,000 Égyptiens qui se noyent par le retour des eaux ; Parva 
échappe sain et sauf, ainsi qu'un de ses amis et des auxiliaires (?) 
de ses folies. Siouffi raconte les mêmes événements comme il suit : 
Avant de quitter la terre, Anôsh mit les deux frères N5iN!n ^ViND et 
ÉObfctE 'j&nN-p.tf à la tête des Çubba. Le premier, désobéissant à 
l'ordre d'Abatur, attaqua les Juifs et battit leur chef Moïse dans plu- 
sieurs combats. Les Juifs s'enfuirent à travers la mer qui se fendit 
aussi longtemps que Moïse s'y tenait; les adversaires furent cou- 
verts par les eaux, et ceux qui atteignirent l'autre rive, 30 hommes et 
femmes, ainsi que les deux rois, durent alors fuir à leur tour devant 
les Juifs. Ils se sauvèrent à Shuster, et les deux rois allèrent jusqu'à 
Mshunê Kushta. Là mourut Parukh, et, pour le punir de sa déso- 
béissance, Abatur envoya son âme dans les Matartâ, Depuis lors, les 
Mandéens ont pris l'habitude de prier pour les âmes de leurs com